Lettres de mon moulin - Alphonse Daudet - ebook
Kategoria: Fantastyka i sci-fi Język: francuski Rok wydania: 1869

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Alphonse Daudet

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Opis ebooka Lettres de mon moulin - Alphonse Daudet

Ces nouvelles illustrent le vrai fantastique, celui du quotidien, de la poésie. Indispensables.

Opinie o ebooku Lettres de mon moulin - Alphonse Daudet

Fragment ebooka Lettres de mon moulin - Alphonse Daudet

A Propos
A ma femme Avant-propos
Installation
La diligence de Beaucaire
A Propos Daudet:

Alphonse Daudet, né a Nîmes (Gard) le 13 mai 1840 et mort a Paris le 16 décembre 1897, est un écrivain et auteur dramatique français. Il est inhumé au cimetiere du Pere-Lachaise a Paris. Alphonse Daudet naît a Nîmes le 13 mai 1840. Apres avoir suivi les cours de l'institution Canivet a Nîmes, il entre en sixieme au lycée Ampere. Alphonse doit renoncer a passer son baccalauréat a cause de la ruine en 1855 de son pere, commerçant en soieries. Il devient maître d'étude au college d'Ales. Cette expérience pénible lui inspirera son premier roman, Le Petit Chose (1868). Daudet rejoint ensuite son frere a Paris et y mene une vie de boheme. Il publie en 1859 un recueil de vers, Les Amoureuses. L'année suivante, il rencontre le poete Frédéric Mistral. Il a son entrée dans quelques salons littéraires, collabore a plusieurs journaux, notamment Paris-Journal, L'Universel et Le Figaro. En 1861, il devient secrétaire du duc de Morny (1811-1865) demi-frere de Napoléon III et président du Corps Législatif. Ce dernier lui laisse beaucoup de temps libre qu'il occupe a écrire des contes, des chroniques mais meurt subitement en 1865 : cet événement fut le tournant décisif de la carriere d'Alphonse. Apres cet évenement, Alphonse Daudet se consacra a l'écriture, non seulement comme chroniqueur au journal Le Figaro mais aussi comme romancier. Puis, apres avoir fait un voyage en Provence, Alphonse commença a écrire les premiers textes qui feront partie des Lettres de mon Moulin. Il connut son premier succes en 1862-1865, avec la Derniere Idole, piece montée a l'Odéon et écrite en collaboration avec Ernest Manuel - pseudonyme d'Ernest Lépine. Puis, il obtint, par le directeur du journal L'Événement, l'autorisation de les publier comme feuilleton pendant tout l'été de l'année 1866, sous le titre de Chroniques provençales. Certains des récits des Lettres de mon Moulin sont restés parmi les histoires les plus populaires de notre littérature, comme La Chevre de monsieur Seguin, Les Trois Messes basses ou L'Élixir du Révérend Pere Gaucher. Le premier vrai roman d'Alphonse Daudet fut Le Petit Chose écrit en 1868. Il s'agit du roman autobiographique d'Alphonse dans la mesure ou il évoque son passé de maître d'étude au college d'Ales (dans le Gard, au nord de Nîmes). C'est en 1874 qu'Alphonse décida d'écrire des romans de mours comme : Fromont jeune et Risler aîné mais aussi Jack (1876), Le Nabab (1877) – dont Morny serait le "modele" – les Rois en exil (1879), Numa Roumestan (1881) ou L'Immortel (1883). Pendant ces travaux de romancier et de dramaturge (il écrivit dix-sept pieces), il n'oublia pas pour autant son travail de conteur : il écrivit en 1872 Tartarin de Tarascon, qui fut son personnage mythique. Les contes du lundi (1873), un recueil de contes sur la guerre franco-prussienne, témoignent aussi de son gout pour ce genre et pour les récits merveilleux. Daudet subit les premieres atteintes d'une maladie incurable de la moelle épiniere, le tabes dorsalis, mais continue de publier jusqu'en 1895. Il décede le 16 décembre 1897 a Paris, a l'âge de 57 ans.

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A ma femme Avant-propos

Par-devant maître Honorat Grapazi, notaire a la résidence de Pampéngouste,
A comparu.

Le sieur Gaspard Mitifio, époux de Vivette Cornille, ménager au lieudit des Cigalieres et y demeurant :

Lequel par ces présentes a vendu et transporté sous les garanties de droit et de fait, et en franchise de toutes dettes, privileges et hypotheques,

Au sieur Alphonse Daudet, poete, demeurant a Paris, a ce présent et ce acceptant.

Un moulin a vent et a farine, sis dans la vallée du Rhône, au plein cour de Provence, sur une côte boisée de pins et de chenes verts ; étant ledit moulin abandonné depuis plus de vingt années et hors d’état de moudre, comme il appert des vignes sauvages, mousses, romarins, et autres verdures parasites qui lui grimpent jusqu’au bout des ailes ;

Ce nonobstant, tel qu’il est et se comporte, avec sa grande roue cassée, sa plate-forme ou l’herbe pousse dans les briques, déclare le sieur Daudet trouver ledit moulin a sa convenance et pouvant servir a ses travaux de poésie, l’accepte a ses risques et périls, et sans aucun recours contre le vendeur, pour cause de réparations qui pourraient y etre faites.

Cette vente a lieu en bloc, moyennant le prix convenu, que le sieur Daudet, poete, a mis et déposé sur le bureau en especes de cours, lequel prix a été de suite touché et retiré par le sieur Mitifio, le tout a la vue des notaires et des témoins soussignés, dont quittance sous réserve.

Acte fait a Pampérigouste, et l’étude Honorat, en présence de Francet Mamai, joueur de fifre, et de Louiset dit le Quique, porte-croix des pénitents blancs :

Qui ont signé avec les parties et le notaire apres lecture…


Installation

Ce sont les lapins qui ont été étonnés… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins… La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes a un rayon de lune… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voila le bivouac en déroute, et tous ces petits derrieres blancs qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espere bien qu’ils reviendront.

Quelqu’un de tres étonné aussi, en me voyant, c’est le locataire du premier, un vieux hibou sinistre, a tete de penseur, qui habite le moulin depuis plus de vingt ans. Je l’ai trouvé dans la chambre du haut, immobile et droit sur l’arbre de couche, au milieu des plâtras, des tuiles tombées. Il m’a regardé un moment avec son oil rond ; Puis, tout effaré de ne pas me reconnaître, il s’est mis a faire : « Hou ! hou ! » et a secouer péniblement ses ailes grises de poussiere ; ces diables de penseurs ! ça ne se brosse jamais… N’importe ! tel qu’il est, avec ses yeux clignotants et sa mine renfrognée, ce locataire silencieux me plaît encore mieux qu’un autre, et je me suis empressé de lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du moulin avec une entrée par le toit, moi je me réserve la piece du bas, une petite piece blanchie a la chaux, basse et voutée comme un réfectoire de couvent.

C’est de la que je vous écris, ma porte grande ouverte, au bon soleil.

Un joli bois de pins tout étincelant de lumiere dégringole devant moi jusqu’au bas de la côte. A l’horizon, les Alpilles découpent leurs cretes fines… Pas de bruit… A peine, de loin en loin, un son de fifre, un courlis dans les lavandes, un grelot de mules sur la route… Tout ce beau paysage provençal ne vit que par la lumiere.

Et maintenant, comment voulez-vous que je le regrette, votre Paris bruyant et noir ? Je suis si bien dans mon moulin ! C’est si bien le coin que je cherchais, un petit coin parfumé et chaud, a mille Lieues des journaux, des fiacres, du brouillard !… Et que de jolies choses autour de moi ! Il y a a peine huit jours que je suis installé, j’ai déja la tete bourrée d’impressions et de souvenirs… Tenez ! pas plus tard qu’hier soir, j’ai assisté a la rentrée des troupeaux dans un mas (une ferme) qui est au bas de la côte, et je vous jure que je ne donnerais pas ce spectacle pour toutes les premieres que vous avez eues a Paris cette semaine. Jugez plutôt.

Il faut vous dire qu’en Provence, c’est l’usage, quand viennent les chaleurs, d’envoyer le bétail dans les Alpes. Betes et gens passent cinq ou six mois la-haut, logés a la belle étoile, dans l’herbe jusqu’au ventre ; puis, au premier frisson de l’automne, on redescend au mas, et l’on revient brouter bourgeoisement les petites collines grises que parfume le romarin… Donc hier soir les troupeaux rentraient. Depuis le matin, le portail attendait, ouvert a deux battants, les bergeries étaient pleines de paille fraîche. D’heure en heure on se disait : « Maintenant, ils sont a Eyguieres, maintenant au Paradou. » Puis, tout a coup, vers le soir, un grand cri : « Les voila ! » et la-bas, au lointain, nous voyons le troupeau s’avancer dans une gloire de poussiere. Toute la route semble marcher avec lui… Les vieux béliers viennent d’abord, la corne en avant, l’air sauvage ; derriere eux le gros des moutons, les meres un peu lasses, leurs nourrissons dans les pattes ; les mules a pompons rouges portant dans des paniers les agnelets d’un jour qu’elles bercent en marchant ; puis les chiens tout suants, avec des langues jusqu’a terre, et deux grands coquins de bergers drapés dans des manteaux de cadis roux qui leur tombent sur les talons comme des chapes.

Tout cela défile devant nous joyeusement et s’engouffre sous le portail, en piétinant avec un bruit d’averse… Il faut voir quel émoi dans la maison. Du haut de leur perchoir, les gros paons vert et or, a crete de tulle, ont reconnu les arrivants et les accueillent par un formidable coup de trompette. Le poulailler, qui s’endormait, se réveille en sursaut. Tout le monde est sur pied : pigeons, canards, dindons, pintades. La basse-cour est comme folle ; les poulets parlent de passer la nuit !… On dirait que chaque mouton a rapporté dans sa laine, avec un parfum d’Alpe sauvage, un peu de cet air vif des montagnes qui grise et qui fait danser.

C’est au milieu de tout ce train que le troupeau gagne son gîte. Rien de charmant comme cette installation. Les vieux béliers s’attendrissent en revoyant leur creche. Les agneaux, les tout petits, ceux qui sont nés dans le voyage et n’ont jamais vu la ferme, regardent autour d’eux avec étonnement.

Mais le plus touchant encore, ce sont les chiens, ces braves chiens de berger, tout affairés apres leurs betes et ne voyant qu’elles dans le mas. Le chien de garde a beau les appeler du fond de sa niche : le seau du puits, tout plein d’eau fraîche, a beau leur faire signe : ils ne veulent rien voir, rien entendre, avant que le bétail soit rentré, le gros loquet poussé sur la petite porte a claire-voie, et les bergers attablés dans la salle basse. Alors seulement ils consentent a gagner le chenil, et la, tout en lapant leur écuellée de soupe, ils racontent a leurs camarades de la ferme ce qu’ils ont fait la-haut dans la montagne, un pays noir ou il y a des loups et de grandes digitales de pourpre pleines de rosée jusqu’au bord.


La diligence de Beaucaire

C’était le jour de mon arrivée ici. J’avais pris la diligence de Beaucaire, une bonne vieille patache qui n’a pas grand chemin a faire avant d’etre rendue chez elle, mais qui flâne tout le long de la route, pour avoir l’air, le soir, d’arriver de tres loin. Nous étions cinq sur l’impériale sans compter le conducteur.

D’abord un gardien de Camargue, petit homme trapu, poilu, sentant le fauve, avec de gros yeux pleins de sang et des anneaux d’argent aux oreilles ; puis deux Beaucairois, un boulanger et son gindre, tous deux tres rouges, tres poussifs, mais des profils superbes, deux médailles romaines a l’effigie de Vitellius. Enfin, sur le devant, pres du conducteur, un homme… non ! une casquette, une énorme casquette en peau de lapin, qui ne disait pas grand-chose et regardait la route d’un air triste.

Tous ces gens-la se connaissaient entre eux et parlaient tout haut de leurs affaires, tres librement. Le Camarguais racontait qu’il venait de Nîmes, mandé par le juge d’instruction pour un coup de fourche donné a un berger. On a le sang vif en Camargue… Et a Beaucaire donc ! Est-ce que nos deux Beaucairois ne voulaient pas s’égorger a propos de la Sainte Vierge ? Il paraît que le boulanger était d’une paroisse depuis longtemps vouée a la madone, celle que les Provençaux appellent la bonne mere et qui porte le petit Jésus dans ses bras ; le gindre, au contraire, chantait au lutrin d’une église toute neuve qui s’était consacrée a l’immaculée Conception, cette belle image souriante qu’on représente les bras pendants, les mains pleines de rayons. La querelle venait de la. Il fallait voir comme ces deux bons catholiques se traitaient, eux et leurs madones :

« Elle est jolie, ton immaculée !

– Va-t’en donc avec ta bonne mere !

– Elle en a vu de grises, la tienne, en Palestine !

– Et la tienne, hou ! la laide ! Qui sait ce qu’elle n’a pas fait… Demande plutôt a saint Joseph. »

Pour se croire sur le port de Naples, il ne manquait plus que de voir luire les couteaux, et ma foi, je crois bien que ce beau tournoi théologique se serait terminé par la si le conducteur n’était pas intervenu.

« Laissez-nous donc tranquilles avec vos madones, dit-il en riant aux Beaucairois : tous ça, c’est des histoires de femmes, les hommes ne doivent pas s’en meler. »

La-dessus, il fit claquer son fouet d’un petit air sceptique qui rangea tout le monde de son avis.

La discussion était finie ; mais le boulanger, mis en train, avait besoin de dépenser le restant de sa verve, et, se tournant vers la malheureuse casquette, silencieuse et triste dans son coin, il lui vint d’un air goguenard :

« Et ta femme, a toi, rémouleur ?… Pour quelle paroisse tient-elle ? »

Il faut croire qu’il y avait dans cette phrase une intention tres comique, car l’impériale tout entiere partit d’un gros éclat de rire… Le rémouleur ne riait pas, lui. Il n’avait pas l’air d’entendre. Voyant cela, le boulanger se tourna de mon côté :

« Vous ne la connaissez pas sa femme, monsieur ? une drôle de paroissienne, allez ! Il n’y en a pas deux comme elle dans Beaucaire. »

Les rires redoublerent. Le rémouleur ne bougea pas ; il se contenta de dire tout bas, sans lever la tete : « Tais-toi, boulanger. »

Mais ce diable de boulanger n’avait pas envie de se taire, et il reprit de plus belle :

« Viédase ! Le camarade n’est pas a plaindre d’avoir une femme comme celle-la… Pas moyen de s’ennuyer un moment avec elle… Pensez donc ! une belle qui se fait enlever tous les six mois, elle a toujours quelque chose a vous raconter quand elle revient… C’est égal, c’est un drôle de petit ménage… Figurez-vous, monsieur, qu’ils n’étaient pas mariés depuis un an, paf ! voila la femme qui part en Espagne avec un marchand de chocolat.

« Le mari reste seul chez lui a pleurer et a boire… Il était comme fou. Au bout de quelque temps, la belle est revenue dans le pays, habillée en Espagnole avec un petit tambour a grelots. Nous lui disions tous :

« – Cache-toi ; il va te tuer. »

« Ah ! ben oui ; la tuer… Ils se sont remis ensemble bien tranquillement, et elle lui a appris a jouer du tambour de basque. »

Il y eut une nouvelle explosion de rires. Dans son coin, sans lever la tete, le rémouleur murmura encore :

« Tais-toi, boulanger. »

Le boulanger n’y prit pas garde et continua :

« Vous croyez peut-etre, monsieur, qu’apres son retour d’Espagne la belle s’est tenue tranquille… Ah ! mais non… Son mari avait si bien pris la chose ! Ça lui a donné envie de recommencer… Apres l’Espagne, ç’a été un officier, puis un marinier du Rhône, puis un musicien, puis un… Est-ce que je sais ? Ce qu’il y a de bon, c’est que chaque fois c’est la meme comédie. La femme part, le mari pleure ; elle revient, il se console. Et toujours on la lui enleve, et toujours il la reprend… Croyez-vous qu’il a de la patience, ce mari-la ! Il faut dire aussi qu’elle est crânement jolie, la petite rémouleuse… un vrai morceau de cardinal : vive, mignonne, bien roulée ; avec ça, une peau blanche et des yeux couleur de noisette qui regardent toujours les hommes en riant. Ma foi ! mon Parisien, si vous repassez jamais par Beaucaire…

– Oh ! tais-toi, boulanger, je t’en prie…  », fit encore une fois le pauvre rémouleur avec une expression de voix déchirante.

A ce moment, la diligence s’arreta. Nous étions au mas des Anglores. C’est la que les deux Beaucairois descendaient, et je vous jure que, je ne les retins pas… Farceur de boulanger ! Il était dans la cour du mas qu’on l’entendait rire encore.

Ces gens-la partis, l’impériale sembla vide. On avait laissé le Camarguais a Arles ; le conducteur marchait sur la route a côté de ses chevaux… Nous étions seuls la-haut, le rémouleur et moi, chacun dans notre coin, sans parler. Il faisait chaud ; le cuir de la capote brulait. Par moments, je sentais mes yeux se fermer et ma tete devenir lourde ; mais impossible de dormir. J’avais toujours dans les oreilles ce « Tais-toi, je t’en prie », si navrant et si doux… Ni lui non plus, le pauvre homme ! il ne dormait pas. De derriere, je voyais ses grosses épaules frissonner, et sa main – une longue main blafarde et bete – trembler sur le dos de la banquette, comme une main de vieux. Il pleurait…

« Vous voila chez vous, Parisien ! » me cria tout a coup le conducteur ; et du bout de son fouet il me montrait ma colline verte avec le moulin piqué dessus comme un gros papillon.

Je m’empressai de descendre. En passant pres du rémouleur, j’essayai de regarder sous sa casquette ! j’aurais voulu le voir avant de partir. Comme s’il avait compris ma pensée, le malheureux leva brusquement la tete, et, plantant son regard dans le mien :

« Regardez-moi bien, l’ami, me dit-il d’une voix sourde, et si un de ces jours vous apprenez qu’il y a eu un malheur a Beaucaire, vous pourrez dire que vous connaissez celui qui a fait le coup. »

C’était une figure éteinte et triste, avec de petits yeux fanés. Il y avait des larmes dans ces yeux, mais dans cette voix il y avait de la haine. La haine, c’est la colere des faibles… Si j’étais rémouleuse, je me méfierais…