Souvenirs d'un homme de lettres - Alphonse Daudet - ebook
Kategoria: Literatura faktu, reportaże, biografie Język: francuski Rok wydania: 1888

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Alphonse Daudet

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Opis ebooka Souvenirs d'un homme de lettres - Alphonse Daudet

Alphonse Daudet évoque, sur un ton parfois passionné, la genese de deux de ses oeuvres (Numa Roumestan, Les Rois en exil), ses rencontres avec les écrivains (Edmond de Goncourt), les hommes politiques (Gambetta) et les acteurs et actrices (Déjazet) marquants de son époque, le siege de Paris pendant la guerre de 1870 et la Commune.

Opinie o ebooku Souvenirs d'un homme de lettres - Alphonse Daudet

Fragment ebooka Souvenirs d'un homme de lettres - Alphonse Daudet

A Propos
Souvenirs d'un homme de lettres
A Propos Daudet:

Alphonse Daudet, né a Nîmes (Gard) le 13 mai 1840 et mort a Paris le 16 décembre 1897, est un écrivain et auteur dramatique français. Il est inhumé au cimetiere du Pere-Lachaise a Paris. Alphonse Daudet naît a Nîmes le 13 mai 1840. Apres avoir suivi les cours de l'institution Canivet a Nîmes, il entre en sixieme au lycée Ampere. Alphonse doit renoncer a passer son baccalauréat a cause de la ruine en 1855 de son pere, commerçant en soieries. Il devient maître d'étude au college d'Ales. Cette expérience pénible lui inspirera son premier roman, Le Petit Chose (1868). Daudet rejoint ensuite son frere a Paris et y mene une vie de boheme. Il publie en 1859 un recueil de vers, Les Amoureuses. L'année suivante, il rencontre le poete Frédéric Mistral. Il a son entrée dans quelques salons littéraires, collabore a plusieurs journaux, notamment Paris-Journal, L'Universel et Le Figaro. En 1861, il devient secrétaire du duc de Morny (1811-1865) demi-frere de Napoléon III et président du Corps Législatif. Ce dernier lui laisse beaucoup de temps libre qu'il occupe a écrire des contes, des chroniques mais meurt subitement en 1865 : cet événement fut le tournant décisif de la carriere d'Alphonse. Apres cet évenement, Alphonse Daudet se consacra a l'écriture, non seulement comme chroniqueur au journal Le Figaro mais aussi comme romancier. Puis, apres avoir fait un voyage en Provence, Alphonse commença a écrire les premiers textes qui feront partie des Lettres de mon Moulin. Il connut son premier succes en 1862-1865, avec la Derniere Idole, piece montée a l'Odéon et écrite en collaboration avec Ernest Manuel - pseudonyme d'Ernest Lépine. Puis, il obtint, par le directeur du journal L'Événement, l'autorisation de les publier comme feuilleton pendant tout l'été de l'année 1866, sous le titre de Chroniques provençales. Certains des récits des Lettres de mon Moulin sont restés parmi les histoires les plus populaires de notre littérature, comme La Chevre de monsieur Seguin, Les Trois Messes basses ou L'Élixir du Révérend Pere Gaucher. Le premier vrai roman d'Alphonse Daudet fut Le Petit Chose écrit en 1868. Il s'agit du roman autobiographique d'Alphonse dans la mesure ou il évoque son passé de maître d'étude au college d'Ales (dans le Gard, au nord de Nîmes). C'est en 1874 qu'Alphonse décida d'écrire des romans de mours comme : Fromont jeune et Risler aîné mais aussi Jack (1876), Le Nabab (1877) – dont Morny serait le "modele" – les Rois en exil (1879), Numa Roumestan (1881) ou L'Immortel (1883). Pendant ces travaux de romancier et de dramaturge (il écrivit dix-sept pieces), il n'oublia pas pour autant son travail de conteur : il écrivit en 1872 Tartarin de Tarascon, qui fut son personnage mythique. Les contes du lundi (1873), un recueil de contes sur la guerre franco-prussienne, témoignent aussi de son gout pour ce genre et pour les récits merveilleux. Daudet subit les premieres atteintes d'une maladie incurable de la moelle épiniere, le tabes dorsalis, mais continue de publier jusqu'en 1895. Il décede le 16 décembre 1897 a Paris, a l'âge de 57 ans.

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Souvenirs d'un homme de lettres

Émile Ollivier

Entre tous les salons parisiens ou fréquenta mon premier habit, le salon Ortolan, a l'École de droit, m'a laissé un souvenir aimable. Le pere Ortolan, méridional a tete fine, jurisconsulte de renom, était aussi poete a ses heures. Il avait publié les Enfantines et tout en jurant ne jamais écrire que pour le jeune âge, il ne dédaignait pas a l'endroit de ses vers l'approbation des grandes personnes. Aussi ses soirées, tres suivies par les indigenes des quartiers savants, offraient-elles un agréable et original mélange de jolies femmes, de professeurs et d'avocats, de gens doctes et de poetes. C'est comme poete qu'on m'invitait.

Parmi les jeunes et antiques célébrités que je vis passer la dans le brouillard d'or des premiers éblouissements, vint un soir Émile Ollivier. Il était avec sa femme, la premiere, et le grand musicien Liszt, son beau-pere. De la femme, je me rappelle des cheveux blonds sur un corsage de velours ; de Liszt, du Liszt de ce temps-la, moins encore. Je n'avais d'yeux, de curiosité que pour Ollivier. Âgé d'environ trente-trois ans (on était en 1858), coryphée du parti tres populaire parmi la jeunesse républicaine qui était fiere d'avoir un chef de son âge, il marchait alors dans la gloire. On se disait la légende de sa famille : le vieux pere longtemps proscrit, le frere tombé dans un duel, lui-meme proconsul a vingt ans et gouvernant Marseille par l'éloquence. Tout cela lui donnait de loin, dans les esprits, une certaine tournure de tribun romain ou grec, et meme quelque ressemblance avec les jeunes hommes tragiques de la grande Révolution : les Saint-Just, les Desmoulin, les Danton. Pour moi, que la politique touchait peu, le voyant ainsi, poétique malgré ses lunettes, éloquent, lamartinien, toujours pret a parler et a s'émouvoir, je ne pouvais m'empecher de le comparer a un arbre de son pays – non a celui dont il porte le nom et qui est symbole de sagesse – mais a un de ces pins harmonieux qui couronnent les collines blanches et se refletent dans les flots bleus des côtes provençales, pins stériles mais gardant en eux comme un écho de la lyre antique, et frémissant toujours, résonnant toujours de leurs innombrables petites aiguilles entrechoquées au plus léger souffle de tempete, au moindre vent qui vient d'Italie.

Émile Ollivier était alors un des Cinq, un des cinq députés qui, seuls, osaient braver l'Empire, et il siégeait au milieu d'eux, tout en haut des bancs de l'assemblée, isolé dans son opposition comme sur un inexpugnable Aventin. En face, renversé dans le fauteuil présidentiel, l'air endormi et las, Morny, de son oil froid de connaisseur d'hommes, guettait celui-ci : il l'avait jugé moins Romain que Grec, plus emporté par la légereté athénienne que lesté de prudence et de froide raison latine. Il connaissait l'endroit vulnérable ; il savait que sous cette toge de tribun se cachait la vanité native et sans défense des virtuoses et des poetes, et c'est par la qu'un jour ou l'autre il espérait en venir a bout.

Des années plus tard, quand pour la seconde fois et dans les circonstances que je vais dire, je me rencontrai avec Émile Ollivier, il était conquis a l'Empire. Morny avant de mourir avait mis comme une coquetterie a vaincre, a force d'avances narquoises et de hautaines câlineries, les résistances, pour la forme et la galerie, de cette mélodieuse vanité. On avait crié dans les rues : « la grande trahison d'Émile Ollivier », et pour cela, Émile Ollivier se croyait le comte de Mirabeau. Mirabeau avait voulu faire marcher d'accord la Révolution et la Monarchie ; Ollivier, plein d'ailleurs des intentions les meilleures, tentait apres vingt ans d'unir la Liberté a l'Empire, et ses efforts rappelaient Phrosine mariant l'Adriatique avec le Grand Turc. En attendant le Grand Turc, comme il se trouvait veuf depuis longtemps, il s'était remarié lui-meme, avec une toute jeune fille, provençale comme lui, qui l'admirait. On le disait radieux, triomphant, une meme lune de miel dorait de ses plus doux rayons et ses amours et sa politique. Un homme heureux !

Cependant un coup de pistolet retentit du côté d'Auteuil. Pierre Bonaparte venait de tuer Victor Noir ; et cette balle corse, a travers la poitrine d'un jeune homme, frappait en plein cour la fiction de l'Empire libéral. Paris soudain s'émeut ; les cafés parlent a voix haute, une foule gesticule sur les trottoirs. De minute en minute les nouvelles arrivent, les bruits circulent ; on se raconte l'intérieur étrange du prince Pierre, cette maison d'Auteuil fermée en plein Paris, comme une tour de seigneur génois ou florentin, sentant la poudre et la ferraille, et tout le jour retentissante du bruit des pistolets de tir et du cliquetis des épées froissées. On dit ce qu'était Victor Noir, sa grande douceur, sa jeunesse, son mariage tout prochain. Et voila que les femmes s'en melent : elles plaignent la mere, la fiancée ; l'attendrissement d'un roman d'amour s'ajoute aux coleres politiques. La Marseillaise, encadrée de noir, publie son appel aux armes ; des gens disent que ce soir Rochefort distribuera quatre mille revolvers dans ses bureaux. Deux cent mille hommes, enfants ou femmes, les quartiers bourgeois, tous les faubourgs se préparent pour la grande manifestation du lendemain ; il souffle un vent de barricades, et, dans la tristesse du jour tombant, on entend ces bruits indistincts, précurseurs des révolutions, qui semblent les craquements sourds des ais d'un trône.

A ce moment, je rencontrai un ami sur le boulevard. « Ça va mal, lui dis-je. – Tres mal, et le plus bete, c'est qu'en haut, ils ne se doutent pas de la gravité de la chose. » Puis, passant son bras sous mon bras : « Émile Ollivier te connaît, viens avec moi place Vendôme. »

Depuis qu'Émile Ollivier y était entré, le ministere de la justice avait perdu tout caractere de pompe et de morgue administrative. Prenant au sincere son reve d'Empire démocratique et libéral, vrai ministre a l'américaine, Ollivier n'avait pas voulu habiter ces vastes appartements, ces hauts salons, brodés d'abeilles, timbrés et chargés selon lui de trop autocratiques dorures. Il occupait toujours, rue Saint-Guillaume, son modeste logement d'avocat-député, et arrivait chaque matin place Vendôme, une grande serviette bourrée de papiers sous le bras, avec sa redingote et ses lunettes, comme un homme d'affaires qui va au Palais, comme un brave employé qui se rend pédestrement a son bureau. Cela le faisait mépriser un peu par les garçons et les huissiers. Porte grande ouverte, escalier désert ! Huissiers et garçons nous laisserent passer, ne daignant pas meme nous demander ou nous allions, ni qui nous cherchions, témoignant seulement par un air dédaigneusement résigné et une certaine insolence correcte d'attitude combien ils trouvaient ces mours, familieres et nouvelles contraires aux belles traditions et éloignées de l'idéal administratif.

Dans un grand cabinet haut de plafond, large ouvert sur deux vastes portes-fenetres, un de ces cabinets d'aspect triste et froid ou tout est vert, mais de ce vert bureaucratique des cartons verts et des fauteuils de cuir vert qui est a la belle verdure des forets ce qu'un papier timbré est a un sonnet sur vélin, ce que le cidre est au champagne, – le ministre était seul, adossé contre la cheminée, a son poste, dans une attitude d'orateur. La nuit venait. Des garçons apporterent de grandes lampes tout allumées.

Mon ami avait dit vrai, on ne se doutait de rien en haut ; les bruits de la rue n'arrivent qu'indistincts sur ces cimes. Émile Ollivier, avec l'infatuation naturelle doublée d'une certaine façon myope de voir, qui caractérise l'homme au pouvoir, nous déclara que tout allait pour le mieux, qu'il était au courant des choses ; il nous montra meme le billet écrit par Pierre Bonaparte a M. Conti, qu'on venait de lui communiquer, billet sauvage et féodal, bien dans la tradition italienne du seizieme siecle, commençant ainsi : « Deux jeunes gens sont venus me provoquer… » Et se terminant par ces mots : «…Je crois que j'en ai tué un ».

Alors je pris la parole et je racontai ce que je croyais etre la vérité, parlant, non en politique, mais en homme, disant l'effervescence des esprits, l'exaspération de la rue, l'alternative inévitable d'une prise d'armes ou d'un courageux acte de justice. J'ajoutai que Fonvielle et Noir me semblaient, comme a tous, certainement, incapables d'avoir voulu tuer ou frapper le prince chez lui ; que je les connaissais, Noir surtout, et combien m'était sympathique ce grand garçon inoffensif, presque un enfant encore, étonné lui-meme de ses succes parisiens et fier de sa précoce renommée, cherchant a force de travail a conquérir ce qui lui manquait en fait d'instruction premiere, et dont la plus grande joie était de se faire apprendre par un ami quelque courte citation latine, avec la maniere de l'introduire adroitement, a propos de n'importe quoi, dans la conversation, histoire d'étonner, le soir, par cet étalage d'érudition, J.-J. Weiss, alors au Journal de Paris, qui lui enseignait l'orthographe.

Émile Ollivier m'écouta attentivement, l'air pensif et décidé, puis, quand j'eus fini, apres un silence, il prononça d'une voix fiere cette phrase que je rapporte textuellement : « Eh bien ! Si le prince Pierre est un assassin, nous l'enverrons au bagne ! »

Au bagne, un Bonaparte ! C'était bien la le mot d'un garde des sceaux de l'Empire libéral, d'un ministre encore empetré dans ses illusions d'orateur, d'un ministre qui porte le titre de ministre sans en posséder l'esprit, d'un ministre enfin qui habite rue Saint-Guillaume !

Le lendemain, il est vrai, Pierre Bonaparte était prisonnier, mais prisonnier comme l'est un prince, au premier étage de la Tour d'Argent, avec vue sur la place du Châtelet et la Seine, et les Parisiens en passant les ponts se montraient son cachot pour rire et les rideaux blancs de ses fenetres a peine grillées. Quelques semaines apres, le prince Pierre était solennellement acquitté par la haute Cour de Bourges. De bagne, Émile Ollivier n'en parlait plus ; il quittait décidément la rue Saint-Guillaume pour la place Vendôme. Désormais, dans les grands escaliers, les vastes corridors, huissiers et garçons de bureau souriaient cérémonieusement a son passage, il était devenu parfait ministre et l'Empire libéral avait vécu !

En résumé, un homme d'État médiocre, plein de fougue et sans réflexion, mais un honnete homme, un poete idéaliste fourvoyé dans les affaires, ainsi peut se définir Émile Ollivier. Morny d'abord, puis d'autres apres Morny, en jouerent. Républicain, il essaya de consolider la dynastie, en passant dessus un crépi de liberté ; plus tard, il voulait la paix, déclara la guerre, et non pas cour léger, comme il le dit par inspiration malheureuse, mais esprit irrémédiablement léger, il nous entraîna avec lui dans l'abîme d'ou nous sommes sortis, ou il est resté !

L'autre soir, on finit toujours par se rencontrer dans Paris, nous dînions en face l'un de l'autre a une table amie : le meme qu'autrefois, meme regard de reveur interrogeant et indécis derriere le cristal des lunettes, meme physionomie de parleur, ou tout est dans le pli des levres, le dessin de la bouche plein d'audace et sans volonté. Fier et droit d'ailleurs, mais tout blanc. Blanc par ses cheveux drus, blanc par ses favoris courts, blanc comme un camp abandonné dans une désastreuse campagne, sous la neige. Avec cela, la voix cassante, nerveuse, des gens qui en ont sur le cour plus gros qu'ils n'en veulent laisser voir…

Et je me rappelais le jeune tribun, noir comme un corbeau, entr'aperçu dans le salon du pere Ortolan.