L'ombre de Pesadilla - Ludwig Louton - ebook

L'ombre de Pesadilla ebook

Ludwig Louton

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Opis

La science suffira-t-elle à sauver Pilar ?

Pilar travaille dans une chaîne de fast-food où elle n’attend plus grand-chose des différentes rencontres qu’elle fait. Un soir, poussée à bout, elle décide de mettre fin à ses jours. Des savants récupèrent son corps afin de le recycler en machine, mais ils ne réussissent à effacer ni sa mémoire ni sa personnalité. Pour négocier sa libération, Pilar va accepter d’exécuter un travail illégal. Pour cela, elle accède à la technologie des « cerceaux » qui, une fois mis en place, lui permettent de se rendre d’un lieu à un autre… instantanément.
Traquée par la police, elle va devenir la femme la plus médiatisée de Subdavie. Perçue comme une mercenaire par les uns, comme une justicière par les autres, dès la nuit tombée, elle devient : Pesadilla.

Un roman au rythme effréné, à mi-chemin entre Fantasy et science-fiction !

EXTRAIT

Au lycée, j’ai changé. Les gars de terminale me paraissaient matures, je voulais leur plaire et j’ai commencé à m’habiller dans le vent. Mais coucher avec moi, c’était juste pour m’essayer. Après trois aventures, j’ai compris que ce n’était pas pour moi qu’ils me demandaient de sortir. Et à partir de ce jour, je me suis donnée un délai pour les faire languir, pour connaître leurs véritables intentions... Nico a été le dernier et il n’a pas tenu les trois semaines. Lui, ses intentions étaient claires et malheureusement, mes précautions ne m’ont pas empêchée de tomber amoureuse... comme une conne.
Une fille plate s’assoit à l’arrêt de bus et son copain enlace ses épaules. Il est beau et en plus, il ne l’a pas choisie pour ses seins. Non, il la juge sur autre chose, sur ce qu’elle est.
Ils s’embrassent et j’ai envie de hurler, d’écraser mon poing sur la vitre. Elle l’aime, il l’aime ; leurs regards, leurs baisers, ça n’a rien de comparable avec ce qu’on m’a donné. J’ai la rage au ventre, j’ai le cœur fendu.


À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1983, Ludwig Louton commence à écrire des histoires dès son plus jeune âge en remplissant ses cahiers de brouillon de collégien. Il prend immédiatement goût à l’écriture et partage son imaginaire, sous forme d’épisodes, avec ses camarades. Aujourd’hui, il se consacre principalement à la science-fiction et aux récits érotiques.

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PRÉSENTATION DE L'AUTEUR

Né en 1983, Ludwig Louton commence à écrire des histoires dès son plus jeune âge en remplissant ses cahiers de brouillon de collégien. Il prend immédiatement goût à l’écriture et partage son imaginaire, sous forme d’épisodes, avec ses camarades. Aujourd’hui, il se consacre principalement à la science-fiction et aux récits érotiques.

RÉSUMÉ

Pilar travaille dans une chaîne de fast-food où elle n’attend plus grand-chose des différentes rencontres qu’elle fait. Un soir, poussée à bout, elle décide de mettre fin à ses jours. Des savants récupèrent son corps afin de le recycler en machine, mais ils ne réussissent à effacer ni sa mémoire ni sa personnalité. Pour négocier sa libération, Pilar va accepter d’exécuter un travail illégal. Pour cela, elle accède à la technologie des « cerceaux » qui, une fois mis en place, lui permettent de se rendre d’un lieu à un autre… instantanément. Traquée par la police, elle va devenir la femme la plus médiatisée de Subdavie. Perçue comme une mercenaire par les uns, comme une justicière par les autres, dès la nuit tombée, elle devient : Pesadilla.

Je tiens à remercier les lecteurs qui dévorent mes récitset me donnent le plaisir d’écrire jusqu’au mot fin.

Je tiens à remercier plus particulièrement mon ami et collègue Elric Kahn qui,par deux fois sur ce roman, m’a trouvé une solution alors queje me trouvais dans l’impasse.

PROLOGUE

La Subdavie est un pays voisin de la France et de l’Espagne d’une superficie de 308 940 km2 et comptant 32,8 millions d’habitants. Pour les plus curieux d’entre vous, je vous invite à lire ce petit condensé sur l’histoire de la civilisation Subdave. Pour les moins curieux, l’extraordinaire histoire de Pesadilla vous attend déjà, avec en annexe, la définition des sigles employés par la police.

En l’an 58 av. Jésus-Christ, le territoire de Subdavie est conquis par l’Empire romain qui s’étend depuis la Gaule à travers les forêts, remportant des séries de victoires faciles sur les tribus désunies subdaves.

Au milieu du Ve siècle, Attila décide d’envahir la Gaule. L’Empire romain s’allie alors à de nombreux guerriers barbares subdaves pour l’aider à vaincre l’envahisseur, mais il apparaît alors faible face aux tribus. Les deux rois des territoires Subdaves fédérés finissent par agir indépendamment de l’Empire. En 482, les querelles entre les Nord-Subdaves, les Sud-Subdaves et les Wisigoths affaiblissent les trois royaumes qui ne peuvent empêcher l’incursion des Francs. En 512, toute la Subdavie est annexée au royaume de Clovis.

En 843, l’empire Carolingien est divisé entre les quatre fils de Louis-le-Pieux : Lothaire, Charles-le-Chauve, Louis-le-Germanique et Eudes-le-Petit. C’est ce dernier qui héritera du territoire subdave malgré son jeune âge et qui doit affronter dans les années 850 les raids vikings. Le peuple affaibli ne croit plus en son souverain et dans les régions reculées, la langue subdave reprend le dessus pour s’éloigner du français des nobles.

En 877, à la mort de son frère aîné, Eudes-le-Petit crée une alliance avec les souverains chrétiens d’une Espagne en pleine reconquête religieuse, afin d’acquérir son indépendance vis-à-vis des Francs. La Subdavie Unifiée naît. Eudes-le-Petit renoue avec le peuple. Son fils, Pépin-le-Modeste, lui succède à sa mort en 889. Le nouveau roi instaure une manière de gouverner et de communiquer avec le peuple très en avance sur son époque et assure ainsi une paix particulièrement stable au sein du royaume pendant près de mille ans.

En 1808, Napoléon Bonaparte attaque audacieusement les frontières de l’Espagne et de la Subdavie simultanément. Bien que particulièrement affaibli par une guerre de six ans, Bonaparte élargit son empire sur le territoire Subdave.

En 1813, le peuple Subdave se retourne contre l’Empire. Ce dernier, décimé par le conflit avec la Russie se rend le 25 septembre 1813. Ce jour devient celui de la fête nationale et voit se créer le drapeau violet-blanc-violet que l’on a tous vu agité dans les stades. Dès lors, le peuple élit un nouveau souverain qui sera appelé Prince et non plus Roi. Ce dernier perd une partie de son pouvoir, car le peuple met en place une assemblée citoyenne pour écrire et voter les lois.

En 1915, la Subdavie s’engage tardivement aux côtés de la France lors de la Première Guerre mondiale, mais apporte un soutien décisif.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Subdavie sert de refuge aux déportés. Le pays est bombardé par les Allemands alors qu’il accueille sur ses côtes, bateaux et avions Alliés. Le prince Francis II meurt dans le pilonnage du palais en 1943.

Les Américains décident de contourner la Subdavie plutôt que de la traverser pour rejoindre les côtes anglaises et surprendre les Allemands, persuadés de voir arriver les Alliés depuis les côtes subdaves par la mer Scindée.

En 1947, les citoyens organisent un référendum sur le retour ou non d’un prince à la tête du Pays. Le prince Sébastien Ier est élu à 72 % des voix, illustrant l’unité d’opinion des Subdaves. Il est aujourd’hui toujours en place.

En 1960, la Subdavie fait son entrée au sein de la CEE et en 1999, les Subdaves votent le passage à l’Euro avec 69,9 % des voix.

Aujourd’hui, la Subdavie est réputée pour son détachement de la religion ; 58 % des Subdaves se disent athées. On connaît également l’implication exemplaire des citoyens dans les gestes écologiques de la vie quotidienne. Ils sont les plus friands en Europe des nouvelles technologies propres et des maisons aux concepts HQE. Les surfeurs y trouvent quant à eux les meilleurs spots sur la côte Atlantique.

Hélas, ses deux plus grosses villes, Plinthe et Organe sont pointées du doigt par les autres pays membres de l’Europe. Ces villes sont aujourd’hui les plates-formes principales du trafic d’armes et de drogue en provenance d’Amérique du Sud. Malgré de nombreux raids de la police sur tout le territoire avec des moyens modernes et des procédures simplifiées, les commerces illégaux continuent à prospérer dans les quartiers malfamés...

Pour des facilités de lecture, la majorité des noms subdaves a été traduite et un petit mémo sur le fonctionnement de la police a été glissé à la fin du roman.

Notre histoire commence aux abords de Plinthe, la capitale de la Subdavie, plus exactement à Saint-Vincent (Lubœk-Vássent en Subdave) près des barres d’immeubles où la population est majoritairement immigrée.

LE SAUT

Je m’appelle Pilar Almagro. J’ai horreur de ce prénom. L’Espagne regorge de prénoms en A, mais ma mère trouvait ça exotique. Sérieux, un prénom qui finit en « Ar », ça ne fait pas vraiment féminin. Et puis j’ai eu droit à divers jeux de mots complètement nazes, voire même obscènes et pas toujours logiques. Pilar... on croirait le nom qu’on donne à du vomi. Quand j’étais petite, je détestais ce prénom. Je voulais qu’on m’appelle Amandine. Aujourd’hui, je suis habituée, il ne me fait ni chaud ni froid ce prénom, il a juste l’avantage d’être peu courant.

Vendredi 3 octobre 2008 – 18 h 16

Cité du Hautmont, St-Vincent

— Tu as vraiment un beau prénom, me murmure Nicolas à l’oreille.

Son souffle chaud sur mon lobe me met mal à l’aise.

— Ouais, c’est ça ! soupiré-je. Je n’en connais pas de pire. Arrête de me jouer du violon.

— Tu aurais pu t’appeler Ghislaine ou Germaine... Gertrude ou pire, Gilberte.

Sur ce coup, là il n’a pas tort, ça fait un sacré nombre de prénoms en G bien vieillots.

Nous sommes assis sur un muret, au bord de la route nationale six. Je suis dos contre lui. Les garçons apprécient d’avoir une fille de quarante kilos sur les genoux. Je ne suis pas bien grosse et encore moins grande. Mais ma poitrine n’est malheureusement pas aussi menue que mon corps. Nicolas a calé le bras dessous et il m’embrasse sur la nuque.

— Quand est-ce qu’on fait l’amour ?

— Quand je le déciderai, réponds-je sèchement.

— Tu es une vraie torture pour un homme. Accepterais-tu de me donner un aperçu en gage de mon attente ?

— Si tu veux une pipe, c’est non.

— Montre-moi juste tes seins.

— Si tu es sage, peut-être, minaudé-je.

— Et si on le faisait là ? On se cache un peu derrière la haie...

— Non, non, non, tu attendras pour ça.

— Ne fais pas ta sainte-nitouche.

— Mais non, je ne veux pas ! dis-je en riant à moitié.

— Va, soupire-t-il. De toute façon, je te quitte.

Il se lève brutalement. Je reste scotchée sans savoir quoi dire, les yeux en soucoupes.

— Ben quoi ? fait-il avec une tête d’abruti. Il s’éloigne et me laisse seule. Je hurle :

— Enculé !

Je le vois lever la main pour me faire un doigt d’honneur par-dessus son épaule.

Je le croyais romantique, je le croyais patient. Il a juste été meilleur menteur que les autres. Je commençais à y croire et mes espoirs se brisent comme une pyramide de coupes à champagne. Le vent vient agacer mon nombril. Je rabaisse mon débardeur puis ferme mon blouson en cuir.

Les larmes commencent à baigner mes yeux. Une envie de me jeter sous les roues d’une voiture avant qu’il ne soit parti trop loin me saisit aux tripes. Une envie forte. Une envie de me venger de lui, une envie de lui faire regretter de m’avoir confondue avec une pute... ou plutôt une salope, car la pute, on la paie. Je le fais ? À trois !

Un...

Deux...

« Tudulut ! tudulut ! »

Réflexe conditionné : je sors mon portable de ma poche de jean. Un message de Carine :

« Tu vas être en retard. »

Je soupire et je me rapproche de l’arrêt de bus. Sauvée par le téléphone. Quelqu’un là-haut ne veut pas que je meure. Un ado assis sur le banc pose son regard sur ma poitrine. Je le fixe droit dans les yeux avec fureur puis il dévie ses yeux. Connard de mec. Tout ce qu’ils veulent c’est une paire de seins. Tout ce qui les fait fantasmer, c’est la branlette espagnole ; malheureusement pour moi j’ai ce qu’il faut et ça les attire comme des mouches. Depuis que j’ai neuf ans, les garçons veulent les voir.

Petite, ça me faisait rire, j’étais la seule et pour mes amoureux, on se voyait en cachette et j’exigeais donnant-donnant. Puis j’ai découvert le collège, les

garçons qui ne parlent que de fesses et de nichons, je suis devenue un sujet de discussion, un truc qu’on mate, une fille à qui on dit que mettre des vêtements plus ouverts, ça irait bien. Mais j’étais loin d’être idiote.

Au lycée, j’ai changé. Les gars de terminale me paraissaient matures, je voulais leur plaire et j’ai commencé à m’habiller dans le vent. Mais coucher avec moi, c’était juste pour m’essayer. Après trois aventures, j’ai compris que ce n’était pas pour moi qu’ils me demandaient de sortir. Et à partir de ce jour, je me suis donnée un délai pour les faire languir, pour connaître leurs véritables intentions... Nico a été le dernier et il n’a pas tenu les trois semaines. Lui, ses intentions étaient claires et malheureusement, mes précautions ne m’ont pas empêchée de tomber amoureuse... comme une conne.

Une fille plate s’assoit à l’arrêt de bus et son copain enlace ses épaules. Il est beau et en plus, il ne l’a pas choisie pour ses seins. Non, il la juge sur autre chose, sur ce qu’elle est.

Ils s’embrassent et j’ai envie de hurler, d’écraser mon poing sur la vitre. Elle l’aime, il l’aime ; leurs regards, leurs baisers, ça n’a rien de comparable avec ce qu’on m’a donné. J’ai la rage au ventre, j’ai le cœur fendu.

Le bus me dépose au KGB, le King Glouton Burger. J’entre par la porte de derrière pour tourner immédiatement dans le vestiaire. J’y enfile mon uniforme, j’attache mes cheveux bruns qui ont tendance à me faire ressembler à un palmier puis je coiffe la casquette. Le petit miroir que j’ai collé dans mon casier me renvoie mon visage, mes yeux noirs, mon petit nez, mes grandes boucles dorées pendues aux oreilles. Une fois sur deux je me trouve jolie dans un miroir... mais juste de visage. J’ai une peau dorée que je tiens de mon père Espagnol.

Je serais jolie si j’avais un peu de fesses. Mais je n’ai rien d’autre que mes seins trop lourds pour mon mètre quarante-huit.

J’arrive derrière le comptoir. Ça respire la friture et le hamburger. Mes collègues me saluent. Il y a Wamina la Black et Carine qui me sourit. Elle, elle est si belle de visage. Elle n’a pas de seins et trop de fesses. Je crois qu’on échangerait un peu toutes les deux si on pouvait. Elle est douce et gentille. Elle tomberait amoureuse de moi, je lui dirais oui immédiatement. Je crois que j’aimerais bien qu’une fille m’aborde, juste pour essayer. Ça ne pourrait qu’être mille fois mieux qu’avec un mec.

— Tiens ? Tu dépasses du comptoir ? Ils t’ont installé un escabeau ?

Je sors de ma rêverie et me tourne vers mon premier client... Nicolas. Je réplique sèchement :

— Bonsoir. Sur place ou à emporter ?

— Sur place, répond-il avec un sourire débile.

— Je vous écoute.

— Je vais prendre, le menu Carcajou Maxi avec un cola et une grande frite.

Je remplis le gobelet au distributeur et je lui jette à la figure. Nicolas se retrouve trempé et tout le monde le regarde.

Il se tourne vers un jeune boutonneux maigrichon.

— Quoi ? T’as un problème ?

— Non, non pas du tout.

— Si t’as un problème !

Et il lui colle une droite.

— Putain Nico arrête ! hurlé-je.

Mickaël surgit des cuisines et tente de maîtriser mon ex. Nicolas lui colle un coup de tête. Mickaël le ceinture et le sort du restaurant.

— Je vais porter plainte ! hurle Nicolas.

— Ouais c’est ça ! lance Mickaël avec sa belle voix de Black.

Mickaël est beau, musclé, gentil, bref, l’homme idéal, mais il ne sort qu’avec des noires aux longues jambes. Et même s’il a eu une blonde une fois à son bras, une petite hispanique d’un mètre quarante-huit, ça ne l’intéressera jamais.

Quant à Nicolas, comment j’ai pu sortir avec ça ? Mon cas est désespéré...

Je me tourne vers le garçon maigrichon. Je me sens coupable.

— Je suis désolée.

— Ce... ce n’est pas votre faute.

— Vous allez bien ?

— Oui.

Il me sourit.

— Je vais prendre votre commande.

Il regarde les panneaux en rajustant ses lunettes et me passe sa commande.

— C’est moi qui offre, annoncé-je.

— Mais il ne faut pas.

— Si, c’est ma faute. De toute façon, vous n’avez pas le choix, prenez.

Il sort avec son plateau. Carine me jette un regard de reproche. Ce n’est pas pour le fait que je vais mettre de ma poche dans la caisse, mais parce que je prends la responsabilité de l’incident.

La soirée passe. Les clients sont de moins en moins nombreux. Je me faufile entre les tables et j’essuie avant de revenir une ultime fois au comptoir. Un grand mec avec une casquette s’approche, ses épaules tanguant bizarrement à gauche et à droite.

— Eh ! Putain ! Votre burger il est froid !

— Je vais vous en donner un autre.

— Et en plus, ne t’excuse pas ! s’énerve-t-il.

— Excusez-moi. Je suis fatiguée, j’ai oublié.

— Hey, mais j’en ai rien à foutre que tu sois fatiguée ou que tu aies tes règles. Tu me files de la bouffe froide ! C’est quoi ça ?

— Écoutez, je m’excuse, ce n’est pas moi qui prépare les burgers.

— Rien à battre de tes excuses.

— Faudrait savoir, grommelé-je.

— Qu’est-ce que tu dis ?

Je me retourne pour lui prendre un autre burger et il s’enflamme :

— Hey ! Retourne-toi quand j’te parle ! Ça ne te ferait rien de le dire en face ! J’obéis en posant le burger et je baisse les yeux, lassée.

— Regarde-moi quand j’te parle.

Je lève les yeux et il me crache à la figure.

— Maintenant, va me chercher un autre burger.

Trop, c’est trop. Je lui montre mon majeur et articule :

— Va te faire foutre.

Je m’essuie le visage avec une serviette en papier. Il prépare un autre molard qu’il dévoile entre les lèvres. J’esquive juste à temps, et par chance, son crachat. Mickaël le voit. Il l’interpelle en marchant à grands pas vers nous :

— Oh !

— Hey mec ! La p’tite pute elle ne veut pas me filer un autre burger.

Je saisis celui que j’avais posé sur le comptoir et lui lance dans la gueule.

— Eh ben tiens, bouffe-le avant qu’il soit froid connard ! !

Bizarrement, il ne réagit pas et retourne à sa place avec son burger. Quand y a un Black musclé à côté, comme par hasard, on se calme. La tension retombe et les larmes me montent aux yeux. Je les retiens comme je peux et Mickaël me dit :

— Rentre, je vais badger pour toi. Je crois que tu l’as mérité.

Je traverse les cuisines vers le vestiaire et je fonds en larmes devant mon casier. Trop de choses ce soir... trop de choses m’ont crevé le cœur et mis les nerfs à vif.

Je sors du KGB avant tout le monde. Je marche, les joues ruisselantes. À vrai dire, les lumières des réverbères sont brouillées, les phares des voitures sont flous. Je n’ai même pas envie de prendre le bus quasiment vide dans lequel j’ai toujours peur de me faire agresser. Et si je me retrouvais avec le bouffon cracheur ?

Je n’ai pas envie de monter les dix étages jusqu’à mon appartement dont l’ascenseur est en panne. M’allonger sur mon lit me ferait du bien, mais je ne sais pas si j’en ai envie. Il n’y a rien dans ma vie. Une taxe d’habitation qui m’attend sur ma table et que je vais payer en retard si je continue à l’oublier. Vie de merde. J’en ai marre ! Juste ici pour bosser dans un fast-food et payer des taxes, sans véritables amis sincères, sans amour, une vie qui mène nulle part. J’en ai marre ! À prénom de merde, vie de merde. J’en ai vraiment trop marre ! Je suis à bout, je n’ai plus de force, je ne sais plus quoi faire ! Marre, marre, marre !

Un camion arrive au loin sur la rocade qui passe sous la nationale. Ses phares brillent comme s’ils me faisaient un signe. Pas question d’attendre qu’il soit passé ! Je réponds au signal !

Je saute sur le muret et je m’élance, les bras écartés.

Mon pied se prend dans la petite balustrade métallique, je fais un soleil et je vois le ciel sans étoile pendant ma chute. Nous sommes à une demi-seconde de l’impact.

LA SALLE BLANCHE

De l’eau. J’ai touché de l’eau. Je pensais ressentir un choc plus violent. Ou bien le camion transportait une piscine. Est-ce qu’on est censée continuer à penser quand on meurt ? Suis-je morte ou bien juste inconsciente, dans le coma ? Il fait noir, mais il fait bon. Est-ce ça la mort ? Je ne peux pas bouger ? Je n’ai pas de corps ? Et si j’ouvrais les yeux ?

Vendredi 10 octobre 2008 – 12 h 40

Lieu inconnu

Je ne suis pas morte. Un plafond gris en métal me surplombe, ou me fait face. Je ne sais pas si je suis allongée ou debout. Je ne peux pas bouger les yeux mais il me semble que c’est le plafond. Peut-être est-ce le sol et que je ne suis qu’un fantôme surplombant une salle de chirurgie. Mais je ne vois pas de dépouille ni d’appareillage.

Une voix robotique me fait sursauter intérieurement :

— Réinitialisation cérébrale terminée. Reconnexion des sens terminée. Reconnexion de la fonction musculaire en cours.

Je sens mon corps reprendre vie. Je peux bouger les yeux, ouvrir la bouche. J’ai la gorge sèche. J’ai très soif. Je remarque une demi-sphère noire au plafond, comme les caméras de sécurité du centre commercial.

La pièce est horriblement silencieuse. Mes sens s’emparant petit à petit de mon corps, je prends conscience que je suis nue. Tous mes membres reviennent à la vie et je plie les jambes avant de me redresser.

Quelque chose me fait comme un poids dans mon dos. Par-dessus mon épaule, je vois trois tuyaux flexibles qui sortent du dossier de mon lit blanc. Ils pénètrent apparemment entre mes omoplates. Du bout des doigts, je cherche à comprendre comment ils sont attachés. Il n’y a pas de cicatrice. Je sens juste un fin couronnement métallique. Qu’est-ce que c’est que ça ? Comment se fait-il que mon corps soit intact ? Comment se fait-il que je sois nue ?

Je pose les pieds au sol. La surface métallique est tiède et je constate au passage qu’on a parfait mon épilation des orteils aux oreilles. Un pervers. J’ai été capturée par un pervers. Je vérifie que mes cheveux sont toujours présents.

« Dzzzz. »

Je me tourne vers le bruit. C’est le bras tenant les flexibles qui se dresse verticalement au centre du lit. La tension sur mes épaules devient moins forte et je peux tourner autour, il suit mes mouvements en pivotant. La pièce aux murs blancs est circulaire. Il n’y a pas de porte. Soit c’est dingue, soit elle est dissimulée dans le mur.

— Il y a quelqu’un ? demandé-je à haute voix.

Il n’y a rien de plus angoissant que le silence.

J’ai la gorge sèche et j’ai soif. Du regard, je fais le tour de la pièce. C’est vraiment très étrange. Il n’y a que moi, attachée à un poteau central. Je tourne en rond pendant cinq minutes. Les câbles dans mon dos me suivent et la caméra également. J’ai horreur d’être nue ailleurs que chez moi, horreur d’être nue sans savoir pourquoi, horreur d’être observée après avoir été épilée. Je me demande quel genre de psychopathe pervers me mate. Si le seul nom qui me vient est celui de Nicolas, je sais qu’il n’est pas assez futé ni riche pour s’offrir une installation pareille.

— Montrez-vous ! hurlé-je à la caméra.

Je reste seule dans cette immense pièce vide, sans même un écho. J’ai soif !

— Hey ! J’ai soif !

Un déclic se fait entendre. Je me tourne vers le bruit. Un des murs a une trappe dissimulée qui vient de se lever. Un plateau monté sur des roulements à billes glisse jusqu’à moi et la trappe se ferme. Il porte une bouteille d’eau.

Je la saisis et le petit plateau repart. Je bois quelques gorgées avant de m’apercevoir que, gorge déployée, je suis en train d’offrir un spectacle au pervers.

— Tu n’as pas bientôt fini de me mater ? ! crié-je.

J’en ai marre qu’il me regarde mais à vrai dire, si c’est un fou dangereux, peut-être vaut-il mieux qu’il reste derrière un écran. Je me demande ce qu’il me réserve et ayant vu la série des films Saw, je ne suis pas rassurée du tout.

— Bonjour, fait une voix synthétique genre robot de vieux films de science-fiction.

— Qu’est-ce que vous me voulez ?

— Nous avons récupéré votre corps lorsque vous l’avez jeté par-dessus le pont. Nous voulons l’utiliser. Malheureusement, au vu de vos réactions, le formatage de votre cerveau a échoué. Dans ce cas précis, nous ne pouvons pas utiliser votre corps.

Je reste abasourdie. Je ne sais pas quoi dire, jusqu’à ce que les flexibles branchés dans mon dos me rappellent que je suis attachée.

— C’est quoi ces tuyaux ? Pourquoi vous m’avez fait ça ?

— Notre technologie est très limitée. Nous la testons pour la première fois. Ces trois câbles sont branchés directement sur votre colonne vertébrale. La première fonction est de remplacer progressivement vos muscles et votre épiderme par un tissu de synthèse plus performant. Tous vos organes y compris vos os ont été soumis à cette mise à jour. Notre technologie ne permet pas de composer un être humain car cela est beaucoup trop complexe, tandis que modifier un humain déjà conçu est beaucoup plus facile. À titre d’exemple, nous avons pu réparer les molaires contenant du plomb et effacer les cicatrices que vous aviez. Nous avons pu également supprimer à la base le système pileux que beaucoup d’humains s’efforcent d’enlever tout au long de leur vie. Nos tissus se réparent plus rapidement et facilement.

— Mais pourquoi vous me faites ça à moi ?

J’hésite entre pleurer et rager, alors qu’au fond je pourrais les remercier pour mes caries.

— Nous nous trouvions sur place au moment où vous avez abandonné votre corps. Nous l’avons récupéré et réparé avant qu’il s’arrête de fonctionner et se détériore trop.

— Mais qu’est-ce qui vous donne le droit de prendre un corps comme ça ? ! m’emporté-je.

— Vous l’avez abandonné.

— Mais je suis encore dedans !

— En effet. Notre technologie, bien qu’avancée, ne peut malheureusement pas rivaliser avec la complexité du cerveau. Notre technologie ne peut ni imiter le vieillissement ni réapprendre au corps tous ses réflexes et fonctionnalités de base. Nous avons donc voulu garder une partie de vos données mémorielles afin de nous assurer un corps fonctionnel. Malheureusement, ce formatage a échoué.

— Mais c’est quoi ce truc de dingue ? murmuré-je pour moi-même. Vous avez échoué. Alors maintenant, libérez-moi.

— Nous sommes désolés. Vous représentez une menace. Vous resterez dans cette salle jusqu’à ce que notre technologie dispose de la capacité de reformater un cerveau en conservant son essentiel. À titre d’exemple, le langage.

— Mais vous n’avez pas le droit ! crié-je.

— Nous allons vous déconnecter pour une durée indéterminée.

Les câbles se détachent de mon dos et rentrent dans le pilier qui s’enfonce dans le sol, et je me retrouve seule dans la pièce circulaire... seule avec un lit et une bouteille d’eau.

— Laissez-moi sortir !

La voix ne répond pas.

— Vous n’avez pas le droit de me garder prisonnière !

Pas de réponse, pas de vrombissement.

— Libérez-moi ! m’égosillé-je.

Je n’ai que le silence en guise de réponse... le silence.

Vendredi 10 octobre 2008 – 16 h 16

Lieu inconnu

Le temps passe. C’est trop silencieux... à devenir folle.

Je finis par m’asseoir par terre. Je passe les mains dans mon dos et je touche le métal tiède des trois ronds qui se trouvent entre mes omoplates. Ils ne sont pas profonds, deux ou trois millimètres. Pour un diamètre inférieur à deux centimètres. Ils sont assez sensibles pour que je sente mes doigts dessus.

Vendredi 10 octobre 2008 – 16 h 41

Lieu inconnu

Je me relève et je tourne encore en rond. La pièce n’est pas assez grande pour me contenter. Puis les minutes passent alors je me rassois, avec la peur de devenir folle.

Je m’assois près du lit et pose mon coude dessus.

Je regrette d’avoir sauté. Je ne comprends même pas pourquoi je l’ai fait. Nicolas ne mérite franchement pas que je meure pour lui. Je ne suis même pas vraiment amoureuse. C’est juste un surplus de déception, la goutte qui a fait déborder le vase dans une vie où rien ne me convient.

Je m’allonge doucement sur le dos, à même le sol, puis je cale ma tête dans le creux de mes mains. La caméra doit bien me voir de face, mais je n’y pense pas. Je l’ai occultée et je ne vois que le plafond.

Je songe. Je repasse ma vie et ses bons moments. Les soirées au lycée d’où je rentrais bien déchirée, aux gens que j’ai côtoyés. Olivia par exemple. Qu’est-ce qu’on a fait comme conneries toutes les deux ! On s’est rencontrées au collège. Elle a déjà un gosse. Ma mère dit que vingt-trois ans c’est un peu jeune... Elle a peur que je me précipite et que j’élève un gosse sans père. N’empêche qu’elle aimerait bien que j’aie un petit bébé. Elle adore les tout petits. J’adore ma mère, sérieux.

Je ferme les yeux trois secondes. Je pense à ma famille. Se suicider sans dire au revoir à ma mère, c’était franchement con. Je n’ai pas envie de l’imaginer pleurer en découvrant mon corps, sans comprendre ce qui m’est passé par la tête. Et puis, une semaine de vacances auprès d’elle aurait suffi à me faire oublier mes malheurs. On aurait cuisiné, fait du shopping.

Plutôt que de chialer toute seule, j’aurais peut-être dû appeler ma sœur. Elle m’aurait fait la morale mais au moins elle m’aurait écoutée. Il y a quelque temps, j’aurais appelé Olivia, mais bon, ce n’est plus pareil maintenant qu’elle est mariée, avec son p’tit bout... Je l’ai fait une fois, venir chez elle. Mais maintenant qu’elle est maman, ce n’est plus pareil. Elle ne peut plus m’écouter et me consoler.

Je ne pense pas être une fille dépressive. Je ne me suis jamais taillée les veines. En fait, j’accumule, j’accumule. Et c’est comme ça dans tout. Quand on me fait chier, j’accumule et à la fin j’explose. D’habitude je m’éclate le poignet contre un mur, mais ce coup-ci ça ne m’aurait pas soulagée. Il me fallait plus ! Mais j’ai été trop conne.

— Ouais, j’ai vraiment été trop conne, articulé-je. Et du coup, je suis coincée ici. Au fait, moi c’est Pilar.

Je jette un œil au fauteuil qui ne me répond pas.

— Tu n’es pas bavard, soupiré-je.

Il faut que je sorte de cette prison.

— Hey ! crié-je ! Vous n’allez pas me garder toute la vie !

Vendredi 10 octobre 2008 – 17 h 22

Lieu inconnu

J’m’emmerde, j’m’emmerde... Et ce silence me stresse. Je n’ai pas sommeil et avec cette lumière, franchement, je ne pourrai pas fermer les yeux, même pas somnoler. Je commence à avoir un plan d’évasion.

J’empoigne la bouteille et je la bois lentement. Un filet s’échappe de ma bouche et je le laisse ruisseler sur mon menton puis tomber sur ma poitrine. Et si ça excite le pervers derrière sa caméra, ça ne peut que servir mes plans. Le fond de la bouteille est le plus dur à finir.

— J’ai soif ! crié-je en brandissant la bouteille vide à l’objectif.

La trappe s’ouvre aussitôt alors je bondis vers elle. Le plateau porte-bouteille passe entre mes jambes. Je me mets à quatre pattes et la trappe se referme sur mon mollet. Elle serre tout ce qu’elle peut. J’entends son petit moteur forcer.

Je la soulève avec mes mains. Je la tire vers le haut de toutes mes forces, jusqu’à pouvoir dégager mon mollet ensanglanté. Je reprends mon chemin à quatre pattes dans le conduit.

Après cinq minutes, je constate qu’il fait le tour de ma cellule mais il n’y a aucune autre sortie. Des trappes régulières au sol laissent supposer qu’elles peuvent s’ouvrir.

La trappe par laquelle je me suis enfuie s’ouvre. La voix m’interpelle :

— Revenez. Nous avons un accord à vous proposer.

Je retourne dans la salle blanche et circulaire à contrecœur. Je me redresse tandis que la trappe se ferme.

— Allongez-vous, nous allons soigner la blessure de votre mollet.

J’ai envie de lui dire que je me fous de ma blessure superficielle. Mais la raison me dit d’obéir, que ça sera plus facile pour connaître leur marché.

Allongée sur l’espèce de fauteuil de dentiste blanc, je sens les flexibles se fixer dans mon dos. Quelques secondes silencieuses défilent tandis qu’un fourmillement désagréable parcourt ma blessure. Puis, tout se calme. Les trois câbles restent ancrés dans mon dos mais le lit se redresse de manière à former un siège.

Au plafond, un ensemble de plaques se décale, laissant un bras articulé sortir un écran. Rien n’y apparaît mais la voix m’annonce :

— Nous acceptons de vous rendre votre liberté sous réserve que vous vous engagiez à ne pas détruire votre corps et que vous exécutiez la mission pour laquelle nous avions projeté d’utiliser votre corps.

Un silence se met en place. Je suppose que je dois répondre.

— C’est quoi cette mission ?

L’écran affiche des photos de l’entrée d’une entreprise ainsi que des photos aériennes des bâtiments et de leur enceinte. Mon hôte invisible reprend :

— Je vous présente la société Steiger Incorporation. Cette société est spécialisée dans la robotique de pointe. Ils gardent cet objet oblong. Je vous demanderai de ne pas poser de question. Votre mission est de le récupérer. Afin d’éviter la corruption, ils changent régulièrement le personnel de nettoyage. Nous nous sommes introduits dans l’une des sociétés sous-traitantes. Vous vous présenterez avec d’autres pour effectuer le ménage. Nous savons que l’objet se trouve dans le bâtiment D. Vous devez vous introduire dans ce bâtiment, voler l’objet et nous le ramener. Vous disposerez pour cela de divers matériels. Vous aurez trois cerceaux. Les deux premiers communiquent entre eux. Le dernier qui porte une étiquette verte servira à nous ramener l’objet. Nous vous laisserons un fusil lance-filets pour paralyser les gardiens si besoin. Vous avez une semaine. Une chose, notre technologie ne doit en aucun cas être aperçue et sachez que nous garderons un œil sur vous en permanence au cas où vous décideriez de ne pas exécuter nos ordres.

— D’accord. Mais... C’est quoi des cerceaux ?

— Ils permettent de se rendre d’un point A à un point B instantanément. Ils créent des passages qui permettent de traverser l’espace en un pas. Le cerceau A placé dans l’entreprise, vous pouvez y accéder depuis n’importe quel autre endroit sur Terre avec le cerceau B.

Je crois comprendre. Je hoche doucement la tête. Le cambriolage en question n’en sera que plus facile.

— Nous attendons votre réponse.

— J’accepte.

— Bien. Les flexibles vont stimuler votre mémoire, vos réflexes et vous permettre d’apprendre deux fonctions qui pourront être utiles à la mission.

Une table sort du sol. Il y a une arme dessus, un modèle mastoc.

— En temps normal, ce fusil lance des cartouches qui déploient un filet au moment où elles percutent leur cible. Pour l’exercice, les cartouches seront de simples balles en caoutchouc. Une cible munie de senseurs servira à vérifier la précision de votre tir.

Le mur s’ouvre pour laisser passer un robot semblable à un mannequin de crash-test avec une cible sur le torse.

— Vous disposez de quinze balles. Vous les tirerez une à une, jusqu’à toucher le centre de la cible avec perfection.

Le flingue n’est pas léger. Je le prends à deux mains, bras tendus. Je mets la cible en joue et je tire. Le coup se répercute dans mes épaules, plus fort que ce que je pensais. Je reprends l’arme fermement avec mes deux mains, comme le ferait une héroïne de Resident Evil. Je plie légèrement le bras tenant la crosse. Même nue je me sens dangereuse. Je tire !

Il me suffit de cinq coups pour toucher deux fois de suite la cible en son centre. Le robot se met alors en mouvement, d’abord en courant, puis en sautant. La salle n’est pourtant pas bien grande mais il est vif, le bougre. Cependant le défi me plaît ! Je sens que d’être reliée aux câbles me permet de m’améliorer réellement, pas hasardeusement. Ils m’aident à apprendre, à corriger, à ne jamais rater le centre de la cible. Je tire sans jamais le manquer, jusqu’à ce que mon pistolet soit vide.

Je repose l’arme vide sur la table et elle s’enfonce dans le sol.

Je suis assez fière de moi. Je suis également ravie d’avoir appris à manipuler un pistolet. Ce n’est pas désagréable. Je me sens comme l’héroïne de Tomb Raider. C’est excellent. Je sais, j’ai des références cinématographiques de ma génération.

Des petits cerceaux de vingt centimètres de diamètre et un drôle d’appareil arrivent avec la table montante tandis que le robot disparaît. La voix m’explique, tout en projetant ses schémas, que les cerceaux servent à se rendre d’un point A à un point B instantanément. Ils nécessitent une surface plane assez grande puisqu’une fois placés, ils mesurent un mètre cinquante de diamètre.

Ils ont un sens et s’accrochent à n’importe quelle matière, au béton comme au verre. Je lance le premier comme un Frisbee sur un mur, là où une croix était projetée. Mon cerceau ricoche et la voix me suggère de recommencer. Chose dite, chose faite. Une fois collé au mur, le cerceau s’agrandit instantanément. Un miroir d’eau apparaît en même temps.

— Parfait, placez le second cerceau sur le mur opposé.

J’obéis. Il s’agrandit et le miroir d’eau apparaît.

— J’attire maintenant votre attention sur la console. Vous aurez remarqué que chaque cerceau porte un symbole. À l’aide de votre console, vous pouvez choisir de les connecter entre eux ou même de les détruire afin qu’ils ne tombent pas dans les mains de gens peu recommandables. Nous allons maintenant vous débrancher des câbles et vous passerez dans le cerceau de votre choix une fois que vous les aurez interconnectés.

Je fais ce qu’il me dit. La pellicule d’eau devient à peine visible. Lorsque je m’approche du premier cerceau, libérée des câbles dorsaux, je me vois de dos. Je me retourne vers le cerceau numéro deux. Je me vois aussi dedans. Les deux cerceaux pourtant opposés l’un à l’autre ne forment plus qu’un seul. C’est réellement troublant. Je m’approche du numéro un et je vois toute la pièce à travers la surface de l’eau. Je vois la console posée sur la table télescopique à côté de la borne des câbles.

Je caresse l’eau du bout des doigts. Elle est chaude. Je passe mon bras et pivote la tête. Je peux voir mon bras émerger à l’autre bout de la pièce. Les murs seraient rapprochés, je pourrais me gratter le dos ou me pincer les fesses.

Je ne dis rien. Je suis estomaquée par un tel phénomène.

— Nous vous rappelons que vous devez passer à l’intérieur.

Je me glisse dans le cerceau pile à ma taille et je ressors trempée de l’autre côté de la pièce.

— Bien. Maintenant que vous avez acquis la connaissance du maniement des cerceaux et que nous vous avons briefée sur la mission, nous allons vous libérer. Avant que nous le fassions, avez-vous des questions ?

Je suis trop pressée de sortir.

— Non.

— Vous pouvez récupérer les deux cerceaux. La console possède des scratchs pour se poser sur votre bras.

Je m’en occupe. Des plateaux à billes surgissent par la petite trappe. L’un avec le fusil lance-filets et des véritables cartouches. Seulement trois filets par chargeur. L’autre transporte mes vêtements bien emballés. Le dernier amène un sac de sport qui renferme une blouse de travail de la société d’entretien ainsi qu’une fausse carte d’identité.

— Nous avons ajouté un numéro au répertoire de votre téléphone mobile. Il vous permettra de nous contacter au moindre problème.

J’enfile mon string, mon jean, ma brassière et mon blouson en cuir. Je chausse mes Converse montantes tandis que l’un des murs disparaît dans le plafond, laissant place à un cerceau.

— Une fois sortie, récupérez le cerceau à l’étiquette verte.

Impatiente de quitter cet endroit, je fourre le fusil et les cerceaux dans le sac de sport puis je traverse le mur d’eau. J’arrive trempée dans une cave d’immeuble qui pue la terre humide. Je suis un peu étonnée de l’endroit choisi.

Je sors du box et le portail se ferme. Je me retrouve dans le noir alors je tâtonne jusqu’à la veilleuse de l’interrupteur. Je récupère le cerceau qui se détache du mur aussi facilement que ceux de la salle. Il ne me reste plus qu’à sortir et rentrer chez moi. J’ai envie d’aller voir ma mère... mais la mission d’abord.

LA MISSION

Vendredi 10 octobre 2008 – 19 h 57

5 Les Églantiers, St-Vincent

Je viens d’arriver à mon appartement. J’ai marché dans la rue, trempée, alors que le vent glacé me faisait trembler et que les passants se retournaient. Je suis à cheval entre colère et soulagement d’être sortie de la Salle blanche.

Dans ma chambre, la peinture jaune s’effrite près des radiateurs. Une grande affiche de « El Laberinto del Fauno » cache le plus misérable des murs. J’enjambe mes vêtements qui traînent au sol puis je sors mon portable de ma poche de jean. Mon pompon en peluche est trempé. Je le presse dans ma paume pour l’égoutter. J’enveloppe le téléphone dans une serviette de bain et je l’allume. Apparemment, celui qui m’a séquestrée l’a coupé. J’ai des messages de Carine comme de mon employeur, mais je préfère ne pas y répondre. La date m’indique qu’il y a une semaine que je n’ai pas donné signe de vie. Je compte prétexter une fièvre m’ayant clouée au lit mais j’attends de voir si je peux me faire faire un faux certificat médical par la Voix. Cela fait tellement plaisir de voir que seul mon employeur se soit inquiété de mon absence. Rien de ma famille.

Je m’assois sur mon lit puis j’ouvre le sac de sport. Il y a un manuel à l’intérieur. Je l’ouvre et je le feuillette. Cela concerne les cerceaux mais je connais le principal. La programmation horaire, je m’y intéresserai un autre jour. La console est fournie avec un grand scratch pour être fixée sur le bras. Je réfléchis à la façon de récupérer tous les cerceaux après le cambriolage. À moins de trouver un local où on ne trouvera pas le dernier cerceau, il me faudra le détruire. Un local d’entretien, un atelier fouillis... Ou bien je peux le coller sous une table de réunion assez grande afin que le cerceau puisse être déployé.

Il ne faut pas que je rate l’emplacement de mon cerceau d’entrée. Le cerceau de sortie, quant à lui, je peux le placer chez moi. Il va falloir que je trouve une cagoule et même que j’évite les caméras de sécurité car, à mon avis, vu ma taille et ma silhouette, on me reconnaîtra.

Je me couche, un peu anxieuse... bon d’accord, très anxieuse.

Dimanche 12 octobre 2008 – 19 h 48

5 Les Églantiers, St-Vincent

Cela fait deux jours que je tourne comme une lionne dans mon appartement. Mon PC portable est posé sur mon lit. J’ai laissé MSN ouvert mais je suis notée absente. Je suis sous ma douche. J’ai besoin de décompresser. Je n’arrête pas de penser à demain, au vol que je vais devoir commettre sans savoir pourquoi. J’ai envie d’en parler à quelqu’un sur MSN mais je n’ose pas. De toute manière, qui aurait envie de me croire ?

Je coupe l’eau, je pousse le rideau et enjambe le bord de ma baignoire. Je jette un œil vers le miroir qui surplombe l’évier. Le profil de ma poitrine me fait rougir. Mes seins sont plutôt beaux ; peut-être que le pervers me les a améliorés légèrement. Je regarde la cambrure accentuée de mon dos. Je crois que je l’ai justement parce que j’ai des seins trop lourds.

Je les pose sur l’évier. J’envie ces filles qui ont un torse bien galbé et ferme. Je fais une grimace sans le vouloir. Je lève le bras, je regarde mon aisselle. Rien. Je passe la main. La peau est parfaite. Mes jambes aussi, comme mon abdomen.

Je tourne le dos au miroir. Je veux voir les trois cercles métalliques enfoncés entre mes omoplates. Il y a des diodes bleues sur leur pourtour qui brillent. J’éteins la lumière. Au début, je ne vois que leur reflet et puis mes yeux s’habituant, je me vois, plongée dans une pénombre bleutée.

— Si je perds mon job, je pourrai me faire embaucher comme luminaire, conclus-je.

Lundi 13 octobre 2008 – 8 h 00

13 rue Aaron Leplan, St-Vincent

— Bienvenue Mademoiselle Garcia.

C’est mon nom de femme de ménage : Amanda Garcia. Mon employeur est un petit barbu grisonnant sur les tempes et le menton, à cheval entre une caricature d’un psychologue et Régis Laspalès, le comique français.

— Alors, le lundi, le mercredi et le vendredi, entre midi et treize heures, vous devez vous trouver à la société Duflanc, il faut vider les poubelles, remplacer les rouleaux de papiers toilettes qui manquent et c’est tout.

— Ah bon ?

— Oui oui. Le ménage est fait le soir mais ce ne sera pas vous. En fait, ça tourne parce que, vous allez le comprendre, tous les soirs, nous faisons les sols de l’entreprise Steiger, ainsi que les sanitaires et les poubelles. Et après une semaine, c’est une autre équipe. Ça fait partie des spécifications du contrat que nous avons avec l’entreprise Steiger.

Je comprends mieux pourquoi la Voix m’a dit que je n’ai qu’une semaine.

— Moi du moment que j’ai quelque chose à laver, dis-je.

Il rit et ajoute :

— Vous travaillerez avec trois collègues charmantes. Fatima ne parle pas très bien subdave, mais elle est efficace. Si au début vous n’êtes pas dans le rythme, elle vous aidera.

Lundi 13 octobre 2008 – 19 h 00

26 rue du Pavé, St-Vincent

Le rire gras d’une des deux Togolaises qui sont avec moi résonne dans tout le hall. Elles sautent les R dans leurs mots.

— On commence par les toilettes et on finira par le grand hall mais toutes ensemble.

— Amanda ! N’oublie pas les gants avant de tremper tes mains dans la cuvette !

Elles partent toutes les deux d’un fou rire communicatif. Je me sens bien avec elles. Leur bonne humeur est agréable. Cela me fait bizarre de savoir que je ne les reverrai pas une fois mon vol réussi... ou raté.

Lundi 13 octobre 2008 – 19 h 26

26

rue du Pavé, St-Vincent

Fatima la Marocaine me semble avoir plus de cinquante ans. Elle est maigre, a les traits tirés mais est très gentille. Elle me propose sans arrêt de faire une pause si je suis fatiguée.

— Non. C’est gentil Fatima.

— Ti sais. C’est normal si ti es fatiguée parce que c’est ton premier jour.

— Mais je ne suis pas fatiguée. Je t’assure.

— Ti me le promets.

— Oui, ris-je.

— Eh ! Amanda ! Regarde le beau gosse qui vient ! lance l’une des Togolaises à l’autre bout du couloir.

Je lève les yeux comme une idiote. Un beau blond mal rasé me regarde en souriant et passe, manches de chemise retroussées. Je rougis tandis qu’il se lance dans les escaliers. Je le regarde monter. Ses chaussures de sécurité laissent des traces sur mon sol propre alors je passe de séduite à en colère.

— Amanda, elle n’est pas bien grosse mais elle pourrait allaiter toute une tribu.

Je ne peux pas m’empêcher de sourire.

— Tu sais ce qu’il dit mon mari...

— Excusez-moi Mesdames, intervient un homme en costard cravate. Est-ce que vous pourriez parler moins fort ?

Mes collègues s’excusent et il referme la porte de la salle de réunion. Cela dure quelques secondes puis elles se remettent à jacasser. Le bon côté c’est qu’elles m’ont oubliée.

Fatima lève son seau et ouvre une double porte en acier. En plein milieu, je vois l’objet que je cherche.

— Euh... Fatima.

Elle se retourne.

— Oui ?

— Est-ce que je peux faire cette pièce ?

— Oh, mais si ti veux...

— Il commence à être tard. Je vais profiter pour la faire en même temps que le couloir.

Je ne sais pas si mon excuse semble logique et encore moins nécessaire, mais Fatima s’en contente. Je continue à passer mon balai-serpillère et j’entre dans la pièce. L’objet est là, posé dans une vitrine. Il faudra que j’amène de quoi casser la vitrine. Dans mon dos, au-dessus de la porte, je remarque la caméra de sécurité. Il faudra que je la neutralise et que je sois surtout assez rapide pour faire mon coup avant que le mec planqué derrière les écrans de surveillance ne réagisse.

— S’il vous plaît ! lâche une voix ferme.

Je sursaute et me tourne vivement vers le vigile.

— Je dois fermer cette salle, m’explique-t-il.

— Mais je n’ai même pas commencé...

— Il faudra vous y prendre plus tôt la prochaine fois. À vingt heures, cette salle doit être fermée. Seuls les bureaux restent ouverts.

— Ah... Ben, on le saura pour demain.

Il a un regard sympathique et compréhensif. Selon moi, il y a deux sortes de vigiles : le cow-boy qui te regarde de haut et celui qui est compréhensif avec les gens de l’ombre, peut-être parce qu’il est immigré lui aussi.

Je sors avec mon seau et mon balai pendant qu’il ferme la lourde porte. Il passe ensuite son badge dans un lecteur. Je décide de terminer ma tâche. Je réfléchis à comment paralyser la caméra et comment entrer. La seule solution est de placer mon cerceau à l’intérieur de la pièce, juste avant la fermeture de 20 h 00, et en hauteur, à proximité de la caméra. Foutre un chewing-gum sur l’objectif, sauter depuis le cerceau, briser la vitrine, prendre l’objet et regrimper dans le cerceau. Arriver chez moi, déconnecter le cerceau, faire fondre celui dans l’entreprise, le tour sera joué en quelques secondes.

Mardi 14 octobre 2008 – 11 h 01

5 Les Églantiers, St-Vincent

Onze heures. Je toque à la porte de mon voisin. C’est un célibataire trentenaire, ses yeux plongent direct dans mon débardeur. À vrai dire, si ça peut m’aider à obtenir ce que je veux, laissons-le.

— Bonjour, je suis votre voisine.

— Oui, je sais. Je suis votre voisin.

Quel humour de naze ! Allez, sourions.

— Je me demandais si vous n’auriez pas un marteau à me prêter, je vous le rendrai demain.

— Si bien sûr, entre.

Parce qu’on se tutoie en plus ?

Je le suis dans son F2 plutôt bien ordonné. Il sort une caisse à outils de sous sa table et, à l’aide d’un seul bras... pour montrer comme il est fort, il la pose près de son assiette sale depuis hier.

— Alors ? Que te faut-il ?

— Ben un marteau... Ah, et ça, ça irait bien avec.

— Ça s’appelle une pointerolle.

— Ah...

— Mais c’est pour quoi faire ?

— Euh... crever les pneus de ma belle-mère... entre autres, me précipité-je.

Il sourit et me tend son matériel :

— Est-ce que je pourrai t’offrir un verre quand tu me le rendras ?

— Ouais, okay.

Je n’ai pas envie de refuser pour le moment. Je le dévisage. Il est mal rasé, grand, baraqué et brun. Pas vraiment mon style mais pour boire un coup, pourquoi pas. Pour baiser un coup... bof... De toute façon, il ne faut pas. Je me suis jetée sous un camion pour un mec et si la Voix ne m’avait pas sortie de là, ni donnée une deuxième chance, je ne serais pas là. Donc une bonne résolution à prendre, c’est de ne plus tomber amoureuse.

— Je vous le ramène demain, même heure.

— À demain alors.

Je sors.

Mardi 14 octobre 2008 – 19 h 39

26 rue du Pavé, St-Vincent

Le soir même, je suis à nouveau à l’entreprise Steiger avec mes trois collègues.

— Et tu viens d’où ? me demande une des Togolaises. España ?

— Non, je suis née en Subdavie. Mais mon père est Espagnol et j’ai tout pris de lui. Enfin la peau et les cheveux, parce que la taille, ça, c’est ma mère.

— Et les seins aussi.

— Je ne sais pas. Je suppose.

— Allez, souris, je t’embête. C’est que tu dois avoir un régiment de jolis garçons qui te courent après.

— Oui, après mes seins, pas après moi.

Elle voit mon air dépité et se sent mal.

— Tu sais, il ne faut jamais désespérer. Dans le lot, il y en a forcément un de bien, mais ce n’est pas forcément celui que tu vois en premier. Tu comprends ?

— Ouais. Et il se manifestera quand ? Quand j’aurais quarante ans et les seins au nombril ?

Elle éclate de rire. J’en profite pour éluder la conversation et me diriger vers l’objet :

— Je vais faire cette salle, je n’ai pas eu le temps hier.

— D’accord.

Elle reprend sa tâche et détache son regard de moi. Je reste dans l’encadrement de la porte, hors du champ de vision des caméras du couloir et dans l’angle mort de celle de la pièce. Je lance le cerceau qui se colle au-dessus de ma tête à côté de la caméra. Je commence le ménage et j’observe discrètement le cerceau. J’espère qu’il a la place pour le mètre cinquante d’ouverture. Ça a l’air. Il va mordre sur l’encadrement de la porte mais ce n’est pas grave, du moment qu’il tient au mur.

Je termine mon ménage vite fait et je ressors. Je reprends mon boulot. Cette nuit sera la bonne et je serai enfin libre.

Le vigile ferme la porte sans même jeter un œil. C’est parfait.

Mercredi 15 octobre 2008 – 3 h 00

5 Les Églantiers, St-Vincent

Trois heures du matin. À cette heure-ci, les vigiles seront assoupis.

Je ne bâille pas, je suis tendue, stressée. J’ai déblayé mon mur décrépit et posé l’affiche de « El Laberinto del Fauno » sur mon lit. Je n’ai pas une garde-robe hallucinante. J’ai donc mis un jogging noir comme pantalon. J’ai juste enfilé un t-shirt noir et des gants en laine pour éviter les empreintes digitales. J’enfile la cagoule que j’ai achetée quand j’avais un copain qui m’emmenait en moto.

Dans le miroir de ma salle de bain, je prie pour être méconnaissable au cas où je croiserais un vigile. Avec un peu de chance, les vigiles de nuit ne sont pas les mêmes que ceux de jour. Je mets le fusil lance-filets en bandoulière dans mon dos et je fixe à mon bras le scratch tenant la console de gestion des cerceaux.

La pointerolle et le marteau à la ceinture, je prends mon inspiration. Putain que je suis stressée !

Je fais une bulle avec mon chewing-gum. J’appuie sur mon bras, puis connecte les deux cerceaux. La salle est plongée dans le noir. Je tourne ma lampe de chevet vers le portail.

Merde, ils vont voir la lumière à la caméra !

Je passe la tête par le cercle d’eau et je me retrouve trempée. Je sors mon chewing-gum de ma bouche et je le colle sur l’objectif. Mon gant reste collé avec. Tant pis ! Pas le temps !

Je saute sur le sol. Le lino couine. Je me dirige vers la vitrine. Je brandis le marteau et la pointerolle.

Le verre se brise comme du biscuit !

Une alarme retentit ! Elle me brutalise les tympans. Je plaque mes mains de chaque côté de ma tête.

Chiotte ! Je n’avais pas prévu ça ! C’est infernal ! Je prends mon courage et enlève mes mains de la tête. Je m’empresse de ranger les outils puis je me saisis de l’objet. Il est petit, mais il fait bien trois kilos ! Je cours vers le portail.

Mes chaussures trempées couinent et je me vautre sur le flanc comme une amatrice. Les vigiles vont arriver ! Grouille !

Je me relève. Je lance l’objet dans le cerceau et il retombe sur mon lit. Je me hisse dans le cercle à la force de mes bras. Une fois le rideau d’eau passé, l’alarme est assourdie. Je rentre vite mes jambes et j’appuie sur l’icône de destruction du cerceau qui se trouve dans l’entreprise.

Aussitôt, le passage est interrompu. Et merde... mon gant...

Tout est d’un coup plus calme. Je m’adosse au mur et je reprends ma respiration. Je me dis que sans le rideau d’eau pour atténuer, tous mes voisins auraient entendu l’alarme. Je suis satisfaite de ma réussite, de ce violent coup d’adrénaline. Mais en même temps, je n’ai plus qu’une envie, me débarrasser le plus rapidement possible de cet objet et pouvoir enfiler des vêtements secs.

Je me démasque, je replie le cerceau et je déploie au mur celui avec l’étiquette verte. J’ouvre le passage vers le sas des robots.

— Bienvenue, fait la Voix. Veuillez remettre tous vos effets par la trappe.

M’apercevant que j’ai oublié la fausse carte d’identité et l’uniforme de femme de ménage je fais un bref aller-retour. Je pose le cerceau, le fusil qui ne m’a heureusement pas servi et la Voix me dit :

— Je tenais à vous informer que nous avons apprécié votre diligence dans l’exécution de cette mission.

— C’était assez facile. Mais si c’était à refaire, je penserais à quelques petits trucs en plus.

— Votre expérience pourrait nous être utile. Dans l’hypothèse où nous aurions d’autres missions, pouvons-nous envisager de vous contacter ?

— Possible, tout dépend de la mission.

— Ce serait un moindre mal. L’échec de votre formatage contre une bonne collaboration.

— J’ai le cerceau vert chez moi.

— Repliez-le. Vous le sortirez pour vous rendre ici le jour où nous aurons besoin de vous. Nous vous contacterons.

— Attendez. Je veux quelque chose en contrepartie. Je risque ma vie. Si la police m’attrape, ce n’est pas vous qui irez en prison. Et je n’aurai pas non plus de cerceau pour m’échapper quand ils m’auront fouillée.

— C’est le risque. Nous ne pouvons pas vous aider pour éviter la prison. À vous de faire preuve de ruse.

— Je veux juste être gagnante.

— Nous écoutons vos arguments.

— Premièrement, je veux un certificat médical pour dire que j’ai été opérée en urgence, ou n’importe quoi pour expliquer à mon patron pourquoi ça fait plus d’une semaine que je ne suis pas allée travailler.

— Votre première requête est tout à fait acceptable.

— Deuxièmement, je veux être prévenue assez tôt pour vous demander le matériel que je juge nécessaire à la mission que je dois réaliser. Troisièmement, j’ai le droit à une petite prime, non ?

— L’argent risque de vous donner un train de vie supérieur à celui que vous avez et donc attirer le regard des enquêteurs. Nous ne pouvons accéder à votre requête. Cela dit, nous réfléchirons à quelques formes de dédommagement.

Un plateau se déplaçant sur trois grosses billes m’apporte une enveloppe. C’est le certificat délivré par l’hôpital militaire précisant que j’ai été reçue aux urgences dans le coma et qu’un choc a causé un traumatisme. Il stipule qu’il se peut que j’ai encore des absences voire des malaises et conseille de me ménager.

— Bien. Si votre mission ne me paraît pas trop dangereuse, je l’accepterai.

La Voix ne répond pas. Je repasse alors par le cerceau. Il se ferme une fois que je l’ai passé et se rétracte. Ce n’est pas vraiment rassurant d’avoir une porte qu’on ne contrôle pas chez soi. Je le range sous le matelas. Je me dénude, je me sèche avec la serviette puis je me couche. Je n’ai pas la conscience vraiment tranquille. Mon gant est toujours accroché à la caméra.

LA MENACE

Mercredi 15 octobre 2008 – 9 h 00

26 rue du Pavé, St-Vincent

Des traces de métal fondu sur le sol, un gant collé avec un chewing-gum sur l’objectif de la caméra. L’inspecteur Louvier observe la pièce. Un jean rapiécé, une veste de jogging, des cheveux bruns et un revolver à la ceinture. Il gratte sa barbe mal rasée sans trouver encore de réponse, ne serait-ce qu’une piste de réponse ! Il y a pourtant des indices...

Des traces d’eau... Le gant resté collé avec le chewing-gum. Ce dernier laisse penser que ce vol a été commis par des amateurs... ou plutôt un amateur. Louvier en est persuadé, le voleur était seul. Amateur et pourtant trop doué. Voler un objet dans une pièce fermée sans être vu par d’autres caméras, cela laisse supposer que le vol a été commis avant la fermeture. Mais l’enregistrement vidéo prouve bien que l’objet n’a pas bougé et l’image ne semble pas avoir été trafiquée.

En même temps, la robotique de pointe n’est pas un domaine qui intéresse le premier venu, mais plutôt celui qui se paierait des professionnels. À moins que l’intéressé soit le voleur lui-même, un des employés de Steiger Incorporation.

Louvier retourne au poste de sécurité en remuant tout.

Logique, un employé a plus facilement accès aux caméras de sécurité. Pourquoi toutes les trafiquer sauf celle au chewing-gum ? Pour faire croire que le vol a été commis à 3 h 00 du matin alors que l’objet a quitté la pièce dans la soirée.

Louvier se rassoit et remonte à nouveau dans le temps et l’image sur son écran est juste celle de la femme de ménage, une jeune fille hispanique au vu de ses traits. Par deux fois, elle regarde furtivement la caméra. Elle observe souvent l’objet qui a été volé plus qu’elle n’observe les autres. Mais difficile de la suspecter. Une femme de ménage ne connaît rien en robotique... ou bien un membre du personnel se sert d’elle pour voler l’objet.

Louvier fait déjà rechercher la jeune femme. Mais ce qui le chiffonne c’est qu’aucun enregistrement ne semble avoir été trafiqué. Ils concordent tous ensemble, même si personne n’entre ni ne sort de la pièce. Et pour coller le gant sur la caméra, il faut être grand ou avoirun escabeau... dans le cas de la femme de ménage.

Le téléphone sonne. Louvier, le kit mains libres à l’oreille, décroche :

— Je t’écoute.

— J’ai interrogé les femmes de ménage, répond la voix de son équipier. Par contre, la petite hispanique n’est pas venue travailler.

— Elle est bien hispanique alors.

— Elle s’appelle Amanda Garcia. Elle est arrivée il y a trois jours dans la boîte et elle a déjà disparu. Son numéro de téléphone est faux. Je fais vérifier son adresse mais je pense que c’est peine perdue.

— Et bien, on dirait qu’on tient notre suspect numéro un.

— On diffuse un avis de recherche ?

— Oui. En attendant, je vais essayer d’avoir une entrevue avec le Jamaïcain.

—