Nos chaînes - Tome 1 - Elin Bakker - ebook

Nos chaînes - Tome 1 ebook

Elin Bakker

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Opis

Une adolescente, Kayla, se sent incomprise et rejetée par son entourage, comme si elle vivait dans l'ombre...

Kayla est muette.
Kayla est incomprise.
Kayla est rejetée.
Depuis toujours, la jeune femme vit dans l'ombre des autres, incapable de prononcer le moindre mot. Cependant, une rencontre va la bouleverser. La nuit, on lui donnera la voix qu'elle n'a jamais eue.
Il sera ses mots, il sera son esprit, il sera sa lune

Une rencontre surprenante la fera basculer dans un univers nocturne où elle trouvera enfin sa place, auprès de sa lune. Découvrez le premier tome d'une saga de romance fantastique qui traite de la difficulté des jeunes à s'intégrer dans la société.

EXTRAIT

J'expire lentement, tout en écoutant les animaux et insectes qui se pressent d'une plante à l'autre. Cela tente peu à peu de me bercer dans un profond sommeil, sans succès.
Dormir me permet de m'évader loin d'ici. Chaque nuit, on enlève le poids de mon existence de mes épaules. Un petit sourire se dessine sur mon visage. Oui, les mondes magiques que créent mes rêves sont mon éternel refuge. Et ça, c'est bien quelque chose qu'on ne peut pas m'enlever ! Je suis seule maîtresse de mes univers imaginaires. Là-bas, j'ai une belle voix aux airs cristallins, une voix qui porte et qui crée des échos. Oui, dans ces dimensions je revis, je me réinvente !
Des larmes me montent aussitôt aux yeux. Ces joyaux bleus me grattent d'une façon insupportable. Pourtant, je n'y fais rien du tout, bien trop emprisonnée par ma tristesse pour pouvoir esquisser le moindre geste utile.
Je me demande souvent pourquoi tout cela m'arrive à moi. Cependant, ce n'a jamais servi à rien de se poser ce genre de questions n'est-ce pas ? C'est comme ça et on doit tous apprendre à l'accepter. Moi la première. Car je suis muette, une jeune fille muette.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Elin Bakker a dix-huit ans. De nationalité belge, mais vivant cependant en France, elle a toujours été fascinée par l’écriture et la lecture.
Passionnée par les univers fantastiques depuis toute petite, elle se lance sur la plateforme Wattpad sous le pseudo de MauraStonjal, explorant tous les genres de l’imaginaire. Suite au succès de ses écrits loup-garou, elle a la chance d’éditer son premier roman à compte d’éditeur en mai 2018, suivi d'un deuxième en décembre 2018. Cette dernière sortie lui permet également de remporter le Prix de la Rêverie 2018.
Sa soif de découverte l'emmène finalement à écrire le roman d'amour intitulé Nos Chaines, dénoncant la difficulté des jeunes à s'intégrer dans la société et la quête d'identité que vit chacun.

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Nos chaînes

Tome 1

Lune

 

 

 

Elin Bakker

Romance

Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Elin Bakker

 

 

 

Chapitre 1

 

Présent.

 

Seule dans ma chambre, allongée sur mon lit Kingsize. Je ne sais plus si je pleure, ou si tout cela n'est que l'amère sensation d'un instant que j'aimerais oublier à tout jamais. 

J'ai l'impression que mes larmes sont de grosses gouttes de sang, tellement elles me font mal. À chaque instant, je m'attends à ce qu'un filet d'un rouge foncé parcourt la peau de mes joues blanches et propres. Pourtant, cela n'arrivera jamais et je le sais. 

Mon téléphone est posé sur les draps, plus silencieux que jamais. Il n'est aucunement des plus bavards. Cette machine est mon seul ami, le seul qui me comprenne et qui me divertisse. Cela remplace le vide de mon quotidien et me fait tout oublier pendant quelques instants.

Quelque part, c’était comme si un voile capable de retenir tout bruit extérieur avait été posé sur mon existence. Je n'ai jamais été capable de répondre à quiconque de vive voix. Jamais. Aucun son ne sort de ma bouche lorsque j'ouvre celle-ci. Je n'ai pas de voix et pas d’avis aux yeux des autres. Kayla le fantôme, c’est moi.

Oui, je me sens décomposée, vidée de ces forces que je n'ai jamais réellement eues, de ces illusions qui ne m'ont jamais vraiment appartenues. Ils se sont encore moqués de moi, ces élèves s'en sont encore pris à ma faiblesse. Les regards méprisants ne leur suffisaient pas, il fallait qu'ils s'en prennent à moi avec des mots. Ces sons dont je ne possède pas la maîtrise m'ont arraché le cœur et la confiance. 

Assise au fond de la classe, je souhaite simplement disparaitre pour ne plus sentir les regards extérieurs se poser sur moi. Mon visage brûle de honte à chaque fois que je traverse les interminables couloirs de l'établissement. Au bord de la crise, je tente de me contenir lorsque les lycéens scrutent mon visage peu charmant. Ils ne savent pas combien ils me font souffrir, peut-être même qu'ils s'en délectent. La cruauté de l'être humain naît de son inconscience.

Je jette un furtif coup d'oeil à l'écran de mon téléphone qui s'illumine, avant de laisser retomber ma tête sur mon oreiller d'un blanc immaculé. Ce n'est que l'unième notification d'une application que je n'ai plus ouverte depuis des semaines. Tout espoir s'effondre dès que les couleurs vives du jeu mobile inondent mon visage. Car, quelque part dans mon coeur, une lueur d'espoir s'allume continuellement pour me rappeler qu'abandonner n'est pas une option.

J'élève le petit écran au-dessus de ma tête, tout en scrutant l'image qui s'affiche sur l'écran d'accueil.

Mon fond d'écran me rappelle tout ce que j'ai perdu mais, pourtant, je ne peux pas me résoudre à le changer. À croire que je suis misogyne. Une photo de classe y est affichée. Celle de la seule qui m'a réellement acceptée comme je suis. Mais il a fallu que je quitte le collège, que ma vie devienne un cauchemar. À l'époque, je ne comprenais rien, je n'avais pas conscience de la douleur que pouvait nous infliger la vie.

Les chaleureux et sincères sourires des personnes sur ces photos m'encouragent à continuer mon combat. En fin de compte, ils ont fini par m'abandonner eux aussi. Seule, je ne suis rien d'autre que seule et abandonnée.

Bien sûr que je comprends leur comportement. On vit dans un monde où chacun se bat pour sauver sa peau. Traîner avec moi serait une humiliation pour eux. Je suis bien trop étrange, ils ne me connaissent pas, mais le fait de comprendre leur choix ne m'empêche pas de leur en vouloir.

Je serre ma couette contre moi pour me réconforter un peu, ce qui ne semble pas vraiment aider. J'ai beau faire d'immenses efforts, rien ne peut me faire oublier ce qui s'est passé. 

J'aurais aimé arrêter le temps lorsque j'étais encore heureuse, j'aurais dû l'arrêter. Mais rien au monde ne pourra changer le passé, et c'est justement ça qui fait de nous ceux que nous sommes. Pas que je puisse dire que je suis fière de celle que je suis, au contraire. Étrange, nulle, idiote, incapable. Toutes ces insultes m'ont déjà été adressées minimum une fois aujourd'hui, que ce soit à haute voix ou non.

De nouvelles larmes envahissent progressivement mes yeux déjà rougis. Ces quelques mots sont tellement cruels que c'en devient douloureux. Certains disent que j'ai de la chance de voir le monde sous son vrai jour, mais cette réalité est bien loin d'une quelconque bénédiction.

"Ne jamais regarder en arrière" me disaient-ils avec tant de soin. Certains me le répètent toujours, mais rien ne changera. 

Maintenant, il ne me reste plus personne en dehors de ma famille.

Tellement de regrets traversent ma petite tête que c'en devient trop. Je me perds dans cette marrée de mélancolie et de souvenirs écorchés. Des images à moitié brûlées traversent mon esprit martelé par différents visages et noms.

Combien de mois, même années, se sont déjà écoulées depuis que j'ai atterri dans cette spirale sombre sans fin ? Je ne me rappelle plus exactement du jour où tout a commencé, mais je ne risque pas d'oublier cet instant avant bien longtemps. 

Combien de temps vais-je encore pouvoir tenir est une bien meilleure question. Une partie de moi semble avoir quitté mon corps ces dernières semaines. Celle qui illuminait chacun de mes jours, celle qui restait positive dans toutes les circonstances. Même mon propre optimisme me délaisse à présent. 

L'idée que la FAC serait meilleure que le lycée m'a longtemps animé l'esprit. Pourtant, rien ne changera. Je serai toujours incapable de parler, et tous me détesteront à nouveau. C'est le triste cercle de ma vie. D'autres possédant le même handicap que moi ont bien réussi à s'intégrer dans la société, me donnant une nouvelle occasion de me remettre en question.

Peut-être que tout cela n'est qu'une parfaite illustration de notre société et l'effet mouton qu'elle abrite. C’est chacun pour soi après tout.

Les vacances d'été s'annoncent un peu partout autour de moi, mais je n'ai aucune envie de sortir. Demain, lors du dernier jour de cours, je m'éclipserai comme je le fais si souvent. Mes pas me mèneront une fois de plus vers la forêt, vers la nature qui m'a infligé ce supplice que je vis quotidiennement. Je ne lui en veux pas, de toute façon je n’ai pas d’autre choix que de vivre avec ce handicap qu’on m’a donné. Le vert de ses feuillages m'apaise et le vent dans mes cheveux me fait tout oublier. Là-bas, seul le chant des oiseaux me rappelle ma différence, le reste me le fait l'oublier.

Je pose mes longs bras légèrement bronzés sur mon visage en pleurs, tandis que des perles cristallines coulent à plein flots sur mes joues rougies par le froid. Une brise glaciale règne dans ma chambre triste et sombre, provenant de la fenêtre légèrement ouverte.

J'expire lentement, tout en écoutant les animaux et insectes qui se pressent d'une plante à l'autre. Cela tente peu à peu de me bercer dans un profond sommeil, sans succès. 

Dormir me permet de m'évader loin d'ici. Chaque nuit, on enlève le poids de mon existence de mes épaules. Un petit sourire se dessine sur mon visage. Oui, les mondes magiques que créent mes rêves sont mon éternel refuge. Et ça, c'est bien quelque chose qu'on ne peut pas m'enlever ! Je suis seule maîtresse de mes univers imaginaires. Là-bas, j'ai une belle voix aux airs cristallins, une voix qui porte et qui crée des échos. Oui, dans ces dimensions je revis, je me réinvente ! 

Des larmes me montent aussitôt aux yeux. Ces joyaux bleus me grattent d'une façon insupportable. Pourtant, je n'y fais rien du tout, bien trop emprisonnée par ma tristesse pour pouvoir esquisser le moindre geste utile. 

Je me demande souvent pourquoi tout cela m'arrive à moi. Cependant, ce n'a jamais servi à rien de se poser ce genre de questions n'est-ce pas ? C'est comme ça et on doit tous apprendre à l'accepter. Moi la première. Car je suis muette, une jeune fille muette.

— Kayla descends !

La puissante voix de ma mère parvient jusqu’à mes oreilles, ce qui me surprend quelque peu. Je lève les yeux au ciel, avant de me redresser et d’enfiler mes pantoufles en forme de lapins. Il m’est impossible de lui annoncer ma venue et me contente donc de donner un coup de pied dans le parquet en bois pour lui faire comprendre que j’arrive. Mes cheveux sont en pagaille et mes boutons sont visibles à cause du manque de fond de teint sur ma peau. Peu importe de quoi j’ai l’air puisque personne ne cherche réellement à me connaître !

Je me frotte les yeux et essuie le t-shirt oversize qui orne mon corps. Sur ce dernier se trouve l’illustration d’un arc en ciel avec marqué « keep calm and dream about rainbows » dessus. Ma cousine américaine, nommée Clarisse, me l’a porté lorsqu’elle est arrivée il y a quelques jours de cela. Avoir de nouveau un peu de vie dans la maison a fait très plaisir à mes parents. Il faut bien dire que je reste souvent dans ma chambre et que cela les dérange plus que tout.

Je donne un petit coup dans mon journal de secrets qui contient les détails des petites excursions du soir qui me maintiennent vivante. En effet, j’ai également des secrets, comme tout jeune de mon âge. La différence est que le mien est une personne vivante, un homme dont le nom seul me donne la chair de poule. Il est celui qui me redonne espoir et confiance en moi, il est celui qui a su me faire revivre sans être un fardeau. Pas de sentiments. C’est la seule chose que nous avions convenu.

C’est avec le cœur lourd que je sors enfin de ma chambre pour descendre les escaliers en bois. Ma mère m’attend en bas, avec les bras croisés et un grand sourire sur son visage.

— Ta journée s’est bien passée ? me dit-elle calmement.

Cependant, je parviens à détecter son enthousiasme bien trop suspect. Je lève un sourcil, surprise de ne pas devoir endurer un discours au sujet de mon insociabilité.

Lorsque je suis revenue des cours, je me suis réfugiée dans ma chambre, tout en attendant que ma génitrice rentre du travail. J'avais besoin de réfléchir.

« Comme d’habitude ». Lui réponds-je en quelques mouvements de main, avant d’atteindre le bas des escaliers. Je manque de glisser à plusieurs reprises sur les marches, mais réussis à atteindre la terre ferme sans me ridiculiser.

— Est-ce que tu pourras accompagner Clarisse au lycée demain ? Je ne serai pas là.

Bien sûr qu’elle ne sera pas là, elle ne l’est presque jamais. Je hoche la tête en gage de réponse, avant de lui tourner de nouveau le dos, exténuée. Elle m'appelle seulement lorsqu'elle a besoin de moi, j'y suis habituée.

— Je t’aime ma fille. est la seule chose que ma mère me dit en guise de remerciement.

— Je me demande si elle remarque encore mon handicap ou si elle se voile simplement la face. Puis, elle reprend un ton plus sérieux.

— On va presque manger, ne sois pas en retard.