Contes de la Bécasse - Guy de Maupassant - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1883

Contes de la Bécasse darmowy ebook

Guy de Maupassant

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Opinie o ebooku Contes de la Bécasse - Guy de Maupassant

Fragment ebooka Contes de la Bécasse - Guy de Maupassant

A Propos
Chapitre 1 - La Bécasse
Chapitre 2 - Ce Cochon de Morin
A Propos Maupassant:

Henri René Albert Guy de Maupassant (5 August 1850 – 6 July 1893) was a popular 19th-century French writer. He is one of the fathers of the modern short story. A protege of Flaubert, Maupassant's short stories are characterized by their economy of style and their efficient effortless dénouement. He also wrote six short novels. A number of his stories often denote the futility of war and the innocent civilians who get crushed in it - many are set during the Franco-Prussian War of the 1870s.

Disponible sur Feedbooks Maupassant:
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Chapitre 1 La Bécasse

Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des chasseurs de sa province. Mais, depuis cinq a six années, une paralysie des jambes le clouait a son fauteuil ; il ne pouvait plus que tirer des pigeons de la fenetre de son salon ou du haut de son grand perron.

Le reste du temps il lisait.

C’était un homme de commerce aimable chez qui était resté beaucoup de l’esprit lettré du dernier siecle. Il adorait les contes, les petits contes polissons, et aussi les histoires vraies arrivées dans son entourage. Des qu’un ami entrait chez lui, il demandait :

– Eh bien, rien de nouveau ?

Et il savait interroger a la façon du juge d’instruction.

Par les jours de soleil il faisait rouler devant la porte son large fauteuil pareil a un lit. Un domestique, derriere son dos, tenait les fusils, les chargeait et les passait a son maître ; un autre valet, caché dans un massif, lâchait un pigeon de temps en temps, a intervalles irréguliers, pour que le baron ne fut pas prévenu et demeurât en éveil.

Et, du matin au soir, il tirait les oiseaux rapides, se désolant quand il s’était laissé surprendre, et riant aux larmes quand la bete tombait d’aplomb ou faisait quelque culbute inattendue et drôle. Il se tournait alors vers le garçon qui chargeait les armes, et il demandait, en suffoquant de gaieté :

– Y est-il, celui-la, Joseph ! As-tu vu comme il est descendu ?

Et Joseph répondait invariablement :

– Oh ! Monsieur le baron ne les manque pas.

A l’automne, au moment des chasses, il invitait, comme a l’ancien temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations. Il les comptait, heureux quand elles se précipitaient.

Et, le soir, il exigeait de chacun le récit fidele de sa journée.

Et on restait trois heures a table en racontant des coups de fusil.

C’étaient d’étranges et invraisemblables aventures, ou se complaisait l’humeur hâbleuse des chasseurs. Quelques-uns avaient fait date et revenaient régulierement. L’histoire d’un lapin que le petit vicomte de Bourril avait manqué dans son vestibule les faisait se tordre chaque année de la meme façon. Toutes les cinq minutes un nouvel orateur prononçait :

– J’entends : « Birr ! Birr ! » et une compagnie magnifique me part a dix pas. J’ajuste : pif ! paf ! j’en vois tomber une pluie, une vraie pluie. Il y en avait sept !

Et tous, étonnés, mais réciproquement crédules, s’extasiaient. Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le « conte de la Bécasse ».

Au moment du passage de cette reine des gibiers, la meme cérémonie recommençait a chaque dîner.

Comme il adorait l’incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les tetes.

Alors le baron, officiant comme un éveque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les tetes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec. Une chandelle allumée était posée pres de lui, et tout le monde se taisait, dans l’anxiété de l’attente.

Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en maniere de tourniquet.

Tous les convives comptaient ensemble, d’une voix forte :

– Une, – deux, – trois.

Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.

Celui des invités que désignait, en s’arretant, le long bec pointu devenait maître de toutes les tetes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins.

Il les prenait une a une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l’élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir.

Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient a sa santé.

Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.

Voici quelques-uns de ces récits…


Chapitre 2 Ce Cochon de Morin

1.

– Ça, mon ami, dis-je a Labarbe, tu viens encore de prononcer ces quatre mots, « ce cochon de Morin ». Pourquoi, diable, n’ai-je jamais entendu parler de Morin sans qu’on le traitât de « cochon » ?

Labarbe, aujourd’hui député, me regarda avec des yeux de chat-huant. – Comment, tu ne sais pas l’histoire de Morin, et tu es de La Rochelle ?

J’avouai que je ne savais pas l’histoire de Morin. Alors Labarbe se frotta les mains et commença son récit.

– Tu as connu Morin, n’est-ce pas, et tu te rappelles son grand magasin de mercerie sur le quai de La Rochelle ?

– Oui, parfaitement.

– Eh bien, sache qu’en 1862 ou 63 Morin alla passer quinze jours a Paris, pour son plaisir, ou ses plaisirs, mais sous prétexte de renouveler ses approvisionnements. Tu sais ce que sont, pour un commerçant de province, quinze jours de Paris. Cela vous met le feu dans le sang. Tous les soirs, des spectacles, des frôlements de femmes, une continuelle excitation d’esprit. On devient fou. On ne voit plus que danseuses en maillot, actrices décolletées, jambes rondes, épaules grasses, tout cela presque a portée de la main, sans qu’on ose ou qu’on puisse y toucher. C’est a peine si on goute, une fois ou deux, a quelques mets inférieurs. Et l’on s’en va le cour encore tout secoué, l’âme émoustillée, avec une espece de démangeaison de baisers qui vous chatouillent les levres.

Morin se trouvait dans cet état, quand il prit son billet pour La Rochelle par l’express de 8h40 du soir, et il se promenait plein de regrets et de trouble dans la grande salle commune du chemin de fer d’Orléans, quand il s’arreta net devant une jeune femme qui embrassait une vieille dame. Elle avait relevé sa voilette, et Morin, ravi, murmura : « Bigre, la belle personne ! »

Quand elle eut fait ses adieux a la vieille, elle entra dans la salle d’attente, et Morin la suivit ; puis elle passa sur le quai, et Morin la suivit encore ; puis elle monta dans un wagon vide, et Morin la suivit toujours.

Il y avait peu de voyageurs pour l’express. La locomotive siffla ; le train partit. Ils étaient seuls.

Morin la dévorait des yeux. Elle semblait avoir dix-neuf a vingt ans ; elle était blonde, grande, d’allure hardie. Elle roula autour de ses jambes une couverture de voyage, et s’étendit sur les banquettes pour dormir.

Morin se demandait : « Qui est-ce ? ». Et mille suppositions, mille projets lui traversaient l’esprit. Il se disait : « On raconte tant d’aventures de chemin de fer. C’en est une peut-etre qui se présente pour moi. Qui sait ? une bonne fortune est si vite arrivée. Il me suffirait peut-etre d’etre audacieux. N’est-ce pas Danton qui disait : “De l’audace, de l’audace, et toujours de l’audace”. Si ce n’est pas Danton, c’est Mirabeau. Enfin, qu’importe. Oui, mais je manque d’audace, voila le hic. Oh ! Si on savait, si on pouvait lire dans les âmes ! Je parie qu’on passe tous les jours, sans s’en douter, a côté d’occasions magnifiques. Il lui suffirait d’un geste pourtant pour m’indiquer qu’elle ne demande pas mieux… ».

Alors, il supposa des combinaisons qui le conduisaient au triomphe. Il imaginait une entrée en rapport chevaleresque ; des petits services qu’il lui rendrait ; une conversation vive, galante, finissait par une déclaration qui finissait par… par ce que tu penses.

La nuit cependant s’écoulait et la belle enfant dormait toujours, tandis que Morin méditait sa chute. Le jour parut, et bientôt le soleil lança son premier rayon, un long rayon clair venu de l’horizon, sur le doux visage de la dormeuse.

Elle s’éveilla, s’assit, regarda la campagne, regarda Morin et sourit. Elle sourit en femme heureuse, d’un air engageant et gai. Morin tressaillit. Pas de doute, c’était pour lui ce sourire-la, c’était bien une invitation discrete, le signal revé qu’il attendait. Il voulait dire, ce sourire :

« Etes-vous bete, etes-vous niais, etes-vous jobard, d’etre resté la, comme un pieu, sur votre siege depuis hier soir.

« Voyons, regardez-moi, ne suis-je pas charmante ? Et vous demeurez comme ça toute une nuit en tete a tete avec une jolie femme sans rien oser, grand sot. »

Elle souriait toujours en le regardant ; elle commençait meme a rire ; et il perdait la tete, cherchant un mot de circonstance, un compliment, quelque chose a dire enfin, n’importe quoi. Mais il ne trouvait rien, rien. Alors, saisi d’une audace de poltron, il pensa : « Tant pis, je risque tout » ; et brusquement, sans crier « gare », il s’avança, les mains tendues, les levres gourmandes, et, la saisissant a pleins bras, il l’embrassa.

D’un bond elle fut debout, criant : « Au secours », hurlant d’épouvante. Et elle ouvrit la portiere ; elle agita ses bras dehors, folle de peur, essayant de sauter, tandis que Morin éperdu, persuadé qu’elle allait se précipiter sur la voie, la retenait par sa jupe en bégayant : « Madame… oh ! … Madame ».

Le train ralentit sa marche, s’arreta. Deux employés se précipiterent aux signaux désespérés de la jeune femme qui tomba dans leurs bras en balbutiant : « Cet homme a voulu… a voulu… me… me… » Et elle s’évanouit.

On était en gare de Mauzé. Le gendarme présent arreta Morin.

Quand la victime de sa brutalité eut repris connaissance, elle fit sa déclaration. L’autorité verbalisa. Et le pauvre mercier ne put regagner son domicile que le soir, sous le coup d’une poursuite judiciaire pour outrage aux bonnes mours dans un lieu public.