Bhoutan : Les cimes du bonheur - Sabine Verhest - ebook

Bhoutan : Les cimes du bonheur ebook

Sabine Verhest

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Opis

Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendreIl était une fois un petit royaume où l’on persiste à croire que le bonheur existe. Un pays qui s’efforce encore de conjuguer autrement les mots nation, monarchie, prospérité et bien collectif. Au Bhoutan, dans ces confins himalayens que le relief continue d’isoler du reste du monde, prétendre que la vie est différente est tout sauf un vain mot. Au long des sentiers perchés, le Bhoutan, si lointain et si fascinant, se raconte au fil des kilomètres parcourus et des visages croisés.De Thimphu, la capitale enclavée, aux hautes vallées reculées, ce petit livre vous dit cette vie qui s’y écoule, l’écho des mantras bouddhiques, le bleu tellement pur du ciel himalayen, l’indicateur si atypique qu’est le « Bonheur national brut ». Parce que pour saisir l’âme d’un tel royaume, la seule façon de procéder est d’essayer, d’abord, de le comprendre.Un grand récit suivi d’entretiens avec Françoise Pommaret (Ngawang Namgyel a créé l'Etat bhoutanais grâce à un charisme extraordinaire), Karma Phuntsho (Le Bhoutan souffre du syndrome de la grenouille ébouillantée) et Tho Ha Vinh (Le Bhoutan est un laboratoire).Un voyage historique, culturel et linguistique pour mieux connaître les passions bhoutanaises. Et donc mieux les comprendre.EXTRAITIl était une fois un petit État himalayen, seul royaume bouddhiste tantrique indépendant au monde, où le bonheur a été érigé en politique de développement. Un pays original et plein de contradictions ; générateur de sérénité au milieu de l’effervescence asiatique.Imaginez. Une contrée où un grand maître bouddhiste a volé sur le dos d’une tigresse et subjugué les mauvais esprits. Une terre où les habitants se montrent pudiques mais peignent de gigantesques phallus en érection sur les façades des maisons.Une nation dont les hommes portent une robe ceinturée à la taille (le gho), sur de longues chaussettes remontées jusqu’aux genoux. Dont les filles et les garçons se partagent souvent les mêmes noms, qu’ils reçoivent d’un lama astrologue.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE- […] Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un « décodeur » des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités […]. À chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. - Le Temps- Comment se familiariser avec « historique, les traditions ? » Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir. - Librairie Sciences PoÀ PROPOS DE L'AUTEURJournaliste, juriste et photographe de formation, Sabine Verhest travaille pour le service international du quotidien La Libre Belgique depuis 1995. Sa passion pour l’Asie et la montagne l’a menée à sillonner la chaîne himalayenne durant plusieurs mois, du haut plateau tibétain aux confins indiens du Ladakh, des cimes népalaises aux monastères du Bhoutan. Elle est l'auteur chez Nevicata de Tibet, histoires du toit du monde (2012) et de Bhoutan, les cimes du bonheur (2017).

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L’ÂME DES PEUPLES

Une collection dirigée par Richard Werly

Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.

Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.

Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.

Richard Werly est le correspondant permanent à Paris du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’âme des peuples après avoir réalisé combien, en Europe et dans le monde, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus globalisée et de crises nouvelles et parfois brutales.

À mes filles,à mes parents,qui m’ont donné des racines et des ailes

AVANT-PROPOS

Pourquoi le Bhoutan ?

Il était une fois un petit État himalayen, seul royaume bouddhiste tantrique indépendant au monde, où le bonheur a été érigé en politique de développement. Un pays original et plein de contradictions ; générateur de sérénité au milieu de l’effervescence asiatique.

Imaginez. Une contrée où un grand maître bouddhiste a volé sur le dos d’une tigresse et subjugué les mauvais esprits. Une terre où les habitants se montrent pudiques mais peignent de gigantesques phallus en érection sur les façades des maisons.

Une nation dont les hommes portent une robe ceinturée à la taille (le gho), sur de longues chaussettes remontées jusqu’aux genoux. Dont les filles et les garçons se partagent souvent les mêmes noms, qu’ils reçoivent d’un lama astrologue.

Un endroit où la nouvelle année (Losar) change tous les ans de date en accord avec la nouvelle lune de février. Où l’on vous accorde si volontiers du temps qu’il paraît extensible.

Un pays où l’on peut consacrer une journée entière à lancer des fléchettes sur des cibles distantes de 25 m (le khuru). Où le tir à l’arc à 145 m (le dha), élevé au rang de sport national, fait l’objet de passes d’armes endiablées et de danses victorieuses.

Un royaume qui s’est baptisé « dragon tonnerre » (Druk Yul), mais dont la couronne est ornée d’un corbeau noir et l’animal emblématique (le takin) ressemble à un bovin doté d’une épaisse tête de chèvre.

Une contrée où l’on se délecte quotidiennement de piments qui arrachent, cuits dans une sauce au fromage (l’emadatsi). Un coin de terre où l’on maîtrise l’art de fumer en cachette – la cigarette étant interdite – et l’on s’empourpre les dents à mâcher des feuilles de bétel, tartinées de chaux et repliées autour d’une noix d’arec (la doma).

Un royaume dont le souverain tout-puissant a un jour décidé, seul, de donner ses pouvoirs à son peuple.

Un État où l’on répète comme un mantra vouloir un tourisme high value, low impact, donc très encadré, dispendieux et qualitatif1 pour les étrangers, mais qui laisse a contrario déferler ses voisins indiens librement.

Un pays qui affiche un bilan carbone négatif. Une terre où l’on chérit ses forêts et ses rivières peuplées d’esprits, mais où l’on jette encore ses déchets par la fenêtre de sa voiture et abandonne ses vidanges derrière soi en altitude.

Un pays dont le grand trek, classé parmi les plus difficiles au monde, porte le gentil nom de « bonhomme de neige » et dont les plus hauts sommets préservent jalousement leur virginité.

Un lieu où aucun panneau publicitaire ne vient polluer la vue ni les esprits.

Il est puissant, le charme du Bhoutan. Je le quitte à peine que, déjà, j’imagine nos prochaines retrouvailles, en me demandant quelles nouvelles surprises il me réservera.

Laissez-moi vous le raconter.

1 Il en coûte au minimum 250 $ par jour par personne (sur une base de trois voyageurs), en haute saison. Un prix couvrant le logement, la nourriture, le guide, le chauffeur, les frais de visite et les taxes.

Les cimes du bonheur

Passer sous l’arche délicatement peinte qui sépare Jaigaon de sa voisine Phuentsholing revient à quitter l’effervescence d’une ville indienne pour la tranquillité d’une cité bhoutanaise, à laisser derrière soi une plaine qui se noie dans le golfe du Bengale pour grimper une à une les marches himalayennes.

Pénétrer au Bhoutan demande aussi de régler sa montre. À midi à Darjeeling (en Inde), il est 12 h 15 à Katmandou (au Népal), 12 h 30 à Thimphu (au Bhoutan) et 14 h 30 à Lhassa (au Tibet). Dans l’Himalaya, chaque région vit à ses heures, et à son rythme. Jamais colonisé, le petit royaume de 770 000 habitants, tient plus encore que les autres à son identité et ses spécificités nationales.

Il est longtemps resté terra incognita. Rares sont les Occidentaux à avoir parcouru le Bhoutan avant la seconde moitié du vingtième siècle. Il y eut les missionnaires jésuites Estevão Cabaral et João Cacella, tous deux Portugais, qui restèrent huit mois à Paro, en 1627, avant de poursuivre vers le Tibet. Puis les Britanniques George Bogle en 1774 et Samuel Turner en 1783 ; le premier chargé d’explorer une voie commerciale entre les Indes britanniques et le Tibet via le Bhoutan, le second envoyé en ambassade par la Compagnie des Indes orientales. Quelques autres suivirent, essentiellement britanniques, chargés de missions diplomatiques et politiques.

C’est un pays resté à l’écart d’un monde sillonné, cartographié, connecté que l’ethnologue français Michel Peissel traversa d’ouest en est en 19681. Ses dirigeants méfiants (qui cultivaient l’autarcie protectrice), ses voisins intéressés (qui contrôlaient ses accès) et l’environnement himalayen (qui dressait ses obstacles naturels) avaient renforcé l’isolement du Bhoutan. « C’était le dernier pays sans carte sûre de toute l’Asie. Un pays qui, en 1968, était plus mystérieux et plus inconnu que la face cachée de la lune » écrit Michel Peissel. « Un royaume encore partiellement gouverné par des moines et dirigé par un monarque que la presse mondiale n’avait jamais photographié. » L’explorateur pénétra dans un pays rude, qu’il qualifiait de « hautain et inhospitalier », où la vie des gens était réglée par leur rang et leur position vis-à-vis du roi. Il quitta « un peuple fier et hautement intelligent », « une civilisation à la mesure de l’individu », « un monde dans lequel la beauté sert à mesurer le bonheur ». Le charme avait opéré.

Le Bhoutan vécut longtemps caché. Puis ses monarques prirent le parti d’abandonner ses caractères féodaux et de l’ouvrir pour le rendre plus heureux, au vu et au su de tous. Ils entreprirent de le moderniser, d’en haut, en privilégiant le développement socio-économique durable et équitable, la promotion de la culture, la préservation de l’environnement et la bonne gouvernance. Le « pays du bonheur » était né. Un bonheur vu, non pas comme une humeur éphémère et volatile, mais comme un profond sentiment de contentement de la société, dans un État en devenir, en constante transformation, sur une route semée d’embûches.

Une implacable géographie

La géographie s’impose aux Bhoutanais. Ils vivent entre les deux plus grandes puissances asiatiques, habitent l’un des 44 États dépourvus d’accès à la mer et composent avec les incongruités du relief himalayen. « Si l’on aplatissait mon pays, ce serait l’un des plus vastes au monde ! » m’a un jour affirmé en riant un étudiant2. Qu’on pénètre au Bhoutan par la route ou par les airs, le relief est un obstacle. L’aéroport de Paro est l’un des plus difficiles d’accès au monde : sa piste s’étend sur 2 km au fond d’une vallée, où ne s’aventurent que les quelques avions et pilotes (parmi lesquels le père de la reine) de deux compagnies aériennes régulières. L’approche est époustouflante quand l’appareil se fraie un chemin à vue entre les cimes. Le regard embrasse la pointe enneigée du Jomolhari (7326 m), flirte avec les parois millénaires et caresse la toison vert sombre des forêts qui, vues du hublot, paraissent beaucoup trop proches. « Sur les ailes du dragon » : Drukair, la compagnie nationale, a parfaitement choisi son slogan.

Pour sillonner les vallées encaissées autrement qu’en épousant sans relâche les replis tourmentés des montagnes – le Bhoutan n’a jusqu’ici jamais percé de tunnels –, les voyageurs enfourcheraient volontiers un dragon à l’occasion. En 150 km de vol du sud au nord, il les emmènerait des jungles méridionales peuplées de tigres jusqu’aux pentes himalayennes où seuls s’aventurent les nomades et leurs yacks. Peut-être aussi le yéti.

Au lieu de cela, une « route nationale », tortueuse, traverse le pays, trait d’union entre communautés. D’est en ouest, passant d’une vallée à l’autre par de hauts cols, on quitte une ethnie, une langue, une architecture, un climat, pour en découvrir de nouveaux. Depuis Samdrup Jongkhar l’alanguie, là où des frontaliers indiens de l’Assam viennent quotidiennement gagner leur vie, la route virevolte dans la forêt tropicale entre tecks et bambous. Elle serpente de crête en crête, dans un paysage de champs de maïs et de maisons sur pilotis couvertes de nattes en bambou, avant de se glisser jusqu’à Trashigang. N’était son imposante forteresse plantée comme un phare dans l’immensité boisée, la petite bourgade du Bhoutan oriental resterait bien tranquillement cachée derrière son éperon.

Le climat est doux dans cette région où poussent les bananiers. On y suit la rivière, où l’on a déjà vu quelques coquins pêcher en douce. Et puis, passé Mongar, petite ville étalée sur le flanc de la montagne, la route grimpe, creusée dans la roche, parfois baignée de cette brume qui donne à la forêt une allure fantasmagorique. Au printemps, on y rencontre des pasteurs en transhumance remontant le dénivelé avec leur troupeau. La route poursuit son ascension vers le plus haut col carrossable du pays, Thumsingla, où l’altitude (3800 m) ne dissuade pas les rhododendrons d’étaler leurs pétales roses dans ce monde tout de vert vêtu.

Les virages s’enfilent sur le long ruban de terre et de bitume jusqu’à ce que s’ouvre la région de Bumthang. On nous dit qu’il fait bon vivre dans ses vallées aérées que l’aéroport de Jakar désenclave depuis peu. On le croit volontiers – et pas seulement parce qu’une boîte locale, The Waves 69, annonce ce soir-là une Ladies fun night. Une impression d’espace et de douceur se dégage dans cette zone agricole parsemée de maisons cossues et d’arbres fruitiers. Sans doute joue également le caractère sacré du lieu, où l’on ne compte plus les temples et monastères bouddhistes. Le premier, celui de Jampey, remonte au septième siècle. Les dévots déambulent le long de ses murs, entraînant d’une main les moulins à prières logés dans des gorges boisées, récitant inlassablement le mantra om mani padme hung3, indissociable du bouddhisme tibétain.

Et puis l’on repart vers l’ouest, pour Trongsa et son dzong qui en impose, forteresse blanche et rouge moulée sur le relief. L’histoire s’est jouée ici, on le sent, dans cette région dont les princes héritiers du Bhoutan sont les gouverneurs. La capitale est pourtant loin encore. À observer les pentes alentour, la route du centre s’annonce vertigineuse – elle ne décevra pas –, s’enfonce dans les bien nommées montagnes Noires, offre une magnifique vue sur l’Himalaya et le Jomolhari, le pic sacré à la frontière tibétaine.