Contes divers 1883 - Guy de Maupassant - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1883

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Guy de Maupassant

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Opinie o ebooku Contes divers 1883 - Guy de Maupassant

Fragment ebooka Contes divers 1883 - Guy de Maupassant

A Propos
Chapitre 1 - M. Jocaste
Chapitre 2 - La toux
A Propos Maupassant:

Henri René Albert Guy de Maupassant (5 August 1850 – 6 July 1893) was a popular 19th-century French writer. He is one of the fathers of the modern short story. A protege of Flaubert, Maupassant's short stories are characterized by their economy of style and their efficient effortless dénouement. He also wrote six short novels. A number of his stories often denote the futility of war and the innocent civilians who get crushed in it - many are set during the Franco-Prussian War of the 1870s.

Disponible sur Feedbooks Maupassant:
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Chapitre 1 M. Jocaste

Madame, vous rappelez-vous notre grande querelle, un soir, dans le petit salon japonais, a propos de ce pere qui commit un inceste ? Vous rappelez-vous votre indignation, les mots violents que vous me jetiez, toute l'exaltation de votre colere, et vous rappelez-vous tout ce que j'ai dit pour défendre cet homme ? Vous m'avez condamné. J'en appelle.

Personne au monde, prétendiez-vous, personne ne pourrait absoudre l'infamie dont je me faisais l'avocat. Je vais aujourd'hui raconter ce drame en public.

Peut-etre se trouvera-t-il quelqu'un, non pour excuser le fait immonde et brutal, mais pour comprendre qu'on ne peut lutter contre certaines fatalités qui semblent des fantaisies horribles de la nature toute-puissante !

On l'avait mariée a seize ans, avec un homme vieux et dur, un homme d'affaires, avide de sa dot. C'était une mignonne créature blonde, gaie et reveuse en meme temps, avec de grands appétits de bonheur idéal. La désillusion lui tomba sur le cour et le broya. Elle comprit tout d'un coup la vie, l'avenir perdu, le désastre de ses espérances, et un seul désir lui demeura dans l'âme, celui d'avoir un enfant pour occuper son amour.

Elle n'en eut pas.

Deux ans se passerent. Elle aima. C'était un jeune homme de vingt-trois ans, qui l'adorait a commettre toutes les folies pour elle. Elle résista cependant résolument et longtemps. Il s'appelait Pierre Martel.

Mais, un soir d'hiver, ils se trouverent seuls, chez elle. Il était venu prendre une tasse de thé. Puis ils s'étaient assis, tout pres du feu, sur un siege bas. Ils ne parlaient guere, harponnés par le désir, les levres pleines de cette soif sauvage qui les jette sur d'autres levres, les bras frémissants du besoin de s'ouvrir et d'étreindre.

La lampe voilée de dentelles versait une lumiere intime dans le salon silencieux. Genés tous deux, ils prononçaient parfois quelques mots, mais quand les yeux se rencontraient, une secousse soulevait leurs cours.

Que peuvent les sentiments appris contre la violence des instincts ? Que peut le préjugé de la pudeur contre l'irrésistible volonté de la nature ?

Leurs doigts, par hasard, se toucherent. Et cela suffit. La force brutale des sens les jeta l'un a l'autre. Ils s'étreignirent et elle s'abandonna.

Elle fut grosse. De son amant ou de son mari ? Le pouvait-elle savoir ? Mais de l'amant, sans doute.

Alors une épouvante la harcela ; elle se croyait certaine de mourir en couches, et sans cesse elle faisait jurer a celui qui l'avait ainsi possédée de veiller sur l'enfant durant toute sa vie, de ne rien lui refuser, d'etre tout pour lui, tout, et meme, s'il le fallait, de commettre un crime pour son bonheur.

Cette obsession touchait a la folie ; elle s'exaltait de plus en plus en approchant de sa délivrance. Elle succomba en accouchant d'une fille.

Ce fut pour le jeune homme un désespoir épouvantable, un désespoir si furieux qu'il ne pouvait le cacher. Le mari, peut-etre, eut des doutes ; peut-etre savait-il que sa fille ne pouvait etre née de lui ! Il ferma sa porte a celui qui se croyait le pere véritable et lui cacha l'enfant qu'il fit élever en secret.

Et beaucoup d'années s'écoulerent.

Pierre Martel oublia, comme on oublie tout. Il devint riche, mais il n'aima plus et ne se maria pas. Sa vie était celle de tout le monde, celle d'un homme heureux et tranquille. Aucune nouvelle ne lui venait plus de l'époux qu'il avait trompé, ni de la jeune fille qu'il supposait sienne.

Or, il reçut un matin une lettre d'un indifférent lui apprenant, par hasard, la mort de son ancien rival ; et un trouble vague, une sorte de remords l'envahit. Qu'était devenue cette enfant, son enfant ? Ne pouvait-il rien pour elle ? Il s'informa. Elle avait été recueillie par une tante, et elle était pauvre, pauvre a toucher la misere.

Il voulut la voir et l'aider. Il se fit présenter chez la seule parente de l'orpheline.

Son nom n'éveilla aucun souvenir. Il avait quarante ans et semblait encore un jeune homme. On le reçut sans qu'il osât dire qu'il avait connu la mere, de crainte de faire naître plus tard quelque soupçon.

Or, des qu'elle entra dans le petit salon ou il attendait anxieusement sa venue, il tressaillit d'une surprise qui touchait a l'épouvante. C'était elle ! l'autre ! la morte !

Elle avait le meme âge, les memes yeux, les memes cheveux, la meme taille, le meme sourire, la meme voix. L'illusion si complete l'affolait ; il ne savait plus, il perdait la tete ; tout son amour tumultueux d'autrefois bouillonnait dans le fond de son cour. Elle aussi était gaie et simple. Tout de suite amis et la main tendue.

Quand il fut rentré chez lui, il s'aperçut que la vieille souffrance s'était rouverte, et il pleura éperdument, la tete enfermée en ses mains, il pleura l'autre, hanté de souvenirs, poursuivi par les mots familiers qu'elle disait, retombé soudain dans un désespoir sans issue.

Et il fréquenta la maison qu'habitait la jeune fille. Il ne pouvait plus se passer d'elle, de sa causerie rieuse, du bruit de sa robe, des intonations de sa parole. Il les confondait maintenant en sa pensée et dans son cour, la disparue et la vivante, oubliant la distance, le temps passé, la mort, aimant toujours l'autre en celle-ci, aimant celle-ci en souvenir de l'autre, ne cherchant plus a comprendre, a savoir, ne se demandant meme plus si elle pouvait etre sa fille.

Mais parfois la vue de la gene ou vivait celle qu'il adorait de cette passion double, confuse et incompréhensible pour lui-meme, le torturait affreusement.

Que pouvait-il faire ? Offrir de l'argent ? A quel titre ? De quel droit ? Jouer le rôle de tuteur ? Il semblait a peine plus vieux qu'elle : on l'aurait cru son amant. La marier ? Cette pensée, surgie soudain en son âme, l'épouvanta. Puis il s'apaisa. Qui donc voudrait d'elle ? Elle n'avait rien, mais rien.

La tante le regardait venir, voyant bien qu'il aimait cette enfant. Et il attendait. Quoi ? le savait-il ?

Un soir, ils se trouverent seuls. Ils causaient doucement, côte a côte, sur le canapé du petit salon. Tout a coup il lui prit la main dans un mouvement paternel. Et il la garda, troublé du cour et des sens malgré sa volonté, n'osant plus repousser cette main qu'elle lui abandonnait, et se sentant défaillir s'il la gardait. Et brusquement elle se laissa tomber dans ses bras. Car elle l'aimait ardemment, comme sa mere l'avait aimé, comme si elle eut hérité de cette passion fatale.

Éperdu, il posa ses levres dans ses cheveux blonds, et comme elle relevait la tete pour s'enfuir, leurs deux bouches se rencontrerent.

On devient fou en certains moments. Ils le furent.

Quand il se retrouva dans la rue, il se mit a marcher devant lui sans savoir ce qu'il allait faire.

Je me rappelle, madame, votre cri indigné : « Il n'avait plus qu'a se tuer ! »

Je vous ai répondu : « Et elle ? fallait-il qu'il la tuât aussi ? »

Cette enfant l'aimait avec égarement, avec folie, de cette passion fatale et héréditaire qui l'avait abattue, vierge ignorante et éperdue sur la poitrine de cet homme. Elle avait agi ainsi dans cette irrésistible ivresse de l'etre entier qui ne sait plus, qui se donne, que l'instinct tumultueux emporte, jette a l'étreinte d'un amant, comme il jette la bete au mâle.

S'il se tuait, que deviendrait-elle ?… Elle mourrait !… Elle mourrait déshonorée, désespérée, abominablement torturée.

Que faire ?

L'abandonner, la doter, la marier ?… Elle mourrait encore ; elle mourrait de chagrin, sans accepter son argent ni un autre époux, puisqu'elle s'était livrée a lui. Il avait brisé sa vie, détruit tout bonheur possible pour elle ; il l'avait condamnée a l'éternelle misere, l'éternel désespoir, aux flammes éternelles, a l'éternelle solitude ou a la mort.

Et puis, il l'aimait aussi, lui ! Il l'aimait avec horreur, maintenant, mais aussi avec emportement. C'était sa fille, soit. Le hasard des fécondations, la loi brutale de la reproduction, un contact d'une seconde avaient fait sa fille de cet etre qu'aucun lien légal n'attachait a lui, qu'il chérissait comme il avait chéri sa mere, et meme plus, comme si deux passions se fussent accumulées en lui.

Était-elle bien sa fille d'ailleurs ? Et puis, qu'importe ? Qui donc le saurait ?

Et le souvenir ardent lui revenait des serments faits a la mourante. « Il avait promis qu'il donnerait toute sa vie a cette enfant, qu'il commettrait un crime s'il le fallait pour son bonheur. »

Et il l'aimait, se plongeant dans la pensée de son forfait abominable et doux, déchiré de douleur et ravagé de désirs. Qui donc le saurait ?… puisque l'autre était mort, le pere !

« Soit ! se dit-il ; ce secret infâme pourra me rompre le cour. Comme elle ne le saurait soupçonner, j'en porterai seul le poids. »

Il demanda sa main, et l'épousa.

Je ne sais s'il fut heureux, mais j'aurais fait comme lui, madame.


Chapitre 2 La toux

A Armand Sylvestre

Mon cher confrere et ami,

J'ai un petit conte pour vous, un petit conte anodin. J'espere qu'il vous plaira si j'arrive a le bien dire, aussi bien que celle de qui je le tiens.

La tâche n'est point facile, car mon amie est une femme d'esprit infini et de parole libre. Je n'ai pas les memes ressources. Je ne peux, comme elle, donner cette gaieté folle aux choses que je conte ; et, réduit a la nécessité de ne pas employer des mots trop caractéristiques, je me déclare impuissant a trouver, comme vous, les délicats synonymes.

Mon amie, qui est en outre une femme de théâtre de grand talent, ne m'a point autorisé a rendre publique son histoire.

Je m'empresse donc de réserver ses droits d'auteur pour le cas ou elle voudrait, un jour ou l'autre, écrire elle-meme cette aventure. Elle le ferait mieux que moi, je n'en doute pas. Étant plus experte sur le sujet, elle retrouverait en outre mille détails amusants que je ne peux inventer.

Mais voyez dans quel embarras je tombe. Il me faudrait, des le premier mot, trouver un terme équivalent, et je le voudrais génial. La Toux n'est pas mon affaire. Pour etre compris, j'ai besoin au moins d'un commentaire ou d'une périphrase a la façon de l'abbé Delille :

La toux dont il s'agit ne vient point de la gorge.

Elle dormait (mon amie) aux côtés d'un homme aimé. C'était pendant la nuit, bien entendu.

Cet homme, elle le connaissait peu, ou plutôt depuis peu. Ces choses arrivent quelquefois dans le monde du théâtre principalement. Laissons les bourgeoises s'en étonner. Quant a dormir aux côtés d'un homme qu'importe qu'on le connaisse peu ou beaucoup, cela ne modifie guere la maniere d'agir dans le secret du lit. Si j'étais femme je préférerais, je crois, les nouveaux amis. Ils doivent etre plus aimables, sous tous les rapports, que les habitués.

On a, dans ce qu'on appelle le monde comme il faut, une maniere de voir différente et qui n'est point la mienne. Je le regrette pour les femmes de ce monde ; mais je me demande si la maniere de voir modifie sensiblement la maniere d'agir ?…

Donc elle dormait aux côtés d'un nouvel ami. C'est la une chose délicate et difficile a l'exces. Avec un vieux compagnon on prend ses aises, on ne se gene pas, on peut se retourner a sa guise, lancer des coups de pied, envahir les trois quarts du matelas, tirer toute la couverture et se rouler dedans, ronfler, grogner, tousser (je dis tousser faute de mieux) ou éternuer (que pensez-vous d'éternuer comme synonyme ?)

Mais pour en arriver la, il faut au moins six mois d'intimité. Et je parle des gens qui sont d'un naturel familier. Les autres gardent toujours certaines réserves, que j'approuve pour ma part. Mais nous n'avons peut-etre pas la meme maniere de sentir sur cette matiere.

Quand il s'agit d'une nouvelle connaissance qu'on peut supposer sentimentale, il faut assurément prendre quelques précautions pour ne point incommoder son voisin de lit, et pour garder un certain prestige, de poésie et une certaine autorité.

Elle dormait. Mais soudain une douleur, intérieure, lancinante, voyageuse, la parcourut. Cela commença dans le creux de l'estomac et se mit a rouler en descendant vers… vers… vers les gorges inférieures avec un bruit discret de tonnerre intestinal.

L'homme, l'ami nouveau, gisait, tranquille, sur le dos, les yeux fermés. Elle le regarda de coin, inquiete, hésitante.

Vous etes-vous trouvé, confrere, dans une salle de premiere, avec un rhume dans la poitrine. Toute la salle anxieuse, halete au milieu d'un silence complet ; mais vous n'écoutez plus rien, vous attendez, éperdu, un moment de rumeur pour tousser. Ce sont, tout le long de votre gosier, des chatouillements, des picotements épouvantables. Enfin vous n'y tenez plus. Tant pis pour les voisins. Vous toussez. — Toute la salle crie : « A la porte. »

Elle se trouvait dans le meme cas, travaillée, torturée par une envie folle de tousser. (Quand je dis tousser, j'entends bien que vous transposez.)

Il semblait dormir ; il respirait avec calme. Certes il dormait.

Elle se dit : « Je prendrai mes précautions. Je tâcherai de souffler seulement, tout doucement, pour ne pas le réveiller. » Et elle fit comme ceux qui cachent leur bouche sous leur main et s'efforcent de dégager, sans bruit, leur gorge en expectorant de l'air avec adresse.

Soit qu'elle s'y prît mal, soit que la démangeaison fut trop forte, elle toussa.

Aussitôt elle perdit la tete. S'il avait entendu, quelle honte ! Et quel danger ! Oh ! s'il ne dormait hasard ? Comment le savoir ? Elle le regarda fixement, et, a la lueur de la veilleuse, elle crut voir sourire son visage aux yeux fermés. Mais s'il riait, … il ne dormait donc pas, … et, s'il ne dormait pas… ?

Elle tenta avec sa bouche, la vraie, de produire un bruit semblable, pour… dérouter son compagnon.

Cela ne ressemblait guere.

Mais dormait-il ?

Elle se retourna, s'agita, le poussa, pour certitude.

Il ne remua point.

Alors elle se mit a chantonner.

Le monsieur ne bougeait pas.

Perdant la tete, elle l'appela « Ernest ».

Il ne fit pas un mouvement, mais il répondit aussitôt :

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Elle eut une palpitation de cour. Il ne dormait pas ; il n'avait jamais dormi !…

Elle demanda :

« Tu ne dors donc pas ? »

Il murmura avec résignation :

« Tu le vois bien. »

Elle ne savait plus que dire, affolée. Elle reprit enfin. « Tu n'as rien entendu ? »

Il répondit, toujours immobile :

« Non. »

Elle se sentait venir une envie folle de le gifler, et, s'asseyant dans le lit :

« Cependant il m'a semblé ?…

— Quoi ?

— Qu'on marchait dans la maison. »

Il sourit. Certes, cette fois elle l'avait vu sourire, et il dit :

« Fiche-moi donc la paix, voila une demi-heure que tu m'embetes. »

Elle tressaillit.

« Moi ?… C'est un peu fort. Je viens de me réveiller. Alors tu n'as rien entendu ?

— Si.

— Ah ! enfin, tu as entendu quelque chose ! Quoi ?

— On a… toussé ! »

Elle fit un bond et s'écria, exaspérée :

« On a toussé ! Ou ça ? Qui est-ce qui a toussé ? Mais, tu es fou ? Réponds donc ? »

Il commençait a s'impatienter.

« Voyons, est-ce fini cette scie-la[1] ? Tu sais bien que c'est toi. » Cette fois, elle s'indigna, hurlant : « Moi ? — Moi ? — Moi ? — J'ai toussé ? Moi ? J'ai toussé ! Ah ! vous m'insultez, vous m'outragez, vous me méprisez. Eh bien, adieu ! Je ne reste pas aupres d'un homme qui me traite ainsi. » Et elle fit un mouvement énergique pour sortir du lit. « Voyons, reste tranquille. C'est moi qui ai toussé. » Mais elle eut un sursaut de colere nouvelle. « Comment ? vous avez… toussé dans mon lit !… a mes côtés… pendant que je dormais ? Et vous l'avouez. Mais vous etes ignoble. Et vous croyez que je reste avec les hommes qui… toussent aupres de moi… Mais pour qui me prenez-vous donc ? » Et elle se leva sur le lit tout debout, essayant d'enjamber pour s'en aller. Il la prit tranquillement par les pieds et la fit s'étaler pres de lui, et il riait, moqueur et gai : « Voyons, Rose, tiens-toi tranquille, a la fin. Tu as toussé. Car c'est toi. Je ne me plains pas, je ne me fâche pas ; je suis content meme. Mais, recouche-toi, sacrebleu. » Cette fois, elle lui échappa d'un bond et sauta dans la chambre ; et elle cherchait éperdument ses vetements, en répétant : « Et vous croyez que je vais rester aupres d'un homme qui permet a une femme de… tousser dans son lit. Mais vous etes ignoble, mon cher. » Alors il se leva, et, d'abord, la gifla. Puis, comme elle se débattait, il la cribla de taloches ; et, la prenant ensuite a pleins bras, la jeta a toute volée dans le lit. Et comme elle restait étendue, inerte et pleurant contre le mur, il se recoucha pres d'elle, puis lui tournant le dos a son tour, il toussa…, il toussa par quintes…, avec des silences et des reprises. Parfois, il demandait : « En as-tu assez », et, comme elle ne répondait pas, il recommençait. Tout a coup, elle se mit a rire, mais a rire comme une folle, criant : « Qu'il est drôle, ah ! qu'il est drôle ! » Et elle le saisit brusquement dans ses bras, collant sa bouche a la sienne, lui murmurant entre les levres : « Je t'aime, mon chat. » Et ils ne dormirent plus… jusqu'au matin. Telle est mon histoire, mon cher Silvestre. Pardonnez-moi cette incursion sur votre domaine. Voila encore un mot impropre. Ce n'est pas « domaine » qu'il faudrait dire. Vous m'amusez si souvent que je n'ai pu résister au désir de me risquer un peu sur vos derrieres. Mais la gloire vous restera de nous avoir ouvert, toute large, cette voie.