Les Quarante-cinq - Tome I  - Alexandre Dumas - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1848

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Alexandre Dumas

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Opis ebooka Les Quarante-cinq - Tome I - Alexandre Dumas

La suite de «La reine Margot» et de «La dame de Monsoreau». Située entre le le 26 octobre 1585 et le 10 juin 1586, l'intrigue met en scene cette garde gasconne d'Henri III. Et nous retrouvons Chicot...

Opinie o ebooku Les Quarante-cinq - Tome I - Alexandre Dumas

Fragment ebooka Les Quarante-cinq - Tome I - Alexandre Dumas

A Propos
I – La porte Saint-Antoine
II – Ce qui se passait a l’extérieur de la porte Saint-Antoine

A Propos Dumas:

Alexandre Dumas, pere, born Dumas Davy de la Pailleterie (July 24, 1802 – December 5, 1870) was a French writer, best known for his numerous historical novels of high adventure which have made him one of the most widely read French authors in the world. Many of his novels, including The Count of Monte Cristo, The Three Musketeers, and The Man in the Iron Mask were serialized, and he also wrote plays and magazine articles and was a prolific correspondent. Source: Wikipedia

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I – La porte Saint-Antoine

 

Le 26 octobre de l’an 1585, les barrieres de la porte Saint-Antoine se trouvaient encore, contre toutes les habitudes, fermées a dix heures et demie du matin.

A dix heures trois quarts, une garde de vingt Suisses, qu’on reconnaissait a leur uniforme pour etre des Suisses des petits cantons, c’est-a-dire des meilleurs amis du roi Henri III, alors régnant, déboucha de la rue de la Mortellerie et s’avança vers la rue Saint-Antoine qui s’ouvrit devant eux et se referma derriere eux : une fois hors de cette porte, ils allerent se ranger le long des haies qui, a l’extérieur de la barriere, bordaient les enclos épars de chaque côté de la route, et, par sa seule apparition, refoula bon nombre de paysans et de petits bourgeois venant de Montreuil, de Vincennes ou de Saint-Maur pour entrer en ville avant midi, entrée qu’ils n’avaient pu opérer la porte se trouvant fermée, comme nous l’avons dit.

S’il est vrai que la foule amene naturellement le désordre avec elle, on eut pu croire que, par l’envoi de cette garde, M. le prévôt voulait prévenir le désordre qui pouvait avoir lieu a la porte Saint-Antoine.

En effet, la foule était grande ; il arrivait par les trois routes convergentes, et cela a chaque instant, des moines des couvents de la banlieue, des femmes assises de côté sur les bâts de leurs ânes, des paysans dans des charrettes, lesquelles venaient s’agglomérer a cette masse déja considérable que la fermeture inaccoutumée des portes arretait a la barriere, et tous, par leurs questions plus ou moins pressantes, formaient une espece de rumeur faisant basse continue, tandis que parfois quelques voix, sortant du diapason général, montaient jusqu’a l’octave de la menace ou de la plainte.

On pouvait encore remarquer, outre cette masse d’arrivants qui voulaient entrer dans la ville, quelques groupes particuliers qui semblaient en etre sortis. Ceux-la, au lieu de plonger leur regard dans Paris par les interstices des barrieres, ceux-la dévoraient l’horizon, borné par le couvent des Jacobins, le prieuré de Vincennes et la croix Faubin, comme si, par quelqu’une de ces trois routes formant éventail, il devait leur arriver quelque Messie.

Les derniers groupes ne ressemblaient pas mal aux tranquilles îlots qui s’élevent au milieu de la Seine, tandis qu’autour d’eux, l’eau, en tourbillonnant et en se jouant, détache, soit une parcelle de gazon, soit quelque vieux tronc de saule qui finit par s’en aller en courant apres avoir hésité quelque temps sur les remous.

Ces groupes, sur lesquels nous revenons avec insistance parce qu’ils méritent toute notre attention, étaient formés, pour la plupart, par des bourgeois de Paris fort hermétiquement calfeutrés dans leurs chausses et leurs pourpoints ; car, nous avions oublié de le dire, le temps était froid, la bise agaçante, et de gros nuages, roulant pres de terre, semblaient vouloir arracher aux arbres les dernieres feuilles jaunissantes qui s’y balançaient encore tristement.

Trois de ces bourgeois causaient ensemble, ou plutôt deux causaient et le troisieme écoutait.

Exprimons mieux notre pensée et disons : le troisieme ne paraissait pas meme écouter, tant était grande l’attention qu’il mettait a regarder vers Vincennes.

Occupons-nous d’abord de ce dernier.

C’était un homme qui devait etre de haute taille lorsqu’il se tenait debout ; mais en ce moment, ses longues jambes, dont il semblait ne savoir que faire lorsqu’il ne les employait pas a leur active destination, étaient repliées sous lui, tandis que ses bras, non moins longs proportionnellement que ses jambes, se croisaient sur son pourpoint. Adossé a la haie, convenablement étayé sur les buissons élastiques, il tenait, avec une obstination qui ressemblait a la prudence d’un homme qui désire n’etre point reconnu, son visage, caché derriere sa large main, risquant seulement un oil dont le regard perçant dardait entre le médium et l’annulaire écartés a la distance strictement nécessaire pour le passage du rayon visuel.

A côté de ce singulier personnage, un petit homme, grimpé sur une butte, causait avec un gros homme qui trébuchait a la pente de cette meme butte, et se raccrochait a chaque trébuchement aux boutons du pourpoint de son interlocuteur.

C’étaient les deux autres bourgeois, formant, avec ce personnage assis, le nombre cabalistique trois, que nous avons annoncé dans un des paragraphes précédents.

– Oui, maître Miton, disait le petit homme au gros ; oui, je le dis et je le répete, qu’il y aura cent mille personnes autour de l’échafaud de Salcede, cent mille au moins. Voyez, sans compter ceux qui sont déja sur la place de Greve, ou qui se rendent a cette place des différents quartiers de Paris, – voyez, que de gens ici, et ce n’est qu’une porte. – Jugez donc, puisqu’en comptant bien, nous en trouverions seize, des portes.

– Cent mille, c’est beaucoup, compere Friard, répondit le gros homme ; beaucoup, croyez-moi, suivront mon exemple, et n’iront pas voir écarteler ce malheureux Salcede, dans la crainte d’un hourvari, et ils auront raison.

– Maître Miton, maître Miton, prenez garde, répondit le petit homme, vous parlez la comme un politique. Il n’y aura rien, absolument rien, je vous en réponds.

Puis, voyant que son interlocuteur secouait la tete d’un air de doute :

– N’est-ce pas, monsieur ? continua-t-il en se retournant vers l’homme aux longs bras et aux longues jambes, qui, au lieu de continuer a regarder du côté de Vincennes, venait, sans ôter sa main de dessus son visage, venait, disons-nous, de faire un quart de conversion et de choisir la barriere pour point de mire de son attention.

– Plaît-il ? demanda celui-ci, comme s’il n’eut entendu que l’interpellation qui lui était adressée et non les paroles précédant cette interpellation qui avaient été adressées au second bourgeois.

– Je dis qu’il n’y aura rien en Greve aujourd’hui.

– Je crois que vous vous trompez, et qu’il y aura l’écartelement de Salcede, répondit tranquillement l’homme aux longs bras.

– Oui, sans doute ; mais j’ajoute qu’il n’y aura aucun bruit a propos de cet écartelement.

– Il y aura le bruit des coups de fouet que l’on donnera aux chevaux.

– Vous ne m’entendez pas. Par bruit j’entends émeute ; or, je dis qu’il n’y aura aucune émeute en Greve : s’il avait du y avoir émeute, le roi n’aurait pas fait décorer une loge a l’Hôtel-de-Ville pour assister au supplice avec les deux reines et une partie de la cour.

– Est-ce que les rois savent jamais quand il doit y avoir des émeutes ? dit en haussant les épaules, avec un air de souveraine pitié, l’homme aux longs bras et aux longues jambes.

– Oh ! oh ! fit maître Miton en se penchant a l’oreille de son interlocuteur, voila un homme qui parle d’un singulier ton : le connaissez-vous, compere ?

– Non, répondit le petit homme.

– Eh bien, pourquoi lui parlez-vous donc alors ?

– Je lui parle pour lui parler.

– Et vous avez tort ; vous voyez bien qu’il n’est point d’un naturel causeur.

– Il me semble cependant, reprit le compere Friard assez haut pour etre entendu de l’homme aux longs bras, qu’un des grands bonheurs de la vie est d’échanger sa pensée.

– Avec ceux qu’on connaît, tres bien, répondit maître Miton, mais non avec ceux que l’on ne connaît pas.

– Tous les hommes ne sont-ils pas freres ? comme dit le curé de Saint-Leu, ajouta le compere Friard d’un ton persuasif.

– C’est-a-dire qu’ils l’étaient primitivement ; mais, dans des temps comme les nôtres, la parenté s’est singulierement relâchée, compere Friard. Causez donc avec moi, si vous tenez absolument a causer, et laissez cet étranger a ses préoccupations.

– C’est que je vous connais depuis longtemps, vous, comme vous dites, et je sais d’avance ce que vous me répondrez, tandis qu’au contraire peut-etre cet inconnu aurait-il quelque chose de nouveau a me dire.

– Chut ! il vous écoute.

– Tant mieux, s’il nous écoute ; peut-etre me répondra-t-il. Ainsi donc, monsieur, continua le compere Friard en se tournant vers l’inconnu, vous pensez qu’il y aura du bruit en Greve ?

– Moi, je n’ai pas dit un mot de cela.

– Je ne prétends pas que vous l’ayez dit, continua Friard d’un ton qu’il essayait de rendre fin ; je prétends que vous le pensez, voila tout.

– Et sur quoi appuyez-vous cette certitude ? seriez-vous sorcier, monsieur Friard ?

– Tiens ! il me connaît ! s’écria le bourgeois au comble de l’étonnement, et d’ou me connaît-il ?

– Ne vous ai-je pas nommé deux ou trois fois, compere ? dit Miton en haussant les épaules comme un homme honteux devant un étranger du peu d’intelligence de son interlocuteur.

– Ah ! c’est vrai, reprit Friard, faisant un effort pour comprendre, et comprenant, grâce a cet effort ; c’est, sur ma parole, vrai ; eh bien ! puisqu’il me connaît, il va me répondre. Eh bien ! monsieur, continua-t-il en se retournant vers l’inconnu, je pense que vous pensez qu’il y aura du bruit en Greve, attendu que si vous ne le pensiez pas vous y seriez, et qu’au contraire vous etes ici… ha !

Ce ha ! prouvait que le compere Friard avait atteint, dans sa déduction, les bornes les plus éloignées de sa logique et de son esprit.

– Mais vous, monsieur Friard, puisque vous pensez le contraire de ce que vous pensez que je pense, répondit l’inconnu, en appuyant sur mots prononcés déja par son interrogateur et répétés par lui, pourquoi n’y etes-vous pas, en Greve ? Il me semble cependant que le spectacle est assez réjouissant pour que les amis du roi s’y foulent. Apres cela, peut-etre me répondrez-vous que vous n’etes pas des amis du roi, mais de ceux de M. de Guise, et que vous attendez ici les Lorrains qui, dit-on, doivent faire invasion dans Paris pour délivrer M. de Salcede.

– Non, monsieur, répondit vivement le petit homme, visiblement effrayé de ce que supposait l’inconnu ; non, monsieur, j’attends ma femme, mademoiselle Nicole Friard, qui est allée reporter vingt-quatre nappes au prieuré des Jacobins, ayant l’honneur d’etre blanchisseuse particuliere de don Modeste Gorenflot, abbé dudit prieuré des Jacobins. Mais pour en revenir au hourvari dont parlait le compere Miton, et auquel je ne crois pas ni vous non plus, a ce que vous dites du moins…

– Compere, compere ! s’écria Miton, regardez donc ce qui se passe.

Maître Friard suivit la direction indiquée par le doigt de son compagnon, et vit qu’outre les barrieres dont la fermeture préoccupait déja si sérieusement les esprits, on fermait encore la porte.

Cette porte fermée, une partie des Suisses vint s’établir en avant du fossé.

– Comment ! comment ! s’écria Friard pâlissant, ce n’est point assez de la barriere, et voila qu’on ferme la porte, maintenant !

– Eh bien ! que vous disais-je ? répondit Miton, pâlissant a son tour.

– C’est drôle, n’est-ce pas ? fit l’inconnu en riant.

Et, en riant, il découvrit, entre la barbe de ses moustaches et celle de son menton, une double rangée de dents blanches et aiguës qui paraissaient merveilleusement aiguisées par l’habitude de s’en servir au moins quatre fois par jour.

A la vue de cette nouvelle précaution prise, un long murmure d’étonnement et quelques cris d’effroi s’éleverent de la foule compacte qui encombrait les abords de la barriere.

– Faites faire le cercle ! cria la voix impérative d’un officier.

La manouvre fut opérée a l’instant meme, mais non sans encombre : les gens a cheval et les gens en charrette, forcés de rétrograder, écraserent ça et la quelques pieds et enfoncerent a droite et a gauche quelques côtes dans la foule.

Les femmes criaient, les hommes juraient ; ceux qui pouvaient fuir fuyaient en se renversant les uns sur les autres.

– Les Lorrains ! les Lorrains ! cria une voix au milieu de tout ce tumulte.

Le cri le plus terrible, emprunté au pâle vocabulaire de la peur, n’eut pas produit un effet plus prompt et plus décisif que ce cri :

– Les Lorrains ! ! !

– Eh bien ! voyez-vous ? voyez-vous ? s’écria Miton tremblant, les Lorrains, les Lorrains, fuyons !

– Fuir, et ou cela ? demanda Friard.

– Dans cet enclos, s’écria Miton en se déchirant les mains pour saisir les épines de cette haie sur laquelle était moelleusement assis l’inconnu.

– Dans cet enclos, dit Friard ; cela vous est plus aisé a dire qu’a faire, maître Miton. Je ne vois pas de trou pour entrer dans cet enclos, et vous n’avez pas la prétention de franchir cette haie qui est plus haute que moi.

– Je tâcherai, dit Miton, je tâcherai. Et il fit de nouveaux efforts.

– Ah ! prenez donc garde, ma bonne femme ! cria Friard du ton de détresse d’un homme qui commence a perdre la tete, votre âne me marche sur les talons. Ouf ! monsieur le cavalier, faites donc attention, votre cheval va ruer. Tudieu ! charretier, mon ami, vous me fourrez le brancard de votre charrette dans les côtes.

Pendant que maître Miton se cramponnait aux branches de la haie pour passer par-dessus, et que le compere Friard cherchait vainement une ouverture pour se glisser par-dessous, l’inconnu s’était levé, avait purement et simplement ouvert le compas de ses longues jambes, et d’un simple mouvement, pareil a celui que fait un cavalier pour se mettre en selle, il avait enjambé la haie sans qu’une seule branche effleurât son haut-de-chausse.

Maître Miton l’imita en déchirant le sien en trois endroits, mais il n’en fut point ainsi du compere Friard, qui, ne pouvant passer ni par-dessous ni par-dessus, et, de plus en plus menacé d’etre écrasé par la foule, poussait des cris déchirants, lorsque l’inconnu allongea son grand bras, le saisit a la fois par sa fraise et par le collet de son pourpoint, et, l’enlevant, le transporta de l’autre côté de la haie avec la meme facilité qu’il eut fait d’un enfant.

– Oh ! oh ! oh ! s’écria maître Miton, réjoui de ce spectacle et suivant des yeux l’ascension et la descente de son ami maître Friard, vous avez l’air de l’enseigne du Grand-Absalon.

– Ouf ! s’écria Friard en touchant le sol, que j’aie l’air de tout ce que vous voudrez, me voila de l’autre côté de la haie, et grâce a monsieur. Puis, se redressant pour regarder l’inconnu a la poitrine duquel il atteignait a peine : Ah ! monsieur, continua-t-il, que d’actions de grâces ! Monsieur, vous etes un véritable Hercule, parole d’honneur, foi de Jean Friard. Votre nom, monsieur, le nom de mon sauveur, le nom de mon… ami ?

Et le brave homme prononça en effet ce dernier mot avec l’effusion d’un cour profondément reconnaissant.

– Je m’appelle Briquet, monsieur, répondit l’inconnu, Robert Briquet, pour vous servir.

– Et vous m’avez déja considérablement servi, monsieur Robert Briquet, j’ose le dire ; oh ! ma femme vous bénira ; Mais, a propos, ma pauvre femme ! ô mon Dieu, mon Dieu ! elle va etre étouffée dans cette foule. Ah ! maudits Suisses qui ne sont bons qu’a faire écraser les gens !

Le compere Friard achevait a peine cette apostrophe, qu’il sentit tomber sur son épaule une main lourde comme celle d’une statue de pierre.

Il se retourna pour voir quel était l’audacieux qui prenait avec lui une pareille liberté.

Cette main était celle d’un Suisse.

– Foulez-fous qu’on vous assomme, mon bedit ami ? dit le robuste soldat.

– Ah ! nous sommes cernés ! s’écria Friard.

– Sauve qui peut ! ajouta Miton.

Et tous deux, grâce a la haie franchie, ayant l’espace devant eux, gagnerent le large, poursuivis par le regard railleur et le rire silencieux de l’homme aux longs bras et aux longues jambes qui, les ayant perdus de vue, s’approcha du Suisse qu’on venait de placer la en vedette.

– La main est bonne, compagnon, dit-il, a ce qu’il paraît ?

– Mais foui, moussieu, pas mauvaise, pas mauvaise.

– Tant mieux, car c’est chose importante, surtout si les Lorrains venaient comme on le dit.

– Ils ne fiennent bas.

– Non ?

– Bas di tout.

– D’ou vient donc alors que l’on ferme cette porte ! Je ne comprends pas.

– Fous bas besoin di gombrendre, répliqua le Suisse en riant aux éclats de sa plaisanterie.

– C’etre chuste, mon gamarate, tres chuste, dit Robert Briquet, merci.

Et Robert Briquet s’éloigna du Suisse pour se rapprocher d’un autre groupe, tandis que le digne Helvétien, cessant de rire, murmurait :

– Bei Gott !… Ich glaube er spottet meiner. – Was ist das für ein Mann, der sich erlaubt einen Schweizer seiner koniglichen Majestaet auszulachen ?

Ce qui, traduit en français, voulait dire :

– Vrai Dieu ! je crois que c’est lui qui se moque de moi. Qu’est-ce que c’est donc que cet homme qui ose se moquer d’un Suisse de Sa Majesté ?


II – Ce qui se passait a l’extérieur de la porte Saint-Antoine

 

Un de ces groupes était formé d’un nombre considérable de citoyens surpris hors de la ville par cette fermeture inattendue des portes. Ces citadins entouraient quatre ou cinq cavaliers d’une tournure fort martiale et que la clôture de ces portes genait fort, a ce qu’il paraît, car ils criaient de tous leurs poumons :

– La porte ! la porte !

Lesquels cris, répétés par tous les assistants avec des recrudescences d’emportement, occasionnaient dans ces moments-la un bruit d’enfer.

Robert Briquet s’avança vers ce groupe, et se mit a crier plus haut qu’aucun de ceux qui le composaient :

– La porte ! la porte !

Il en résulta qu’un des cavaliers, charmé de cette puissance vocale, se retourna de son côté, le salua et lui dit :

– N’est-ce pas honteux, monsieur, qu’on ferme une porte de ville en plein jour, comme si les Espagnols ou les Anglais assiégeaient Paris ?

Robert Briquet regarda avec attention celui qui lui adressait la parole et qui était un homme de quarante a quarante-cinq ans.

Cet homme, en outre, paraissait etre le chef de trois ou quatre autres cavaliers qui l’entouraient.

Cet examen donna sans doute confiance a Robert Briquet, car aussitôt il s’inclina a son tour et répondit :

– Ah ! monsieur, vous avez raison, dix fois raison, vingt fois raison ; mais, ajouta-t-il, sans etre trop curieux, oserais-je vous demander quel motif vous soupçonnez a cette mesure ?

– Pardieu ! dit un assistant, la crainte qu’ils ont qu’on ne leur mange leur Salcede.

– Cap de Bious ! dit une voix, triste mangeaille.

Robert Briquet se retourna du côté ou venait cette voix dont l’accent lui indiquait un Gascon renforcé, et il aperçut un jeune homme de vingt ou vingt-cinq ans, qui appuyait sa main sur la croupe du cheval de celui qui lui avait paru le chef des autres.

Le jeune homme était nu-tete ; sans doute il avait perdu son chapeau dans la bagarre.

Maître Briquet paraissait un observateur ; mais, en général, ses observations étaient courtes ; aussi détourna-t-il rapidement son regard du Gascon, qui sans doute lui parut sans importance, pour le ramener sur le cavalier.

– Mais, dit-il, puisqu’on annonce que ce Salcede appartient a M. de Guise, ce n’est déja point un si mauvais ragout.

– Bah ! on dit cela ? reprit le Gascon curieux ouvrant de grandes oreilles.

– Oui, sans doute, on dit cela, on dit cela, répondit le cavalier en haussant les épaules ; mais, par le temps qui court, on dit tant de sornettes.

– Ah ! ainsi, hasarda Briquet avec son oil interrogateur et son sourire narquois, ainsi, vous croyez, monsieur, que Salcede n’est point a M. de Guise ?

– Non seulement je le crois, mais j’en suis sur, répondit le cavalier. Puis comme il vit que Robert Briquet, en se rapprochant de lui, faisait un mouvement qui voulait dire : Ah bah ! et sur quoi appuyez-vous cette certitude ? il continua :

– Sans doute, si Salcede eut été au duc, le duc ne l’eut pas laissé prendre, ou tout au moins ne l’eut pas laissé amener ainsi de Bruxelles a Paris, pieds et poings liés, sans faire au moins en sa faveur une tentative d’enlevement.

– Une tentative d’enlevement, reprit Briquet, c’était bien hasardeux ; car enfin, qu’elle réussît ou qu’elle échouât, du moment ou elle venait de la part de M. de Guise, M. de Guise avouait qu’il avait conspiré contre le duc d’Anjou.

– M. de Guise, reprit sechement le cavalier, n’eut point été retenu par cette considération, j’en suis sur, et, du moment ou il n’a ni réclamé ni défendu Salcede, c’est que Salcede n’est point a lui.

– Cependant, excusez si j’insiste, continua Briquet ; mais ce n’est pas moi qui invente ; il paraît certain que Salcede a parlé.

– Ou cela ? devant les juges ?

– Non, pas devant les juges, monsieur, a la torture.

– N’est-ce donc pas la meme chose ? demanda maître Robert Briquet, d’un air qu’il essayait inutilement de rendre naif.

– Non, certes, ce n’est pas la meme chose, il s’en faut : d’ailleurs on prétend qu’il a parlé soit ; mais on ne répete point ce qu’il a dit.

– Vous m’excuserez encore, monsieur, reprit Robert Briquet : on le répete et tres longuement meme.

– Et qu’a-t-il dit ? voyons ! demanda avec impatience le cavalier ; parlez, vous qui etes si bien instruit.

– Je ne me vante pas d’etre bien instruit, monsieur, puisque je cherche au contraire a m’instruire pres de vous, répondit Briquet.

– Voyons ! entendons-nous ! dit le cavalier avec impatience ; vous avez prétendu qu’on répétait les paroles de Salcede ; ses paroles, quelles sont-elles ? dites.

– Je ne puis répondre, monsieur, que ce soient ses propres paroles, dit Robert Briquet qui paraissait prendre plaisir a pousser le cavalier.

– Mais enfin, quelles sont celles qu’on lui prete ?

– On prétend qu’il a avoué qu’il conspirait pour M. de Guise.

– Contre le roi de France sans doute ? toujours meme chanson !

– Non pas contre Sa Majesté le roi de France, mais bien contre Son Altesse monseigneur le duc d’Anjou.

– S’il a avoué cela…

– Eh bien ? demanda Robert Briquet.

– Eh bien ! c’est un misérable, dit le cavalier en fronçant le sourcil.

– Oui, dit tout bas Robert Briquet ; mais s’il a fait ce qu’il a avoué, c’est un brave homme. Ah ! monsieur, les brodequins, l’estrapade et le coquemar font dire bien des choses aux honnetes gens.

– Hélas ! vous dites la une grande vérité, monsieur, dit le cavalier en se radoucissant et en poussant un soupir.

– Bah ! interrompit le Gascon qui, en allongeant la tete dans la direction de chaque interlocuteur, avait tout entendu, bah ! brodequins, estrapade, coquemar, belle misere que tout cela ! Si ce Salcede a parlé, c’est un coquin, et son patron un autre.

– Oh ! oh ! fit le cavalier ne pouvant réprimer un soubresaut d’impatience, – vous chantez bien haut, monsieur le Gascon.

– Moi ?

– Oui, vous.

– Je chante sur le ton qu’il me plaît, cap de Bious ! tant pis pour ceux a qui mon chant ne plaît pas.

Le cavalier fit un mouvement de colere.

– Du calme ! dit une voix douce en meme temps qu’impérative, dont Robert Briquet chercha vainement a reconnaître le propriétaire.

Le cavalier parut faire un effort sur lui-meme ; cependant il n’eut pas la puissance de se contenir tout a fait.

– Et connaissez-vous bien ceux dont vous parlez, monsieur ? demanda-t-il au Gascon.

– Si je connais Salcede ?

– Oui.

– Pas le moins du monde.

– Et le duc de Guise ?

– Pas davantage.

– Et le duc d’Alençon ?

– Encore moins.

– Savez-vous que M. de Salcede est un brave ?

– Tant mieux ; il mourra bravement alors.

– Et que M. de Guise, quand il veut conspirer, conspire lui-meme ?

– Cap de Bious ! que me fait cela ?

– Et que M. le duc d’Anjou, autrefois M. d’Alençon, a fait tuer ou laissé tuer quiconque s’est intéressé a lui, – La Mole, – Coconas, – Bussy et le reste ?

– Je m’en moque.

– Comment ! vous vous en moquez ?

– Mayneville ! Mayneville ! murmura la meme voix.

– Sans doute, je m’en moque. Je ne sais qu’une chose, moi, sang-dieu ! j’ai affaire a Paris aujourd’hui meme, ce matin, et a cause de cet enragé de Salcede, on me ferme les portes au nez. Cap de Bious ! ce Salcede est un bélître, et encore tous ceux qui avec lui sont cause que les portes sont fermées au lieu d’etre ouvertes.

– Oh ! oh ! voici un rude Gascon, murmura Robert Briquet, et nous allons voir sans doute quelque chose de curieux.

Mais cette chose curieuse a laquelle s’attendait le bourgeois n’arrivait aucunement. Le cavalier, a qui cette derniere apostrophe avait fait monter le sang au visage, baissa le nez, se tut et avala sa colere.

– Au fait, vous avez raison, dit-il, foin de tous ceux qui nous empechent d’entrer a Paris !

– Oh ! oh ! se dit Robert Briquet, qui n’avait perdu ni les nuances du visage du cavalier, ni les deux appels qui avaient été faits a sa patience : ah ! ah ! il paraît que je verrai une chose plus curieuse encore que celle a laquelle je m’attendais.

Comme il faisait cette réflexion, un son de trompe retentit, et presque aussitôt les Suisses, fendant toute cette foule avec leurs hallebardes, comme s’ils découpaient un gigantesque pâté de mauviettes, séparerent les groupes en deux morceaux compacts qui s’allerent aligner de chaque côté du chemin, en laissant le milieu vide.

Dans ce milieu, l’officier dont nous avons parlé, et a la garde duquel la porte paraissait confiée, passa avec son cheval, allant et revenant ; puis, apres un moment d’examen qui ressemblait a un défi, il ordonna aux trompes de sonner.

Ce qui fut exécuté a l’instant meme, et fit régner dans toutes les masses un silence qu’on eut cru impossible apres tant d’agitation et de vacarme.

Alors le crieur, avec sa tunique fleurdelisée, portant sur sa poitrine un écusson aux armes de Paris, s’avança, un papier a la main, et lut de cette voix nasillarde toute particuliere aux lecteurs :

« Savoir faisons a notre bon peuple de Paris et des environs que les portes seront closes d’ici a une heure de relevée, et que nul ne pénétrera dans la ville avant cette heure, et cela par la volonté du roi et par la vigilance de M. le prévôt de Paris. »

Le crieur s’arreta pour reprendre haleine. Aussitôt l’assistance profita de cette pause pour témoigner son étonnement et son mécontentement par une longue huée, que le crieur, il faut lui rendre cette justice, soutint sais sourciller.

L’officier fit un signe impératif avec la main, et aussitôt le silence se rétablit.

Le crieur continua sans trouble et sans hésitation, comme si l’habitude l’avait cuirassé contre ces manifestations a l’une desquelles il venait d’etre en butte.

« Seront exceptés de cette mesure ceux qui se présenteront porteurs d’un signe de reconnaissance, ou qui seront bien et dument appelés par lettres et mandats.

Donné en l’hôtel de la prévôté de Paris, sur l’ordre expres de Sa Majesté, le 26 octobre de l’an de grâce 1585. »

– Trompes, sonnez !

Les trompes pousserent aussitôt leurs rauques aboiements.

A peine le crieur eut-il cessé de parler que, derriere la haie des Suisses et des soldats, la foule se mit a onduler comme un serpent dont les anneaux se gonflent et se tordent.

– Que signifie cela ? se demandait-on chez les plus paisibles ; sans doute encore quelque complot !

– Oh ! oh ! c’est pour nous empecher d’entrer a Paris, sans nul doute, que la chose a été combinée ainsi, dit en parlant a voix basse a ses compagnons le cavalier qui avait supporté avec une si étrange patience les rebuffades du Gascon : ces Suisses, ce crieur, ces verrous, ces troupes, c’est pour nous ; sur mon âme j’en suis fier.

– Place ! place ! vous autres, cria l’officier qui commandait le détachement. Mille diables ! vous voyez bien que vous empechez de passer ceux qui ont le droit de se faire ouvrir les portes.

– Cap de Bious ! j’en sais un qui passera quand tous les bourgeois de la terre seraient entre lui et la barriere, dit, en jouant des coudes, ce Gascon qui, par ses rudes répliques, s’était attiré l’admiration de maître Robert Briquet.

Et, en effet, il fut en un instant dans l’espace vide qui s’était formé, grâce aux Suisses, entre les deux haies des spectateurs.

Qu’on juge si les yeux se porterent avec empressement et curiosité sur un homme, favorisé a ce point d’entrer quand il était enjoint de demeurer dehors.

Mais le Gascon s’inquiéta peu de tous ces regards d’envie ; il se campa fierement en faisant saillir a travers son maigre pourpoint vert tous les muscles de son corps, qui semblaient autant de cordes tendues par une manivelle intérieure. Ses poignets secs et osseux dépassaient de trois bons pouces ses manches râpées ; il avait le regard clair, les cheveux jaunes et crépus, soit de nature, soit de hasard, car la poussiere entrait pour un bon dixieme dans leur couleur. Ses pieds, grands et souples, s’emmanchaient a des chevilles nerveuses et seches comme celles d’un daim. A l’une de ses mains, a une seule, il avait passé un gant de peau brodé, tout surpris de se voir destiné a protéger cette autre peau plus rude que la sienne ; de son autre main il agitait une baguette de coudrier.

Il regarda un instant autour de lui ; puis, pensant que l’officier dont nous avons parlé était la personne la plus considérable de cette troupe, il marcha droit a lui.

Celui-ci le considéra quelque temps avant de lui parler.

Le Gascon sans se démonter le moins du monde en fit autant.

– Mais vous avez perdu votre chapeau, ce me semble ? lui dit-il.

– Oui, monsieur.

– Est-ce dans la foule ?

– Non, je venais de recevoir une lettre de ma maîtresse. Je la lisais, cap de Bious ! pres de la riviere, a un quart de lieue d’ici, quand tout a coup un coup de vent m’enleve lettre et chapeau. Je courus apres la lettre, quoique le bouton de mon chapeau fut un seul diamant. Je rattrapai ma lettre ; mais quand je revins au chapeau, le vent l’avait emporté dans la riviere, et la riviere dans Paris ! – il fera la fortune de quelque pauvre diable ; tant mieux !

– De sorte que vous etes nu-tete ?

– Ne trouve-t-on pas de chapeaux a Paris, cap de Bious ! j’en acheterai un plus magnifique, et j’y mettrai un diamant deux fois gros comme le premier.

L’officier haussa imperceptiblement les épaules ; mais, si imperceptible que fut ce mouvement, il n’échappa point au Gascon.

– S’il vous plait ? fit-il.

– Vous avez une carte ? demanda l’officier.

– Certes que j’en ai une, et plutôt deux qu’une.

– Une seule suffira si elle est en regle.

– Mais je ne me trompe pas, continua le Gascon en ouvrant des yeux énormes ; eh ! non, cap de Bious ! je ne me trompe pas ; j’ai le plaisir de parler a M. de Loignac ?

– C’est possible, monsieur, répondit sechement l’officier, visiblement peu charmé de cette reconnaissance.

– A monsieur de Loignac, mon compatriote ?

– Je ne dis pas non.

– Mon cousin ?

– C’est bon, votre carte ?

– La voici.

Le Gascon tira de son gant la moitié d’une carte découpée avec art.

– Suivez-moi, dit Loignac sans regarder la carte, vous et vos compagnons, si vous en avez ; nous allons vérifier les laissez-passer.

Et il alla prendre poste pres de la porte.

Le Gascon a tete nue le suivit.

Cinq autres individus suivirent le Gascon a tete nue.

Le premier était couvert d’une magnifique cuirasse si merveilleusement travaillée qu’on eut cru qu’elle sortait des mains de Benvenuto Cellini. Cependant, comme le patron sur lequel cette cuirasse avait été faite avait un peu passé de mode, cette magnificence éveilla plutôt le rire que l’admiration.

Il est vrai qu’aucune autre partie du costume de l’individu porteur de cette cuirasse ne répondait a la splendeur presque royale du prospectus.

Le second qui emboîta le pas était suivi d’un gros laquais grisonnant et maigre, et hâlé comme il l’était, semblait le précurseur de don Quichotte comme son serviteur pouvait passer pour le précurseur de Sancho.

Le troisieme parut portant un enfant de dix mois entre ses bras, suivi d’une femme qui se cramponnait a sa ceinture de cuir, tandis que deux autres enfants, l’un de quatre ans, l’autre de cinq, se cramponnaient a la robe de la femme.

Le quatrieme apparut boitant et attaché a une longue épée.

Enfin, pour clore la marche, un jeune homme d’une belle mine s’avança sur un cheval noir, poudreux, mais d’une belle race.

Celui-la, pres des autres, avait l’air d’un roi.

Forcé de marcher assez doucement pour ne pas dépasser ses collegues, peut-etre d’ailleurs intérieurement satisfait de ne point marcher trop pres d’eux, ce jeune homme demeura un instant sur les limites de la haie formée par le peuple.

En ce moment il se sentit tirer par le fourreau de son épée, et se pencha en arriere.

Celui qui attirait son attention par cet attouchement était un jeune homme aux cheveux noirs, a l’oil étincelant, petit, fluet, gracieux, et les mains gantées.

– Qu’y a-t-il pour votre service, monsieur ? demanda le cavalier.

– Monsieur, une grâce.

– Parlez, mais parlez vite, je vous prie : vous voyez que l’on m’attend.

– J’ai besoin d’entrer en ville, monsieur, besoin impérieux, comprenez-vous ? – De votre côté, vous etes seul, et avez besoin d’un page qui fasse encore honneur a votre bonne mine.

– Eh bien ?

– Eh bien, donnant donnant : faites-moi entrer, je serai votre page.

– Merci, dit le cavalier ; mais je ne veux etre servi par personne.

– Pas meme par moi ? demanda le jeune homme avec un si étrange sourire que le cavalier sentit se fondre l’enveloppe de glace ou il avait tenté d’enfermer son cour.

– Je voulais dire que je ne pouvais pas etre servi.

– Oui, je sais que vous n’etes pas riche, monsieur Ernauton de Carmainges, dit le jeune page.

Le cavalier tressaillit ; mais, sans faire attention a ce tressaillement, l’enfant continua :

– Aussi ne parlerons-nous pas de gages, et c’est vous au contraire, si vous m’accordez ce que je vous demande, qui serez payé, et cela au centuple des services que vous m’aurez rendus ; laissez-moi donc vous servir, je vous prie en songeant que celui qui vous prie, a ordonné quelquefois.

Le jeune homme lui serra la main, ce qui était bien familier pour un page ; puis se retournant vers le groupe de cavaliers que nous connaissons déja :

– Je passe, moi, dit-il, c’est le plus important ; vous Mayneville, tâchez d’en faire autant par quelque moyen que ce soit.

– Ce n’est pas tout que vous passiez, répondit le gentilhomme ; il faut qu’il vous voie.

– Oh ! soyez tranquille, du moment ou j’aurai franchi cette porte, il me verra.

– N’oubliez pas le signe convenu.

– Deux doigts sur la bouche, n’est-ce pas ?

– Oui, maintenant que Dieu vous aide.

– Eh bien, fit le maître du cheval noir, – mons le page, nous décidons-nous ?

– Me voici, maître, répondit le jeune homme, et il sauta légerement en croupe derriere son compagnon qui alla rejoindre les cinq autres élus occupés a exhiber leurs cartes et a justifier de leurs droits.

– Ventre de biche ! dit Robert Briquet qui les avait suivis des yeux, – voila tout un arrivage de Gascons, ou le diable m’emporte !