Le Spiritisme dévoilé - Ligaran - ebook

Le Spiritisme dévoilé ebook

Ligaran

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Extrait : "C'est donc au livre de M. Paul Gibier, le Spiritisme (fakirisme occidental), que nous empruntons un certain nombre de faits suffisant à dénoter la véritable nature des phénomènes spirites."

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EAN : 9782335034509

©Ligaran 2015

Introduction
IChoses à laisser passer

Il me faut du nouveau, n’en fût-il plus au monde !

s’écriait le bon La Fontaine. Plus d’un lecteur trouvera du nouveau dans ce mince volume. Les faits qui en sont la base matérielle, nous les devons à M. Paul Gibier qui en a constaté lui-même une partie et emprunté beaucoup d’autres aux plus illustres des savants européens dont il suit les traces. Le petit nombre de narrations qu’il reproduit d’après divers écrivains moins graves, nous les signalons, comme lui à l’attention du lecteur, nous ne les imposons point à sa croyance.

Les réflexions qui sortent de ces récits n’apparaissent point d’abord à tous les yeux, parce que la facilité de voir les choses métaphysiques et de les faire voir à autrui dépend d’un don particulier fortifié par l’habitude. La vulgarisation des idées philosophiques est une matérialisation d’esprit qui ne se fait pas sans médium.

Nous donnerons nos explications presque sans discuter. M. Paul Gibier et nous sommes aux deux pôles de la philosophie : pour se battre, il faut se rencontrer : de peur donc de perdre nos coups, nous raisonnerons constamment sur ses faits, rarement contre ses idées, laissant tout d’abord de côté les sciences hindoues qui l’occupent tant.

Qu’il découvre, s’il le peut, après quelques autres, des calculs cinquante-huit fois millénaires dans les rêveries du Sûrya-Siddhânta ! Qu’il s’écrie dans l’enthousiasme de sa jeune érudition :

« Quel savant homme que ce Souryô ! Quel beau génie ! »

Je le crois bien ! C’est le soleil en personne.

Qu’il trouve avec M. Jacolliot, l’histoire anticipée du Christ dans les interpolations les plus modernes du Mahabhârata relatives à Kershna ; il nous suffit que les mots : Jezeus Christna soient impossibles en sanscrit, tandis que Jesus et Christ sont, le premier, reproduit, le second, traduit des vieux livres hébraïques par les juifs hellénisants, auteurs des Évangiles.

Qu’il accepte de ce maître improvisé ses étymologies hindoues des noms d’hommes ou de peuples asiatiques et européens, comme Artaxercès, Anaxagore, Italien, Moldave, Valaque ; le malheur est que les plus spécieuses violent les lois élémentaires de la composition et que les autres sont sanscrites comme mamamouchi est turc !

Qu’il croie encore, si bon lui semble, aux hommes singes des poèmes brahmaniques, luttant victorieusement pour un dieu contre ses ennemis et dont les descendants non transformés auraient été vus récemment dans le Laos ! Ce n’est pas nous, c’est lui qui donne ce soufflet à Darwin. Mais une pierre de la mais d’un ami, c’est une pomme.

Qu’il admire même sur ouï dire les lois du prétendu Manou, aussi contraires à la raison universelle qu’à nos idées européennes ; ces lois dont l’esprit apparaît tout entier dans un article qui n’en est pourtant ni le plus inhumain ni le plus absurde : « Celui qui crachera du côté d’un Brahmane, le roi lui fera couper les deux lèvres ».

Qu’il exalte les Bouddhistes, leur philosophie, leur vertu ; de celle-ci nous ne disons rien : nous aurions trop à dire. Mais pour la philosophie logiquement folle et savamment absurde, l’Inde n’est que l’enfance de l’Allemagne : c’est le Bouddha balbutiant ses rêves dans son berceau de lotus ; au lieu que chez nos voisins, le Bouddha grandi les articules dans les chaires officielles.

Notre Europe, c’est le bouillonnement des mers qui l’assiègent ; c’est l’orgueil ambitieux, c’est l’esprit affairé qui s’agite ; l’Hindoustan, c’est le croupissement des mares infectes où il se purifie ; c’est l’orgueil sans avenir foulant d’un pied dur, impitoyable, l’abjection sans espoir.

Saluer notre bonheur futur en croyant le voir lever de ce côté-là, c’est rire, et nous pensons avec Cicéron que ceux qui ont le blé n’ont plus besoin d’aller chercher les glands : Quæ est inhominibus tanta per versitas ut inventis frugibus glande vescamur ?

IIChoses à retenir

Le livre du docteur Gibier n’en est pas moins un livre sérieux, en ce qu’il a une partie sérieuse, celle qui relève complètement de ses études.

L’auteur sait observer les faits matériels avec un scrupule, une juste défiance, une sagacité, une sagesse incontestables. Aussi les phénomènes constatés par ses sens ne font pour nous aucun doute.

Sincère envers les autres toutes les fois qu’il l’est envers lui-même, il avoue tout d’abord qu’aucune loi connue ne saurait expliquer les faits dont il est témoin. Mais il attend de l’avenir la révélation des lois qui les régissent.

Il trouve dans l’Inde des pratiques fort anciennes, semblables à celles dont l’Amérique et l’Europe nous offrent le spectacle et il appelle avec raison le Spiritisme un fakirisme occidental. Le fakir est, en effet, le médium de l’Inde, comme le médium est le fakir de la famille européenne, comme le jongleur est le médium et le fakir des peuplades sauvages ; le nom n’y fait absolument rien.

Mais il est avéré que les faits de sorcellerie sont toujours plus nombreux dans les pays restés païens que dans nos régions chrétiennes : les récits des missionnaires et des voyageurs en font foi. C’est que le diable, ce prince des mouches (Béelzebub), est souvent chassé, ou du moins fort incommodé, par la fumée de l’encens bénit.

Néanmoins la foi des hommes et surtout la foi des nations, en reculant toujours, a, comme parle l’Évangile, fait la place au Malin De là le spiritisme et d’autres choses encore.

C’est là notre appréciation, non celle de notre auteur. Lui attribue à des sciences particulières et très réelles, connues des Hindous, inconnues de nous autres, leur supériorité dans les pratiques occultes.

Selon nous, la théologie seule peut fournir une doctrine logique sur le spiritisme, parce que seule elle connaît les actes et les pouvoirs des purs esprits. Mais qui connaît la théologie ?

Saint Thomas semble avoir prévu tous les faits spirites : c’est qu’il les avait vus dans la sorcellerie de son temps.

Pour ceux qui croient aux démons, l’explication théologique du spiritisme est absolument satisfaisante. Pour ceux qui n’y croient pas, il y a lieu de l’examiner à titre d’hypothèse. On fait cela tous les jours dans la science physique. Combien la lumière, par exemple, a-t-elle usé de théories, toutes assez plausibles ?

Pour nous qui avons appris dans l’Évangile à juger de l’arbre par ses fruits, nous n’aurons garde d’attribuer aux bons anges, à des causes libres et bienfaisantes, ces effets souvent nuisibles, souvent insignifiants, jamais véritablement utiles, et ne pouvant reconnaître dans les manifestations spirites les âmes des défunts qui n’ont plus aucun rôle ordinaire à remplir en ce monde des vivants, nous y verrons nécessairement les démons qui, d’après l’Écriture, y ont toujours fort à faire.

Leur action sur la nature et sur l’homme, limitée par la volonté divine, toujours agissante, bien plus que par leur force naturelle inadmissible, est toujours redoutable. Bossuet nous dit de Satan, leur chef : « Si Dieu ne retenait sa fureur, on le verrait agiter le monde, comme nous remuons une petite boule. »

Contenus par Dieu même et combattus par les bons anges, ils changent leur force en ruse et le lion se fait serpent. Soit par la tentation, soit par l’obsession, soit par des pratiques plus rares, ils se servent de nos inclinations, de nos tempéraments, de nos maladies comme de notre santé même pour amener l’homme à leurs fins sans l’homme s’en doute. Selon l’avantage qu’ils y voient, ils se montrent ou ils se cachent. C’est ce qui fait qu’il y a des spirites conscients et des spirites inconscients.

L’orgueil du savant, on le verra dans tout cet ouvrage, est à la fois un attrait qui les appelle et un moyen qui les sert ; c’est de tous les humains, hélas ! celui dont ils se moquent le plus, et pour cause.

Enfin, si les phénomènes proprement spirites et purs de tout charlatanisme humain répondent aux pouvoirs naturels que la théologie reconnaît aux anges, ils répondent en même temps au caractère désordonné des anges déchus, qui sont ainsi les dieux du spiritisme comme ils furent les dieux du paganisme.

Omnes dii gentium dæmonia.

PREMIÈRE PARTIENotions fondamentales
CHAPITRE ILe fait et la doctrine

C’est donc au livre de M. Paul Gibier, le Spiritisme (fakirisme occidental), que nous empruntons un certain nombre de faits suffisant à dénoter la véritable nature des phénomènes spirites.

Ce livre nous a plu, tout en nous agaçant, comme un fruit vert. Le fruit a déjà toute sa substance, mais il n’a pas encore sa saveur. Le fait est bien exposé, mais l’explication manque, et par là même l’esprit, la saveur, la véritable maturité du fait.

Le fait demeure isolé de la doctrine, le fruit n’a pas vu le soleil.

Le docteur Paul Gibier déclare que les faits spirites sont inexplicables à la science moderne. Heureusement la théologie les explique.

Le spiritisme n’est pas d’hier, son nom seul est nouveau. Ses prestiges remplissent tous les temps, tous les lieux, mais surtout les temps et les lieux païens. La lumière du Christ répandue dans nos pays effarouche les démons, comme le jour chasse les hiboux.

Nous n’avons point à recommencer l’histoire de cette religion de l’enfer, à rappeler ses origines, sa diffusion, sa puissance. Notre tâche consiste à prendre les faits apportés par un observateur sagace et de bonne foi, libre penseur absolu, puis à les expliquer par la doctrine thomiste qui les a vus dans leur cause unique : l’intervention démoniaque.

– Mais nous ne croyons pas, direz-vous, au surnaturel. – Pourquoi ? Avez-vous des raisons ? Aucune ? Vous avez la foi au naturalisme et il n’y a pas de foi qui soit plus aveugle et moins raisonnable.

Vous commencez un livre par cette déclaration, vous prenez votre opinion pour un axiome et vous pensez qu’elle n’a pas besoin de preuve.

Ne pourrions-nous dire à notre tour : Je crois au surnaturel, et nous prévaloir du beati possidentes ? Le surnaturel est encore en possession dans tout l’univers.

Nous ne le ferons pas. Si vous ne voulez point remonter jusqu’à la source élevée d’où partent nos pensées, regardez-les du moins courir en suivant leur pente logique, comme une rivière dont on regarde distraitement çà et là et le cours et les bords. On a soif peut-être, on se laisse parfois aller à goûter de son eau si on la trouve limpide. Si vous pouvez goûter ainsi quelqu’une de nos doctrines, même sans vous élever au principe d’où elles tiennent ce qu’elles peuvent avoir d’abondance ou de saveur, elles y perdront beaucoup, mais il en restera bien quelque chose.

CHAPITRE IISuggestion, Tentation, Obsession, Possession, Sorcellerie ou Magie

Ceux qui veulent se faire une vue d’ensemble des choses diaboliques, étudier un peu ces pouvoirs étranges qui ressemblent aux nôtres et qui les surpassent trouveront ici quelques définitions et quelques notions utiles.

La suggestion, telle que la professent nos grands médecins, c’est la substitution de la volonté du docteur à celle du sujet dans l’exercice de ses propres facultés.

Ils s’emparent surtout de certains malades appelés hystériques et en font littéralement ce qu’ils veulent.

À ce compte, c’est la possession doctorale substituée à l’antique possession diabolique.

Dans le cours ordinaire des choses, l’action des démons est même beaucoup moins énergique que celle des médecins et les suggestions des premiers ne vont pas plus loin que ne porte la force linguistique du mot suggérer. Suggérer une pensée ou une action, c’est dicter cette pensée ou cette action à autrui, qui peut à volonté s’il est permis de continuer l’image, écrire ou n’écrire pas sous la dictée.

Celui, par exemple, qui fait entendre un témoignage suggéré, pouvait, s’il l’eût voulu, obéir à sa conscience en apportant son propre témoignage.

La suggestion n’est en ce sens propre et restreint que la communication d’une pensée, d’un sentiment, d’une impression, d’une action, avec injonction ou prière de s’y conformer.

La tentation est une suggestion démoniaque ayant pour but de nous porter au mal.

L’obsession est une suggestion démoniaque à l’état fixe. Elle a pour but, ou de nous porter au mal, et alors elle n’est qu’une tentation prolongée, ou simplement de nous faire du mal. Elle est dans les deux cas une attaque persévérante contre le for intérieur.

La possession est, au contraire, l’action démoniaque directe sur un organisme. Les démons se servent de cet organisme comme s’il était leur. La possession peut être d’un instant, comme elle peut durer des années.

La sorcellerie est à la fois une obsession et une possession voulues par le sujet : être sorcier, c’est être obsédé et possédé volontairement, du moins à l’origine. Le sorcier se livre corps et âme : il accepte et provoque l’inspiration satanique dans son âme, et l’action diabolique sur les corps et avant tout sur le sien.

Il n’y a pas autre chose dans la sorcellerie : la magie n’est pas une science ni un code. En effet : 1° Il n’y a pas de moyen fixe d’évoquer les esprits, j’entends pas de moyen efficace par lui-même ni par une vertu surnaturelle permanente. 2° Le pacte implicite ou explicite avec le démon n’a pas d’effets certains : ces traités sont comme ceux des diplomates qui ne lient que le plus faible et laissent toujours libre le plus fort. Le diable n’est donc pas l’instrument du sorcier, c’est le sorcier qui est l’instrument du diable.

CHAPITRE IIIQu’est-ce que le spiritisme. Spiritisme réel et spiritisme imaginaire. Illusion et supercherie. Le spiritisme réel seul objet de cet ouvrage

Le spiritisme est un système de relations extranaturelles des hommes avec les purs esprits.

La loi de notre nature qui veut que l’âme agisse au moyen du corps ne nous permet que des communications très imparfaites avec les esprits

Ceux-ci, en effet, vivent et agissent d’une façon bien différente de la nôtre : car ils pensent, parlent, se meuvent et meuvent les objets comme nous ne pouvons le faire, c’est-à-dire sans le secours d’organes appropriés à chaque genre d’actions. Ils appartiennent à un autre monde dont nous sommes séparés, non pas tant par des bornes matérielles que par les bornes mêmes de nos pouvoirs naturels.

D’après la croyance catholique, la prière à Dieu, aux anges, aux saints, d’une part ; les inspirations divines ou les tentations démoniaques, de l’autre, sont les types principaux des relations ordinaires entre ces deux mondes, relations tantôt naturelles et tantôt surnaturelles.

D’autres relations, mais extraordinaires, prennent le nota de surnaturelles quand elles ont Dieu pour promoteur, et d’extra-naturelles quand ce sont les démons qui les procurent. Ces dernières seules vont nous occuper : les faits démoniaques apparaîtront ici comme des témoins pour confirmer les données de la foi et de la théologie sur les mauvais esprits.

Le spiritisme possède ou croit posséder (c’est ce que nous verrons) les moyens de franchir presque à volonté la barrière qui sépare de notre règne humain celui des purs esprits, et c’est la coordination plus ou moins heureuse de ces moyens qui constitue tout système de spiritisme.

Mais ces relations de l’homme avec le pur esprit sont tantôt réelles, tantôt imaginaires, tantôt mêlées d’imaginaire et de réel.

Chez les fakirs des Indes, chez les gnostisqués des premiers siècles, chez les sauvages de l’Amérique, chez les spirites modernes, nul doute que l’illusion et la réalité ne règnent tour à tour. Mais le spiritisme n’est spiritisme pour nous qu’autant qu’il est réalité : autrement, c’est un simple délire.

Une hallucination, par exemple, peut être ou maladive ou démoniaque : la première ne pourrait jamais nous occuper qu’en passant et dans l’intérêt de l’autre, pour constater leurs mutuels rapports comme leurs différences, et quelquefois leur rencontre dans un même sujet. Car quelle que soit sa cause active, l’hallucination est toujours un affolement des sens d’où naît une falsification de leurs images et cet affolement résulte toujours d’un trouble des nerfs ou du cerveau. L’agent infernal, comme l’agent humain ne peut donc la produire qu’en agissant sur les nerfs ou sur les centres nerveux.

Peu nous importe, au fond, ce qui s’est passé dans l’esprit des adeptes : nous n’aurons sous les yeux que des faits qui se sont passés dans le for extérieur et où l’hallucination elle-même n’aura place que comme étant l’œuvre certain des démons, lequel sera, dans cet écrit, la seule matière de nos jugements.

Nous ne verrons dans le spiritisme que le spiritisme même et non point les spirites qui seraient pourtant un si curieux, mais trop vaste sujet d’études ; que l’intervention des esprits provoquée par le désir des hommes et non point l’illusion qui naît parfois de ce désir ou la supercherie humaine qui on abuse pour payer de mensonges en parole ou en action la curiosité des simples. Il y a, en effet, dans toutes les superstitions, deux hardis imposteurs : la fourberie des uns et la folle imagination des autres. L’homme est pipé ou il se pipe tout seul, il peut prendre ou des artifices étrangers ou ses propres rêves pour des réalités surnaturelles, bien qu’il ne nous semble point aussi aisé qu’à Malebranche de confondre ce qu’on voit ou ce qu’on fait en rêve avec ce qu’on voit ou ce qu’on fait dans l’état de veille : mais les songes de l’homme éveillé sont les plus dangereux.

Donc le spiritisme peut être partout et toujours accompagné d’illusion, puisqu’il peut être partout et toujours mis en œuvre par des fripons aussi bien que par des gens de bonne foi et envisagé par des esprits naïfs et enthousiastes aussi bien que par des esprits sages et prudents. Mais nous verrons que son chef invisible est toujours la mauvaise foi et l’astuce en personne et qu’il est en même temps le plus réel et le plus puissant des magiciens. Admettant donc sans peine que les cas de tromperie ou d’erreur sont encore assez fréquents, nous les mettons sévèrement de côté pour ne nous attacher qu’aux faits bien caractérisés comme extra-naturels et que le bon sens ne saurait attribuer ni à l’imposture des charlatans ni à la chaleur de l’imagination qui a fait selon Malebranche tant de faux sorciers. Ce grand philosophe reconnaît du moins qu’il en est de véritables ; Voltaire et son dix-huitième siècle le nient. Il était réservé aux libres-penseurs du nôtre de prouver, sans y croire, l’existence des sorciers, en pratiquant eux-mêmes la sorcellerie la plus authentique, sans convenir, il est vrai, du véritable caractère des manifestations observées par tous leurs sens et provoquées par leur énergique initiative.

CHAPITRE IVL’esprit et le corps des esprits

Leur esprit, on le connaît ; leur corps peut être de deux sortes : ou factice et faux, ou naturel et vrai, mais emprunté, d’une façon transitoire, au moyen de la possession démoniaque. Quelques commentaires éclairciront ceci.

« Nous avons fait, dit le docteur Gibier, la remarque suivante à un spirite : Quand nous sommes morts, conservons-nous donc notre visage, notre barbe blanche, si nous en avions une de notre vivant ? Les bossus conservent-ils aussi leurs bosses ? – Non, nous fut-il répondu, mais les esprits prennent cet aspect pour être reconnus de leurs proches auxquels le médium voyant décrit leur aspect. – Mais si les esprits prennent telle forme qu’il leur plaît, qui nous prouve que l’esprit annoncé est bien celui auquel il ressemble ? – Pourquoi voudriez-vous qu’on nous trompât ? nous dit notre contradicteur.

« Ce raisonnement ne nous a pas pleinement convaincu. »

Nous non plus, et nous avons dit pourquoi. Si ce n’était la Révélation qui coupe la racine au spiritisme, rien ne nous empêcherait d’adopter la théorie spirite sur les manifestations des âmes de nos défunts. Elle nous semblerait, sinon concluante, du moins consolante, ce qui est quelque chose. Car du moment qu’on ne croit rien fermement, on croit à demi ce qu’on peut ; c’est naturel et même raisonnable. Mais les données de la foi, en nous apportant des consolations plus graves et plus solides mettent à néant cette frivole et vaine atténuation de nos regrets.

Quant à la théorie du spirite au sujet du corps des esprits, c’est textuellement celle de saint Thomas. Ces corps ne sont qu’un signe de reconnaissance et non point un organisme réel, mais tout au plus un mécanisme automatique.

« Nous avons vu, continue le Docteur, de ces médiums attendant la venue de l’esprit comme les Pythonisses attendaient celle du dieu qui les inspirait dans leurs oracles. Au bout d’un certain temps, le médium subit un mouvement d’oscillation comme auteur d’un axe vertical, tout à coup il éprouve une convulsion brusque, et le voilà, transfiguré. »

Prouve de la substitution d’une activité étrangère à la sienne, de la survenance d’une âme nouvelle à la place de son âme endormie. C’est le tressaut de la machine au premier effort de la vapeur. Ici la force motrice étant spirituelle opère subitement son effet spirituel en transfigurant ou peut-être en défigurant le sujet.

L’âme, disaient les anciens, habite dans les yeux. « Les yeux, dit Dante, sont le balcon où cette illustre habitante du corps se montre, bien que voilée. »

L’âme, professent les scolastiques, est la forme substantielle du corps. Elle l’informe, elle l’achève, elle le complète en l’animant de sa vie et en le marquant de son sceau, bien qu’elle puisse vivre à part de lui d’une vie indépendante, à ne considérer que sa nature, puisqu’elle est en elle-même une substance complète et un être vivant. Ainsi par l’adjonction de l’âme le corps reçoit et sa vie propre et son caractère individuel. Elle est le moule et le cachet qui modèle cette boue ou cette cire informe. Sans elle il n’est encore qu’un embryon ou n’est plus qu’un cadavre. Elle est la flamme qui anime ce feu toujours renouvelé dont toute la nature, vivante ou inanimée, fournit les aliments.

L’âme est donc et la vie et la force et le mouvement du corps et de plus son expression, grâce à l’intelligence et au sentiment moral qui ne sont qu’à elles et dont elle ne peut lui communiquer que le reflet. Et voilà pourquoi, l’âme étant éclipsée et changée en quelque sorte, le visage lui-même change. Et tandis qu’elle est endormie au fond de son palais, la nouvelle habitante apparaît à son tour au balcon, mais on reconnaît aussitôt que c’est une étrangère.

Le docteur continue :

« Nous avons vu des hommes parler, comme des femmes et des femmes parler au masculin. Nous avons assisté à des scènes pénibles, nous en avons vu d’autres ridicules ; ceux qui les jouent seraient bien misérables s’ils n’étaient pas convaincus… Si des hommes devant l’autorité scientifique desquels nous nous inclinons n’avaient étudié des faits semblables qu’ils ont relatés en observateurs consciencieux, nous ne serions pas embarrassés et nous conclurions que ces personnages sont hallucinés. Mais comment faire la part de l’hallucination et du je ne sais quoi lorsqu’un savant comme M. Russel Wallace vient confirmer une observation du genre de celle que nous allons reproduire et qui a été faite par son ami M. Serjeant Cox, jurisconsulte et philosophe éminent de la Grande-Bretagne ? Voici le récit de M. Serjeant Cox confirmé par M. Russel Wallace :

« J’ai entendu un garçon de comptoir sans éducation soutenir, quand il était en transe, une conversation avec un parti de philosophes sur la raison et la prescience, la volonté et la fatalité, et leur tenir tête. Je lui ai posé les plus difficiles questions de théologie et j’ai reçu des réponses toujours sensées, toujours pleines de force et invariablement exprimées en langage choisi et élégant. Cependant, un quart d’heure après, quand il était dans son état naturel, il était incapable de répondre à la plus simple question sur un sujet philosophique et avait toujours peine à trouver un langage suffisant pour exprimer les idées les plus communes. »

Preuve évidente qu’il y avait là deux personnes : l’esprit et l’homme. Il y a bien quelque chose qui ressemble à cela de très loin chez certains personnages qui, dans l’inspiration poétique sont merveilleux, et en dehors de cet heureux moment, sembleraient presque des imbéciles. Mais ici, ce n’est pas une différence du plus au moins, le passage subit de beaucoup d’esprit, à peu d’esprit, c’est le changement brusque et complet d’individualité ; c’est la science versée dans ce garçon comme du vin dans une cruche : on la vide, il n’y a plus rien que la cruche.

En un mot, l’intelligence chez le même homme a ses hauts et ses bas ; mais cet homme ne peut être à la fois totalement ignorant et prodigieusement savant : la nature ne l’accorde pas ; le savant et l’ignorant sont deux ; il y a eu substitution ou plus exactement superposition d’âme dans le corps du pauvre hère et l’on peut dire que l’esprit s’est servi de cette langue inerte tout à l’heure comme un virtuose sublime d’un instrument très indifférent en lui-même, maintenant sensible, expressif, harmonieux, tout à l’heure stupide et comme muet sous la main de son maître inhabile.

CHAPITRE VClassification des faits spirites

Les faits spirites se peuvent réduire à trois classes :.

1° Manifestations d’une puissance analogue et supérieure à notre sens du toucher et aux pouvoirs physiques s’y rapportant ;

2° Manifestations d’une puissance analogue et supérieure à notre force d’invention, soit artistique, soit mécanique ;

3° Manifestations d’une puissance analogue et supérieure à notre faculté de converser, soit par la parole, soit par l’écriture.

Tous ces phénomènes répartis en treize classes par le savant docteur anglais William Crookes peuvent tenir en cette triple classe à laquelle on en pourrait ajouter une quatrième comprenant les faits d’un caractère mixte, dont tous les éléments appartiennent à chacune des trois autres.

À l’aide de cette simple indication, tous les faits que nous allons citer sans un ordre méthodique bien rigoureux se classeront d’eux-mêmes dans l’esprit du lecteur. Dans le labyrinthe spirite, ce fil est nécessaire.

DEUXIÈME PARTIETémoignages historiques
CHAPITRE ILa table philosophique de M. Eugène Nus. Son aversion pour la philosophie chrétienne

« Chez M. Nus dit le docteur Gibier les communications étaient données au moyen de coups alphabétiques frappés par une table se soulevant sur ses pieds. Certains de ces messages expliquent parfaitement l’empressement qu’a mis l’Église à lancer l’anathème contre ces pratiqués ; en voici un pris au hasard :

« La religion nouvelle, dit la table, qui parle évidemment du spiritualisme expérimental, transformera les croûtes du vieux monde catholique déjà ébranlées par les coups du protestantisme, de la philosophie et de la science… »

M. Paul Gibier pense-t-il sérieusement que, si les tables magiques n’eussent pas servi à leurs adeptes de ces banalités voltairiennes traduites en jargon prud’hommes que, l’Église s’en fût moins empressée à les interdire ? Elles nous montrent simplement, à nous, comment les plus beaux génies se rendent sots à bon escient pour se faire tout à tous.

« M. Nus, dit plus loin notre auteur, obtint des communications fort curieuses. Citons encore une d’elles : c’est une définition de la mort, qui a sa valeur si elle vient réellement de quelqu’un bien placé pour savoir à quoi s’en tenir.

La mort n’est pas la tombe humaine. Elle borne la forme de l’être matériel ; fin de l’individu, elle dégage l’élément immatériel. – La mort initie l’âme, à une nouvelle existence. Fiez-vous à une destinée qui sera votre ouvrage. »

« Une série de communications analogues que nous trouvons dans le même ouvrage offre ce côté très curieux de présenter des définitions rédigées en douze mots. Ces douze mots tombaient rapides comme la flèche sur la demande des personnes présentes, et nous croyons fermement M. Nus quand il nous dit qu’il est impossible à un mortel ordinaire d’arriver au même résultat dans le même temps. Ainsi, non seulement le cerveau ne servirait pas à sécréter la pensée, comme le veut l’école matérialiste, mais encore il nous empêcherait de penser, si nous en croyons les esprits.

 

« Citons quelques-unes de ces définitions en douze mots :

Amour

Pivot des passions mortelles, force attractive des sexes, élément de la continuation.

Bien

Harmonie de l’être, association des forcés passionnelles en accord avec les destinées.

Mal

Trouble dans les phénomènes, discord entre les effets et la cause divine.

Religion future

L’idéal progressif pour dogme, les arts pour culte, la nature pour église.

Philosophie

Jeu de mots, fantaisie de dictionnaire, analyse du vide, synthèse du faux.

« La table de M. Nus dicta même de la musique dont il donne des échantillons dans son livre. Étrange, étrange ! Et dire, conclut le Docteur, que nous n’avons pas le droit de douter, car enfin M. Nus est un honnête homme et un cerveau bien équilibré. »

Nous avons écouté M. P. Gibier, prenons à notre tour la parole.

Le mal que l’esprit nous dit du cerveau qui gênerait pour penser est vrai dans la fièvre et dans la folie. Dans l’état normal il n’est que l’outil nécessaire à ce travail.

Mais l’esprit vante ici la grande supériorité des pures intelligences chez qui l’exercice de la pensée n’est pas limité par les limites mêmes des forcés cérébrales.

La réponse sur la mort est équivoque : elle ressemble aux oracles antiques, et pour cause. Elle a quelque phraséologie : les démons aiment la rhétorique. Fin de l’individu est faux : l’individu se conserve en son fond dans l’âme séparée et se retrouve en son entier dans la résurrection du corps.

Les définitions en douze mots portent la marque, d’un esprit brillant.

La première, l’Amour, est assez philosophique ; cependant elle ne s’élève pas au-dessus de la terre.

La seconde, le Bien, est vague, elle est même nulle : car elle indique des effets sans rapport à un principe : or c’est le principe qu’il fallait dégager ; mais ce principe déplaît au définiteur.

Et puis, elle affecte les termes et les tours favoris de notre époque, elle sent le flatteur, partant le trompeur.

La troisième, le Mal, est orthodoxe et profonde. Elle est même tout à fait théologique : car le principe y apparaît. Hélas ! c’est le cri tout involontaire de la douleur, et l’on sent que l’auteur était plein de son sujet.

La quatrième, la Religion future, est hérétique ou plutôt voltairienne, mais toujours dans la langue pédante de notre époque.

La cinquième et dernière, la philosophie, est sceptique et spirituelle, vraie et fausse : vraie, si elle parle de la fausse philosophie ; fausse, s’il s’agit de la philosophie vraie.

La pièce dont ces échantillons sont coupés doit être un beau tissu démoniaque ou plutôt une infernale toile d’araignée infiniment plus compliquée que celles des maisons mal tenues. C’est que les démons sont les brouilleurs d’idées par excellence.

Le fruit juge l’arbre, l’effet juge la cause : cet ensemble captieux dénonce le génie du mal.

Quant au mode adopté pour correspondre avec les hommes, n’est-il pas évident que des esprits de vérité ne s’abaisseraient point à ces procédés sournois et ne seraient pas réduits par la Divinité au rôle de galériens frappant sur les parois de leurs cellules des coups alphabétiques pour communiquer à leurs voisins quelque projet de révolte ou d’évasion ?

Et quand on pense à la grande supériorité de l’ange sur l’homme, à la valeur suréminente de chacune de ses idées, compréhensive de cent et de mille idées humaines, on est effrayé de ce travail contre nature que l’ange s’impose de diviser ainsi ces idées largement intuitives, non seulement en pensées humaines, non seulement en mots pauvres, indigents, analytiques enfin, mais encore en nos lettres alphabétiques, ces atomes de l’analyse humaine.

Quelle misère du pur esprit ! Ce n’est plus l’humilité du Verbe fait chair, parlant comme homme le langage des hommes. Ce n’est plus l’humiliation charitable d’un être supérieur qui ombrasse par l’union la plus étroite une nature inférieure ; c’est l’abaissement honteux d’une nature élevée qui se travestit.

CHAPITRE IILa table divinatrice et la table facétieuse de M. Paul Gibier

« Nous avons fait des recherches dans la littérature spéciale, dit M. Paul Gibier ; mais à part quelques rares ouvrages écrits dans un esprit vraiment scientifique, nous n’avons rien trouvé qui entrainât la conviction, du moins celle d’un homme habitué aux observations rigoureusement exactes. Nous irons plus : la lecture de ces histoires de revenants accompagnées de commentaires religiosâtres et superstitieux, était plutôt faite pour nous détourner de ces matières et nous inspirer la crainte d’un pourvoiement compromettant. Mais de vrais savants n’ont pas dédaigné de s’occuper de ces choses, pourquoi n’aurions-nous pas fait de même ? Le sujet en est-il indigne ? nous ne le pensons pas ; et de plus, comme l’a dit un des hommes auxquels nous venons de faire allusion : « il est du devoir des hommes de science qui ont appris à travailler d’une manière exacte d’examiner les phénomènes qui attirent l’attention du public, afin d’en confirmer la réalité, ou d’expliquer, s’il est possible, les illusions des honnêtes gens, et de dévoiler les ruses des trompeurs. »

« Poussé de plus en plus par le désir de voir par nos yeux, nous avons assisté à plusieurs réunions spirites annoncées par les journaux, nous avons entendu des conférences fort bien faites, dans la forme sinon dans le fond, par des hommes paraissant jouir de toutes leurs facultés intellectuelles et nous nous sommes mêlé à une société au soin de laquelle on trouve côte à côte des gens très sensés, du moins en apparence, et des exaltés, des fanatiques qui croient tout sur parole.

« Nous nous sommes même laissé tenter jusqu’à nous placer en face d’un monsieur ou d’une dame se disant médium, les mains sur une table représentant provisoirement un esprit et nous pouvons avouer que nous nous sommes trouvé l’air parfaitement ridicule dans cette position-là. Néanmoins nous sommes obligés de constater que dès ce début nous nous sommes heurté à des choses surprenantes et inexplicables, suivant nous, en l’état actuel de nos connaissances.

« Exemple : on nous invite à songer à une personne de notre famille morte depuis un certain temps ; nous pensons à un de nos amis décédé depuis deux ans, et au bout de quelques secondes, au moyen de coups correspondant aux lettres de l’alphabet, la table nous indique exactement le nom de notre ami, son âge que nous ne savions pas au juste à ce moment et que nous avons vérifié depuis, la maladie qui l’a emporté et le village où il est mort. Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce une nouvelle manifestation du magnétisme ? Y a-t-il eu transmission de notre pensée ? Le médium l’a-t-il lue dans nos yeux ? N’importe, le fait est très curieux et mérite bien d’être étudié : « Vous en verrez bien d’autres, dit-on autour de nous, si vous consentez à observer ces phénomènes. »

Voilà une table bien savante, qui lit dans ma pensée et me rapprend des choses que j’avais oubliées, et j’hésite encore à croire que cette table ait un esprit ! Il n’est que faire de parler ici de la science future : expliquera-t-elle en vertu de quelle loi physique une table devine nos pensées ?

La science a beau avancer : elle ne guérira pas les impuissances radicales de la nature humaine : elle n’apprendra point à l’homme à lire dans la pensée d’autrui. On ne donne pas des lunettes à un aveugle, un porte-voix à un muet ni un cornet acoustique à qui n’a pas de tympan.

Elle aura beau chausser ses bottes de sept lieues, elle n’enjambera pas l’abîme qui sépare la force humaine de la force angélique. C’est ce qui n’a pas besoin d’être démontré.

Cet appel de la science du présent à la science de l’avenir en des choses où la science est incompétente par sa nature même, n’est jamais qu’une défaite, une fin de non recevoir opposée à la solution religieuse. C’est l’ancien appel des hérétiques au futur concile.

« Un soir de l’hiver dernier, raconte encore M. P. Gibier, nous étions chez M. B… un professeur distingué qui possède la propriété de faire parler la table, comme on dit. On proposa de porter un nouveau coup à notre scepticisme à l’égard des esprits en nous donnant une séance de table. M. et Mme B… placent les mains sur la table de leur salle à manger et nous invitent à faire comme eux : nous nous laissons aller. Bientôt la table se meut et, par coups frappés désignant les lettres de l’alphabet, elle nous débite quelques facéties d’un goût douteux, à tel point que la jeune femme de M. B… en devient toute rouge. M. B… me dit : « Je sais qui c’est, c’est un esprit inférieur, plutôt mauvais que bon, dont nous ne pouvons nous défaire. »

Le docteur raconte ensuite que l’esprit dicta une fort belle phrase et avoua qu’elle se trouvait dans un livre qu’il fit chercher dans la bibliothèque. La phrase y était à peu près textuellement. Il donna ensuite quatre vers qu’il semblait d’abord s’attribuer et qu’il rendit finalement à V. Hugo :

Je suis au paradis ainsi qu’un déclassé,
Je me mêle, démon, à la foule des anges.
Je souille leur blancheur au contact de mes fanges,
Près des amphores d’or je suis un pot cassé.

SATAN.

« Satan fut, du resté, très bon garçon, ajoute M. P. Gibier ; il nous dit qu’il était le Satan dont parle V. Hugo et qu’il allait bientôt reprendre son rang au séjour des élus. »

Un génie infernal peut-il se moquer plus crânement des génies de la terre.

L’auteur avoue, d’ailleurs, que les séances de tables tournantes n’ont rien de très sérieux et il comprend le dédain des Bouddhistes pour ce genre ou les genres analogues d’évocation où ils ne reconnaissent que des esprits inférieurs dont le contact est impur. Mais il ajoute qu’un renseignement donné par l’esprit et connu seulement de la personne sceptique qui expérimente écarte nécessairement toute idée de supercherie. Ainsi cette expérience rudimentaire, peu concluante pour le vulgaire, est décisive pour les véritables savants. »

Qu’ajouterons-nous à cette réflexion judicieuse ? quelques remarques de détail seulement.

L’esprit cite une phrase par à peu près : il y a lieu de croire que c’est une inexactitude volontaire, la mémoire angélique étant sans défaillance et n’ayant d’autre condition que l’attention présente rafraîchissant l’attention passée. Et puis, est-ce bien un acte de mémoire ou n’est-ce pas une simple intuition présente qui lui fait lire à livre fermé comme nous lisons à livre ouvert ? L’obstacle matériel, en effet, n’arrête que le regard physique et non l’intelligence qui suréquivaut chez l’ange à tous nos sens en tant qu’auxiliaires ou éclaireurs de la pensée.

Il fait de mauvaises plaisanteries : c’est assez dans les habitudes de ces êtres déchus, « plutôt mauvais que bons, » comme dit si bien M. B…

La bouffonnerie est un désordre, et tout désordre convient aux mauvais esprits. L’incivilité leur est naturelle : c’est l’expression de la haine et du mépris qu’ils ont pour nous et de leur rage même contre Dieu qui est le principe de l’ordre. La vraie

La convenance et la politesse sont les signes extérieurs du bon ordre intérieur et de la charité.

Si les démons sont quelquefois polis, c’est par hypocrisie.