Déviations - Pierre Duval - ebook

Déviations ebook

Pierre Duval

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Opis

Lorsqu’un grain de sable fait dévier le quotidien vers l’irréel ou le fantastique...

Une voiture étrange, un pêcheur nostalgique, un courrier inhabituel, une randonnée entre amis, des lunettes surprenantes… Qu’un détail s’immisce et la normalité dévie.
Suspense, drame, terreur ou romantisme : Déviations, ce sont cinq récits où l’ordinaire bascule sans prévenir.

Un recueil de nouvelles palpitantes dans lesquelles le monde que nous connaissons est bouleversé !

EXTRAIT DE PARTIE DE PÊCHE

Tout le monde connaît Edouard dans la région, et Edouard connaît tout le monde. Il faut dire que le retraité de soixante-quinze ans a passé toute sa vie sur ces terres. Il en a même longtemps été l’unique garde-champêtre, avant de raccrocher définitivement son képi il y a de cela douze ans.
Il vit seul. Il a été veuf très tôt, bien avant que sa femme tant aimée n’ait eu le bonheur de le faire père, et il ne s’est jamais remarié. Ne l’a-t-il jamais voulu ou n’en a-t-il jamais eu l’occasion ? En fait personne ne sait vraiment. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a jamais cessé d’aimer sa Polly et qu’il a continué de fleurir sa tombe avec soin tout au long de ces années.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Duval est cuisinier dans les restaurants universitaires de Clermont-Ferrand. Marié et père d’une petite fille, il est vosgien d’origine et auvergnat d’adoption.
Il publie son 1er roman de fantasy en 2012 et une 1ère nouvelle fantastique sort en 2015.

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Pierre Duval

DÉVIATIONS

Nouvelles

Éditions la Plume et le Parchemin

Collection Boîte de Pandore (Lecteur averti)

© Éditions la Plume et le Parchemin, 2017

ISBN numérique : 979-10-93105-98-7

ISBN papier : 979-10-93105-96-3

Dépôt légal : mars 2017

Illustration de couverture :

Shutterstock / MD Merca

Editions la Plume et le Parchemin

12 rue Léon Lepervanche

97424 Piton Saint-Leu

Ile de La Réunion

Email : [email protected]

Site : www.laplumeetleparchemin.com

Distributeur numérique: Primento

Le Cap

des Alouettes

    Voilà déjà près de deux heures que je roule. Le trafic est fluide et le goudron de l’autoroute brille sous le soleil de cette fin d’été, me faisant apprécier la climatisation de la voiture de monsieur Boulier. Les vacances s’annoncent bien.

Cela fait des années que je prends deux semaines de congés entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre. J’aime bien cette période. La saison se termine, la foule est moins dense, les commerçants plus détendus et la météo encore très agréable.

Cette année pourtant, j’ai bien cru devoir renoncer à ces quinze jours de repos traditionnels. Ma vieille voiture a fini par rendre l’âme pour de bon après plusieurs alertes et il m’était impossible d’en acquérir une autre à temps. Quant à en louer une, c’était incompatible avec mes finances.

Heureusement ce brave monsieur Boulier est venu à mon secours.

J’ai pris l’habitude de rendre de menus services au vieil homme depuis qu’il a perdu sa femme, il y a six mois de cela. A quatre-vingts ans passés, monsieur Boulier n’a jamais vécu seul et son unique fils habite de l’autre côté de l’océan. Il m’a proposé d’emprunter son véhicule lorsqu’il a appris que la perte du mien compromettait sérieusement mes congés.

J’ai poliment décliné l’offre dans un premier temps, mais comme il persévérait avec une insistance surprenante j’ai fini par accepter.

Il est vrai qu’elle ne lui manquera pas beaucoup. C’était toujours sa femme qui conduisait et la berline dort sur sa place de parking depuis six mois.

Monsieur Boulier a catégoriquement refusé que je le dédommage. La seule compensation un peu extravagante qu’il me demande en retour est de me rendre au Cap des Alouettes au cours de mon séjour. Il s’agit d’un hôtel situé à une soixantaine de kilomètres de mon lieu de villégiature.

Pour quelle curieuse raison le vieil homme tient-il à ce que j’aille là-bas ? Je n’en sais rien et je n’ai pas voulu trop insister. Le malheureux perd un peu la tête et cela n’est pas allé en s’arrangeant depuis le décès de son épouse.

Me voici donc sur la route des vacances où je décide de m’accorder une première pause. J’aime prendre mon temps lors de mes périples autoroutiers. Je ne suis pas pressé et je nourris une passion insolite pour les aires de repos et leur microcosme. L’atmosphère si particulière de ces lieux m’a toujours fasciné.

Un relent un peu aigre vient m’irriter les narines lorsque je remonte dans la voiture après mon arrêt déjeuner. Le véhicule est resté garé sous un soleil implacable et je me hâte de baisser les vitres afin de créer un courant d’air dans l’habitacle surchauffé. L’odeur disparaît rapidement en même temps que la température redescend à un niveau plus supportable.

Je quitte l’aire et me lance à nouveau sur le long ruban d’asphalte.

L’après-midi touche à sa fin quand je m’engage vers ma bretelle de sortie. Il me reste moins d’une heure de trajet avant ma destination finale. J’ouvre la fenêtre quelques instants pour laisser entrer les senteurs de pins et de garrigue. Souriant béatement, j’amorce le long virage qui surplombe l’autoroute quand un objet glisse sous le siège et vient percuter mes chevilles. Je sursaute sous le coup de la surprise et la voiture fait un léger écart.

Je profite qu’il n’y ait personne derrière moi au péage pour jeter un coup d’œil à mes pieds. A cheval sur le tapis de sol, je découvre un coffret en bois maintenu fermé par deux lanières de cuir. C’est lui qui vient de cogner contre mes jambes. Je repousse la boîte sous le siège sans m’attarder sur la question et redémarre, laissant la barrière de péage derrière moi pour poursuivre sur une route départementale ombragée.

Une heure plus tard me voilà enfin arrivé. Je tire le frein à main et récupère ma valise dans le coffre avant de déverrouiller la porte de la maisonnette que je loue chaque année. Elle est admirablement située, à cinq minutes à peine du littoral, dans un hameau tout à fait charmant.

Comme à mon habitude je prends mon premier dîner au café-restaurant de la place du village. Le patron me reconnaît tout de suite et s’empresse de venir me saluer, de même qu’un bon nombre des clients présents dans l’établissement.

La plupart sont des gens du coin auprès desquels j’ai fini par me faire accepter au fil des années. Ce qui n’est pas un mince exploit ! Ils ont beau être d’un tempérament accueillant –  quoiqu’un peu bourrus – il faut malgré tout savoir faire preuve de patience pour parvenir à se faire sincèrement apprécier d’eux. Car ils n’observent pas d’un œil toujours bienveillant ce débarquement annuel de touristes bruyants dans leur pays.

Ce n’est qu’au moment de me coucher que je repense au coffret en bois oublié sous le siège conducteur de la voiture de monsieur Boulier. Il faudra que je le signale au vieil homme. Qui sait, peut-être contient-il des documents importants ?

Le lendemain il fait un temps splendide. Je me réveille en pleine forme et savoure le premier petit-déjeuner de mes vacances sur la terrasse. Des tourterelles roucoulent dans le grand chêne du jardin et les cigales entament leur chant sous un soleil déjà très chaud en dépit de l’heure matinale. Cette fois-ci les vacances sont lancées !

J’occupe cette première journée par une longue balade dans les terres. L’arrière-pays regorge de lieux insolites et de décors enchanteurs. Dans la soirée, je longe le littoral pour profiter du soleil couchant sur la mer avant de rentrer, harassé par ces heures de plein air.

Une lumière envahit la chambre au milieu de la nuit et me tire brutalement de mon sommeil. Elle vient de l’extérieur. Je m’approche de la fenêtre pour en identifier l’origine, et… Tiens, c’est étrange. Ce sont les phares de la voiture de monsieur Boulier qui éblouissent ainsi la pièce, le faisceau venant directement frapper la fenêtre en rez-de-chaussée.

Intrigué, je passe une veste par-dessus mon pyjama et sort de la maison. Il n’y a personne dans la rue. J’essaie d’actionner les portières mais la voiture est bien fermée. Bizarre. Peut-être un faux contact ? Avec toute l’électronique dont sont désormais truffées les voitures modernes, il faut s’attendre à tout.

J’ouvre la voiture et éteins les phares sans me poser plus de questions avant de retourner au lit. Cet incident ne me tient pas longtemps éveillé et je me rendors sans difficulté.

La journée suivante est dédiée à la plage. Muni d’une serviette, d’un bouquin et d’une bouteille d’eau, j’ai tôt fait de gagner la petite étendue de sable qui fait face à la mer. La plage du hameau ne compte pas parmi les plus réputées ni les plus fréquentées de la région. Je n’ai comme voisins de serviette qu’une mère de famille avec ses deux enfants, et trois petits vieux discutant entre eux.

Plusieurs jeunes du village viennent pique-niquer sur le sable à midi et j’en profite pour rentrer déjeuner à la maison. Je jette un coup d’œil machinal vers la voiture de monsieur Boulier avant de m’engager dans le terrain. Un détail attire mon attention. Il me semble que la vitre côté passager est ouverte. Je suis pourtant sûr qu’elle était encore remontée cette nuit lorsque je suis sorti éteindre les phares.

Je m’approche et constate en effet que la vitre est baissée à plus de sa moitié. Il y a décidément un truc qui cloche avec l’électronique de cette voiture ! J’en arrive à me demander si le signal d’une télécommande dans le voisinage ne pourrait pas venir parasiter l’ordinateur de bord de la berline, sans même savoir si cela est techniquement possible.

Mais une fois encore l’incident ne me tracasse pas très longtemps et je n’y pense déjà plus lorsque je retourne à la plage une heure et demie plus tard. Je fais plusieurs fois l’aller-retour jusqu’à la ligne de bouées au cours de l’après-midi puis, après un copieux dîner au bar-restaurant du village, je me mets au lit avec un roman dont je ne parviens à lire qu’une dizaine de pages avant que la fatigue ne m’emporte.

En observant la voiture de monsieur Boulier le lendemain matin depuis la fenêtre de la cuisine, quelque chose m’interpelle sans que je ne parvienne à mettre le doigt dessus. Ce n’est qu’en me brossant les dents un peu plus tard que cela me frappe soudain l’esprit. Je recrache aussitôt le dentifrice dans le lavabo et sors de la maison, incrédule.

C’est un fait, la voiture a changé de place. Je l’avais garée côté conducteur le long du trottoir, elle se trouve désormais dans l’autre sens !

Je me précipite dans la chambre pour vérifier si les clés sont toujours à leur place. Elles sont bien là où je les avais laissées, dans le tiroir de la table de chevet. Je m’empare du trousseau d’une main légèrement tremblante et retourne dans la rue.

En ouvrant la portière je suis à nouveau assailli par cette odeur un peu âcre perçue sur l’aire de repos deux jours plus tôt. Je tourne la clé de contact pour allumer l’ordinateur de bord. Je tiens absolument à vérifier un détail. J’avais remis le compteur à zéro au départ de mon domicile. En arrivant ici, il affichait sept cent deux kilomètres. Il approche désormais des sept cent quarante…

Je reste un instant indécis. Un dysfonctionnement de l’ordinateur de bord ne saurait expliquer à lui seul que la voiture ait physiquement changée de place. Je dois me rendre à l’évidence, quelqu’un a trouvé le moyen d’emprunter le véhicule à mon insu.

Cette fois-ci je prends l’affaire très au sérieux. Il est hors de question de laisser courir le risque de voir le véhicule se faire dérober ou accidenter. Je n’ose imaginer mon embarras vis-à-vis du vieil homme qui me l’a si généreusement prêtée.

Je décide donc sans plus tarder de faire l’acquisition d’une canne de blocage au centre commercial de la ville voisine. Je file chercher mes papiers avant de m’installer derrière le volant bouillant de la voiture. Sitôt le moteur allumé, j’active le bouton de la climatisation et la température chute rapidement pour se stabiliser autour d’un confortable vingt degrés.

Une odeur piquante règne toujours dans l’habitacle. Un bon nettoyage ne ferait pas de mal à la berline et je me promets de confier la voiture à une station de lavage avant de la remettre à monsieur Boulier.

Je cherche du regard la voiture de monsieur Boulier au milieu de l’immense parking du centre commercial. Comme d’habitude, je n’ai pas fait attention au numéro de rangée dans laquelle je me suis garé. Je longe une première allée, puis une seconde et reconnais enfin le cabriolet grenat auprès duquel je me souviens avoir laissé la voiture. Mais cette dernière n’est plus là…