L’envol du Mogaï - Krystine Saint Thomas - ebook

L’envol du Mogaï ebook

Krystine Saint Thomas

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Opis

Deux êtres faits pour être réunis, mais le destin en décidera-t-il autrement ?

Gabrielle et Mogaï communiquent par le biais d’une pensée puissante. Ils sont en parfaite harmonie et ne se sont pourtant jamais vus. Elle vit sur Terre. Il est né sur Arkalia, planète dévastée par un conflit meurtrier. Prince déchu, anéanti par la folie, Mogaï part retrouver Gabrielle, dans l’espoir qu’elle puisse le guérir. Gabrielle ignore encore que la guerre, la mort, l’oubli, les feront se rencontrer sur un champ de bataille.

Près d’eux, parfois même sans le savoir, leurs amis œuvrent à leur union : DaShï, l’ami fidèle, Shëiba, l’indomptable guerrière, Éolia, la petite aveugle au pouvoir naissant. Parviendront-ils à les réunir malgré les menaces et le danger qui les guette ? Mogaï saura-t-il dompter le fleuve furieux qui le ravage ? Gabrielle saura-t-elle apprivoiser son passé et découvrir sa vérité ?

Mais, par-dessus tout, le Mogaï, enfin libéré, prendra-t-il son envol ?

Un subtil mélange de fantasy et de romance, qui plaira sans aucun doute aux amateurs du genre !

EXTRAIT

Tout était figé dans un silence sidéral. Le peuple arkalien rassemblé retenait son haleine tandis que le Dôme suspendu au plus fort de son ascension avait brusquement interrompu son chant.
Bras levés vers l’espace, JonaLaï Slönhe avait été percuté si fort par cette pensée vagabonde que son contact mystique avec la matière, avec la force, s’était brutalement brisé, comme un morceau de cristal, dans une plainte lointaine.
Profondément déstabilisé, l’esprit éparpillé, le souverain ne parvenait pas à rouvrir les yeux. Luttant, il serra les dents et les poings, fit craquer les jointures de ses doigts, les os de ses mâchoires et soudain, libérée, toute son énergie explosa en écho dans le Dôme. Les Arkaliens, pétrifiés, attendaient la suite de la cérémonie. Le Prince devait continuer. Il fallait que le chant magique s’élève, qu’il inonde Arkalia, qu’il envahisse chaque être vivant.

À PROPOS DE L'AUTEUR

L'écriture, Krystine Saint Thomas la découvre un peu par hasard, comme une thérapie, pour soigner une âme en détresse. Depuis, cela reste un plaisir qu'elle ne commande pas. Elle dit que l'écriture l'appelle et qu'à partir de cet instant tout ce qu'elle produit ne lui appartient plus. Jamais l'auteur ne sait à l'avance comment se terminera son ouvrage. Les mots s'affichent, s'imposent, s'assemblent. Alors seulement l'écrivain reprend le fil de l'histoire, s'interpose et tente d'y apposer sa griffe. Et là encore, une plume intarissable et beaucoup de choses à dire. Un univers sombre, parfois féroce… des personnages torturés, souvent impitoyables. Ici, l'atmosphère n'est jamais légère. Plutôt de plomb… de celui dont on fait les munitions !

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Krystine Saint Thomas

 

 

 

 

 

 

 

L’envol du Mogaï

Cet ouvrage a été composé par les Éditions Encre Rouge

®

 

7, rue du 11 novembre – 66680 Canohes

Mail : [email protected]

 

ISBN papier : 979-10-96004-70-6

ISBN numérique : 979-10-96004-71-3

 

Tableau original de Bali Angelo COGERINO

 

 

 

 

 

Toi, tu es mon autreLa force de ma foi, ma faiblesse et ma loiMon insolence et mon droitMoi, je suis ton autreSi nous n’étions pas d’ici, nous serions l’infini.

 

Paroles de Rick Allison

Lara Fabian – Maurane « Tu es mon autre »

 

 

 

CHAPITRE 1L'exil de KenJyä

Déchirure

 

Le petit garçon, six ans à peine, pleurait presque sans bruit, penché sur son reflet sans vie.

⸺ Ne me quitte pas, Logaï… Je t’en prie… renifla-t-il d’une voix brisée par le chagrin. Je t’en prie, ne me quitte pas.

L’endroit était si sombre que l’enfant ne faisait que deviner le corps inanimé. Ses pensées tournaient en rond, se heurtant à la peur, à la douleur. Il n’osait plus bouger, prostré et terrifié, attendant sans doute que la mort le fauche lui aussi.

⸺ Logaï… Qu’est-ce que je vais faire sans toi ? reprit-il tandis qu’il cherchait sa main inerte. Tu ne peux pas partir comme ça. Je t’en prie, reviens.
⸺ Mogaï… Mogaï…

Une voix s’était mise à chuchoter, à peine un souffle, et l’enfant sursauta.

⸺ Qui est là ? demanda-t-il, pétrifié.
⸺ Mogaï… Mogaï… répéta le murmure.

Soudain, le garçonnet réalisa que l’obscurité s’estompait, que des lumières de couleurs différentes commençaient à apparaître, ça et là, comme des ions dispersés, s’attisant peu à peu, s’affirmant au fil des secondes, illuminant lentement la pièce d’une clarté de plus en plus vive. La Voûte s’éveillait et bientôt elle allait éparpiller son esprit comme elle avait soufflé la vie de Logaï.

Mogaï était terrorisé, mais il ne lâchait pas la main de son frère. Il savait pourtant qu’elle resterait immobile, définitivement inanimée. Il avait le sentiment que s’il l’abandonnait maintenant, c’était son propre mental qui s’arrêterait là, derrière lui, disséminé dans le noir, sans espoir de rédemption.

⸺ Mogaï… reprit le susurrement.

L’enfant sentit la souffrance s’insinuer, elle aussi, perfidement, degré après degré, jusqu’à devenir palpable, insupportable. Il se mit à crier, les mains serrées sur ses tempes.

Un court instant, l’essence de Logaï se conjugua à la sienne, lui apprenant l’ultime douleur, la peur totale, le désespoir absolu, lui offrant pêle-mêle confusion, terreur et folie confondues. Ils s’unirent une dernière fois, tandis que leurs esprits ne faisaient plus qu’un. Totalement complémentaires lorsqu’ils étaient ensemble, Mogaï savait que la disparition de Logaï signifiait un changement brutal, un monde nouveau dans lequel il aurait le plus grand mal à se retrouver. Il chercha à retenir cette présence calée dans sa conscience.

⸺ Ne pars pas… je t’en supplie… sanglota-t-il.

Il s’accrochait, mais c’était comme s’il essayait de capturer de l’eau entre ses mains. Il sentait que Logaï s’éloignait irrémédiablement et il ne pouvait pas l’empêcher.

⸺ Mogaï !

Cette fois, le ton fut fort, masculin, tout proche. Un tout jeune homme venait d’apparaître et sa silhouette massive, imposante, se pencha sur Mogaï. Le petit garçon leva ses grands yeux clairs sur lui, reconnut ce visage orné d’une barbe brune courte et bien taillée, ce regard pur tellement semblable au sien, empreint d’une douceur et d’un amour infinis.

⸺ JonaLaï… sanglota-t-il. Logaï est mort.
⸺ Vous ne deviez pénétrer ici sous aucun prétexte ! gronda JonaLaï.
⸺ Il voulait… il voulait voir… hoqueta l’enfant. Je n’ai pas pu le laisser seul... Mais… quand on est entrés, il s’est mis à crier et il est tombé.
⸺ Vous n’étiez pas prêts ! Ni l’un ni l’autre ! Allons, viens, il faut sortir immédiatement.
⸺ Non… Pas sans Logaï !
⸺ On ne peut pas l’emmener, tu le sais bien ! Toute personne qui périt ici doit y rester. Logaï fait désormais partie de la Voûte.

Comme pour lui donner raison, la masse des ions qui n’avait pas cessé de voltiger autour des intrus se rapprocha du petit Logaï, en fit le tour comme si elle avait voulu en prendre les dimensions. Puis, progressivement, elle s’intégra au corps inanimé qui commença à se disloquer, lentement. Mogaï ne pouvait détacher son regard de ces minuscules particules colorées qui, en se désagrégeant, emportaient son frère avec elles.

L’homme dut faire usage de la force pour que l’enfant le suive. Il l’enferma dans ses bras, l’obligeant à quitter cet endroit où son jumeau, sa moitié, son double parfait, venait de s’éteindre, happé par une puissance dont il n’avait pas mesuré l’intensité.

À peine eurent-ils passé le seuil que l’obscurité reprit peu à peu ses droits, engloutissant Logaï dans les ténèbres, cruellement emporté par sa curiosité. Mogaï sentit le froid, l’absence, pénétrer chaque atome de son corps, le transpercer, le marquer au fer rouge et s’installer, comme un virus, en plein cœur de son esprit. JonaLaï caressa la chevelure longue et brune du petit garçon.

⸺ Tu aurais pu mourir toi aussi, tu sais, dit-il.
⸺ C’est pareil, rectifia Mogaï dans un hoquet. Je ne peux pas vivre sans Logaï.
⸺ Il va falloir apprendre, Mogaï. Viens… Notre mère t’attend. Et crois-moi, elle a autant de chagrin que toi.

L’enfant prit la main tendue sans un mot et suivit son aîné, non sans un dernier coup d’œil en arrière vers cette lourde porte qui lui avait volé la moitié de lui-même.

La pression s’affermit sur ses doigts et il reporta son attention sur celui qui le conduisait.

⸺ Dis, JonaLaï… Tu ne me quitteras jamais, toi ? demanda-t-il.

Le jeune homme sourit péniblement, faisant bonne figure aussi bien qu’il le pouvait. S’il voulait que Mogaï surmonte sa peine, il était essentiel que lui-même cache cet incommensurable désarroi qui l’avait envahi lorsqu’il avait senti la vie de Logaï s’enfuir inexorablement. Comprenant la tragédie qui se préparait, il avait couru de toutes ses forces, traversant l’immense palais à larges enjambées, dans l’espoir insensé d’arriver à temps.

Et pourtant, la déchirure avait eu lieu. Il n’avait rien pu empêcher. Logaï était mort et avec lui une partie de Mogaï. Alors, JonaLaï s’était arrêté brutalement, frappé lui aussi par la douleur.

Le souffle coupé, sa conscience altérée, il lui fallut plusieurs secondes pour se reconstituer et tenter de sauver celui qui pouvait encore l’être. Car Mogaï n’avait pas succombé à la pression de la Voûte. Il l’avait même étonnamment supportée.

JonaLaï se souvint que c’était Mogaï qu’il avait toujours préféré. Pourtant, il était souvent froid, sombre, secret. Tout le contraire de Logaï. Mogaï et lui étaient tellement complémentaires. Sans son alter ego, comment Mogaï allait-il survivre ?

On savait que les jumeaux, en dehors du fait d’être exceptionnels, ne devaient jamais être séparés. C’était une amputation qu’ils parvenaient rarement à surmonter. Lequel des deux avait poussé la porte qui, d’ailleurs, aurait dû résister ? Pourquoi s’était-elle ouverte ? Seul le contact avec un esprit penseur de haut niveau le permettait. Et JonaLaï ne pouvait admettre que Logaï ait eu ce pouvoir. Pas plus que Mogaï. Ou tout le monde s’était-il gravement trompé sur les capacités des deux enfants ? Y aurait-il eu un Maître parmi eux ? Mais presque aussitôt cette question lui avait paru inadéquate. Si Maître il y avait eu, Logaï ne serait pas mort. Mais pourquoi Mogaï avait-il survécu ? Toutes ces pensées tournaient à une vitesse folle dans l’esprit de JonaLaï alors qu’il volait au secours de ses frères.

Ce que Mogaï venait de lui demander le fit frémir malgré lui. Pouvait-il faire une pareille promesse ? Il savait qu’il n’en avait pas le droit. Pourtant, il lui sourit et caressa sa longue chevelure d’ébène avec une profonde tendresse.

⸺ Jamais, Mogaï… Je serai toujours là quand tu auras besoin de moi, affirma-t-il.

 

 

 

 

L’appel des étoiles

 

 

Tout était figé dans un silence sidéral. Le peuple arkalien rassemblé retenait son haleine tandis que le Dôme suspendu au plus fort de son ascension avait brusquement interrompu son chant.

Bras levés vers l’espace, JonaLaï Slönhe avait été percuté si fort par cette pensée vagabonde que son contact mystique avec la matière, avec la force, s’était brutalement brisé, comme un morceau de cristal, dans une plainte lointaine.

Profondément déstabilisé, l’esprit éparpillé, le souverain ne parvenait pas à rouvrir les yeux. Luttant, il serra les dents et les poings, fit craquer les jointures de ses doigts, les os de ses mâchoires et soudain, libérée, toute son énergie explosa en écho dans le Dôme. Les Arkaliens, pétrifiés, attendaient la suite de la cérémonie. Le Prince devait continuer. Il fallait que le chant magique s’élève, qu’il inonde Arkalia, qu’il envahisse chaque être vivant.

JonaLaï respira avec peine, cherchant l’air au plus profond de ses poumons, les sentant comme vidés de l’intérieur. Il inhala difficilement et la douleur le poignarda. Il vacilla, tomba sur un genou et un cri unanime jaillit de la foule. Il ne devait pas faiblir. Surtout pas. Ou le Dôme, formidable objet de ferveur et de puissance, allait devenir fatal, le pulvériser, le réduire à l’état de soupir.

Près de lui, une forme évanescente, myriades d’ions colorés et bleutés, palpitait dans un mouvement aérien, comme un souffle de vent balaye une chevelure. Une main se tendit vers le jeune homme. Il fixa le fantôme et reconnut ce visage amical. C’était la première fois que JonaLaï proclamait et s’il avait entendu parler des spectres de la Voûte, il savait qu’il n’était pas donné à tous de les apercevoir. Ce reflet impalpable qui dansait devant lui semblait n’être qu’un enfant et il lui offrait le regard de Logaï, son sourire.

⸺ Logaï… murmura-t-il, profondément ému par cette apparition inattendue.
⸺ JonaLaï… souffla la voix de la Voûte. Tu ne peux pas faillir.

JonaLaï sentit une ardeur supplémentaire rejoindre la sienne, s’allier à son propre pouvoir, venir en aide à ses réserves épuisées. Un nouveau courant l’envahit. Il eut l’impression de revivre. Il se redressa au bout d’un temps infini, releva la tête fièrement et planta ses prunelles incandescentes au creux de l’azur. Son esprit ainsi libéré partit à la recherche de cette collision qui avait failli mettre fin prématurément à la cérémonie. Il « la » rencontra soudain, comme au détour d’un chemin, avec une fougue incroyable. Ils se firent face au travers de leurs consciences, s’interrogèrent, et le Prince se détendit. Avec elle et le concours inespéré de Logaï, il avait reconquis la Voûte, malgré son inexpérience, sa jeunesse. Se tournant vers son peuple, il ouvrit grand les bras.

⸺ Le contact est établi ! s’écria-t-il d’une voix joyeuse.

Une seule et même exclamation jaillit et il fut ovationné. Un sourire éclatant sur son visage rayonnant, JonaLaï Slönhe salua l’espace infini.

⸺ Sois la bienvenue, KenJyä ! proclama-t-il.

 

 

La petite fille, six ans à peine, avait soudain cessé sa lecture, levant les yeux vers le ciel, comme violemment interpellée, l’expression d’une indicible ferveur peinte sur ses jolis traits. Le dialogue s’était instauré si profondément que c’était comme si tous pouvaient le percevoir. L’empreinte spirituelle était si forte que l’enfant aurait pu la palper, en esquisser les contours. Elle devinait son visage, cet homme dont elle avait failli causer la perte. Elle entendait sa voix, comprenait le sens de ce chant mystérieux qui se répandait sur Arkalia comme un filet de soie. Elle lui sourit, acceptant son accueil. Ils communiaient et elle parlait à ce peuple lointain comme l’aurait fait une vestale. Elle savait que chaque Arkalien percevait ses mots, même s’ils étaient prononcés en un langage particulier, s’en imprégnait par l’intermédiaire de la Voûte et que leur pouvoir bienfaisant s’ajoutait à celui du Prince.

⸺ Encore en train de rêver, mon ange ? Gabrielle ? Gabrielle, tu m’entends ?

Les sons présents avaient du mal à la rejoindre et elle prit soudain conscience que quelqu’un de très proche l’avait apostrophée. Les paroles d’une femme penchée sur elle l’atteignirent enfin et elle quitta en quelques secondes cet autre monde dans lequel elle s’était plongée. La rupture était difficile et douloureuse lorsqu’elle coupait prématurément un contact cosmique. Elle finit pourtant par sourire à sa mère. Anna Santori, jolie trentenaire aux courts cheveux d’ébène, s’inclinait au-dessus de sa progéniture avec un regard attendri.

⸺ Tu me semblais bien loin, Gabrielle. À quoi pensais-tu ?
⸺ Elle attend son prince charmant ! railla une voix moqueuse.

Une fillette plus âgée venait d’apparaître dans le parc familial où Gabrielle lisait, assise dans l’herbe, cernée par la verdure et les fleurs éclatantes. Aussi blonde que Gabrielle était brune, elle arborait une moue méprisante qui lui donnait un air méchant.

La propriété couvrait plusieurs hectares. Ceinte d’une interminable muraille, hérissée de caméras, de fils de fer barbelés, elle baignait pourtant dans une quiétude apaisante. Pas de massifs savamment ordonnés ou d’allées précieusement alignées. Le jardinier avait su laisser à la nature un semblant de liberté.

Les arbres s’érigeaient en barrières protectrices, offrant à des clairières presque sauvages une ombre amicale. Un lac accueillait plusieurs cygnes blancs qui passaient négligemment sur la surface sombre avec grâce et majesté. Un chant résonnait en permanence. Il conférait à l’ensemble un caractère paisible et reposant. Parfois, le cri d’un paon invisible s’élevait vers le ciel.

⸺ Ton prince charmant ? répéta l’adulte, intriguée.

Gabrielle leva sur elle un visage contrarié, sans rien répondre.

⸺ Allons, ma chérie… tu veux bien me raconter ?
⸺ Elle ne peut pas ! reprit l’autre enfant. Il n’existe pas !
⸺ Anna-Lisa ! protesta la mère avec agacement. Pourquoi tourmentes-tu ta sœur ? Ce n’est pas très gentil.
⸺ Elle est toquée ! répliqua Anna-Lisa avec dédain. Elle parle aux étoiles.
⸺ C’est vrai, Gabrielle ? s’étonna la jeune maman avec un froncement de sourcils.
⸺ Je l’ai entendu… marmonna Gabrielle en baissant la tête, comme prise en faute.
⸺ Qui donc ? insista Anna en relevant son menton avec douceur.
⸺ Il s’appelle JonaLaï Slönhe. Il habite très loin d’ici. C’est un Penseur !
⸺ Tu vois, je te l’avais dit ! ricana Anna-Lisa. Elle est complètement folle !
⸺ Anna-Lisa, laisse-nous, veux-tu ? jeta sa mère d’une voix si sèche que la gamine en resta saisie.
⸺ Mais… protesta-t-elle.
⸺ Obéis !

Matée par le ton autoritaire, la petite fille souffla bruyamment et partit en traînant les pieds vers l’immense résidence qui dominait tout le parc. C’était une construction originale, coiffée d’un dôme de verre de forme octogonale sous lequel la maîtresse de maison, férue d’astrologie, avait installé un gigantesque télescope. Parfois, elle y appelait Gabrielle et, toutes deux, elles laissaient leur imagination les emmener par-delà les barrières des Hommes, là où elles seules avaient accès.

⸺ Gabrielle… Tu veux bien me parler de lui ?
⸺ Toi non plus tu ne me crois pas, sanglota Gabrielle.
⸺ Détrompe-toi, murmura sa mère. Moi aussi je l’ai entendu.
⸺ C’est vrai ? renifla la fillette.
⸺ Est-ce que je t’ai jamais menti ? demanda la jeune femme avec un sourire réconfortant.
⸺ Non.
⸺ Raconte-moi…

Gabrielle se mit à relater, d’une voix rêveuse, comment elle s’était connectée avec cet homme venu de loin, ce Prince qui communiquait avec son peuple par l’intermédiaire d’une matière vivante et qui prouvait par son esprit la force de son sang. Sa mère l’écoutait, sans un mot. Son visage soudain grave reflétait une intense inquiétude. La petite fille se tut et la fixa intensément, visiblement dans l’attente d’une réaction et la jeune femme se reprit aussitôt.

⸺ Tu dis qu’il parle aux siens à l’aide d’une entité dotée de vie ?
⸺ Oui… La Voûte Céleste s’éveille lorsque l’esprit d’un Penseur la rencontre. Et le Dôme s’éclaire… et toute la Voûte s’anime ! Leur union provoque une sorte d’aurore boréale et cela produit un chant magique. Et c’est lui qui donne paix et fertilité à toute la planète.

Gabrielle s’enflammait tandis qu’elle racontait et Anna eut un sourire attendri.

⸺ Tu vois vraiment tout ça ?
⸺ Bien sûr ! Pas toi ?
⸺ Eh bien… En fait… il est possible… Mais… tu es tellement plus forte que moi.

Elle se troublait de façon si évidente que la petite fille resta un moment silencieuse, essayant de comprendre pourquoi sa mère lui mentait après lui avoir affirmé le contraire.

⸺ Tout le monde me croit folle, maugréa l’enfant.
⸺ Pas moi, KenJyä.
⸺ Il m’a appelée comme ça aussi ! s’exclama Gabrielle avec enthousiasme. Qu’est-ce que ça veut dire ? Et comment le sais-tu ?

Plus Gabrielle posait des questions précises et embarrassantes, plus Anna devenait nerveuse. Elle se mordit la lèvre, consciente qu’elle venait d’employer un nom qu’elle s’était juré de rayer de son vocabulaire.

⸺ Écoute, ma puce… je pense qu’il vaut mieux que tu gardes tout ceci pour toi.
⸺ Mais pourquoi ? Pourquoi tu ne veux pas me dire la vérité ? protesta Gabrielle, soudain boudeuse.
⸺ Parce que ce serait trop dangereux, mon cœur.
⸺ Mais pourquoi ? demanda Gabrielle, surprise.
⸺ Un jour, je t’expliquerai. C’est promis. Mais d’ici là, il faut que tu arrêtes de contacter cet homme. D’accord ?
⸺ Mais c’est mon ami, maman ! La première fois, nous l’avons aidé à proclamer.
⸺ Nous ? répéta sa mère, stupéfaite. Qui ça, nous ?
⸺ Logaï et moi. C’est le fantôme d’un petit garçon qui est mort dans la Voûte. En fait, c’est le frère de JonaLaï.
⸺ Tu as parlé avec Logaï ? s’inquiéta la jeune femme d’une voix blanche.
⸺ Pas avec des mots. Mais j’ai compris ce qu’il me disait. Il m’a expliqué ce que je devais faire pour assister JonaLaï. Tu vois, c’était la première fois qu’il proclamait. Il aurait pu être tué. Nous l’avons aidé.
⸺ Gabrielle… Écoute-moi, déclara brusquement sa mère en la prenant par les bras avec force. Il faut que tu me promettes de ne plus jamais chercher à contacter JonaLaï !
⸺ Mais pourquoi ? ! C’est mon ami, maman ! Je ne peux pas faire ça !
⸺ C’est important, ma chérie.
⸺ Explique-moi !
⸺ Je ne peux pas. Mais je t’assure que vous vous mettez en danger tous les deux. Tu dois me jurer de ne plus jamais l’appeler !
⸺ D’accord, soupira Gabrielle, visiblement à contrecœur.

En faisant ce serment, la petite fille ne s’imaginait pas que l’histoire de JonaLaï Slönhe dormirait au fond de sa mémoire durant de longues années. Pas plus qu’elle ne pouvait supposer à quel point le destin de cet homme allait modifier le sien.

 

 

Trop de questions, de contradictions. Elle sentait son esprit bouillonner, se heurter aux parois de sa raison. La jeune femme tournait en rond dans son observatoire depuis des heures.

Soudain, ce qui ressemblait à un poudrier oblong, composé d’une matière sombre et brillante, vibra entre ses mains. Elle le regarda, sans parvenir à répondre à l’appel puis, finalement, sembla s’y résoudre et l’ouvrit. Le reflet de son visage s’encadra sur le miroir et il ne se passa rien. La jeune femme rapprocha ses lèvres et souffla brièvement sur la surface laquée. Il y eut un léger déclic. Presque aussitôt, l’image holographique d’un homme enveloppé d’un halo bleu apparut devant elle.

⸺ Eh bien, An’Halia… dit-il rudement. Je ne pensais pas vous revoir.
⸺ Moi non plus, Axelton, jeta-t-elle d’un ton sec. Comment m’avez-vous retrouvée ?
⸺ Vous n’avez pas besoin de le savoir.
⸺ Que voulez-vous ? Là où je suis, je ne représente pas une menace pour vous.
⸺ C’est vraiment ce que vous croyez ? demanda son interlocuteur d’un ton enjôleur.
⸺ Bien sûr, rétorqua An’Halia avec une expression de surprise. Comment pourrait-il en être autrement ? Des galaxies nous séparent.
⸺ Ne vous moquez pas de moi ! s’écria le visiteur. KenJyä a pris contact avec JonaLaï et vous le savez parfaitement !

La colère se lisait clairement sur le visage de l’homme, malgré la mauvaise qualité de la retransmission. Instantanément, l’attitude arrogante d’An’Halia se dissipa. La peur la remplaça aussitôt.

⸺ Ce fut un accident, assura An’Halia d’une voix tremblante. Un pur hasard.
⸺ Vraiment ? Expliquez-moi ça, voulez-vous ?
⸺ Franchement… Je pensais que la distance suffirait.
⸺ Eh bien, de toute évidence, vous vous êtes trompée ! tonna Axelton.
⸺ Que comptez-vous faire ? demanda la jeune femme dont l’inquiétude était visible.
⸺ À votre avis ? reprit l’homme avec colère.
⸺ Ne lui faites pas de mal, Axelton, je vous en supplie.
⸺ Il ne tient qu’à vous qu’elle vive, An’Halia ! Si j’apprends qu’elle a tenté une nouvelle fois de joindre JonaLaï, je ne réponds plus de rien. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à Élykoé !

À l’évocation de ce nom, An’Halia devint plus pâle encore.

⸺ Je n’ai pas cessé de penser à lui, rétorqua-t-elle d’une voix cassée. Pas une seconde depuis le jour où il est mort.
⸺ Faites en sorte que KenJyä ne le rejoigne pas !

L’image s’évapora, laissant la jeune femme seule. Les larmes coulaient sans bruit sur ses joues sans même qu’elle le réalise. Pourquoi avait-il fallu que Gabrielle réponde à cet appel ? Avant même sa naissance, An’Halia savait que la force psychique de KenJyä était inhabituelle, supérieure. Mais pas à ce point. De tous les membres des castes de Penseurs présentes sur Arkalia, Gabrielle était de très loin la plus puissante. C’était fort rare. On ne comptait souvent qu’un individu par génération. Parfois moins encore. Et cela n’avait jamais été une fille.

La peur reprit le dessus, avec une vigueur démesurée, ravageuse. Anna avait abandonné son monde pour sauver son enfant et malgré cela le danger venait de la rattraper, plus sûrement encore que sur Arkalia.

Elle eut, un court instant, des envies de fuite, d’oubli. La tentation était vive. Partir, une nouvelle fois, loin, là où le pouvoir et l’ambition ne mettraient plus jamais la vie de Gabrielle en péril. Mais elle réalisa tout aussi rapidement que cet endroit n’existait pas. Elle savait qu’on la retrouverait, où qu’elle aille. L’activité psychique de Gabrielle était trop intense. Sa piste était d’une facilité déconcertante à suivre. C’était le plus grand danger. Comment s’assurer que la petite fille ne passerait pas outre l’interdiction maternelle ?

⸺ Anna ? Tu es là ?

La jeune femme sursauta. Andréa ne venait presque jamais dans son observatoire et sa présence la surprenait. Elle sécha immédiatement ses yeux et tourna vers son mari un visage souriant.

⸺ Oui, chéri, tu me cherchais ?
⸺ Nous sommes attendus, tu as oublié ?

Andréa Santori était un homme séduisant et An’Halia l’avait aimé au premier regard. Le fait qu’il soit l’héritier d’un empire industriel avait juste facilité les choses. An’Halia et KenJyä n’avaient jamais manqué de rien. Le quadragénaire avait accepté Gabrielle le plus naturellement du monde. À peine âgée de quatre ans au moment de sa rencontre avec Andréa Santori, elle s’était rapidement attachée à lui. Le mariage d’Anna avec Andréa avait été suivi de très près par son adoption légale. Gabrielle avait fini par oublier qu’elle avait eu un autre père.

Le plus dur avait été de se faire admettre par Anna-Lisa, la fille qu’Andréa avait eue d’une première union et dont la mère était morte en couches. La petite était d’un tempérament sournois et envieux. La cohabitation avait été laborieuse. Mais Andréa s’était montré ferme et Anna-Lisa avait dû céder. Elle avait relevé sans difficulté la préférence qu’il affichait. Gabrielle était une enfant douce, calme et câline. Tout le contraire d’Anna-Lisa à qui, inconsciemment ou non, Andréa ne pardonnait pas la disparition de sa femme.

⸺ Tu as pleuré ? demanda-t-il en notant ses yeux rougis.
⸺ Pas du tout ! assura-t-elle. J’ai simplement abusé du télescope.
⸺ Tu y passes beaucoup trop de temps, mon ange, protesta l’homme en l’enlaçant. Tu nous négliges.

An’Halia ne le savait que trop. Mais le mal du pays la consumait si souvent qu’elle restait rivée à sa lunette durant des heures, guettant un signe, quelque chose qui lui aurait rappelé son univers.

⸺ Tu sembles parfois si lointaine. Quel est ton secret ? murmura-t-il à son oreille.
⸺ Je suis la souveraine d’un petit royaume qui s’est enfuie pour échapper à la mort. Et ma planète me manque, annonça-t-elle avec un sourire forcé.

Andréa éclata de rire et l’embrassa.

⸺ Très bien, Majesté, nous allons être en retard !
⸺ Andréa… dit-elle soudain d’une voix tremblante en l’attrapant par les bras. Si je venais à disparaître, tu prendrais bien soin de Gabrielle, n’est-ce pas ?
⸺ Mais enfin, chérie, pourquoi veux-tu qu’il t’arrive quelque chose ? !
⸺ Elle est si… spéciale… si fragile, balbutia Anna.

Visiblement sous le coup d’une émotion violente, Anna luttait contre les larmes et Andréa resta perplexe. Il réalisait que son épouse était tourmentée, mais ne parvenait pas à comprendre ce qui pouvait la perturber à ce point. Elle était jeune et en bonne santé. Qu’est-ce qui pouvait lui laisser croire que sa vie était menacée ?

⸺ Tu es sûre que tu ne me caches rien ? s’inquiéta-t-il.
⸺ Bien sûr que non. Mais… depuis plusieurs nuits, je fais d’affreux cauchemars. J’ai peur, Andréa. Pour moi, mais surtout pour Gabrielle.
⸺ Écoute, si ça peut te rassurer, je vais faire renforcer la sécurité de la maison. D’accord ?
⸺ D’accord.
⸺ Allez, viens. Nos invités risquent de s’impatienter.

Le calme et la sérénité d’Andréa finirent par apaiser les craintes de la jeune femme. Tandis qu’elle se préparait à rejoindre la foule des convives qui se pressait à l’entrée, elle en oubliait presque la réalité du danger qui planait au-dessus de sa tête. Mais, alors que les premiers bruits joyeux de la fête commençaient à envahir la maison, son esprit s’égara de nouveau dans l’inquiétude.

Affichant un masque souriant et accueillant, répondant aux bonjours, aux interpellations exubérantes de toute une faune à l’excitation communicative, Anna ne voulait pas commettre l’erreur de sous-estimer un adversaire qu’elle savait redoutable. C’était un exercice difficile, mais qui pourtant lui était familier. L’art de la dissimulation était devenu comme une seconde nature. Depuis ce jour où elle avait mis les pieds sur cette planète, elle avait appris à mentir, à détourner les mots et les pensées. Gabrielle était sans doute libre et insouciante. Mais il y avait bien longtemps qu’Anna avait cessé de l’être.

 

 

La peur, la douleur. Gabrielle n’arrivait pas à réfléchir. Son corps était trop de souffrance. Elle ne parvenait pas non plus à se souvenir. Pourquoi était-elle dans le noir ? Et quel était ce bruit étrange qui grinçait tout près ?

Brusquement, dans un mélange confus d’images décousues, la petite fille revit l’accident, la voiture qui dérapait dans un virage, la détresse du chauffeur qui criait, accroché à son volant, et sa mère qui la serrait contre elle en murmurant des mots dans une langue inconnue.

La Mercedes n’avait soudain plus répondu aux manœuvres du conducteur qui jurait et qui tentait d’en reprendre le contrôle. Mais la grosse berline avait continué à tanguer puis avait quitté la route, dévalant le ravin dans un fracas de tôles froissées. La chute semblait avoir duré des siècles. Puis tout s’était arrêté. Le bruit était en fait une roue qui tournait dans le vide. Le pilote avait été éjecté. Il gisait de l’autre côté, le crâne fracassé par la traversée du pare-brise.

La nuit tombait, lentement. Gabrielle chercha à bouger, mais dut y renoncer. Elle était coincée par un amas d’acier qui empêchait tout mouvement.

⸺ Maman ?

Elle découvrit que sa voix n’était plus qu’un filet rauque. Gabrielle avança sa main le plus loin possible, prit contact avec un corps.

⸺ Maman ?
⸺ KenJyä… écoute-moi…

Le timbre de sa mère n’était qu’un murmure, à peine un souffle.

⸺ Maman ? Où es-tu ?
⸺ Là, tout près… Je sens le bout de tes doigts contre ma jambe.
⸺ Je suis coincée, maman.
⸺ Moi aussi.
⸺ J’ai mal. Aide-moi, sanglota la fillette.
⸺ KenJyä… répéta Anna plus faiblement encore. Il faut que tu appelles à l’aide. Sinon nous allons mourir toutes les deux.
⸺ Mais comment ? Je ne peux pas bouger !
⸺ Utilise ton esprit. C’est notre seule chance !
⸺ Mais tu m’as interdit de le faire ! pleurnicha Gabrielle. J’ai oublié...
⸺ C’est un cas d’urgence, ma chérie. Je t’en prie… Concentre-toi.

La petite fille referma les yeux, retrouvant les ténèbres, mais cette fois sans la peur. Elle laissa ses pensées vagabonder, quitter la voiture retournée et brisée, se lancer à l’assaut du vide pour happer un écho tout proche. Mais l’effort était épuisant et bientôt elle sentit sa résistance décliner.

⸺ Maman… Je n’y arrive pas... Je suis trop fatiguée.
⸺ Essaie encore, mon ange.

La voix de la jeune femme disparaissait progressivement et Gabrielle dut tendre l’oreille pour tenter de la percevoir. Puis An’Halia ne réagit plus à ses appels. Gabrielle chercha une nouvelle fois à se libérer et la douleur fut comme un coup de poignard qui lui arracha un cri. Le sang coulait sur sa peau et elle se remit à pleurer.

⸺ KenJyä… Essaie encore.

L’encouragement de sa mère avait résonné dans sa tête, là-bas, très loin, lui donnant un court regain d’énergie.

La petite fille se tortilla, serra les dents, relégua la souffrance à l’extérieur, et soudain se retrouva hors de l’épave. Elle se sentit vaciller, le paysage tournoya et elle toucha le sol avec rudesse. Tout son corps semblait broyé, pourtant il lui répondit lorsqu’elle voulut se relever. Il fallait qu’elle regagne la route pour trouver des secours.

S’accrochant aux pierres, aux buissons, elle grimpa les parois du ravin sans rien voir de l’endroit où elle allait. Elle surgit brusquement dans un virage, dans la lumière aveuglante des phares d’une voiture arrivant à vive allure. Il y eut un coup de frein brutal, un crissement de pneus sur les graviers et le véhicule s’immobilisa.

Gabrielle entendit claquer la portière puis des pas qui se rapprochaient lentement. La petite fille ne voyait rien de celui qui s’avançait calmement. Elle leva une main pour se protéger de l’éblouissement, devina une silhouette.

⸺ Ainsi tu as survécu, princesse, dit un homme. Incroyable !

Il semblait plus surpris qu’hostile. Gabrielle plissa les yeux, fit abstraction de la lumière. Un changement s’opéra, comme si ses pupilles avaient simplement pris le temps d’accommoder sa vision. Elle découvrit le visage de son interlocuteur. Elle ne l’avait jamais vu auparavant, mais savait pertinemment qu’il n’était pas amical.

⸺ Dommage pour toi, KenJyä, reprit-il. J’ai des ordres…

Elle le fixa, sans faiblir, malgré la pluie qui commençait à tomber, le froid et ses blessures. Elle venait de sentir comme un afflux d’énergie, une force supplémentaire jaillissant pour supporter sa propre puissance. Elle comprenait que sa mère, dans un dernier effort de volonté, volait encore à son secours. Elle planta ses prunelles sombres dans celles du tueur, s’y accrocha comme elle l’aurait fait d’une bouée, jusqu’au plus profond de son âme.

D’un seul coup, elle lut en lui comme dans un livre ouvert. Autrefois, il était chef de la garde particulière du Roi Jarle 1er. Il était considéré comme un homme intègre et fidèle. On le savait aussi efficace, pugnace, redoutable. Il prétendait même être un ami de la Reine. An’Halia venait de découvrir qu’il n’en était rien. La sensation de trahison qu’elle ressentait transitait par l’intermédiaire de Gabrielle et lui portait la colère au visage.

⸺ Pour qui travailles-tu ? demanda-t-elle d’une voix sombre au timbre étrange.
⸺ Le Commandeur Boers Axelton.
⸺ Pourquoi cet attentat ?
⸺ Tu es la dernière d’une famille de Penseurs et tes parents étaient des amis des Slönhe. Pour abattre les Slönhe, il faut d’abord se débarrasser de leurs alliés.

L’homme, une trentaine d’années, un teint bistre et un collier de barbe très noire, semblait sous hypnose. Le regard exorbité, il répondait aux questions sans réticence. Il n’avait pas senti l’esprit de Gabrielle investir le sien, l’inonder d’un pouvoir si intense qu’il en oubliait même qui il était.

⸺ Ma mère te croyait son ami. Pourquoi l’as-tu trahie ?
⸺ Je… j’ai cédé à l’appât du gain… La disette sévit sur Arkalia… Je voulais juste aider ma famille… Je... Je suis désolé.

Mais Gabrielle faiblissait. Soudain, elle ressentit le vide, l’absence, le froid. An’Halia l’avait brutalement abandonnée et la petite fille tomba à genoux dans un cri de douleur et de rage. L’homme, pourtant libéré, parut hésiter. Il n’osait pas avancer. Malgré tout, il fit un pas, se pencha sur l’enfant puis mit un genou à terre.

⸺ Pardon… Princesse. Je ne suis qu’un misérable traître.

Gabrielle découvrit le remords profondément ancré dans l’âme du mercenaire, réalisant qu’elle l’avait gagné à sa cause.

⸺ Rappelle-moi ton nom, je crois que je l’ai oublié, demanda-t-elle d’une voix plus douce.
⸺ Mo'shonok… Je suis ton esclave. Ordonne et j’obéirai.
⸺ Tu dois ramener des secours. Je retourne auprès de ma mère.

Le soldat se releva aussitôt et partit en courant jusqu’à sa voiture. Il y prit un téléphone mobile sur lequel il pianota un numéro. Il expliqua longuement à son interlocuteur comment trouver le lieu de l’accident. Puis il descendit à son tour au fond du ravin. Gabrielle s’était assise près de l’épave. Elle semblait ne pas réaliser ce qu’il lui arrivait. Elle le regarda, sans un mot. Il baissa la tête, honteux.

⸺ À présent, que veux-tu que je fasse, Princesse ?
⸺ Disparais de ma vue… Va-t’en. Rentre chez toi, Mo'shonok et n’oublie jamais la signature de ta traîtrise, là… sur ton cœur.

La fillette avait posé sa main sur la poitrine de l’homme qui encaissa le choc avec un court cri de douleur. L’empreinte qui venait de s’imprimer dans sa chair comme un tatouage brûlant, il le savait, ne s’effacerait jamais, le marquant pour toujours du sceau de la déloyauté.

Il recula, lentement, puis regagna son véhicule d’un pas lourd et s’en alla, après un dernier coup d’œil en arrière. Même s’il ne pouvait la voir, il sentait le poids du regard accusateur de la fillette sur lui. Déjà, au loin, il entendait la plainte aiguë des sirènes. Il ne voulait pas avoir à fournir d’explications sur sa présence et il démarra sur les chapeaux de roues, devinant dans son rétroviseur les silhouettes rapides des ambulances et des services de police.

Gabrielle réalisa à peine lorsqu’un homme se pencha sur elle. Elle leva sur lui un regard brumeux, comme éteint de l’intérieur.

⸺ Eh ! J’ai trouvé une gamine ! cria le sauveteur. Elle est vivante !
⸺ Le chauffeur est mort, ajouta un autre. La femme aussi.
⸺ Moins fort, idiot ! gronda une troisième voix. C’est probablement sa fille.

Mais Gabrielle savait déjà qu’An’Halia ne lui répondrait plus. Elle avait entendu ses ultimes paroles, imprimées à jamais dans son esprit.

⸺ Le Mogaï… KenJyä… aide-le… à… s’envoler.

Le froid, l’absence. Encore. Pour toujours. Gabrielle avait refermé ses yeux, son corps, sa conscience. Tout ne fut plus que silence et obscurité.

 

Mo'shonok se tenait droit dans le petit matin. Malgré l’aube et le vent glacé, il était torse nu. Face au ciel, il regardait la nuit s’effacer lentement. Il serrait un couteau, à la lame fine et tranchante. Ses doigts crispés sur le manche de bois, l’homme releva son visage, fixa l’immensité du firmament inondé par l’embrasement du lever de soleil.

Les premiers rayons firent fumer la rosée et enveloppèrent bientôt le soldat dans un halo volatile. Mo'shonok posa la pointe sur sa poitrine, à l’endroit exact où une main d’enfant avait gravé à jamais le symbole infamant de la traîtrise. Puis, il enfonça le métal dans sa chair. Sous l’effet de la douleur, il tomba à genoux tandis que le sang coulait sur son torse, ruisselant sur ses cuisses. Un cri, mal contenu en dépit des mâchoires soudées par une volonté d’acier, s’échappa et s’amplifia.

Mo'shonok sentit sa conscience vaciller, sa vie s’effilocher comme un filet d’eau entre ses doigts. Il savait qu’il risquait la mort en pratiquant cette amputation, mais il était prêt à le tenter malgré tout. Cette marque de félonie lui était devenue insupportable. Il aurait pu faire usage de drogue pour éviter la souffrance, mais elle faisait partie de ce pacte qu’il avait signé avec lui-même. Ses doigts s’ouvrirent et il lâcha l’arme qui tomba dans l’herbe.

Le soldat découvrit brusquement devant lui, rassemblées en hordes, ces petites créatures aux dents longues dont l’activité première consistait à nettoyer la plaine des charognes. Elles ne l’attaqueraient pas tant qu’il serait debout. Il voyait leurs yeux jaunes briller dans l’aube naissante, sentait l’odeur forte de leur pelage ocre. Leurs plaintes aiguës se rapprochaient. Insensiblement, les carnassiers s’avançaient. Mo'shonok eut un rictus, presque un rire.

⸺ Je ne suis pas encore mort ! leur hurla-t-il.

Mais les yalinas n’étaient pas stupides et l’homme le savait. Il était impuissant, condamné. Ses épaules se voutèrent. Il avait voulu se racheter, oublier cette tragique et méprisable action qui l’avait conduit à trahir. Mais il réalisait qu’il allait périr ici même, seul au milieu d’une horde de fauves affamés. Une punition, somme toute, à la hauteur de sa forfaiture.

Il tourna son regard vers l’horizon, devinant au loin la silhouette de cette citadelle dont il avait été le gardien si longtemps. Il était retourné sur les terres de son clan pour y subir son châtiment. Sa faute ne lui en parut que plus lourde. Son poids devint insupportable. Plus encore que la douleur.

Lentement, il vacilla, tomba sur le dos, les bras en croix. Les ricanements des yalinas se turent quelques secondes. Et tout à coup, elles furent là, tout près. L’une d’entre elles planta ses mâchoires dans son épaule, une seconde dans son ventre tandis que d’autres s’attaquaient à ses jambes. Mais la curée dura quelques secondes à peine. Les yalinas suspendirent soudain leurs crocs, levèrent leurs museaux barbouillés de sang dans le vent et s’enfuirent en piaillant.

Presque exsangue, totalement épuisé, Mo'shonok était incapable de bouger. Il entendit simplement le bruit des sabots, les cavaliers qui se rapprochaient, s’arrêtaient et mettaient pied à terre près de lui. Il devina un jeune garçon aux longs cheveux bruns qui se penchait sur lui.

⸺ Tu devrais savoir qu’une marque apposée par un Penseur ne peut s’ôter, Mo', lui dit ce dernier.

Le moribond regardait ce visage qu’il croyait ne plus jamais revoir. Il chercha à parler, mais en fut incapable. C’était comme un étau implacable qui serrait sa gorge et clouait ses mots.

⸺ Ne gaspille pas tes forces, reprit l’adolescent. Quoi que tu aies fait, je ne suis pas sûr que cela mérite un tel châtiment.

Mo'shonok rassembla ce qu’il lui restait de vie et prit la main du garçon.

⸺ J’ai… j’ai… tué la Reine, avoua-t-il.
⸺ Que dis-tu ? Elle a disparu il y a des années ! Personne ne sait où elle se cache !
⸺ Je… je l’ai retrouvée… J’ai… obéi… J’ai tué… ma Reine.
⸺ Obéi à qui ? s’écria le jeune homme en secouant l’agonisant avec rage.
⸺ Eh ! Doucement ! intervint quelqu’un qui se tenait en retrait derrière lui. Achève-le ou soigne-le, mais ne le laisse pas ainsi crever comme une bête.

Mo'shonok vit la tempête qui s’agitait dans l’esprit du garçon. Il se souvenait des cours qu’il lui avait donnés, des préceptes qu’il lui avait enseignés. Un en particulier s’imposa. « Précepte de Koonaï : le pardon grandit l’âme. Et l’âme doit toujours être plus grande que la faute. Elle est seule capable de l’effacer ». Cet enseignement-là, il l’avait répété, presque autant qu’un autre, celui qu’il avait si misérablement bafoué. « Précepte de Motsaï : La fidélité est le premier devoir auquel un homme doit consacrer son existence ».

Le Grand Livre des Préceptes d’Arkalia représentait toute sa vie. Pourtant, il l’avait délibérément oblitéré. Il s’était caché derrière un prétexte respectable pour commettre l’irréparable. Sa famille avait besoin de lui. Il s’était déshonoré pour elle.

Le jeune homme se pencha de nouveau.

⸺ Je t’épargne parce tu as été mon ami. Mais crois-moi, je ne suis pas prêt d’oublier.

Mo'shonok le retint alors qu’il se relevait.

⸺ Je… sais… Je sais… où… est… KenJyä.

Puis il retomba au sol, inerte.

En s’éveillant, de nombreuses semaines plus tard, découvrant qu’on l’avait recousu et pansé, il chercha ce qu’il faisait là, ne reconnaissant rien ni aucun des visages tournés sur lui. Il ne recouvra la mémoire que lorsque l’adolescent pénétra dans sa tente.

⸺ Je vois que tu as repris pied parmi les vivants, jeta-t-il d’un ton froid.
⸺ Pourquoi m’avoir sauvé si tu le regrettes ? répliqua Mo'shonok.
⸺ Parce qu’autrefois mon Maître d’Armes m’a appris la compassion et la clémence. Si ce que tu m’as avoué est vrai et que tu as tué la Reine, il va me falloir beaucoup de volonté pour mettre en pratique les principes que tu m’inculquais.
⸺ Je t’ai dit aussi que je savais où trouver KenJyä.
⸺ Je suis heureux qu’elle soit vivante. C’est pourquoi je ne tiens pas à l’attirer ici où elle risquerait la mort. En revanche… si tu es toujours décidé à te racheter, j’ai une proposition à te faire.
⸺ Parle, je t’écoute.
⸺ Si on découvre que tu joues un double jeu, tu seras probablement exécuté.
⸺ Je suis prêt à courir le risque.
⸺ Je l’espère, Mo'shonok. Je suis capable moi aussi de t’infliger le sceau de la honte. Et celui-ci te serait fatal.
⸺ Je sais, répondit le soldat.

Le jeune homme le fixa intensément et un rictus tordit sa bouche.

 

⸺ Je t’ai trouvé un nom de code… dit-il simplement.

 

JonaLaï regardait le cosmos défiler le long du hublot de sa cabine et un sourire étira lentement ses lèvres. Il eut une pensée émue tandis qu’il songeait à sa compagne et à ce bébé qu’elle portait, donnant à la dynastie des Slönhe un nouveau souffle. Il était temps. JonaLaï était le dernier représentant, le seul à même de reproduire le Chant. Après lui, c’était une autre ère qui menaçait de s’instaurer. Une ère de misère totale, de malheur. Cela JonaLaï ne le voulait pas. Sa recherche d’une épouse capable de résister au pouvoir des Slönhe avait fini par aboutir. Minhia représentait l’espoir de toute une nation. Le fait qu’elle soit belle et presque encore une enfant n’avait fait que confirmer son choix. Il l’avait aimée au premier regard. Elle était douce, gracile, captivante. Une future Reine que son peuple vénérait déjà, avant même l’annonce de sa maternité. Ainsi, Arkalia ne serait pas livrée au chaos.

JonaLaï soupira. Comme il avait hâte de fonder une nouvelle famille, de recréer cet équilibre primordial largement entamé par la mort des siens. Logaï d’abord, leur mère ensuite, terrassée par le chagrin et puis leur père, un peu plus tard. Et enfin, Mogaï. Ce frère fantasque, imprévisible et complètement fou qu’il avait adoré au jour de sa naissance et dont il ne parvenait pas à supporter l’absence.

JonaLaï réalisa qu’il se laissait gagner par l’amertume et il se reprit d’un simple effort de volonté. Il se replongea dans la contemplation du paysage. Le silence froid de l’espace envahit sa conscience d’une profonde quiétude. Il n’entendait plus rien, ne voyait rien d’autre que le défilé des planètes, des étoiles.

⸺ Altesse ?

La voix qui l’avait tiré de sa nonchalante rêverie semblait un murmure à ses oreilles. Il avait du mal à pénétrer de nouveau la réalité alors qu’il avait laissé son esprit vagabonder à la recherche de ce contact qu’il appréciait tant. Il récupéra ses sens et fit face à son interlocuteur, un cadet qui n’osait s’avancer plus et se tenait en retrait sur le seuil de la cabine.

⸺ Oui, que veux-tu ?
⸺ Le Commandant vous informe que nous avons un problème mécanique et que nous allons être obligés de changer de cap.
⸺ Quel genre ?
⸺ Je n’en sais pas plus, Majesté. Juste que nous devons nous poser rapidement.
⸺ Très bien… Merci.

Le soldat se retira, lentement. JonaLaï fronça les sourcils. Il ressentait un curieux pressentiment, une force oppressante qui lui faisait craindre un danger. Pourquoi avait-il accepté ce voyage, finalement ? Pour assister au couronnement d’un lointain souverain ? Qui donc avait insisté pour qu’il s’y rende ? Qui avait également voulu réunir un maximum de Penseurs pour l’occasion ? Plus JonaLaï réfléchissait et plus il se persuadait qu’il avait fait une erreur.

Il quitta l’observatoire, là où il aimait méditer, où on avait ordre de ne jamais le déranger. Les ondes de son mental pouvaient blesser, voire tuer quelqu’un. Aussi JonaLaï se retrouvait-il toujours seul dans cette pièce lorsque le besoin d’extérioriser un surplus de puissance se faisait sentir.

En marchant le long des couloirs, il heurta cet autre esprit, l’appel de cette petite fille qui essayait de l’atteindre et qui le happait si fort chaque fois. Il s’arrêta, ferma les yeux quelques secondes, surprit ses pleurs.

⸺ KenJyä… Que se passe-t-il ? Pourquoi ce chagrin ?

Le contact fut long à s’établir, se brisa maintes et maintes fois, mais JonaLaï finit par entendre la réponse de sa lointaine interlocutrice. Sa mère venait de mourir, laissant dans son cœur un vide fracassant, une douleur inhumaine qu’elle n’arrivait pas à évacuer. JonaLaï dut s’arrêter. Il avait mal à son tour et, durant l’espace de quelques secondes, son propre rythme cardiaque s’emballa. Une intense chaleur l’enveloppa et il dut se tenir aux parois du vaisseau pour ne pas tomber. Jamais il n’avait éprouvé une blessure si profonde. À aucun moment, il n’avait communiqué avec les Penseurs aussi intimement qu’avec cette petite fille. Il eut la certitude qu’il aurait dû lui dire la vérité sur ses origines. Pourquoi lui laisser croire qu’elle était d’un autre monde alors qu’ils appartenaient au même ? Il aurait aimé lever le voile du mystère, mais voulait d’abord connaître les raisons qui avaient poussé An’Halia à fuir, si loin, si vite.

Il avait appris le décès de son époux, le deuil qui avait frappé toute la petite communauté. Jarle 1er était un souverain honnête et juste, mais aussi un ami précieux. Sa disparition dans des circonstances plus que mystérieuses avait attristé son père, lui-même souffrant.

Il y avait eu ensuite cet accident tragique, cette déflagration inexpliquée qui avait pulvérisé l’appareil du fils du Roi. Il n’aurait pas dû se trouver à bord d’ailleurs. L’adolescent détestait ces machines volantes. Il n’aimait que son cheval, la sensation de liberté lorsque, couché sur la crinière de son coursier, il parcourait les plaines de son royaume.

Invité à une réception à laquelle il s’était senti obligé de se rendre, le jeune homme avait fini par se résoudre à monter dans l’un de ces engins. Le vaisseau semblait avoir connu des difficultés mécaniques et avait dû se poser à plusieurs reprises. Finalement, il avait explosé en plein vol.

Presque aussitôt, la reine An’Halia s’était volatilisée avec sa fille. JonaLaï était un Penseur trop puissant pour n’avoir pas découvert l’hérédité de cette fillette qui venait frapper à la porte de son esprit avec une force encore balbutiante qui, pourtant, prédisait un pouvoir incomparable. Il avait su, au tout premier contact, qui était en réalité Gabrielle.

⸺ JonaLaï… sanglota-t-elle. Aide-moi.
⸺ Ferme les yeux, KenJyä. Rejoins-moi. Laisse-moi ta douleur.

Il voulait la libérer de ce mal qui irradiait dans tout son être. Il engloutit son chagrin, le disséqua, l’élimina d’un revers de pensée, comme un geste de la main, et il parut se dissoudre dans l’absolu. Gabrielle ne pleurait plus. Elle respirait fort, par saccades. L’émotion dissipée, elle demeurait hagarde.

⸺ KenJyä… Écoute-moi. Il faut que tu restes avec moi. Je n’ai pas fini…

Le choc qui ébranla le transporteur coupa sa phrase. Catapulté contre une des parois, JonaLaï jura violemment. Une alarme se déclencha. JonaLaï se rapprocha d’un hublot, vit soudain les météorites qui s’abattaient tout autour d’eux. Comment un pilote aussi expérimenté que son capitaine avait-il pu les lancer dans un champ d’astéroïdes ?

⸺ JonaLaï…

La petite voix était revenue, hésitante, tremblante, comme convalescente.

⸺ KenJyä… Écoute-moi. Je n’ai plus beaucoup de temps.
⸺ Que se passe-t-il ?
⸺ Une avarie imprévue et ça m’étonnerait que la coque résiste très longtemps. Il faut que je finisse ce que j’ai commencé. Rejoins-moi.