Ohé ! Les p'tits agneaux ! - Théodore Cogniard - ebook

Ohé ! Les p'tits agneaux ! ebook

Théodore Cogniard

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Opis

Extrait : "MERLUCHE, sur le bord de la mer : Ohé !... les autres, vous en venez-vous-t'y ? TRINETTE : Tiens, c'est vrai, que v'là la marée qui monte !... Viens-tu-t'en, Riquiqui ? RIQUIQUI, au milieu de l'eau : Je le voudrais, mais j'ai un gros crabe qui e mord le mollet et qui ne veut point me lâcher. MERLUCHE : Gigote, il s'ensauvera. RIQUIQUI, remuant la jambe : Veux-tu me lâcher, vilaie bête, veux-tu me lâcher… Vlan ! ah ! enfin!"À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN : Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants : • Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin. • Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.

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Personnages

Prologue.

UN MONSIEUR : M. Ch. POTIER.

LE CHEF D’ORCHESTRE : M. RAYNARD.

UN TITI : M. COLBRUN.

Premier Tableau.

M. OUF : M. LECLÈRE.

PREMIER COURRIER : M. THIERRY.

DEUXIÈME COURRIER : M. BAZIN.

TROISIÈME COURRIER : M. CHÉNIER.

QUATRIÈME COURRIER : M. CANDEILH.

UN MONSIEUR : M. AL. MICHEL.

RIQUIQUI : Mlle ALPHONSINE.

FRISETTE : Mlle GENNETIER.

MERLUCHE : Mlle FÉLICIE.

TRINETTE : Mlle MADELEINE.

LES BAINS DE HOMBOURG : Mlle SUZANNE.

LES BAINS DE SPA : Mlle DAHMEN.

LES BAINS DE TROUVILLE : Mlle DE GÉRAUDON.

LES BAINS D’ÉTRETAT : Mlle ROSE DESCHAMPS.

QUATRE GARÇONS

SIX PÊCHEUSES DE MOULES

Deuxième et troisième Tableaux.

M. OUF : M. LECLÈRE.

UN MARCHAND DE PARAPLUIES : M. BLONDELET.

UN MARCHAND DE COCO : M. DELIÈRE.

UN LIMONADIER : M. AL. MICHEL.

LE GAZON : M. F. HEUZEY.

LE PÈRE LATREILLE : M. AMBROISE.

RIQUIQUI : Mlle ALPHONSINE.

LA CHALEUR : Mlle J. FEREYRA.

SIX DIRECTEURS DE THÉÂTRES

CINQ GARÇONS DE CAFÉ

VENDANGEURS ET VENDANGEUSES.

Prologue

Dans la salle.

Au milieu de l’ouverture, un monsieur se lève au balcon de gauche et interpelle le chef d’orchestre.

LE MONSIEUR

Pardon, M. Nargeot ! M. Nargeot !

LE CHEF D’ORCHESTRE

Qui m’appelle ?

LE MONSIEUR

Mille pardons, Monsieur, si j’interromps votre ouverture… Serait-ce l’ouverture de la revue que vous jouez là ?

LE CHEF D’ORCHESTRE

Oui, Monsieur.

LE MONSIEUR

Comment est-il possible, M. Nargeot, qu’un homme raisonnable et de votre mérite se décide à jouer tous les ans la même ouverture de la même revue, des mêmes auteurs, sur le même théâtre et devant le même public.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Permettez, ce que vous me demandez là…

LE MONSIEUR

C’est pitoyable, Monsieur !

LE CHEF D’ORCHESTRE

Mais, Monsieur, ce n’est pas mon affaire, je suis chef d’orchestre.

LE MONSIEUR

Comprend-on qu’on fasse encore des revues en 1858 ! un genre usé, vieux, rebattu !

LE CHEF D’ORCHESTRE

Eh ! Monsieur, pourquoi, après tout, venez-vous voir une revue si vous n’aimez pas ça ?

LE MONSIEUR

Parbleu ! Monsieur, vous savez bien qu’il faut voir ces machines-là quand même : j’ai une portière qui ne m’ouvrirait pas passé minuit, si je ne lui racontais la revue des Variétés ; j’ai un sergent-major qui me ferait monter des gardes hors de tour, si je ne lui chantais pas les couplets de M. Ambroise. Et mon chef de bureau me sourit quand je lui redis les calembours de M. Lassagne ; enfin, Monsieur, j’ai une femme qui est folle des revues, et naturellement je viens les voir avant elle, pour savoir si je puis l’y conduire ; car, Dieu merci, à votre dernière revue, j’ai eu assez de désagréments ! ma femme a rêvé, pendant un mois, de M. Leclère en amour !

LE CHEF D’ORCHESTRE

Vous m’en direz tant !

LE MONSIEUR

Est-ce assez désagréable cela ! hein ? Encore si vous trouviez quelque chose de neuf, quelque forme nouvelle… ah ! bien oui !… on sait toujours par cœur, à l’avance, ce que l’on va voir ! Tenez, voulez-vous que je vous raconte la revue que vous allez jouer ?

LE CHEF D’ORCHESTRE

Gardez-vous en bien, Monsieur ! si vous connaissez l’ouvrage, pas d’indiscrétion, je vous en prie !

LE MONSIEUR

Mais non, je ne le connais pas, je ne savais même pas hier que vous dussiez jouer une revue, ce qui n’empêche pas que je puis vous faire le plan de votre machine…

LE CHEF D’ORCHESTRE

Notre machine ! notre machine !

LE MONSIEUR

Tenez ! au premier acte, nous verrons un Monsieur qui s’appellera Gobe-Tout, ou Pomme de Terre 1er, ou Cascamèche, ou Pied de Cheval, ou encore l’Amour comme M. Leclère : ce Monsieur, pour se désennuyer ou pour toute autre raison, voudra connaître les nouveautés parisiennes ; tout aussitôt, nous verrons sortir d’une trappe un petit génie qui s’appellera la Réclame, ou le Progrès, ou le Soleil, ou la Lune, peu importe ! Ce petit génie dira au compère : Tu veux connaître les nouveautés du jour, eh bien ! suis-moi à Paris, et, v’lan ! le compère le suivra… Vous, monsieur Nargeot, vous jouerez un petit air nouveau de votre composition. Il fredonne.

Allons à Paris,
Filons à Paris.
Tra, la, la, la, la ! etc.

Et le rideau baissera là-dessus. Fin du premier acte.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Pourtant, Monsieur…

LE MONSIEUR

Au second acte, le compère passera en revue les nouveautés, les industries. Il fera des calembours qui ont déjà servi. On chantera des couplets sur le caoutchouc, sur le chocolat espagnol, les paletots, l’hôtel du Louvre, la tour Saint-Jacques, et après une heure de bêtises plus ou moins spirituelles, le rideau retombera sur un autre petit air de votre composition. Fredonnant sur l’air : Ah ! c’cadet là.

Ah ! c’est charmant,
Certainement.
Quelle superbe année !
Et cætera, et cætera.

Fin du second acte.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Monsieur, il est temps de vous faire observer que ce bavardage…

LE MONSIEUR

Passons au troisième acte ! Le compère épluche les théâtres ; c’est toujours au dernier acte que vous vous occupez des théâtres ; les auteurs de la revue choisissent volontiers ce moment pour éreinter leurs confrères qui le méritent peut-être, mais pas plus qu’eux. On imite M. Boccage, M. Lafférière, on dit gnouf ! gnouf ! comme M. Grassot, et le tout se termine par un grand vaudeville final comme celui-ci. Chantant.

Aux mélodrames nouveaux bis.
La foule s’arrête bis.
J’aime mieux les animaux :
Ça n’est pas si bête.

Cet air-là ou tout autre ; chaque acteur chante son quatrain, on prend ses chapeaux pendant ce temps-là, et la farce est jouée ! Voilà, mon pauvre monsieur Nargeot, l’histoire de la revue que nous voyons depuis vingt-cinq ans, que nous allons voir ce soir et que nous verrons encore l’année prochaine très vraisemblablement.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Mais, Monsieur, ce que vous venez de dire là rend la revue impossible. Nous allons être obligés de rendre l’argent.

LE MONSIEUR

Oh ! que vous ne ferez pas cette folie-là, ce serait du nouveau.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Enfin, où voulez-vous en venir ?

LE MONSIEUR

À ceci, Monsieur, que moi qui vous parle… j’avais fait une revue tout à fait nouvelle.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Ah ! bon !… ah ! bien !…

LE MONSIEUR

Pourquoi dites-vous : Ah ! bon ! ah ! bien ? Oui, Monsieur, tout à fait nouvelle… et que votre administration m’a refusée ! une revue pourtant qui ne ressemblait à rien…

LE CHEF D’ORCHESTRE

Si votre pièce ne ressemblait à rien !…

LE MONSIEUR

À rien de ce qu’on a joué jusqu’à ce jour.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Vous êtes donc auteur ?…

LE MONSIEUR

Oui, Monsieur, j’écris dans le Monte-Cristo, journal de M. Alexandre Dumas, tout seul.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Comment, M. Alexandre Dumas écrit un journal pour lui tout seul ?

LE MONSIEUR.

Non, à lui tout seul : c’est le Robinson du journalisme, et j’en suis le Vendredi ; j’écris tous les samedis la bande du journal qui paraît le dimanche.

LE CHEF D’ORCHESTRE

Ah ! vous m’en direz tant.

LE MONSIEUR, tirant un grand rouleau de sa poche.

Voici ma revue, je vais vous en faire juge ainsi que ces Messieurs et ces dames… j’ai pris pour titre…

UN TITI, du paradis chantant.
Ohé ! les p’tits agneaux,
Qu’est-ce qui cass’les verres ?
LE MONSIEUR
Ohé ! Monsieur, là-haut !
Voulez-vous vous taire ?
LE TITI
Qu’est-c’qui cass’les pots,
Les brocs, les p’tits, les gros,
Les verres…
LE MONSIEUR

Non, Monsieur, mon titre est plus distingué que ça, ma revue est intitulée le Vase d’Or, loterie en plusieurs tirages ; elle commence en 1854 et se termine en… elle ne se termine pas… le dénouement sera remis tous les ans à l’année prochaine.

LE TITI

As-tu fini tes manières ?

LE MONSIEUR

Qu’est-ce que c’est ?…

LE TITI

En v’là un vieux pana.

LE MONSIEUR

Un pana… quel est le galopin ?…

LE TITI

C’est moi, Guguste, tout près du luste : ça va bien, vot’coqueluche, et madame machin, vot’épouse, est-ce qu’elle écosse toujours des pois ?…

LE MONSIEUR

Oh !…

LE TITI

Dites donc, y a déjà pas mal de temps que vous barbotez, mon canard… j’vous prie de rengainer votre ours. J’suis venu ici pour entendre les P’tits Agneaux, la romance du jour, une romance que j’ai mise à la mode.

LE CHEF D’ORCHESTRE, montrant une lettre.

En vérité, Messieurs, ce qui arrive est sans exemple. Voici un mot que le directeur vient de me faire passer, et dont il me prie de vous donner connaissance.

LE MONSIEUR

Un mot du directeur !… Écoutons.

LE TITI

Silence !…

LE CHEF D’ORCHESTRE, lisant.

« Mon cher M. Nargeot, ce qui vient d’arriver rendrait la revue impossible, si nos auteurs n’étaient vraiment des hommes prodigieux. Ils viennent à l’instant même de faire disparaître de leur pièce le compère et le génie… Je vous prie d’annoncer au public qu’il n’y aura pas de génie dans la revue, ni de compère.

LE MONSIEUR

Comment, pas de compère ? une revue sans compère ?…

LE TITI

Silence !

LE CHEF D’ORCHESTRE

De plus, la chanson des P’tits Agneaux ayant été chantée dans la salle, les auteurs viennent encore de faire le sacrifice de toutes les scènes de haute comédie, que leur avait inspirées cette chanson philosophique. Veuillez prévenir le public que, dans les P’tits Agneaux, il n’y aura pas de petits agneaux.

LE MONSIEUR

Il n’y aura donc plus rien ?…

LE TITI

Silence ! asseyez-vous dessus.

LE MONSIEUR

Ce n’est pas à vous que je m’adresse, entendez-vous, méchant gamin…

LE TITI

Est-il vilain !… Il ressemble au dromadaire du Jardin des Plantes…

LE MONSIEUR, furieux.

Polisson !…

LE TITI

Fâchons pas !… pas de gros mots !… ou gare les trognons de pommes !…

LE MONSIEUR

Comment, drôle, tu te permettrais ?…

LE TITI

Non, je me gênerais !…

LE MONSIEUR

Si tu avais cette audace !…

LE TITI

Eh ben, après ?

LE MONSIEUR

Je t’en défie !

LE TITI, lui lançant une pomme.

En joue, feu !…

LE MONSIEUR.

Ouf !… Il a reçu la pomme dans la bouche ; il en reste ébahi.

LE TITI

Touché ! dans le four de campagne à Mossieu !

LE MONSIEUR

C’est une indignité !… une pomme crue !… un peu plus haut, il m’abîmait le nez !… Un commissaire !… je demande un commissaire !… Attends-moi, vil galopin, attends-moi !… Il sort.

LE TITI

Sous l’orme ! filons !… Il sort enchantant.

Ohé ! les p’tits agneaux !
Acte premier
PREMIER TABLEAUParis à la mer

La mer au loin ; à gauche, un café ; à droite, une cage à poules ; à gauche, une limousine et un chapeau de paille accrochés à un arbre.

Scène première

Merluche, Trinette, Riquiqui et six autres pêcheuses. Au lever du rideau elles sont toutes dans la mer, avec une petite hotte sur le dos et pêchent des moules.

MERLUCHE, sur le bord de la mer.

Ohé !… les autres, vous en venez-vous-t’y ?

TRINETTE

Tiens, c’est vrai, que v’là la marée qui monte !… Viens-tu-t’en, Riquiqui ?

RIQUIQUI, au milieu de l’eau.

Je le voudrais, mais j’ai un gros crabe qui me mord le mollet et qui ne veut point me lâcher.

MERLUCHE

Gigote, il s’ensauvera.

RIQUIQUI, remuant la jambe.

Veux-tu me lâcher, vilaine bête, veux-tu me lâcher… Vlan ! ah ! enfin !

MERLUCHE, criant au-dehors du côté de la mer en se faisant un porte-voix de sa main.

Ohé… par ici !… les autres, par ici ! Entrée de toutes les pêcheuses.

CHŒUR

Air : Canotier, quel joli métier !

Laissons les moules
Au rocher ;
Ohé !
Faut craindre les ampoules.
À quoi bon les en détacher ?
Demain nous viendrons les chercher.
Ohé ! ohé ! (bis.)
Laissons la marée approcher.
RIQUIQUI

Pêcher des moules… ah ! queu scie de métier ! j’en ai plein le dos.

MERLUCHE

Laisse-moi donc ! t’es point tant fâchée que ça d’en avoir plein t’on n’hotte.

RIQUIQUI

Mon n’hotte ! mon n’hotte ! Eh ben ! oui, c’est justement mon n’hotte qui m’humilie… na !…

TRINETTE

Bon ! encore tes idées de vaniteuse qui te repincent ?…

RIQUIQUI

Eh ben ! pourquoi point ? Quand on n’est pas plus mal tournée qu’une autre, c’est-y pas enrageant de se mettre dans l’eau jusqu’à la ceinture pour ramasser quelques méchantes moules au caillou… Oh ! les moules, je les z-hais ! je les foule aux pieds.

MERLUCHE

Ah ben, c’est bon ! apportez de la crignoline à mam’zelle Riquiqui, et plus vite que ça.

TOUTES, riant.

Ah ! ah ! ah ! ah !

RIQUIQUI

Est-ce que vous croyez que ça ne m’irait point tout aussi bien qu’aux belles dames de Paris ? Mais, sans me vanter, je peux aller de dessans.

Air : Le beau Lycas.

Parlez-moi de la crignoline,
Quand, par elle tout est doublé ;
En la voyant, on s’imagine
Qu’c’est un log’ment très bien meublé.
Mais c’qu’il promet, il ne l’tient guère,
Et j’dis qu’nous verrions, mes commères,
Moins de femm’s s’en glorifier,
Si les galants, avant d’s’y fier,
Faisaient, comm’les propriétaires,
L’inventaire du mobilier.
TOUTES

S’ils f’saient comm’les propriétaires, etc.

TRINETTE

Le fait est qui y en a joliment qui, avant de se baigner, sont ben dodues, ben rondelettes !…

RIQUIQUI