La Porte du Temps - Laura Wilhelm - ebook

La Porte du Temps ebook

Laura Wilhelm

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Opis

Jamais Léna ne l'aurait soupçonné, et pourtant... 

« ... Sa mère a voulu lui dissimuler sa vraie nature...
... La vie qu'elle menait jusqu'ici n'était donc qu'une illusion...
... Ses décisions pourraient de nouveau tout faire basculer... »

Imaginez-vous perdre vos deux parents en même temps ? Imaginez que vous soyez obligé de recommencer votre vie à zéro, nouvelle ville, nouveau lycée, nouvelle famille...
Imaginez ensuite que vous découvriez dans un excès de colère que vous avez la faculté de déplacer les objets avec la seule force de votre pensée et que vous n'êtes pas seul à faire partie des forces supérieures.
Imaginez que vous ressentiez les battements de cœur d'une personne inconnue dans votre poitrine lorsque vous la croisez... Comment réagiriez-vous si au premier contact physique, une douleur terrible vous plongeait dans l'inconscience ? Comment feriez-vous pour gérer un amour interdit, renforcé d'un sortilège par vos ancêtres des centaines d'années avant votre venue au monde ?
Imaginez-vous que la vie que vous meniez jusqu'ici n'était qu'une illusion destinée à cacher votre vraie nature des forces du mal...
Encore un peu d'espoir, il suffit d'y croire...

Plongez dans le premier opus de cette saga de romance fantastique surprenante !

EXTRAIT

Mon cœur continuait à résonner dans ma poitrine. Le garçon était d’une beauté presque inhumaine. Mon regard se perdit dans le sien sans qu’il arrête de courir, et sans que j’aie pu en connaître les raisons, j’eus la sensation qu’il me disait quelque chose.
Le magnétisme fut tellement fort que je ne pus empêcher un sursaut d’envie me parcourir le corps. La curiosité m’anima soudain avec une imperceptible volonté de me diriger vers lui. Je me voyais déjà lui tendre la main.
— Léna ? Léna, ça va ?
Je repris peu à peu conscience de l’endroit et de la situation dans laquelle je me trouvais. Je hochai doucement la tête et ma jeune cousine, Jamie, me prit dans ses bras.
— Tu verras ma belle, ça va aller…
Mes yeux s’emplirent de larmes que je m’empressai encore de refouler et la serrai plus fort contre moi.
— Ça va aller… répéta-t-elle.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Varoise de vingt-huit ans, Laura Wilhelm écrivait des nouvelles fantastiques et aimait créer des mondes imaginaires depuis son adolescence. Azmel est apparu dans sa tête comme une évidence à l'âge de 18 ans, un aboutissement d'un rêve d'enfant.
La sortie de son premier roman ( Azmel, La Porte du Temps) a été vécue comme une incroyable aventure.

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… À toutes ces âmes perdues qui évoluent dans le noir …

… À ces rêves insensés, il y a toujours de l’espoir …

… Encore et toujours il suffit d’y croire …

(Laura Wilhelm)

… Sa mère a voulu lui dissimuler sa vraie nature…

… La vie qu’elle menait jusqu’ici n’était donc qu’une illusion…

… Ses décisions pourraient de nouveau tout faire basculer…

Prologue

La pluie commençait à se faire plus forte, plus fraîche aussi. Mes longs cheveux dégoulinaient et mes mains tremblaient de plus en plus.

Le tonnerre me sortit de ma torpeur. L’air était glacé et les nuages sombres emplissaient le ciel.

— Léna ? C’est à toi… me souffla tante Éléonore en me tendant son parapluie noir.

Je pris mon courage à deux mains et décidai d’avancer jusqu’aux cercueils pour y déposer mes deux roses rouges, symboles de mon amour pour eux.

La vie est ainsi faite. Je ne comprendrais jamais pourquoi lorsque l’on aime quelqu’un, le destin décide toujours de nous l’enlever. Peut-être est-ce parce qu’il nous fait grandir, passer à autre chose ou bien s’émanciper de la dépendance créée par l’amour ?

Je ne savais plus où j’en étais. La vie ne m’avait pas fait de cadeau en envoyant mes deux parents dans la tombe.

Ma tante disait que j’allais devoir tout recommencer à zéro. Nouvelle ville, nouveau lycée, nouveaux professeurs… En un mot, une nouvelle vie dont je n’étais pas sûre d’avoir envie.

En vérité, nous ne nous connaissions que très vaguement. Mes parents n’avaient pas vraiment de relations extérieures à notre petite bulle, même avec leur propre famille. Et puis, ma vie à Paris me plaisait vraiment, toute ma vie était là-bas.

Pourquoi mes parents m’avaient-ils abandonnée ? Comment allais-je faire sans leur présence à mes côtés ?

Naja, ma chienne de dix mois, était recroquevillée à l’abri d’un caveau. Observant les obsèques en frissonnant de tout son corps, son joli pelage doré avait fait place à une paillasse toute mouillée.

Les cercueils descendirent lentement dans les abîmes froids de la terre. Je sentis mon cœur se serrer à nouveau et mes larmes ne purent s’empêcher de passer la barrière de souffrance qu’était mon visage. Je n’étais plus qu’une coquille vide, sans énergie et sans âme.

La pression de ces derniers jours se fit ressentir dans mon corps qui me lançait des appels désespérés de fatigue. Depuis quand avais-je eu une vraie nuit de sommeil ? Je ne m’en rappelais vraiment pas. Aussi loin que possible… c’était avant que…

Le cimetière avait pris des allures de film d’horreur. La pluie s’ajoutant à l’ambiance morbide, le nœud dans mon estomac se serra encore et encore jusqu’à m’en donner la nausée. C’était bien ça. J’avais envie de vomir, vomir cette douleur qui se pressait plus fort dans ma tête et qui foudroyait mon cœur.

Tout s’était passé tellement vite que les événements me donnaient le tournis. Mes parents pour commencer, puis le voyage qui avait duré je ne sais combien de temps jusqu’à la côte.

La grisaille de Paris avait peu à peu laissé place au soleil de la ville natale de ma mère. Le tonnerre s’était anormalement fait entendre juste au moment où le prêtre avait commencé son discours.

* * *

Soudain, je sentis mon cœur résonner de plus en plus fort dans ma poitrine. J’eus l’impression qu’il se passait quelque chose sans en comprendre le sens. Mon cœur battait à sa vitesse normale mais résonnait dans ma tête en un bruit sourd et profond.

Pour prendre plus d’assurance, je m’éloignai du cortège afin de m’asseoir sur un banc de bois noir non loin de la cérémonie. Je pouvais tout de même voir les autres membres de ma famille, que je ne connaissais pas d’ailleurs, faire leurs derniers adieux.

Les discours étaient longs et ennuyeux. Je ne comprenais pas pourquoi les gens ici présents faisaient comme s’ils avaient toujours connu mes parents alors que je ne les avais jamais vus. Ma tante et mes cousines étaient le seul petit lien que ma mère avait gardé avec les siens.

Nous étions à la fin du mois de juin et la pluie tombait à grands flots, comme si le Seigneur en avait décidé ainsi.

Je ne pouvais accepter que mes parents m’aient abandonnée. « Les accidents n’arrivent jamais sans raison », m’avait expliqué ma tante à mon arrivée. Cela devait arriver et il n’y avait aucun moyen de retourner en arrière.

Ma mère souhaitait être enterrée dans le caveau familial à Amary, petite ville du Sud-Est de la France dotée d’un peu moins de vingt mille habitants ; comparée à la grande ville de Paris je dus avouer que j’étais totalement dépaysée.

Malgré ses relations légèrement chaotiques avec sa jeune sœur, elle était la seule famille qui restait à ma mère ; mon père, quant à lui, était orphelin et aucun frère et sœur ne lui étaient connus à ce jour.

Les battements de mon cœur se firent de plus en plus sourds, de plus en plus forts…

En écoutant mieux à l’intérieur de moi, je pus sentir ces battements en double, j’avais la sensation d’être en possession de deux cœurs.

Quelque chose m’attirait et je ne savais pas ce qu’il en était. Je tournai un peu la tête vers la droite pour apercevoir un jeune homme qui courait dans l’allée, il ralentit le pas et me dévisagea.

Mon cœur continuait à résonner dans ma poitrine. Le garçon était d’une beauté presque inhumaine. Mon regard se perdit dans le sien sans qu’il arrête de courir, et sans que j’aie pu en connaître les raisons, j’eus la sensation qu’il me disait quelque chose.

Le magnétisme fut tellement fort que je ne pus empêcher un sursaut d’envie me parcourir le corps. La curiosité m’anima soudain avec une imperceptible volonté de me diriger vers lui. Je me voyais déjà lui tendre la main.

— Léna ? Léna, ça va ?

Je repris peu à peu conscience de l’endroit et de la situation dans laquelle je me trouvais. Je hochai doucement la tête et ma jeune cousine, Jamie, me prit dans ses bras.

— Tu verras ma belle, ça va aller…

Mes yeux s’emplirent de larmes que je m’empressai encore de refouler et la serrai plus fort contre moi.

— Ça va aller… répéta-t-elle.

Chapitre 1

Les jours passaient et se ressemblaient. Ma douleur s’amenuisait avec le temps mais je ne me sentais pas encore la force de faire face à la réalité.

Après quelques semaines d’adaptation, de crises de larmes et de réclusion totale dans ma chambre, ma tante prit la décision de m’inscrire dans le lycée d’Amary où mes cousines étaient scolarisées.

Puisque je ne pouvais pas vivre seule à Paris, et étant à présent ma seule famille, Éléonore se désigna comme ma tutrice légale.

Jamie et Andréa savaient se montrer très attentionnées à mon égard… en prenant bien soin d’éviter le sujet du décès de mes parents. Elles savaient que cela me mettait hors de moi. Je me braquais dès que leurs noms apparaissaient dans une conversation, même si les autres ne parlaient pas d’eux en mal. Leur seule évocation suffisait à me cloîtrer dans le noir pendant des heures.

Pendant cette période de réflexion, je pus me rapprocher de ma plus jeune cousine. Jamie était une jeune fille pleine de vie, toujours de bonnes histoires à me raconter, toujours des anecdotes marrantes !

Petite et sûre d’elle, elle avait un visage d’ange, ses cheveux courts et blonds reflétaient son caractère accompli avec un léger look à la garçonne, qui, je devais l’avouer, lui allait comme un gant. Elle n’avait que seize ans mais pouvait comprendre mon chagrin comme personne. Je voyais bien qu’elle s’inquiétait pour moi, et faisait attention de n’aborder aucun sujet triste, elle me remontait le moral quand j’étais au plus bas et tentait régulièrement de me faire sortir voir la lumière du jour.

Elle m’aida même à redécorer ma chambre, nous avions été acheter un bureau où je pouvais déposer mon ordinateur portable et mes nouvelles affaires de cours. Les tons bleus et mauves avaient été choisis avec soin et nous avions mis près de trois jours pour refaire toute la peinture.

Je commençais doucement à me sentir à mon aise dans cette vaste prison dorée. La maison se trouvait sur trois niveaux, mélange d’ancien et de haute technologie.

Le salon était équipé d’un grand canapé de cuir blanc, d’un téléviseur à écran plat et d’un gigantesque home cinéma.

La cuisine se trouvait également au rez-de-chaussée, les murs de brique rouge contrastaient légèrement avec le réfrigérateur haut de gamme avec distributeur de boisson incorporé, lave-vaisselle et plans de travail en marbre roux.

Les escaliers menaient aux quatre chambres de la maisonnée mais seule ma tante disposait de sa salle de bain personnelle ; mes cousines et moi, nous en avions une située pile poil à la même distance de nos trois chambres. Une seule salle de bain pour trois adolescentes me promettait de très grosses disputes !

Enfin, tout en haut, il y avait un grenier. La maison était très lumineuse, sauf au niveau des escaliers en colimaçon qui menaient à cette pièce. J’espérais ne jamais avoir à m’aventurer jusque-là.

Le beau temps avait refait surface quelques jours après les obsèques mais la fin de l’été approchait à grands pas lorsque je m’étais enfin décidée à mettre un pied dehors.

* * *

Quand la voiture s’arrêta devant l’entrée du lycée, le doute s’installa en moi. Le grand parking arborait de superbes palmiers, des plantes et des fleurs jalonnaient un escalier de pierres blanches taillées et je fus étonnée de voir l’immensité des bâtiments.

Pour une petite ville, le lycée d’Amary était vraiment énorme ! Une grande porte en bois faisait office d’entrée et devant se trouvait une jolie cour pleine de tables et de bancs. C’était sûrement à cet endroit que les élèves devaient déjeuner.

Je m’étais avancée dans de lumineux couloirs et après quelques bifurcations à droite et à gauche, ma tante et moi étions arrivées au bureau de Madame Folley. Et si je n’y arrivais pas ?

— Bonjour, je suppose que tu es Mademoiselle Petterson ? me demanda la dame aux airs de bourgeoise des temps anciens.

Je répondis par un signe de tête affirmatif. La vieille dame était habillée avec un ensemble luxueux de couleur beige et marron, faisant ressortir ses grands yeux gris. Peut-être du Coco Chanel ?

Madame Folley avait dû être d’une très grande beauté étant jeune. La pâleur de sa peau insufflait une sorte de sagesse et de pureté en elle, je me sentis tout de suite mise en confiance. Après quelques minutes, Éléonore décida qu’il était temps de me laisser seule faire connaissance avec ce lieu.

La directrice de l’école manifesta une grande sympathie. Peut-être était-ce lié au fait qu’Éléonore lui ait parlé de mon histoire ?

Celle-ci ne tarda pas à me faire visiter l’endroit et m’attribua un casier. Pile à ma hauteur, il était en fer rouillé et ne me laissait pas beaucoup de place, mais bon, cela suffirait pour contenir quelques affaires.

— Voilà, me dit-elle, c’est ici que tu rangeras tes cahiers. Alors, te sens-tu prête à affronter tous les regards ?

Un frisson me parcourut le dos. Le moment était arrivé ? Le début d’une nouvelle vie que tous m’avaient tant promise ? J’inspirai une grande bouffée d’air frais.

— Oui, je pense que ça va aller, répondis-je.

Elle me prit doucement par le bras, me dirigeant instinctivement à travers les couloirs.

— Alors on y va. Je vais te présenter ta nouvelle classe, demoiselle Léna.

Elle m’accompagna dans une salle de classe située tout au fond d’un grand couloir baigné dans la lumière du soleil. De l’autre côté de la porte, on pouvait entendre les rires des élèves, apparemment l’ambiance était à son comble.

L’instant que je redoutais arriva. La directrice me regarda avec attention, c’était maintenant ou jamais.

Elle frappa à la porte et je pris encore une grande inspiration avant de pénétrer dans la salle.

— Bonjour mesdemoiselles, messieurs, je vous présente Léna Petterson, votre nouvelle camarade. Tâchez de vous montrer sympa avec elle, ok ?

Puis elle se tourna vers moi.

— Léna, je te présente le professeur Guellard, il t’enseignera la philosophie, m’expliqua-t-elle.

Le ton de la directrice me semblait déplacé, hors de contexte étant donné son vieil âge. Ok, avait-elle dit, je souris intérieurement.

— Bonjour, fis-je timidement.

Le professeur me salua d’un geste de la main et m’indiqua une place vacante.

— Tiens, tu n’as qu’à t’installer ici, me dit-il d’un ton amical. Bon, alors reprenons…(il avança dans l’allée centrale de la classe, un paquet de feuilles à la main) Ménas, ton devoir est totalement hors sujet…

Alors que j’avançais vers la place libre, je remarquai que tout le monde me toisait du regard, certains chuchotaient même !

Je pris place à côté d’une jeune fille un peu rondouillette et très jolie. Sa chevelure rougeoyante mettait vraiment en valeur ses yeux noisette.

Pendant cette courte demi-heure de cours, je pus me faire une petite idée sur les gens qui m’entouraient.

La fille rousse avait l’air de s’y connaître un peu en philosophie, elle était une des seules à répondre lorsque Monsieur Guellard posait une question.

Le cours était censé être une sorte de débat où le professeur posait une question philosophique et où les élèves répondaient sans aucune retenue en expliquant ce qu’ils pensaient et ressentaient. Cependant, mon arrivée avait dû reporter leur inspiration sur autre chose.

Pendant que Monsieur Guellard écrivait la question au tableau, un des garçons qui se trouvait au fond de la salle envoya un avion de papier à un autre garçon situé du côté de la porte d’entrée ; celui-ci ouvrit le petit avion et lui fit un bref signe de tête pour lui exprimer son approbation.

La sonnerie retentit et le premier se rua vers la sortie suivi de son camarade sans que le professeur ait pu dire quoi que ce soit.

Toute la classe se mit à rire.

— Bon, ben, à demain matin, les enfants, nous dit-il dans le fou rire général en effaçant le tableau noir.

Tous les élèves avaient l’air d’être très pressés de sortir si bien qu’en quelques secondes, je me retrouvai pratiquement seule dans la salle de classe.

Ce cours était vraiment passionnant, surtout avec un professeur comme Monsieur Guellard. L’année scolaire promettait d’être amusante !

— Salut, moi c’est Jess.

La fille aux cheveux cuivrés rangeait ses affaires dans son sac tout en m’observant.

— Tu es nouvelle ? Tu habitais où avant de venir te perdre ici ?

— Je viens de Paris, lui répondis-je.

Je vis ses yeux s’éclairer à la seule évocation de ma ville natale.

— Oh ! fit-elle, la capitale de l’art ! C’est magique, cette ville me fait rêver rien que d’y penser !

Je repensais à ma ville, les boutiques, la civilisation, les lumières…

— L’un de tes parents s’est fait muter par ici ?

La douleur refit surface tout à coup et je dus maintenir un mur entre mes sentiments et le monde extérieur.

— Mes… balbutiais-je… mes parents sont décédés depuis deux mois. Je vis chez ma tante et mes cousines, continuais-je, mine de rien, en essayant de cacher mes émotions au plus profond de moi.

Son regard rieur s’était éteint pour faire place à un certain malaise. Elle s’excusa jusque dans la cour de récréation.

* * *

Nous étions installées sur un petit muret quand mon cœur se mit à résonner dans ma poitrine, doucement pour commencer, puis de plus en plus fort. Quelque chose approchait. Il était là, je le savais…

Trois garçons apparurent dans mon champ de vision, tous portaient un long manteau foncé. Ils avaient les cheveux noirs comme l’ébène et la peau très claire.

Le plus petit était le jeune homme qui avait envoyé l’avion de papier tout à l’heure. Il riait à pleine gorge.

Celui qui avait les cheveux longs avait l’air légèrement plus âgé que les autres et écoutait le plus jeune avec amusement.

Le dernier avait une mèche noire qui lui tombait sur les yeux. Ils étaient d’une beauté inqualifiable.

Jess suivit mon regard et tenta de se dissimuler derrière moi.

— Tu vois le grand aux cheveux longs ?

Je fis oui de la tête.

— Eh bien lui, il s’appelle Jason, ici toutes les filles rêvent d’être dans son lit et pas mal y sont passées d’ailleurs. Il est trop beau ! gloussa-t-elle.

Apparemment, ma nouvelle camarade avait un petit faible pour le plus âgé des trois. C’est vrai qu’il n’était pas mal dans son genre mais celui qui attirait le plus mon attention était plutôt le dernier. Sa bouche, son regard, tout n’était que finesse et beauté dans une imperceptible magnificence.

— Le plus petit c’est Ménas, il est avec nous en cours. Il est plutôt marrant comme gars. La dernière fois, il a littéralement envoyé chier le prof d’histoire et s’est fait renvoyer du lycée pendant deux semaines ! En plus…

Je remarquai que le garçon à la mèche me regardait. Son regard dégageait quelque chose d’incompréhensible, il me dévisageait. J’esquivai son regard pour revenir à ce que me disait Jess.

— … et lui, c’est Aymerick, mais ici tout le monde l’appelle Rick. C’est le plus silencieux des trois, il traîne un tel mal de vivre que personne n’ose lui adresser la parole. Il ne parle jamais sauf à ses frères. Même moi (elle marqua une pause en se désignant du doigt), qui suis très sociable, je ne vais pas le voir de peur qu’il me donne des envies suicidaires. Je ne l’ai jamais vu avec une fille, ce mec-là…

Les battements de mon cœur se firent encore entendre lorsqu’il releva les yeux sur moi. Mais qu’est-ce qu’il me veut à me fixer comme ça ?

— Il regarde tout le monde comme ça, ton Rick ? Parce que j’ai l’impression qu’il ne va pas tarder à me tuer ! lui lançai-je en rigolant.

Elle se retourna lentement pour faire comme si de rien n’était, celui-ci détourna aussitôt les yeux vers ses frères.

Une chose me parut bizarre par la suite, les trois frères ne parlaient pas entre eux. J’avais l’impression que les gestes et la compréhension étaient présents mais je ne distinguais pas la moindre parole alors qu’ils se trouvaient à moins de dix mètres de nous.

La sonnerie retentit pour nous signaler la reprise des cours. Tous les élèves se dirigèrent vers la grande porte en bois tandis que Ménas et ses frères restaient dehors. Cependant, je fus étonnée de constater qu’il était déjà dans la salle de classe quand nous sommes arrivées.

* * *

Le soir même, alors que je faisais mes devoirs sur mon lit, ma cousine Jamie vint me demander de la juger sur sa chorégraphie. Elle mit la musique et enchaîna les pas avec une agilité et une légèreté fascinante. Earth Song de Mickaël Jackson faisait vibrer son corps avec une intense émotion.

L’ensemble était parfait. Tout s’accordait merveilleusement bien avec la mélodie, autant les gestes que les pas. Même Naja avait l’air enchantée et bougeait sa queue avec frénésie.

— Alors c’était comment ? demanda-t-elle après avoir éteint la stéréo.

Mes mains se mirent à applaudir.

— Tu es douée ! Vraiment douée ! lui répondis-je enthousiaste.

— C’est la chorégraphie que je vais présenter à l’audition pour les admissions à « Julliard » ! Tu es sûre que c’était bien ? Tu sais que c’est une des plus grandes écoles de danse des États-Unis ?

— Mais oui, enfin pour moi c’était parfait !

Elle fit quelques pas de danse improvisée avant de s’asseoir près de moi. Ses yeux bleus reflétaient une magnifique clarté, elle faisait vraiment ce qu’elle aimait et avait tout pour réussir.

— Je pense que c’est tout à fait normal d’avoir le trac quand on aime autant quelque chose. Il faut que tu te montres forte, que tu ne te laisses pas abattre lorsque tu sens que ça va mal. C’est juste un mauvais moment à passer (j’intensifiai mon regard) tout finit par aller mieux et tu le sais mieux que personne. Ta passion est plus puissante que le reste.

Elle me regardait avec attention, une petite mèche blonde s’était mise en travers de son visage enfantin.

— Alors, ta première journée, c’était comment ? dit-elle comme pour changer de sujet.

Étant dans le même lycée que moi, elle m’expliqua un peu comment étaient les élèves, la réputation des professeurs et les personnes à ne surtout pas fréquenter.

— Tu vois Christie ? La grande brune plantureuse… eh ben, elle, c’est la meilleure amie d’Andréa, elles sont tout le temps fourrées ensemble ! Je ne te conseille pas de traîner avec elle, c’est une manipulatrice hors pair, un peu comme Blair dans Gossip Girl.

— Ah ok, je vois le personnage ! dis-je, amusée.

Elle émit un petit rire.

— Tous les jours, on la dirait sortie de la couverture d’un magazine de mode. Elle est plus ou moins la reine du bahut, tout comme Jason. Je pense même qu’elle est plus sous le charme qu’elle ne le laisse paraître. Au lycée, il n’y a pas une seule fille qui n’aurait pas envie d’être dans les bras d’un des frères noirs.

— Les frères noirs… répétais-je perplexe.

— Oui, c’est le nom qu’on leur a donné. Ils sont les seuls à être toujours en noir, ils sont toujours ensemble pendant les récrés et les pauses déjeuners, ils ne parlent pas beaucoup entre eux mais ils se comprennent en un seul regard. Ils entretiennent très peu de relations en dehors de leur fratrie. Jason est un peu le play-boy du lycée mais je ne lui connais aucune relation profonde et Rick ne parle absolument à personne d’autre, on dirait que rien n’attire son attention, il est triste et personne n’a jamais su pourquoi…

Ses paroles me produisirent l’effet d’une bombe : celui qui me dévisageait tout à l’heure n’avait absolument pas l’air triste, il semblait plutôt énervé ou dans un état second. Quelles pouvaient bien être les raisons de cette tristesse dont me parlaient Jess et Jamie ? Était-il seulement celui qu’il semblait paraître ? Se donnait-il un style ? Ou cette tristesse était-elle vraiment profonde ?

— Et Ménas est le plus jeune des trois…

— Oui, il est dans ma classe, l’interrompis-je.

— C’est lui le farceur de la bande, il enchaîne coup sur coup et les profs ne savent pas ce qu’ils vont bien pouvoir faire de lui.

Elle me raconta quelques histoires rigolotes à son sujet et finit par me souhaiter bonne nuit.

Quelques minutes plus tard, mon ordinateur me signala que j’avais reçu un mail. Jess me demandait si j’avais besoin d’aide pour la dissertation à rendre en philo.

Assise en tailleur entre les deux énormes oreillers, j’entamai donc quelques recherches sur Internet.

J’eus une soudaine sensation étrange, une sensation d’attrait vers l’extérieur. Je m’avançai vers la porte vitrée pour en écarter les jolis rideaux bleus que m’avait offerts ma tante pour aller avec les nouvelles couleurs de ma chambre.

Je n’arrivais pas à distinguer quoi que ce soit dans cette nuit sans lune, j’ouvris la porte et sortis sur le balcon.

Naja poussa quelques gémissements presque inaudibles et vint se coller contre mes jambes comme si quelque chose l’inquiétait.

La légère brise me caressa le corps faisant revenir quelques-unes de mes mèches ondulées sur le visage, ma chienne leva sa tête blonde vers moi avant d’aller se cacher sous mon lit.

Je m’approchai du bord, la frayeur monta peu à peu me parcourant de milliers de petits frissons.

Balayant les alentours d’un regard et ne remarquant rien de suspect, je rentrai dans ma chambre et fermai les volets pour ressentir le sentiment de sécurité dont j’avais besoin.

Chapitre 2

— Léna, c’est l’heure d’aller au lycée !

Jamie était déjà prête à partir. Je jetai un bref coup d’œil à mon réveil : huit heures moins dix ! Mais pourquoi n’avait-il pas sonné ?

Je sautai du lit, attrapai des vêtements au hasard dans l’armoire murale et filai sous la douche. Je courus dans le couloir, empoignai la porte et m’y cognai de tout mon élan !

Depuis que j’étais arrivée à Amary, ma cousine Andréa avait le don de passer systématiquement deux heures dans la seule salle de bains où nous avions accès.

— Andréa ! Bouge, j’vais être en retard !

Un air de Maria Carey se fit entendre.

— Andréa ! Dépêche !

Je tambourinai encore à la porte mais apparemment, elle ne m’entendait pas. Bon, pas le temps de prendre le p’tit déj et pas de douche ce matin !

Je m’habillai en une fraction de seconde et sortis dans la rue, suivie de près par Jamie qui avait pris soin de me prendre une barre de céréales, histoire de dire que j’avais quelque chose dans le ventre pour affronter à nouveau tous les regards.

* * *

En arrivant au lycée, je vis Jess assise sur le muret qui surplombait le parking, seule comme à son habitude. Au moment où elle nous vit, elle se mit à agiter les bras, nous invitant à la rejoindre.

Jamie me lança un de ses regards rieurs enfantins. Je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour.

— Hey, les filles ! Je vous attends depuis plus de vingt minutes !

Puis elle entama la discussion sur l’examen d’histoire qui avait lieu tout à l’heure. La sonnerie retentit et Jamie m’embrassa sur la joue avant de se diriger vers l’entrée du lycée.

Après trois longues et interminables heures d’examen, le gong se fit à nouveau entendre mais cette fois-ci, c’était pour indiquer l’heure de la pause déjeuner.

Jess m’accompagna jusqu’à mon casier, et, pendant que j’y déposai mon sac à dos et mes affaires de cours, le garçon aux cheveux noirs, celui qu’on appelle Jason, s’approcha de nous et nous salua.

— Mesdemoiselles …

Il nous regarda du haut de ses un mètre quatre-vingts, ses yeux émeraude grand ouverts.

— Salut, répondit Jess, quoi de neuf ?

Malgré sa nonchalance, je sentis ma nouvelle amie jubiler de l’intérieur.

— En fait, je me demandais si… (il baissa la tête) non tu vas trouver ça ridicule…

Il se rapprocha d’elle, si près qu’elle pouvait presque sentir le parfum de sa peau, et il lui intima :

— Je me demandais si tu accepterais d’être ma cavalière au bal de fin d’année ?

Elle me regarda, interrogatrice, mais je fis comme si je n’avais rien entendu. Il lui chuchota à l’oreille des mots que je n’arrivais plus à entendre. La technique de drague de Jason avait plutôt l’air de bien fonctionner sur ma nouvelle amie.

Jess revint vers moi, excitée comme une puce.

— Il m’a invitée au bal ! Jason Souanes m’a invitée au bal !

Sa voix débordait de bonheur, peut-être même un peu trop. J’avais tendance à me méfier des gens comme lui.

* * *

Le réfectoire était bondé d’élèves, nous avions trouvé une table libre après avoir bataillé pendant au moins un quart d’heure dans la foule. Jamie nous rejoignis quelques minutes après.

— Eh bien Len, il va falloir échanger nos emplois du temps. Comme ça, je pourrai toujours te retrouver !

Sa voix de petite fille me fit rire.

— Tu vois bien que je ne suis jamais très loin… lui répondis-je en lui adressant une grimace.

Jess éclata de rire. Un rire si contagieux que nous nous sommes toutes les trois laissées aller à une crise de fou rire hallucinante.

À travers la grande porte vitrée, je pus apercevoir les frères noirs qui s’installaient à leur banc, Rick n’était pas avec eux. Ménas me toisait du regard, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il se passait mais j’avais la sensation étrange que c’était moi qui les dérangeais.

— Alors Jamie, comment ça va ? Tu ne stresses pas trop pour ton audition ? entendis-je tout près de moi.

— J’ai terminé la chorégraphie pour la danse contemporaine, c’est ça le plus dur, le reste, ce n’est que du ballet, expliqua-t-elle. L’audition est dans deux semaines et je suis déjà terrifiée.

Je tournai la tête vers cette voix qui ne m’était pas familière. Le garçon devait faire dans les un mètre quatre-vingt-dix, la blondeur de ses cheveux faisait ressortir ses grands yeux noirs, il avait la musculature d’un grand sportif. Peut-être était-il dans l’équipe de football du lycée ?

— Moi, c’est Dylan, se présenta-t-il, tout sourire.

Jamie me désigna du doigt.

— Elle, c’est ma cousine Léna, et la rousse c’est Jessica, mais vous devez vous connaître tous les deux.

Jess et Dylan échangèrent un regard complice.

— Ouaip ! répondit celle-ci, on est dans la même classe depuis l’école primaire.

Puis, s’adressant à moi :

— Dylan peut être très casse-pieds par moments mais tu verras qu’il a un bon fond.

Celui-ci fit mine de prendre la mouche et lui ébouriffa sa longue chevelure cuivrée, elle le regarda, l’air complètement outré. Puis il se leva de table et m’adressa un petit clin d’œil en partant. Je pus remarquer ma nouvelle amie suivre du regard les pas du jeune homme.

* * *

Après le repas, nous étions retournées au petit muret et j’allumai mon ordinateur portable dans l’espoir d’avoir enfin une connexion à Internet.

Jess s’assit sur le muret et resta silencieuse quelques secondes. Elle balançait ses pieds d’avant en arrière et inspirait profondément à chaque mouvement.

Je regardai mon ordinateur afficher la page d’accueil puis cliquai sur l’icône d’internet avant de relever les yeux vers elle. Elle avait les siens perdus dans le vide, ses pensées l’accaparaient tellement qu’il n’y avait que son corps qui faisait acte de présence parmi nous.

— Tu as l’air bien pensive, fis-je.

— Je ne sais pas quelle robe je vais pouvoir porter au bal. Je crois bien qu’une séance shopping s’imposera pour l’occasion.

— Tu as tout le temps d’y réfléchir d’ici le mois de juin.

Surprise, elle plaqua sa main sur son front, puis me regarda comme si je venais d’une autre planète.

— Comment ? Mais non ma chérie, le bal de fin d’année, c’est le bal organisé avant les vacances d’hiver, à la fin de l’année… C’est dans trois mois tout juste. Oh ! Tu crois que je devrais lui dire oui tout de suite ou je dois le faire languir un peu ?

Son ton de plaisanterie souligna le comique de la situation. Je me sentais honteuse de mon ignorance. Après tout, même si je n’étais pas ici depuis très longtemps, j’aurais dû être tenue au courant de ce genre de festivités.

Andréa et Christie, qui avaient certainement tout entendu, passèrent à côté de nous. Andréa, toujours à la pointe de la mode, avait l’air de sortir d’une page du magazine Vogue. Christie, quant à elle, portait encore une tenue de marque renommée, très sobre, qui reflétait sa beauté à la perfection.

— Hey, petite sœur ! T’es vraiment classe aujourd’hui ! dit la première en détaillant du regard la jolie chemise à carreaux bleus qui tombait sur son jean délavé et ses sandales assorties.

— Là, tu ressembles à une vraie fille, hein Léna ?

En remarquant qu’elle n’avait pas tort, j’acquiesçai, mais Jamie n’avait pas l’air convaincue et baissa la tête pour regarder ses vêtements. Elle ne savait pas à quel point elle pouvait être jolie quand elle décidait de porter des habits féminins.

Andy m’adressa son plus beau sourire et passa son chemin suivie par Christie qui, elle, envoya un regard noir à Jess, plein de haine et de rancœur. Je ne pus m’empêcher d’en faire la remarque à mon amie.

— Hou là ! Tu lui as fait quoi à cette fille pour qu’elle te regarde comme ça ?

Elle me fit une petite grimace dégoûtée.

— Tu crois qu’elle est au courant pour Jaze ? Tout le monde sait ici que Christie a un faible pour lui, même si elle fait l’indifférente.

— Je ne sais pas, mais n’essaie pas de la provoquer. Je me méfierais à ta place, l’inquiéta Jamie.

La sonnerie de treize heures rappela Jess à l’ordre.

— J’ai des cours de rattrapage en maths, mais si tu veux tu peux m’attendre ici, je reviens dans une heure.

Elle me fit un petit signe de la main et entra dans les couloirs du lycée.

Pendant que je regardais la foule d’élèves regagner le hall d’entrée, j’entendis le bip de la connexion Internet. Enfin ! Depuis que j’avais intégré cet établissement, je désespérais de trouver un endroit où me connecter pour faire mes recherches. Même à la bibliothèque c’était impossible ! En tout cas, c’était sûr, ce muret était devenu mon endroit préféré !

* * *

Après la journée de cours, je décidai de rentrer seule à la maison. Sur le chemin, la tristesse me submergea ; en y repensant, je n’étais pas vraiment restée seule depuis… Jamie avait toujours été là pour me changer les idées. Je sentis mon cœur se serrer à l’évocation des souvenirs qui revenaient en mémoire.

C’était le soir du dix-neuf juin dernier, ils étaient invités à une pendaison de crémaillère chez des amis. Je revis ma mère m’embrasser le front tendrement en me disant qu’ils ne rentreraient pas trop tard. Papa, lui, me regardait toujours avec amour, il était en haut des escaliers de notre petit appartement et nous observait avec un grand sourire. J’étais leur unique enfant, ils étaient ma seule famille.

J’étais déjà en train de dormir quand mon téléphone portable a sonné. La police venait de retrouver les corps calcinés… (Mes larmes vinrent de nouveau franchir mes barrières invisibles).

D’après les témoins, mon père, qui était au volant de la voiture, aurait tenté de doubler une caravane sur le chemin du retour, le poids lourd qui venait d’en face a percuté le véhicule de plein fouet… (Un grand frisson me parcourut l’échine)…

Les examens sanguins affirmaient que mes deux parents avaient bu ce soir-là. Le médecin légiste a évalué qu’avec une telle absorption d’alcool, il n’aurait pas eu les réflexes nécessaires pour éviter le poids lourd. « Nous sommes vraiment navrés mais ce sont des choses qui arrivent », m’ont-ils dit !

La tristesse avait maintenant cédé place à la colère. Je n’arrivais toujours pas à accepter cet abandon.

Sans m’en rendre compte, mes jambes m’avaient conduite devant l’entrée du cimetière. La terre était encore fraîche et humide. Je m’assis sur leur tombe en essayant de penser aux bons souvenirs mais la colère s’était immiscée au plus profond de moi.

J’avais dû recommencer ma vie à zéro, sans les seules personnes qui comptaient vraiment à mes yeux. L’alcool avait pris ma vie en même temps que celle de mes parents !

Mes larmes se firent de plus en plus pressantes, plus chaudes. Les barrières que j’avais élevées ne firent pas le poids face à elles. Le désarroi emplit ma gorge brûlante.

Cependant, même si je ne l’appliquais pas encore, j’avais compris qu’il fallait que j’aille de l’avant et que je pense à autre chose.

En me relevant, je sentis une présence à mes côtés, une présence accueillante et compatissante. Une chaleur vint réchauffer mon cœur comme pour me dire qu’ils veillaient toujours sur moi.

Mes mains m’aidèrent à tenir debout. Prenant appui sur la dalle funéraire, j’essayai de bouger mes membres engourdis par le chagrin.

Un corbeau s’était posé sur la pierre tombale de mes parents et me toisait comme s’il me connaissait, son regard fut si intense que je dus détourner le mien.

Au même instant, celui-ci émit un petit coassement qui m’emplit de frissons. Je regardai autour de moi, les caveaux régnaient en maîtres ici-bas.

La présence se fit encore plus forte dans ma poitrine et m’aida à guider mes pas vers la sortie.

* * *

Quand je fus rentrée à la maison, je constatai que personne n’était là. Naja m’accueillit en me sautant dessus avec sa délicatesse habituelle. Dès que j’eus franchi la porte elle me nettoya littéralement le visage avec sa langue ! Apparemment, elle n’avait pas encore conscience que son petit corps de chiot était en train de devenir un peu plus imposant.

— Bon ma belle, on va se promener ? lui lançai-je.

À ces mots, elle me lécha encore une fois le visage.

Je pris la jolie laisse en chaîne argentée offerte par ma mère quelques mois plus tôt en vue de l’épanouissement futur du chiot que nous venions d’adopter. L’accrochant solidement à son collier, nous sortîmes nous balader dans l’immense propriété de ma tante.

Mes jambes me portèrent à l’intérieur de la forêt. Guidée par mon inconscient, j’avais l’impression de savoir exactement où j’allais…

Naja gambadait joyeusement à mes côtés, s’arrêtant quelquefois pour renifler les plantes.

Les arbres n’avaient à présent plus rien à voir avec le paysage environnant. La ville d’Amary était située au bord de la mer et, au lieu de traverser des palmiers et des plantes tropicales, je me retrouvais dans un ensemble digne de la forêt amazonienne.

La végétation luxuriante m’empêchait de respecter le sentier que nous avions pris au départ, si bien que j’eus l’impression de m’être perdue après dix petites minutes.

Plus j’avançais et plus j’avais le sentiment de reconnaître les lieux. Mes jambes entraînaient mon corps alors que je me laissais aller à mon intuition.

Après avoir bataillé contre les branches et les ronces, nous arrivâmes dans une grande plaine. Étais-je encore dans la propriété de ma tante ?

Des ruines de ce qui devait avoir été Amary quelques centaines d’années auparavant jonchaient le sol. On pouvait presque deviner la forme des maisons.

Ici, tout me semblait familier, et pourtant je n’avais aucun souvenir d’y être venue un jour.

La clairière était gigantesque, je pouvais voir plus loin des petites falaises de rochers rougeâtres, les herbes sèches craquaient sous mes pieds.

Brusquement attirée par une force inconnue, mes pas me m’amenèrent à l’intérieur de ce qui paraissait être les restes d’une très vieille chapelle.

L’endroit n’avait plus de toit et avait perdu deux tiers de ses murs, il subsistait quelques vitraux multicolores d’une rare finesse sur la façade de droite. Il y avait toujours les présentoirs pleins de bougies et de cire fondue, même les autels en marbre rose et blanc semblaient figurer à leur place initiale. Cependant quelque chose manquait…

Je ne remarquais absolument aucun crucifix, aucune statue, pas même les restes du chemin de croix que l’on peut voir dans toutes les églises. Malgré la forme du bâtiment rien ne laissait croire qu’il y aurait eu ici des cultes catholiques auparavant.

Cette force se fit à nouveau sentir dans mon corps, je me laissai encore conduire par mon instinct.

Naja était toujours à côté de moi mais cette fois, elle avait ralenti sa cadence, comme si elle appréhendait quelque chose.

Un escalier taillé dans la roche s’offrait maintenant à moi, nous étions arrivées au fond de la chapelle, près de la sacristie, et, elle se mit à courir en s’enfonçant peu à peu dans la pénombre.

Aidée par la lumière de mon téléphone portable, j’essayai de ne pas trébucher tout en inspectant les lieux. Ces moulures dans la roche blanche immaculée étaient magnifiques, des cristaux ici et là reflétaient ma petite lueur.

En bas, se trouvait une salle ovale d’environ dix à quinze