Chroniques du mystère - Yves Lignon - ebook

Chroniques du mystère ebook

Yves Lignon

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Opis

Qui n’a jamais entendu parler de maisons hantées, de prédictions de l'avenir ou du « fluide » des magnétiseurs ?Voici ici rassemblées pour la première fois les chroniques d'Yves Lignon, certaines publiées et d'autres inédites.Offrant un large éventail de cas, l'auteur ouvre aussi bien le dossier des guérisseurs que celui des maisons hantées, sans pour autant laisser de côté les énigmes historiques. Si les affaires présentées peuvent faire penser à des contes fantastiques pour adultes, elles diffèrent pourtant des œuvres d’imagination sur l’essentiel : les faits rapportés sont tous authentiques.Yves Lignon défend depuis quatre décennies la nécessité d'une approche véritablement scientifique des phénomènes dits « parapsychologiques ». Il prône une démarche se tenant à égale distance d'une naïveté qui gobe tout et d'un pseudo- rationalisme vieux d'un siècle battu en brèche par les découvertes de la physique contemporaine.Une approche scientifique et critique des phénomènes dits « paraspsychologiques ».EXTRAITDes histoires étranges, parfois inquiétantes, courent sous tous les cieux depuis des siècles, et cette masse est à l’origine d’une accumulation d’idées fausses et d’interprétations floues. Pour commencer, de quelque côté que se tourne le Français moyen, il entend affirmer que la science ne veut pas de ces affaires de fantômes, de télépathie, de voyance ou de guérisseurs. L’université, expliquent en général les médias, hausse les épaules en répétant : « Circulez, y a rien à voir ! » (autrement dit : « Dormez bonnes gens, les savants veillent. ») Eh bien, voilà qui est faux ou, au minimum, seulement vrai en France. Dans notre bel Hexagone, on se proclame facilement cartésien tout en passant sous silence certaines des questions que se posait René Descartes (1596-1650), mais sait-on que notre pays est le seul de toutes les grandes nations industrielles à ne pas posséder d’organisme de niveau universitaire étudiant la parapsychologie ? Sait-on que, depuis 150 ans, des Prix Nobel ont pris fermement des positions s’opposant radicalement à ce qui n’est, finalement, qu’un point de vue très répandu et pas davantage ?CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE[L'auteur] nous invite à le suivre chez les guérisseurs, les médiums, le diable, les prophéties, les revenants, les disparitions mystérieuses, les fantômes, la communication avec l'au-delà, les maisons hantées et à travers les énigmes historiques, des secrets qui n'ont pas cessé de nous intriguer. Ces faits relatés par Yves Lignon ne sont pas le fruit d'une imagination débordante. Ils présentent la particularité d'être tous rigoureusement authentiques. Yves Lignon démêle tout cela pour le plus grand plaisir de ses lecteurs avec justesse, sans tomber pour autant dans la naïveté ou le rationalisme poussé à l'extrême. - Blog de Marie MainvilleÀ PROPOS DE L'AUTEURMaître de Conférences honoraire de Mathématiques à l'Université Jean Jaurès (ex-Le Mirail) de Toulouse, Yves Lignon est surtout connu pour avoir fondé le Laboratoire de Parapsychologie de Toulouse, pour ses enquêtes sur le paranormal et pour son franc-parler dans les médias.

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Maître de Conférences honoraire de mathématiques à l’université Jean-Jaurès (ex-Le Mirail) de Toulouse, Yves Lignon est surtout connu pour avoir fondé le Laboratoire de parapsychologie de Toulouse, pour ses enquêtes sur le paranormal et pour son franc-parler dans les médias.

INTRODUCTIONSCIENCE ET PARANORMAL

LES PHÉNOMÈNES PARANORMAUX, les pouvoirs parapsychologiques… Qui n’a jamais entendu parler de maisons hantées, de prédictions de l’avenir ou du « fluide » des magnétiseurs ?

Des histoires étranges, parfois inquiétantes, courent sous tous les cieux depuis des siècles, et cette masse est à l’origine d’une accumulation d’idées fausses et d’interprétations floues. Pour commencer, de quelque côté que se tourne le Français moyen, il entend affirmer que la science ne veut pas de ces affaires de fantômes, de télépathie, de voyance ou de guérisseurs. L’université, expliquent en général les médias, hausse les épaules en répétant : « Circulez, y a rien à voir ! » (autrement dit : « Dormez bonnes gens, les savants veillent. ») Eh bien, voilà qui est faux ou, au minimum, seulement vrai en France. Dans notre bel Hexagone, on se proclame facilement cartésien tout en passant sous silence certaines des questions que se posait René Descartes (1596-1650), mais sait-on que notre pays est le seul de toutes les grandes nations industrielles à ne pas posséder d’organisme de niveau universitaire étudiant la parapsychologie ? Sait-on que, depuis 150 ans, des Prix Nobel ont pris fermement des positions s’opposant radicalement à ce qui n’est, finalement, qu’un point de vue très répandu et pas davantage ?

Pour nous en tenir à deux exemples, hier le grand Pierre Curie appartenait à la commission de savants qui authentifia les dons de la « médium » italienne Eusapia Paladino ; de nos jours, Brian Josephson, Prix Nobel de physique à 33 ans, déclare sans émettre la moindre réserve que, du point de vue de sa discipline, la théorie montre que les capacités parapsychologiques de l’être humain sont une réalité. La plus ancienne équipe de recherche sur les histoires de fantômes a été fondée en Grande-Bretagne en 1882 par des universitaires de Cambridge. Aux États-Unis, la Duke University a lancé en 1927 un programme d’études de la voyance, de la télépathie et de la prémonition, puis ouvert le premier laboratoire de parapsychologie, stricto sensu, en 1935. Aujourd’hui, on peut développer des projets d’études sur plusieurs campus anglo-saxons et, à Fribourg-en-Brigsau, un institut allemand spécialisé occupe une quarantaine de chercheurs à plein temps. Mais comment vouloir se rendre sur le site Internet du Centre de parapsychologie de l’université d’Édimbourg en ignorant l’existence de ce centre ?

Chez nous, un étudiant qui veut s’intéresser à la voyance ou aux apparitions de la Vierge doit déchirer un épais rideau de fumée pour parvenir à prendre connaissance de ce qui se fait et qui s’est fait à l’étranger.

Plus largement, alors que les récits de revenants, de prophéties réalisées, d’objets qui se déplacent tout seuls, etc., fascinent et passionnent – les responsables de la programmation télévisée le savent bien –, laisser dire que la communauté scientifique tourne unanimement le dos à la parapsychologie entretient la confusion parce qu’inexact.

Et s’il n’y avait que cela ! À côté des sceptiques qui se débarrassent du problème en regardant ailleurs, se tient le bataillon de ceux qui ouvrent grands les bras à n’importe quoi et attribuent une origine abracadabrante à la moindre bizarrerie de notre environnement (bruits dans un grenier) ou de notre vie (rêve précédant un événement) en parlant toute la journée d’occultisme ou d’envoûtement. Ils font autant de bruit que la troupe des charlatans, particulièrement nombreux parmi les voyants professionnels, ce milieu infesté d’aigrefins bien décidés à exploiter la détresse morale et psychologique. Quel salmigondis !

Pourtant, au-delà de nos frontières, la parapsychologie a depuis longtemps poussé la porte des laboratoires. Il doit être possible de séparer le bon grain de l’ivraie, de différencier ce qui reste aujourd’hui un mystère scientifique de ce qui trouve une explication, parfois simple d’ailleurs, à laquelle personne n’a songé au premier abord. Montrer qu’on peut faire ce tri a servi de ligne directrice pour l’écriture de cet ensemble de chroniques qui s’appuient toutes sur des événements authentiques car si les histoires de parapsychologie ressemblent à des contes fantastiques pour grandes personnes, ce sont toujours des histoires rigoureusement vraies. S’y ajoute une pincée de mystères historiques pour confirmer qu’il n’est de bonne cuisine que bien assaisonnée.

PRÉFACE

Yves Lignon ou une rencontre du 3e type.

J’ai rencontré Yves Lignon en août 2001, le hasard des promenades sur Internet nous ayant permis de nous découvrir une passion commune, celle de la « colline aux mystères » de Rennes-le-Château. Ayant prévu de passer quelques jours de vacances dans l’Aude, nous avions convenu de nous retrouver à Carcassonne pour une petite immersion touristique dans ces belles terres du Razès. Je reverrai toujours Yves émerger du sous-sol de la gare de Carcassonne avec ses deux fidèles compagnes, sa sympathique épouse Marie-Christine et sa pipe de légende. Ce fut le début d’une amitié solide comme le roc de Bugarach et fertile comme la déesse Perséphone. Il faudrait pratiquement consacrer un livre à tout ce que nous avons pu fabriquer ensemble, que cela s’appelle congrès, colloques, dîners-débats, rencontres, journées, salons, voyages d’étude ou « missions scientifiques ». Car si Yves Lignon est bien connu pour ses aventures en parapsychologie, c’est un homme multipassionnel, zappant de Sherlock Holmes à Fantômas, de Bérenger Saunière à la BD, du cinéma hollywoodien de l’âge d’or au jazz des fifties, avec plusieurs escales obligées pour déguster quelques bons vieux crus de whisky en croquant des anchois en salade.

L’homme a de la gouaille, et son cuir est tanné par le soleil du Midi. Son parler, direct et parfois cassant, lui a valu de solides inimitiés. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que ses combats ont l’odeur de « la poudre de l’intégrité » et la saveur du « sang de l’honneur ». J’ai eu l’opportunité d’assister en 2002 au procès en diffamation qu’il a intenté au zététicien Henri Broch et au Prix Nobel Georges Charpak. Ces derniers l’avaient en effet violemment mis en cause dans un ouvrage, Devenez sorciers, devenez savants, contestant la rigueur de ses travaux statistiques sur le « mystère » du sarcophage d’Arles-sur-Tech. Un procès qui se terminera, sans grande surprise, par un match nul. Mais il fallait oser le faire !

Yves Lignon est un guerrier des temps modernes, et la lutte qu’il mène pour que la parapsychologie soit enfin reconnue comme un domaine justifiant d’une véritable recherche scientifique relève des nobles causes. D’abord, et il l’explique très bien dans le livre, parce que la France est un des rares pays à « bloquer » sur ce type de sujet. Ensuite, et surtout, parce que la science progresse tous les jours et nous montre qu’il n’y a pas de frontière définitive entre le possible et l’impossible. Ce dernier ne cesse de reculer au fur et à mesure que la physique quantique, les neurosciences et l’intelligence artificielle progressent.

Je souhaite à l’auteur de continuer le plus longtemps possible ses recherches et de nous livrer bientôt la synthèse « raisonnée » de l’immense catalogue de cas inexpliqués qu’il a pu collecter. Il vient, du reste, de commencer à le faire timidement à la fin de cet ouvrage. Et il n’a pas à rougir, l’intuition et l’audace sont aussi des outils qui font avancer le savoir !

Philippe Marlin.

PREMIÈRE PARTIE – DES IDÉES

SPIRITISME ET PARAPSYCHOLOGIE

ON LES CONFOND SOUVENT, plus exactement on les assimile l’un à l’autre. Parler de parapsychologie ou de spiritisme ne revient-il pas au même dans les conversations d’après-repas ? Ne lit-on pas assez régulièrement des textes publicitaires à la gloire de « Mme Irma, parapsychologue-spirite » ?

La réalité est plus complexe.

Le spiritisme est une doctrine de type religieux. L’écrire n’équivaut pas à porter un jugement de valeur mais simplement à énoncer un constat car, tout comme les grandes religions, le spiritisme possède dogmes et livres fondamentaux.

La parapsychologie est une discipline scientifique reconnue en tant que telle, depuis 1969, par l’Association américaine pour l’avancement de la science, un organisme aussi puissant et influent aux États-Unis que l’Académie des sciences chez nous.

Rien de commun apparemment. Apparemment seulement parce que spiritisme et parapsychologie se retrouvent vite dans un même sac en raison d’un intérêt partagé pour une catégorie particulière de faits.

Le spiritisme a pour dogme premier la croyance en l’existence des « esprits ». L’« esprit » serait la partie immatérielle de tout être humain et continuerait d’exister après la mort physique. Il ne manquerait donc pas de ressemblances avec l’âme des chrétiens mais, à la différence de celle-ci, se manifesterait très concrètement parmi les vivants. Et ces manifestations, du moins selon les spirites, sont bien répertoriées, à savoir :

déplacements d’objets, bruits divers et variés incompatibles avec les lois de la physique (vase posé sur un meuble et glissant sans qu’aucune force ne s’exerce sur lui, coups entendus alors que personne ne peut les frapper, piano jouant tout seul…) ;

incorporation. L’« esprit » s’exprime par la bouche d’un vivant, et les témoins pensent reconnaître la voix d’un défunt. Ce faisant, diverses informations sont fournies. Par exemple, le sujet d’un examen ;

matérialisation. L’« esprit » apparaît sous une forme ressemblant plus ou moins à celle des fantômes du folklore légendaire et nommée « l’ectoplasme » ;

conversation. L’« esprit » répond aux questions grâce à la « table tournante », guéridon qui, en réalité, se contente d’osciller et de frapper le sol du pied. « Un coup pour A, deux pour B… Vingt-six pour Z ». Par commodité, mieux vaut se servir du « oui-ja », plaquette montée sur roulements à billes et se déplaçant devant des cartes qui portent chacune une lettre de l’alphabet.

De plus, expliquent les spirites, les événements merveilleux de la liste ci-dessus ne peuvent se produire qu’en présence d’un médium, personne possédant une capacité mystérieuse, faisant d’elle l’intermédiaire grâce auquel les « esprits » pourront montrer le bout de leur nez. Ainsi, trouver un bon médium constitue une tâche prioritaire pour les adeptes du spiritisme, la difficulté venant de l’obligation de procéder par tâtonnements et empirisme.

Tout a commencé à Hydesville (dans la région de New York), en février 1847, lorsque des coups se sont fait entendre dans la maison occupée par la famille Fox. Un mois plus tard, ils n’avaient pas cessé et ne s’expliquaient toujours pas lorsque Kate (née en 1837), la plus jeune des enfants, eut l’idée de dire en frappant plusieurs fois dans ses mains : « Pied fourchu, fais comme moi ! » La série de coups, en nombre identique à celui des claquements, immédiatement entendue, marque le début d’un mouvement de pensée qui connut très vite le succès et gagna l’Europe.

La doctrine spirite a été mise définitivement en forme par le Français Hippolyte Rivail (1804-1869), qui signa sous le pseudonyme d’Allan Kardec Le Livre des Esprits, paru en 1857, et Le Livre des Médiums, paru en 1861, alors que la mode de la communication avec les « esprits » avait gagné depuis déjà plusieurs années tous les milieux sociaux.

Exilé en 1852 dans les îles anglo-normandes, Victor Hugo, ne se remettant pas du traumatisme causé par la mort – dix ans plus tôt – de sa fille Léopoldine, fit « tourner les tables » avec constance durant deux ans. C’est sans doute l’exemple le plus connu.

La vogue durera jusqu’en 1940. Rien qu’en France, le mouvement spirite disposait, entre les deux guerres mondiales, de revues à grands tirages, d’organismes mutualistes et remplissait des halls aussi vastes que ceux de nos salles de spectacles modernes.

Aujourd’hui, on ne trouve plus que de petits groupes, une vingtaine pour les mieux structurés, réunissant, à eux tous, au plus quelques dizaines d’adeptes fervents et quelques centaines de curieux. Pourquoi cet effondrement si brutal ? Aux historiens et aux sociologues d’essayer de trouver la réponse. Toujours est-il que le temps du spiritisme a laissé, dans les mentalités, une trace profonde et durable : au cimetière du Père-Lachaise, le visiteur peut, n’importe quel jour de l’année, voir la tombe d’Allan Kardec abondamment fleurie1.

Le triomphe du spiritisme interpellait la communauté scientifique à deux niveaux. Les phénomènes restent-ils vraiment sans explication et, si oui, que penser de ce que de grands savants nommeront très vite « l’hypothèse spirite » ? Celle de l’existence et de l’activité des « esprits ». De cette double interrogation devait naître la parapsychologie.

À suivre donc.

1 Par contre, au Brésil, la popularité du spiritisme demeure très vive. On compte là-bas 6 millions de « fidèles » et on estime à 20 millions le nombre de sympathisants. De nombreuses villes ont leur rue « Allan-Kardec ». D’autres communautés spirites ont pignon sur rue en Amérique latine et aux Philippines. Dans tous ces pays cependant, la doctrine a évolué en s’appropriant des notions venues d’autres religions.

DES SAVANTS FACE AUX MÉDIUMSPREMIÈRE PARTIE

LA SECONDE MOITIÉ DU XIXeSIÈCLE, époque où l’intérêt pour le spiritisme affectait toutes les couches sociales (voir « Spiritisme et parapsychologie ») est, simultanément, celle de l’émergence de la science telle que nous la connaissons. L’inévitable confrontation se produisit très vite. Et pour cause : à elle seule, la séance de « table tournante », aussi importante pour les spirites que la messe pour les catholiques, contredisait tout ce que les physiciens avaient appris depuis la découverte de la loi de la chute des corps par Isaac Newton (1642-1727), deux siècles auparavant.

***

Le premier « qui s’y colla » fut Michaël Faraday (1791-1867), le grand chimiste et physicien que tous les lycéens connaissent. Dès le 2 juillet 1853, les lecteurs de L’Illustration2 purent prendre connaissance de la traduction française d’un article dans lequel le savant britannique solutionnait le mystère de la « table tournante », en allant jusqu’à le mettre en équations. On sait que, pour évoquer les « esprits », les personnes présentes doivent poser leurs mains sur le plateau d’un guéridon. Aussi faible qu’elle soit – expliquait Faraday –, cette pression existe et s’accompagne de crispations musculaires. Un appui, à peine plus fort, d’un côté ou d’un autre, suffit pour que le mouvement commence et se poursuive puisque, n’est-ce pas, la table ne tourne pas mais oscille sur l’un de ses pieds. Disons-le tout net, l’argumentation est indiscutable, les équations tiennent la route pour l’éternité et Faraday a raison… en partie. En partie seulement parce que son travail ignore l’existence de témoignages disant que les mains ne touchaient pas le guéridon3, et parce que le phénomène ne se réduit pas au balancement de la table. « Un coup pour A…, vingt-six pour Z. » En frappant du pied sur le sol, le petit meuble répond à des questions, autrement dit apporte des informations. Informations exactes ou non ? Cet aspect des choses n’a visiblement pas intéressé M. Faraday, et c’est sans doute dommage. La table « tourne » parce qu’on la pousse. Parfait, tout est clair, n’insistons pas. Cependant, si elle répond correctement aux questions, un mystère demeure.

***

Un autre savant d’outre-Manche s’intéressa au spiritisme quelques années plus tard. Moins présent que Faraday dans les ouvrages scolaires, William Crookes (1832-1919) fait cependant partie des géants scientifiques de son temps : assistant-professeur au Collège royal de chimie à 19 ans, directeur de l’observatoire météorologique d’Oxford à 22 ans, professeur titulaire de chimie à Chester à 23 ans. En 1861, il isole un nouveau métal, le thallium, ce qui lui vaut d’être admis au sein de la Royal Society, l’équivalent, au moins aussi glorieux, de notre Académie des sciences. En 1878, il découvre la nature des rayons cathodiques qui se déchaînent de nos jours dans les téléviseurs. Crookes a encore inventé un drôle de tube portant son nom et servant à produire ces rayons X si utiles lorsque le médecin déclare qu’il faut « passer une radio ». C’est à peine, après tout cela, si l’on ose ajouter qu’il a mené de fructueuses recherches en astronomie et en spectroscopie et découvert un traitement préventif de la peste bovine ! Comment voudrait-on qu’un scientifique de cette envergure ne se soit pas intéressé à ces histoires d’« esprits » dont on parlait tant autour de lui ?

Plutôt que d’étudier les phénomènes, Crookes préféra se pencher sur ceux censés les produire, les médiums bien sûr. L’ennui est que si une partie de son travail mérite indiscutablement le qualificatif de « bâti en granit » qui lui a été attribué par la suite, l’autre partie est à rejeter sans la moindre hésitation. De 1869 à 1873, William Crookes a testé Daniel Douglas Home (1833-1886), qu’on peut qualifier de médium mondain dans la mesure où il n’hésitait pas à montrer ce qu’il savait faire dans les salons les plus huppés, à commencer par celui de l’empereur Napoléon III. Les choses (essentiellement des déplacements d’objets, de meubles parfois lourds et des apparitions de mains fantomatiques) se passaient dans des locaux bien éclairés, mais en présence de gens (intellectuels, ministres, fonctionnaires et autres familiers des palais gouvernementaux) dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’agissait pas d’experts en illusionnisme.

Disponible parce que profondément honnête, Home accepta sans hésiter de rencontrer William Crookes, et les protocoles expérimentaux conçus par l’homme de science ont alors permis d’authentifier les étranges capacités du médium dans un contexte purement scientifique. Voici un premier aperçu pris dans les comptes rendus originaux :

sur une membrane de parchemin, tendue au point de ne pouvoir vibrer que sous l’effet d’un contact physique, est fixée une tige métallique dont l’autre extrémité repose sur une plaque de verre noircie à la fumée. Ce dispositif technique, très utilisé, permettait d’enregistrer les vibrations du parchemin puisque, lorsqu’elles se produisaient, la tige, en s’agitant, laissait une trace sur la plaque de verre. Pour que le noir de fumée se retrouve ainsi griffé, il suffisait à Douglas Home d’approcher, en pleine lumière, ses mains de la membrane, et celle-ci se mettait à vibrer sans être touchée. Selon les mesures effectuées, la distance entre les mains et le parchemin a été au minimum de 20 centimètres et au maximum de 90 centimètres ;

autre exemple : un crayon et quelques feuilles de papier sont déposés sur une table. Home s’assied à bonne distance et – c’est Crookes qui s’exprime : « Cette manifestation eut lieu à la lumière… Le crayon se leva sur sa pointe, s’avança vers le papier avec des sauts mal assurés et tomba. Puis il se releva et tomba encore. » Ce pauvre crayon, qui aurait sans doute aimé tracer tout seul deux ou trois mots sur le papier, a effectué en tout six tentatives infructueuses.

le plus beau peut-être. Un accordéon des années 1860 possédait bien, comme maintenant, deux poignées, mais une seule portait un clavier destiné au musicien, l’autre ne servant qu’à le tenir. Crookes enfermait l’instrument dans une cage fabriquée spécialement et possédant une ouverture qui permettait seulement au médium de toucher la poignée sans clavier. Eh bien, dans ces conditions, on a entendu à diverses reprises parfois clairement quelques notes, parfois des phrases mélodiques complètes. Aucun des muscles du bras touchant l’accordéon ne bougeait, et l’autre main était posée sous surveillance à plat sur une table, tandis que les pieds de deux assistants de Crookes écrasaient ceux du médium.

Si William Crookes s’en était tenu aux travaux dont je viens de donner une idée, les recherches sur les phénomènes qu’on ne nommait pas encore « parapsychologiques » auraient probablement pu se développer rapidement et sans polémiques. Malheureusement, vivait alors en Angleterre Florence Cook (née en 1857), jeune fille aux dents longues – donc sans grands scrupules et portée sur le cynisme –, qui considérait que la médiumnité vraie ou fausse, peut-être surtout fausse, plaçait un excellent atout dans la main de quelqu’un voulant parvenir rapidement à la richesse et à la célébrité. Elle était supposée capable d’exploits cent fois plus prodigieux que ceux, pourtant spectaculaires, attribués à Douglas Home. Ce dernier ne manquait pas de finesse et il tenta vainement de mettre en garde Crookes, finissant par traiter la demoiselle de « farceuse ». Connaissant son caractère de gentleman, le mot en camouflait indubitablement un autre beaucoup plus violent et explicite. Rien n’y fit. Avec la complicité de sa famille, l’ambitieuse a bel et bien dupé le savant. Comment ? Pourquoi ? Nous nous le demanderons dans le prochain épisode, puis constaterons qu’heureusement les choses n’en sont pas resté là.

2 Magazine à grande diffusion ressemblant, à la différence d’époques près, au moderne Paris Match.

3 Il faudrait au minimum discuter ces témoignages au lieu de les écarter d’un revers de main.

SECONDE PARTIE

Engagé sur la voie qui mène à la gloire posthume, le grand scientifique William Crookes venait d’authentifier la médiumnité de Daniel Douglas Home (voir « Des savants face aux médiums – Première partie ») lorsqu’il fit la rencontre de Florence Cook en 1874. Se disant elle aussi médium, la jeune femme, avec ses 17 ans, en comptait trente de moins que le savant.

Miss Cook ne prétendait produire qu’un seul phénomène mais, vertuchou, lequel ! La matérialisation de l’« esprit » d’une personne décédée, autrement dit ce que les récits folkloriques nomment « l’apparition d’un fantôme », celui d’une dénommée Katie King. Et quel fantôme, morbleu ! Ni une vague silhouette brumeuse ni un drap ou un suaire glissant dans l’espace accompagné d’un bruit de chaînes. Non, un fantôme humanoïde, si on ose dire, un fantôme dont on pouvait distinguer les traits et les vêtements.

Avant d’aller plus loin, il faut savoir ce qu’est un cabinet médiumnique. Rien de plus qu’une tenture ou un paravent derrière lequel le médium se tient, tout seul, pendant que les « esprits » sont en pleine action. Aussi simple qu’il soit, un tel dispositif favorise les projets des charlatans, dit le bon sens. Certes, mais depuis l’origine de l’humanité, le bon sens manque souvent.

Le cabinet médiumnique de Florence était, en tout cas, un peu particulier, puisqu’il s’agissait d’une armoire avec un hublot sur chaque porte. Le bon sens rappelle ici qu’un tel dispositif ne permet pas de voir grand-chose de ce qui se passe à l’intérieur, surtout si l’observateur ne place pas son nez sur le vitrage. Certes, mais depuis l’origine de l’humanité, le bon sens…

Tout laisse supposer que ce meuble un peu spécial a été fabriqué vers 1870-1871, puisque c’est à 14 ans que Miss Cook fit ses grands débuts en public sous la direction et avec le soutien de son papa. Celui-ci, après avoir obtenu d’un riche concitoyen le financement de l’entreprise familiale de médiumnité, organisait les séances en sélectionnant soigneusement les assistants. « Prudence est mère de sûreté. »

Durant quelques mois, il fallut se contenter d’assez peu. Une fois Florence installée dans l’armoire, on plongeait la pièce dans l’obscurité en laissant seulement le faisceau d’une lampe dirigé vers les hublots. Après quoi, le public était prié de fredonner un chant de circonstance destiné à favoriser la matérialisation du fantôme. Ce dernier, sans doute satisfait à l’idée qu’on prenait toutes les dispositions pour que l’ambiance lui soit agréable, ne tardait pas à se montrer. Enfin, plus exactement, un visage féminin apparaissait à l’un des hublots, tandis qu’au travers des portes de l’armoire une voix tout aussi féminine murmurait : « Je me nomme Katie King. »

Pas besoin de souffrir d’une tendance pathologique à douter de tout pour avoir du mal à croire aux fantômes dans de telles conditions. Hélas, le truc marchait parce que naïveté, attirance pour le merveilleux et envie de vivre un moment extraordinaire annihilent tout sens critique. Les imposteurs le savent bien, voilà pourquoi seule la forme de leurs prestations évolue d’un siècle à l’autre. Ceux qui en voulaient plus, qui demandaient que Katie King sorte de l’armoire et vienne aux milieu d’eux, ne faisaient pas montre de la moindre suspicion. Au contraire, ils en souhaitaient davantage parce qu’ils ne doutaient pas une seconde de l’authenticité paranormale de ce que la famille Cook offrait déjà.