Perles d'accueil -  - ebook

Perles d'accueil ebook

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Opis

Des milliers de personnes se sont relayées au quotidien pour apporter leur soutien auprès des réfugiés depuis 2015 en Belgique.

En septembre 2015 s’est créée la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés en réaction aux politiques belges peu enclines à trouver des solutions durables et humaines à la crise migratoire que traverse le pays ces dernières années. Depuis sa création, des milliers de personnes se sont relayées au quotidien pour apporter leur soutien auprès des réfugiés, sous la forme d’un repas, d’un hébergement, d’un soutien psychologique ou logistique, jusqu’à être inquiétée par la justice pour certaines d’entre elles. Conscientes qu’un tel élan de solidarité raconte beaucoup sur le fonctionnement actuel de nos démocraties et témoigne d’une certaine façon du fossé qui semble se creuser entre les politiques et les citoyens sur des questions essentielles de société, les éditions Mardaga ont choisi de participer au débat en éditant ce recueil de Perles, à savoir une sélection des meilleurs témoignages partagés sur Facebook (40 000 followers) par les bénévoles du mouvement – accueillants ou chauffeurs – sur leur expérience d’accueil. Les textes, souvent touchants, parfois drôles, toujours sincères, sont entrecoupés des billets d’humeur de Mehdi Kassou, Adriana Costa Santos, Edgar Szoc, Xavier Deutsch, Cédric Herrou, Alexis Deswaef, Guillaume de Stexhe, Irène Kaufer, Françoise Gemenne et Philippe Hensmans, et portés par l’excellent travail de l’illustratrice Élise Neirinck. L’entièreté des droits d’auteur de ce livre sera versée à la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés / BXLRefugees.

Des textes, souvent touchants, parfois drôles, toujours sincères ! Ce recueil de Perles est une sélection des meilleurs témoignages partagés sur Facebook par les bénévoles du mouvement – accueillants ou chauffeurs – sur leur expérience d’accueil.

EXTRAIT

Nous sommes en octobre 2017. Il est huit heures du matin. Je demande à Samy de ne pas réveiller Mustapha. « Il est extrêmement fatigué, tu sais, ça fait plusieurs nuits qu’il dort très peu ou même pas. » Samy en profite pour se blottir sous la couverture, bien au chaud, dans notre lit. Mais la curiosité l’empêche bien vite de tenir le poste et, quelques minutes plus tard… « Papa, est-ce que tu peux demander à Mustapha s’il veut jouer avec moi ? » Mustapha, à moitié endormi, n’a pas besoin de traduction et, quand je me lève, ils sont déjà en train de jouer à la PlayStation. Il n’aura fallu qu’une nuit passée sous notre toit pour que Mustapha, cet inconnu, devienne aux yeux de Samy le copain de papa, puis très vite son copain aussi, qui n’a pas de maison et vient donc dormir dans la nôtre. Normal.
Quelques jours avant pourtant, Mustapha s’était réveillé au parc, entouré de policiers s’élançant pour saisir les dormeurs et les emmener menottés, au son des cris d’alarme, des gens à peine réveillés et ensuite debout en sursaut, des coups de pied, des colsons, des gens qui courent, crient et laissent tout derrière eux pour sauver leur peau, leur paix, leur espoir, leur liberté. Des adolescents à pieds nus, des femmes jetées à terre par d’autres femmes, des hommes âgés tétanisés par la peur, des combis de police remplis de gens, des très jeunes gens, qui n’ont commis d’autre crime que celui de fuir leur pays et d’autre infraction que celle de n’avoir pas de papiers.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

C'est un chef-d'oeuvre ? oui, à bien des égards. Les contributeurs ont certes, pour la plupart, la plume facile et le style agréable. Mais, soyons de bon compte, c'est pas Victor Hugo. Mais au-delà du chef d'oeuvre de littérature, c'est simplement l'humanité qui se dégage de ces histoires simples de rencontres. - Ninule - Babelio

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Couverture

Page de titre

Adriana Costa Santos

22 août 2018

Aujourd’hui c’était l’aïd.

Nous avons tous des jours sans et des jours avec. N’est-ce pas ?

Aujourd’hui c’était comme ça. Réveil de m, journée normale, monde de m. Qu’est ce que je fous là, ici et pas ailleurs ?

C’est dans des journées comme ça que je souhaite ne pas aller au parc.

Ce n’est pas à moi d’aller importuner les autres avec des journées sans, sans sens, sans sang.

Surtout pas avec des gens à qui souvent je ne peux offrir qu’un sourire, faute de mieux. C’est déjà ça, puisque je me suis habituée à ce qu’ils partagent leurs sourires avec moi en retour.

Aujourd’hui c’était pas ma journée.

Je faisais ce que j’avais à faire, dans des grises pensées, mouvements lents et ce bête cerveau qui n’arrêtait pas d’y rajouter des couches.

C’était pas la bonne journée et je suis quand même allée jusqu’au parc, parce qu’il le faut, parce que je n’ai même pas pris le temps de chercher une alternative.

En arrivant au parc, tu ne peux juste pas faire autrement. Tu souris parce que tu vois des regards radiants et des sourires s’illuminer de tous les côtés. C’est irrésistible, je dirais obligatoire.

Et c’est là que tu découvres que le sourire est une corrélation entre le mouvement et l’expression, l’expression, le mouvement et ainsi de suite.

Tu rends un sourire, tu dis quelques petits mots en arabe et tout le monde rigole et sourit, comme si rien d’autre n’avait d’importance que le moment présent.

Aujourd’hui c’est l’aïd !

L’aïd veut dire la fête, la célébration.

Je pense à F qui, hier soir à la Porte D’Ulysse m’a dit pour la première fois en six mois « ça va pas ». Pourquoi ? « Parce que demain c’est l’aïd et mon père et ma mère me manquent ».

Hier c’était peut-être le jour sans de F, qui ne voit pas ses parents depuis plus d’un an.

F qui a traversé la moitié du monde, qui a survécu aux terribles maux de la moitié du monde et qui se retrouve en Europe dans cette impasse de m, dans ces politiques déshumanisantes et que je n’ai pas croisé dans ma journée sans.

Ce soir je n’ai pas croisé F, mais je suis sûre qu’il a passé une journée avec.

Aujourd’hui c’est l’aïd et on sourit, c’est inévitable, je dirais obligatoire.

Après une soirée remplie de sourires au parc, j’accompagne les derniers invités à la Porte d’Ulysse. Nous entrons dans le bâtiment et nous dirigeons directement vers le réfectoire, j’ai même oublié de manger dans ma journée sans. Nous avons tous faim, les uns plus que les autres. Tout le monde sourit.

Hannane a préparé un repas du feu de dieu et, comme si ce n’était pas assez, le réfectoire est devenu une piste de danse.

Les tables et les chaises contre les murs, les uns mangent, les autres dansent, tout le monde sourit. C’est l’aïd. C’est la fête.

Tout le monde sourit et le sourire est une corrélation entre le mouvement et l’expression, le mouvement, l’expression et ainsi de suite.

Tout le monde sourit parce que c’est l’aïd.

Tout le monde sourit parce qu’il y a à manger, il y a de la musique.

Tout le monde sourit parce que tout le monde sourit.

Il est 3h du matin et je suis toujours en train de sourire, depuis sept heures. Ça fait un bon paquet de sourires partagés dans ma journée sans.

Ce n’est plus une journée sans, parce que c’est l’aïd.

Ce n’est plus une journée sans, parce qu’il y a à manger, il y a de la musique.

Ce n’est plus une journée sans, parce que tout le monde sourit, comme si rien d’autre n’avait d’importance que le moment présent.

Ce n’est plus une journée sans, parce que ce soir j’ai eu la chance de croiser des centaines de sourires et d’apercevoir l’inévitable, voire obligatoire, nécessité de répondre à chacun de ces sourires.

Préface

Adriana Costa Santos

Ceci est une histoire de réveil, d’éveil, de rupture avec l’individualisme et d’ouverture à un être étrange, un étranger, un autre en danger qui entre dans une maison grâce à un acte de spontanéité solidaire, humaine.

En 2017 et 2018, l’inefficacité, le durcissement, l’inhumanité de la politique migratoire belge ont provoqué une vague de solidarité, d’engagement et une mobilisation citoyenne sans précédent. Les bénévoles de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés ont commencé par venir en aide aux exilés du parc Maximilien. Ensuite, ils ont dénoncé les abus de pouvoir et la violence d’État, pratiqués dans l’ombre et justifiés par l’absence d’une case administrative pour ces hommes, femmes et enfants inconnus des Belges, isolés dans leur exil, sans droits ni protection, seuls dans leur quête de paix et de liberté. Ces réfugiés viennent majoritairement du Soudan, d’Érythrée et d’Éthiopie, mais aussi d’Égypte, de Libye, d’Irak, de Syrie et du Yémen…

L’urgence à l’époque était déjà de les protéger du froid, de nos rues et de nos lois. D’abord huit, puis vingt-cinq et jusqu’à cinq cents personnes hébergées tous les soirs. Les citoyens belges ont ouvert les portes de leur maison pour protéger ces humains en danger. Ils ont répondu à ceux qui disaient ironiquement : « Si vous voulez les protéger, prenez-les chez vous ! » Mais ils ne se sont pas limités à les abriter pendant la nuit. Aussi vite que naturellement, ils ont commencé à les connaître, les accompagner, les écouter, les comprendre, les orienter, les informer, à se renseigner pour pouvoir les aider. À leur rendre l’humanité que le gouvernement, à travers la répression, l’intimidation et la violence, s’acharne à leur ôter.

Chaque soir au parc Maximilien, hébergeurs, chauffeurs et réfugiés vont à la rencontre de l’équipe de bénévoles, les « vestes blanches ». Un par un, par deux, par cinq, les garçons et les filles du parc sont envoyés, conduits et accueillis dans les familles. Et ce manège se poursuit chaque soir jusqu’à ce que le parc soit vide, avec persévérance, bienveillance. Et de cette rencontre improbable émergent des milliers de témoignages, questions, doutes, surprises d’humanité, gifles de réalité.

Dans le groupe Facebook HÉBERGEMENT PLATEFORME CITOYENNE, depuis le premier jour, sont échangées des astuces et des expériences d’accueil. Les premiers témoignages parlaient de cette peur pour nous de partager l’intimité de nos maisons, et juste après de cette peur pour eux ressentie le lendemain, une fois les invités redéposés au parc et les « au revoir » échangés.

Dans le groupe Facebook, depuis le premier jour, on rencontre tout un joli monde qui s’invente, qui construit une autre Belgique, une Belgique solidaire : la dame qui veut héberger et sa voisine qui se propose pour venir lui déposer des repas prêts pour elle et ses invités, les étudiants d’un kot à la recherche d’un matelas gonflable pour pouvoir commencer à accueillir, les recettes d’injera, les bons plans de harissa et les conseils pour obtenir l’aide médicale d’urgence pour un invité, les quantités de sucre dans le café, les couacs de communication, la volonté de se comprendre, les hésitations des uns, les défis des autres…

Sur le groupe Facebook, on lit aussi l’envers du décor : la découverte du parcours migratoire, l’absence de voies sûres et légales, l’enfer libyen, la traversée de la Méditerranée, les empreintes en Italie, les camps européens, la misère, l’attente, la désillusion, le règlement Dublin et ses absurdes OQT (ordres de quitter le territoire), les violences policières, les centres fermés. Notre impuissance à tous face à la violence d’État qui menace chaque jour les valeurs de notre société. C’est l’histoire de l’injustice qui criminalise ceux qui n’ont pas notre chance d’avoir les bons papiers dans un pays en paix.

Le groupe Facebook, c’est aussi l’histoire de notre ouverture à l’autre et à sa réalité. C’est l’histoire de leur ouverture à notre réalité. C’est l’histoire d’une rencontre. De familles qui s’agrandissent et qui font fi des différences. D’une amitié entre les peuples. Presque d’une histoire d’amour improbable.

En un an, cette véritable révolution sociale s’est répandue des quatre coins du parc aux quatre coins de la Belgique. Ceux que nous nous sommes habitués à appeler les « vnous1 » se sont organisés, structurés dans l’urgence et mis au travail pour rendre à des centaines d’hommes, femmes et enfants la dignité que les États s’ingénient à leur enlever. Et ce faisant, se la rendre à eux-mêmes et à un pays entier menacé par la montée de l’extrême droite, des populismes en Europe et dans le monde. Le discours de la peur et de l’intolérance a été vite transformé par les jeunes hommes et les jeunes femmes souriants qui dormaient dans nos canapés et chambres d’amis. Et cela représente un progrès d’humanité irréversible.

Je me souviens.

Nous sommes en octobre 2017. Il est huit heures du matin. Je demande à Samy de ne pas réveiller Mustapha. « Il est extrêmement fatigué, tu sais, ça fait plusieurs nuits qu’il dort très peu ou même pas. » Samy en profite pour se blottir sous la couverture, bien au chaud, dans notre lit. Mais la curiosité l’empêche bien vite de tenir le poste et, quelques minutes plus tard… « Papa, est-ce que tu peux demander à Mustapha s’il veut jouer avec moi ? » Mustapha, à moitié endormi, n’a pas besoin de traduction et, quand je me lève, ils sont déjà en train de jouer à la PlayStation. Il n’aura fallu qu’une nuit passée sous notre toit pour que Mustapha, cet inconnu, devienne aux yeux de Samy le copain de papa, puis très vite son copain aussi, qui n’a pas de maison et vient donc dormir dans la nôtre. Normal.

Quelques jours avant pourtant, Mustapha s’était réveillé au parc, entouré de policiers s’élançant pour saisir les dormeurs et les emmener menottés, au son des cris d’alarme, des gens à peine réveillés et ensuite debout en sursaut, des coups de pied, des colsons, des gens qui courent, crient et laissent tout derrière eux pour sauver leur peau, leur paix, leur espoir, leur liberté. Des adolescents à pieds nus, des femmes jetées à terre par d’autres femmes, des hommes âgés tétanisés par la peur, des combis de police remplis de gens, des très jeunes gens, qui n’ont commis d’autre crime que celui de fuir leur pays et d’autre infraction que celle de n’avoir pas de papiers. Une fois le parc vidé de ses occupants par le tumulte des forces de l’ordre, les services de nettoyage avaient ramassé toutes les affaires laissées derrière par les personnes en fuite, faute de temps et par besoin de sauver leur vie, et envoyé à l’incinérateur des centaines de sacs de couchage que les citoyens belges venaient de récolter, trier et distribuer.

Un peu plus tôt, aux alentours de la gare du Nord, Mustapha avait rencontré les membres d’une délégation soudanaise invitée par le gouvernement belge pour repérer les réfractaires, les déserteurs de cette dictature condamnée par l’ONU pour crimes contre l’humanité.

Mais ce jour-là, à l’aube, un petit groupe de citoyens de la Plateforme Citoyenne est venu réveiller Mustapha et les quelque quatre cents personnes qui dormaient par terre dans la capitale de l’Europe, entre des restes de nourriture, des vêtements trop usés, des cartons, des rats et des pigeons morts. Des femmes, hommes et enfants ouvraient les yeux sous la peur d’un réveil violent. Mais ce n’était que nous, nos gilets fluos de la plateforme et nos sourires.

« Good morning shabab ! Police is coming, don’t forget to take all your stuff with you and breakfast is there.Yallah ! » Thank you, thank you et personne suivante… Un quart d’heure plus tard, des dizaines de policiers débarquaient des quatre coins du parc, les colsons à la ceinture. Les policiers ont arrêté ceux qui ne savaient pas courir ou qui ont été trop lents au réveil, et puis nous ont dit « Bien joué », avec beaucoup d’ironie. Et le lendemain nous étions tous de retour.

La violence fait du bruit et Bruxelles se réveille au son de celle-ci, puis la Belgique tout entière. Et se découvre une force et une volonté capables d’ouvrir des portes, de déplacer des montagnes et de construire des ponts, des voies sûres pour protéger des humains en danger.

Un jour après l’autre, nous venions les réveiller, les interventions devenaient plus musclées, violentes, plus matinales. Le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Theo Francken, se félicite alors des opérations policières sous le hashtag #opkuisen (nettoyage). Des centaines de citoyens belges réagissent en hébergeant, lisant et écrivant des témoignages sur la rencontre de ces jeunes innocents qui se font malmener, arrêter et détenir en centre fermé, malgré leur fragilité et notre responsabilité morale à les protéger.

Mustapha a traversé une partie du monde et de l’Europe sans rencontrer beaucoup de « locaux ». Mustapha a d’abord été accueilli en Belgique avec le froid, la peur, la boue, les coups de botte, les rafles, les colsons, les centres fermés, les barbelés. Un jour, tout a changé : l’ouverture à l’autre, les mains tendues, la chaleur, les sourires réconfortants, les familles belges et leurs enfants pleins de questions et de curiosité, la solidarité, le partage, la débrouille, parce que s’en sortir c’est toujours plus facile quand on n’est pas seul au monde.

Alors que partout en Europe et dans le monde, la violence prend les devants dans les discours politiques, le racisme se décomplexe, les discours d’intolérance se multiplient, les réfugiés deviennent des migrants et puis des illégaux, dans une volonté de déshumaniser, en Belgique, nous entendons parler des invités, des amis, des anecdotes de l’accueil, de leur force, leur courage et leur persévérance, de tout ce qui nous rend humains, égaux, dans un combat fait de rencontres et de découverte de l’autre, contre l’individualisme et le repli sur soi.

Dans le métro, les salles d’attente, les hôpitaux et les administrations publiques, on entendait parler des réfugiés que chacun de nous avait accueillis la veille, de l’injustice de la politique de notre gouvernement qui cautionne l’instrumentalisation et la déshumanisation du travail de nos forces de l’ordre, des rafles et des quotas d’arrestations, de l’enfermement des enfants, du décès de la petite Mawda et de l’inaction du gouvernement pour réparer ses fautes. De ce que nous avons appris que nous n’acceptions pas comme honte devant l’Histoire, de ce que nous n’accepterons jamais pour notre Histoire.

Ces pages vous racontent une histoire de spontanéité solidaire, de résistance, de défense de valeurs et d’une dignité qui nous rassemble. Une belle histoire de contre-courant, d’un groupe de personnes qui sort de tout cadre historique, sémantique, politique pour venir en aide au bouc émissaire de l’époque. Un mouvement aussi riche en humanité que surprenant, aussi original que complexe, qui montre à l’Europe et au monde que c’est possible d’être à la fois libre et solidaire, bénévole et organisé, humain et structuré.

Je voudrais terminer en remerciant le travail essentiel de Sandrine, femme et citoyenne engagée, solidaire, hébergeuse, chauffeuse, volontaire, qui un jour, depuis le train qui l’amenait chez elle, émue par ces centaines de témoignages, a pris l’initiative de les rassembler dans un blog qu’elle a appelé les « Perles d’accueil », des extraits de l’histoire d’une Belgique accueillante, solidaire, contre toute tendance politique de son époque.

Grâce à Sandrine, à son blog, et maintenant à ce livre que vous avez en main, nous conserverons ce qui pourrait paraître anodin, des rencontres et des faits divers de tous ceux qui ont sauvé ce qu’on retiendra comme une sombre période de l’histoire de l’humanité.

Merci à Adeline, Adriana, Adrienne, Agnès, Alain, Alexandra, Alexandrine, Alexandre, Alice, Amandine, Amélie, Andrée, Anima, Anita, Anissa, Anke, Anna, Anne, Anne-Catherine, Anne-Sophie, Annemine, Annette, Annick, Anouk, Antoine, Antonino, António, Apolline, Ariane, Arlette, Arnaud, Arshia, Arthur, Asma, Astrid, Aurélie, Aurore, Ayané, Aymeric, Axel, Axelle, Babeth, Barbara, Béatrice, Bénédicte, Benoît, Bérénice, Bernadette, Bernard, Bert, Bertrand, Betty, Bram, Brigitte, Bruno, Camille, Carine, Carole, Caroline, Catherine, Cécile, Cédric, Céline, Chantal, Charlotte, Chloé, Christel, Christelle, Christian, Christiane, Christine, Christoph, Cindy, Claire, Clara, Clarisse, Claude, Claudine, Clotilde, Colette, Colin, Coralie, Coraline, Cyrille, Dalila, Damien, Damienne, Daniel, Danièle, Danielle, Daphné, David, Deborah, Delphine, Denis, Denise, Diane, Diego, Dierk, Dima, Dimitri, Dolores, Dominique, Domitille, Dona, Donatella, Donatienne, Dora, Dorothée, Dounia, Eden, Édith, Edgar, Édouard, Effi, Éleonore, Élisabeth, Élise, Ellen, Elsa, Emmanuelle, Émeline, Émilie, Étienne, Éva, Ève, Éveline, Fabien, Fabienne, Fanny, Fatma, Fernanda, Flavio, Flora, Florence, Florent, France, Francesca, Francisco, Francisca, Franck, François, Françoise, Frank, Frederik, Frédérique, Gabrielle, Gaël, Gaëlle, Gaia, Geneviève, Geoffrey, Gérald, Géraldine, Gérard, Gert, Gilles, Guy, Hahn, Halima, Hana, Hannane, Hassiba, Hayet, Helen, Hélène, Henri, Herman, Hilde, Hoëlle, Imane, Ines, Ingrid, Isabelle, Jacqueline, Jan, Janique, Jean, Jeanne, Jennifer, Jérôme, Jiri, Joanne, Joëlle, Jocelyne, Johanna, Johanne, John, Joke, Jorre, Judith, Juliane, Julie, Julien, Justine, Karlien, Kate, Katel, Katherine, Katinka, Katty, Katya, Khadija, Kim, Koen, Korneel, Laetitia, Laila, Lamia, Laura, Laure, Laurence, Laurent, Laurette, Léa, Leila, Leslie, Liesbeth, Lieve, Lila, Linda, Lisa, Lison, Loïc, Loïs, Lolita, Loredanna, Louis, Louisa, Louise, Luc, Ludovic, Lula, Lut, Lutz, Magali, Maïté, Maja, Malika, Manon, Manuela, Manuelle, Margareth, Margarida, Margaux, Marge, Margherita, Marguerite, Marc, Marianne, Marie, Marie-Astrid, Marie-France, Marie-Noëlle, Marion, Marijke, Marjiolijn, Marjorie, Marta, Martien, Martin, Martine, Marthe, Maryline, Maryvonne, Matthieu, Maud, Maxime, Mehdi, Melanie, Melody, Michel, Michèle, Micheline, Mickael, Michaëlle, Mireia, Mireille, Mohammed, Monique, Morgane, Muriel, Myriam, Nacera, Nadia, Nadine, Naïké, Naïm, Najoua, Nancy, Natalia, Natasha, Nathalie, Nazaré, Nele, Nicola, Nicolas, Nicole, Noémie, Olenka, Olivier, Olfa, Ophélie, Othman, Osman, Paola, Pascale, Patricia, Patrick, Paul, Paulette, Paulina, Pauline, Pepa, Pierre, Philippe, Quentin, Rachel, Raphaël, Raphaëlle, Rashida, Redouane, Reine, Rémy, René, Robin, Rodolphe, Roger, Romain, Rosalie, Rose, Roxane, Ruxandra, Sabine, Samantha, Samir, Samy, Sandie, Sandra, Sandrine, Sarah, Sascha, Savina, Sébastien, Ségolène, Serge, Simon, Simone, Sofia, Soheila, Solange, Solène, Sonia, Sophie, Stella, Stéphanie, Suzanne, Suzy, Sven, Sybille, Sylvaine, Sylvie, Tamsin, Tanguy, Tania, Tesfaye, Tiphaine, Thibault, Thierry, Thomas, Tia, Thérèse, Touria, Tum, Ugo, Valentine, Valérie, Vanessa, Veronika, Véronique, Vianney, Vincent, Vinciane, Vi niette, Virginie, Viviane, Wafae, Wiebecke, Xavier, Yasmina, Yassine, Yohann, Yolaine, Yolande, Yoon, Ysaline, Yves, Yza, Zazie, Zeynep, Zoé, Zouber, Zoubida, pour les centaines de milliers de nuitées en sécurité, les repas, les trajets, les habits, les soins, les discussions, les débats, les partages, les actions concrètes… au nom de la dignité pour tout homme, femme et enfant de notre monde.

Et surtout, merci à Abbas, Abraham, Abdelghane, Abdoulghassim, Abdulaziz, Abdel, Abdou, Abdullah, Aboubakar, Adam, Aday, Adil, Ahmed, Aldin, Alhadi, Ali, Amani, Amine, Anwar, Ashraf, Assir, Athim, Ayab, Ayman, Aziz, Azzedine, Babiker, Badawi, Bakri, Barou, Bassel, Binyam, Brhane, Chombe, Dani, Dave, David, Dawit, Djibril, Doriya, Fadel, Fakher, Fares, Fawzy, Filemon, Fouad, Gammar, Hamid, Hassan, Haroun, Haythem, Hazem, Henouk, Hermyas, Hisham, Houssam, Hussein, Ibrahim, Idriss, Ilias, Ipsa, Issa, Ismael, Jabissa, Jacob, Jamila, Jonas, Kamal, Karim, Khaled, Khalil, Koko, Kuba, Mahmoud, Majid, Malik, Mamadou, Marta, Masin, Mekides, Merhawi, Michael, Mikiyas, Mohammed, Moïse, Mokhtar, Mondher, Moubarak, Mounir, Mountassir, Moussa, Mulle, Mustapha, Nadir, Nadjima, Naji, Nathanael, Nasser, Nazar, Nour, Odai, Omar, Osman, Othman, Piotr, Rashid, Reda, Redwan, Rita, Robel, Rosa, Sadiq, Salah, Salam, Samir, Samira, Samson, Sayed, Sentayu, Simon, Suleiman, Taher, Tariq, Tedros, Tessfaye, Titi, Thomas, Wassim, Wendesen, Yahia, Yasser, Yassine, Yohaness, Youness, Yousuf, Zacharia, Zaky, Zemzem, Zerihun, Zuba, nos plus chaleureux remerciements de nous avoir appris le courage, la ténacité, la débrouille, la force, l’humilité, la persévérance.

Ce n’était pas gagné, ce n’est pas fini.

Face à l’immobilisme, le mouvement citoyen.

1Le terme “vnous” a été proposé par un bénévole du parc lors d’un échange sur le groupe Facebook pour illustrer le fait que sans cette mobilisation les bénévoles du parc ne pouvaient rien faire. Le vnous a été repris pour intégrer dans un seul mot les bénévoles du parc, les chauffeurs, les hébergeurs et tous les citoyens mobilisés autour de l’accueil. Ce terme a été repris dans des témoignages, illustrations, appels à l’aide et à l’information, comme un terme qui symbolise l’inclusion, des vécus communs et la diversité qui nous rassemble autour d’un même engagement.

Des parcours fragmentés, des vies abîmées

François Gemenne, Chercheur qualifié du FNRS, Directeur de l’Observatoire Hugo à l’Université de Liège

À l’heure d’écrire ces lignes, à l’été 2018, le taux de mortalité pour les migrants en Méditerranée s’élevait à un sur dix-huit. Beaucoup moins de traversées que l’année d’avant, mais toujours autant de morts. Chaque année, la Méditerranée concentre entre 50 et 65 % des décès de migrants dans le monde. Chaque année, l’Europe est la destination du monde la plus dangereuse pour ceux qui entament un long voyage de migration.

De ce voyage, nous ne voyons souvent que la dernière étape. La plus spectaculaire et la plus effrayante, quand il s’agit de traverser la Méditerranée sur une frêle embarcation. Avant la traversée, pourtant, il y a toujours un long périple qui s’étale sur plusieurs mois, et même parfois plusieurs années. Un périple qui emmène ces hommes, ces femmes et ces enfants d’étape en étape, et souvent de souffrance en souffrance. La fermeture des frontières contraint en effet la plupart à remettre leur sort aux mains de passeurs, qui vont décider de leur parcours migratoire.

Ceux qui viennent d’Afrique de l’Ouest passeront ainsi souvent par Bamako, Gao ou Agadez. Ceux qui viennent de la Corne de l’Afrique passeront par Addis-Abeba et Khartoum, tandis que les autres emprunteront la fameuse route des Balkans. Les itinéraires sont connus, et beaucoup mènent en Libye. À chaque étape d’un parcours qu’ils n’ont pas vraiment choisi, les migrants subiront leur lot de violences et d’exactions. Des viols systématiques pour les femmes (et aussi parfois pour les hommes) et des tortures, parfois filmées dans le but d’extorquer de l’argent aux familles restées au pays, et qui sont dans l’attente de nouvelles.

En novembre 2017, une équipe de CNN parvenait à infiltrer un marché aux esclaves de Libye, où des hommes étaient vendus pour 400 ou 600 dollars. La vidéo avait choqué le monde entier. Elle n’avait pourtant pas empêché les gouvernements européens de négocier des accords avec la Libye, pour que les garde-côtes libyens interceptent les bateaux qui cherchaient à fuir l’enfer et les ramènent à quai, pour que les migrants soient placés dans des centres de détention avant d’être – en principe – renvoyés dans leur pays d’origine. En réalité, personne ne sait exactement ce qui leur arrive. Et tout le monde s’en fiche, hélas : l’important c’est de ne plus les voir, que les bateaux n’arrivent plus jusqu’en Europe, que la traversée ne produise plus d’images de télévision, que la souffrance ne s’étale plus à la une des journaux.

Aujourd’hui, on estime que les garde-côtes libyens interceptent environ la moitié des bateaux qui entreprennent la traversée. Nous les décrivons comme chargés de « migrants économiques », sans voir qu’ils fuient également les violences et tortures qu’ils ont subies en Libye. Sans voir que si les premiers facteurs qui les poussent à quitter leurs familles sont d’ordre économique ou environnemental, ce sont souvent des violences et des persécutions qui guident chaque nouvelle étape de leur parcours, pour parfois les emmener jusqu’en Europe. Et qu’ils préfèrent souvent risquer leur vie dans une traversée périlleuse plutôt que de subir en Libye une vie où ils sont déjà à moitié morts.

En Europe, c’est une autre forme de violence qui les attendra. Celle du rejet et de l’exclusion, de conditions de vie indécentes. Les récentes errances des bateaux de sauveteurs dans la Méditerranée, chargés de migrants en détresse qu’aucun pays européen ne voulait accueillir, illustrent tragiquement cette violence qui les attend encore à destination.

Cette violence, nous en sommes collectivement responsables. Et notre responsabilité ne concerne pas uniquement l’accueil en Europe, mais également les violences qu’ils subissent tout au long de leur parcours. La fermeture des frontières extérieures, décidée par nos gouvernements, a conduit à la prolifération des passeurs, à une vulnérabilité croissante des migrants, et donc à une exacerbation des violences. C’est bien la fermeture des frontières qui place les migrants dans ces situations de dépendance vis-à-vis de passeurs souvent sans scrupules, etqui les expose à tant de violences. L’ouverture de voies sûres et légales permettrait de les réduire considérablement, à chaque étape du parcours. C’est le problème des démocraties : nous sommes, collectivement, responsables des décisions qui sont prises par nos gouvernements, même quand nous ne les approuvons pas.

Et puis il y a bien sûr la violence psychologique de ces exils, de ces errances. Ce sentiment de n’être nulle part chez soi. Ce sentiment d’être menacé, poursuivi en permanence. Soigner ces violences, à défaut de pouvoir les faire disparaître, est un défi considérable. Il faut soigner les blessures physiques, bien sûr. Il faut aussi réparer des vies abîmées, et cela prend souvent beaucoup plus de temps.

« Coucou, je suis bénévole à la plateforme depuis quelque temps, mais c’est notre premier hébergement, on vit en kot, et on peut prendre une personne chacune. »       04/05/2018

Après avoir lu pendant près de huit mois vos témoignages d’hébergement, je peux enfin écrire le mien, je comprends ceux qui disent avoir besoin de partager…

Ce mardi 1er