Costumes historiques des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles tirés des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture dessinés et gravés par Paul Mercuri - Camille Bonnard - ebook

Costumes historiques des XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles tirés des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture dessinés et gravés par Paul Mercuri ebook

Camille Bonnard

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Extrait : "Du XIIIe au XVIe siècle, l'histoire de l'Italie offre une période de tumultes et de bouleversements pendant laquelle il n'y eut presque aucune ville à l'abri de grands désastres, et qui ne vît au sein des murs des scènes dignes d'horreur ou de pitié. Exposés à de fréquentes agressions, agités par leurs propres dissensions, les citoyens quittaient rarement leurs armes offensives et défensives..."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARANLes éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes. LIGARAN propose des grands classiques dans les domaines suivants : • Livres rares• Livres libertins• Livres d'Histoire• Poésies• Première guerre mondiale• Jeunesse• Policier

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Costume militaire

Du XIIIe au XVIe siècle, l’histoire de l’Italie offre une période de tumultes et de bouleversements pendant laquelle il n’y eut presque aucune ville à l’abri de grands désastres, et qui ne vît au sein de ses murs des scènes dignes d’horreur ou de pitié. Exposés à de fréquentes agressions, agités par leurs propres dissensions, les citoyens quittaient rarement leurs armes offensives et défensives, et cet aspect guerrier caractérise particulièrement les costumes italiens de l’époque. En France, en Angleterre et en Allemagne, la noblesse était trop jalouse de ses prérogatives pour permettre aux roturiers l’usage des armes, qu’elle s’était uniquement réservé ; elle tolérait à peine qu’ils portassent pour leur défense un simple couteau ou un bâton ferré.

Ne croirait-on pas qu’au sein de tant de troubles et de malheurs les sciences et les arts durent être totalement oubliés ? Cependant leur état ne fut pas aussi désastreux qu’on serait tenté de le penser. Les villes d’Italie, affranchies du despotisme des empereurs d’Allemagne, avaient commencé à secouer graduellement le joug de la barbarie. Les progrès des arts, à peine sortis de l’enfance, présageaient déjà le beau siècle de Léon X ; et si les peintres et les sculpteurs, par ignorance de l’histoire des peuples de l’antiquité, ont commis de nombreux anachronismes, ils ont su du moins profiter habilement des brillants costumes qui s’offraient à leurs regards, et répandre ainsi une variété charmante dans les figures dont ils enrichirent leurs compositions.

Le costume ci-joint est extrait des peintures que Lucas Signorelli exécuta dans la chapelle Sixtine, à Rome, conjointement avec les plus habiles artistes de son temps. Ce jeune militaire porte un armet d’acier garni d’ornements d’or, et surmonté d’une plume blanche passée dans un lacet rouge. La cuirasse est d’acier, enrichie d’ornements en or ; l’écharpe est violette et brodée en or. Ses longues manches blanches, rattachées par des agrafes d’or, lui couvrent en partie les bras. La soubreveste est verte, les chausses sont rouges, et la chaussure est blanche. L’épée a la poignée dorée et le fourreau rouge.

Les anciens romans de chevalerie sont remplis de détails curieux sur les usages du Moyen Âge ; ils m’ont expliqué le mouvement de ce jeune Italien, qui semble vouloir cacher son épée. Les militaires cachaient ou déposaient leurs armes lorsqu’ils entraient dans une église ; et dans le tableau auquel j’ai emprunté ce costume, représentant la promulgation de la loi de Dieu par Moïse, le peintre a placé ses personnages dans l’attitude respectueuse que prescrivaient l’usage et les convenances dans un lieu consacré au culte

COSTUME MILITAIREXVE SIÈCLE
Jeune milanaise

La figure de cette jeune fille se voit dans les peintures à fresque qui décorent une chapelle de la cathédrale de Monza, et dans lesquelles sont représentés les faits principaux de la vie de la reine Théodelinde. Ces peintures sont du milieu du XVe siècle, et elles ont tellement souffert, qu’une partie est devenue presque inintelligible. Quoiqu’elles offrent une collection presque complète des costumes de ce siècle, elles ne m’ont servi en général qu’à confirmer l’authenticité de ceux que j’ai déjà donnés, et l’analogie qui existait entre les costumes des diverses parties de l’Italie, analogie dont j’ai si souvent parlé.

La jeune Milanaise figurée ici fait partie d’un groupe de femmes qui entourent la reine Théodelinde. Elle a suspendu sa lecture pour écouter ta princesse. Cette peinture, ainsi que les miniatures du Tite Live de la bibliothèque Ambrosienne et beaucoup d’autres monuments, prouve que, dans l’intérieur des maisons, les femmes s’asseyaient par terre. Cet usage est indiqué fréquemment dans les Nouvelles de Boccace.

Une Sainte Vierge de Carlo Crivelli, dans la galerie de Bréra, à Milan, a une coiffure à peu près semblable à celle de cette jeune fille, et qui se compose d’un petit voile jaunâtre formant des anneaux sur le front et sur les côtés, et retombant sur le cou. La robe est couleur de laque, avec les manches doublées et garnies d’hermine. La ceinture est verte. Ce costume a beaucoup d’analogie avec ceux qu’on voit dans les anciennes peintures du palais Borromée, à Milan.

JEUNE MILANAISEXVE SIÈCLE
Côme, le père de la patrie

Si, dans les annales des républiques du Moyen Âge, Florence a mérité le titre d’Athènes de l’Italie, ne dois-je pas donner ici le portrait de celui qui en fut le Périclès, de Côme le Vieux, auquel, après sa mort, un décret public décerna le glorieux surnom de Père de la patrie ?

Héritier des immenses richesses de Jean, de Médicis, son père, il les augmenta considérablement par la banque et par l’entreprise des gabelles de la république. Il sut habilement employer ses fonds à se constituer le créancier de ses concitoyens, de manière qu’à sa mort à peine eu était-il un seul, de quelque rang ou de quelque condition qu’il fût, qui ne restât son débiteur pour de grosses sommes. Un historien ajoute même qu’il entraînait su patrie dans des guerres dispendieuse, et qu’il en prolongeait la durée, afin d’obliger ses concitoyens à avoir recours à lui d’arriver ainsi à obtenir le pouvoir suprême. Voilà pourquoi Benoît Varchi a dit de lui qu’au moyen de vertus apparentes et de vices secrets et cachés, il se fit le chef et presque le prince d’une république, non esclave encore, mais qui n’était déjà plus libre.

Exilé de Florence en 1433, dans la quarante-quatrième année de son âge, il fut rappelé dans sa patrie cette même année, et reprit le rang qu’il avait occupé auparavant. On peut dire que c’est en lui que commença le pouvoir monarchique de sa famille.

La renaissance des sciences et des arts avait touché l’âme de tous les princes de l’Italie. Tandis qu’ils se livraient de sanglants combats, tandis qu’ils se trouvaient entraînés dans les troubles civils, on les voyait se disputer la gloire de protéger et de favoriser les artistes et tes écrivains. Côme surpassa ses rivaux en ce genre : le séjour des Grecs venus à Florence pour opérer l’union de l’Église grecque et de l’Église latine lui inspira le désir de fonder une académie platonique, projet qu’il exécuta, lorsque la prise de Constantinople par les musulmans contraignit les savants à chercher auprès de lui un asile contre la persécution.

Il mourut à Careggi, l’an 1464, dans la soixante-quinzième année de son âge.

Le portrait que je donne ici est extrait des peintures de Benozzo Gozzoli, dans le Campo-Santo de Pise (tour de Babel). Côme le Vieux y est représenté coiffé d’un bonnet couleur de laque. Le manteau est noir ; l’habit de dessous est de la même couleur, mais plus claire, et garni d’une fourrure brune. La ceinture et la chaussure sont noires.

Ce costume a été en usage pendant presque tout le XVe siècle. Non seulement les peintures du Campo-Santo en offrent de nombreuses reproductions, mais on le retrouve aussi dans les fresques de Florence et de Bologne.

CÔME DE MÉDICIS PÈRE DE LA PATRIEXVE SIÈCLE
Matrone florentine

Après avoir donné le costume d’un personnage aussi illustre que Côme de Médicis, je pense qu’il ne sera pas hors de propos de faire connaître ici celui des matrones florentines de la même époque ; et je puis d’autant mieux en garantir l’authenticité, que j’ai emprunté ce costume aux peintures de Dominique Chirlandajo, qui ornent le chœur de Santa-Maria-Novella, à Florence. Fresque tous les portraits qui se trouvent dans ces peintures représentent des personnages de la famille Tornabuoni, alliée à celle des Médicis, et j’en ai tiré celui-ci, qui m’a paru le plus digne d’accompagner le numéro précédent.

Cette matrone a la tête couverte d’un voile blanc sans ornements. La robe de dessous est bleue, et, sur la poitrine, elle est lacée par des cordons noirs qui laissent voir la chemise. La simarre est violette ; les revers des manches sont bleus, et l’ouverture à l’épaule laisse entrevoir la chemise. Toutes les broderies sont en or.

Ce costume a été d’un usage général en Toscane pendant une grande partie du XVe siècle. On en a trouvé des exemples dans presque toutes les peintures des églises de Florence. J’en ai remarqué également parmi les portraits de femme de la famille des Bentivoglio, à Bologne.

MATRONE FLORENTINEXVE SIÈCLE
Magistrat florentin

Les mêmes causes qui avaient troublé l’ancienne république romaine, et irrité le peuple contre les patriciens, ne tardèrent pas à produire le même effet dans les républiques italiennes du Moyen Âge. On y vit successivement le gouvernement aristocratique, c’est-à-dire celui des nobles à l’exclusion des plébéiens, tel qu’il s’est maintenu jusqu’au XIXe siècle à Gênes, à Venise et à Lucques ; le gouvernement démocratique, formé par le peuple, qui à son tour en excluait les nobles, comme en donnèrent l’exemple Bologne, Sienne et quelquefois Gênes ; enfin un gouvernement mixte, qui, partagé entre le peuple et la noblesse, fut le plus en usage dans la plupart des villes libres d’Italie. Les magistratures se trouvèrent exposées aux mêmes vicissitudes que le gouvernement, et durent nécessairement varier souvent dans leurs formes et dans leurs attributions. Quelques villes créèrent, pour les opposer à la noblesse, les prieurs et les gonfaloniers de la bannière du peuple, comme on le fit à Florence, pour la première fois, l’an 1292

On donna aussi quelquefois au podestat, pour l’assister, un certain nombre d’hommes graves, sans le conseil desquels il ne pouvait régler les affaires les plus importantes du la république. Ils furent désignés sous les noms de conseillers, de sages ou d’anciens.

Les différents magistrats des villes libres étant élus, soit par la voie du sort, soit par les votes de leurs concitoyens, et la durée de leur emploi n’étant que temporaire, leurs costumes ne différaient pas essentiellement de ceux des autres habitants. Je ferai observer seulement que les étoffes de couleur écarlate et les fourrures d’hermine ou de vair servaient à distinguer la noblesse, qui s’en réserva le privilège exclusif.

Le costume de ce magistrat florentin m’a été fourni par les miniatures qui ornent le magnifique manuscrit de Dante, conservé dans la bibliothèque du Vatican, à Rome. Je suis convaincu que le peintre a donné à sa figure le costume des magistrats du XIVe siècle ; la forme du capuchon, la chlamyde, tout concourt à le prouver. Cependant je lui ai conservé la date du XVe siècle, époque à laquelle appartiennent les peintures de l’école florentine auxquelles je l’ai emprunté.

Le capuchon est écarlate et recouvre les épaules ; il est garni d’hermine et enrichi d’une broderie d’or. La chlamyde est couleur de laque, doublée d’hermine et ornée d’une broderie d’or. La tunique est d’un jaune changeant en rougeâtre ; elle est également doublée et garnie d’hermine. La chaussure est noire.

MAGISTRAT FLORENTlNXVE SIÈCLE
La torture

Au Moyen Âge, on faisait subir diverses tortures aux accusés, dans le but de leur arracher des aveux ; celle qui est représentée ici appartient à ce qu’on appelait la question ordinaire. Si le patient s’obstinait à ne pas répondre, on le reconduisait en prison, et souvent ses jambes restaient dans leurs entraves jusqu’à l’interrogatoire suivant.

Une des plus anciennes représentations de torture se trouve dans l’ouvrage de Gallonius, De Cruciatibus martyrum, planches des pages 68 et 149, reproduites planche XV, en tête du 2e volume des œuvres du poète Prudence, éditées par l’abbé Migne. Montrouge, 1847, in-8. Ce volume a pour titre : Quinti sæculi Poetarum Series ; tomus posterior.

On trouve la description suivante dans une procédure criminelle du XVe siècle, dont le procès-verbal est sous mes yeux :

Le magistrat, en vertu des pouvoirs qui lui ont été concédés par le très illustre et révérendissime prélat, voulant pousser plus loin la recherche de la vérité, a fait dépouiller le Calcina de ses vêtements, l’a fait attacher à la corde avec les poids de fer et les crochets aux pieds, et l’a sommé de nouveau de dire la vérité. N’ayant obtenu aucune réponse satisfaisante, il a ordonné de tirer la corde. Le patient, élevé en l’air, a commencé à crier : « Ahi ! ahi ! sainte Vierge, aidez-moi ! Miséricorde ! je suis assassiné ! Seigneur, je ne sais rien, je suis innocent ! Sainte Madone, aidez-moi ! miséricorde ! Sainte Vierge, secourez-moi ! Sainte Vierge, secourez-moi ! » et il a répété plusieurs fois : « Je suis innocent ; sainte Vierge, aidez-moi ! je suis innocent, ahi ! ahi ! ahi ! Aide-moi, mon innocence, que je ne suis souillé de rien ! Ahi ! ahi ! ahi ! miséricorde.