Fantômes - Ivan Sergeyevich Turgenev - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1863

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Opinie o ebooku Fantômes - Ivan Sergeyevich Turgenev

Fragment ebooka Fantômes - Ivan Sergeyevich Turgenev

A Propos

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
A Propos Turgenev:

Ivan Sergeyevich Turgenev (November 9 [O.S. October 28] 1818 – September 3 [O.S. August 22] 1883) was a major Russian novelist and playwright. His novel Fathers and Sons is regarded as a major work of 19th-century fiction. Source: Wikipedia

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Un instant… et le conte de fées s'évanouit.

Et l'âme est de retour a la réalité.

A. Fet.


Chapitre 1

 

Je me retournais dans mon lit, n'arrivant pas a dormir.

« Que le diable emporte toutes ces sottises de tables tournantes !… Cela n'est bon qu'a vous détraquer les nerfs ! » me disais-je…

Peu a peu, le sommeil finit par me gagner…

Tout a coup, je crus entendre, dans ma chambre, un son faible et plaintif comme une corde que l'on pince.

Je soulevai la tete. La lune était basse dans le ciel, et me regardait, droit dans les yeux. Sa lumiere dessinait sur le parquet une raie blanche, tracée a la craie… Et de nouveau je perçus l'étrange bruit.

Je me dressai sur le coude. Une légere appréhension me faisait tressaillir. Quelques minutes passerent. Un coq chanta au loin ; un autre lui répondit.

Je reposai ma tete sur l'oreiller.

« Voila ou cela nous mene… A présent, j'ai des bourdonnements d'oreilles ! »

Je me rendormis presque immédiatement et fis un reve singulier. J'étais couché dans mon lit et ne dormais pas, ne pouvant pas meme fermer l'oil… Derechef, le son se fit entendre… Je me retournai… Le rayon de lune se soulevait doucement, se redressait, s'arrondissait par le haut… Une femme blanche, immobile et transparente comme la brume, se tenait devant moi.

« Qui es-tu ? » demandai-je avec effort.

Une voix semblable au chuchotis des feuilles :

« C'est moi… moi… moi…, je viens te chercher.

— Me chercher ?… Qui es-tu donc ?

— Viens, la nuit, au coin de la foret, sous le vieux chene… J'y serai. »

Je voulus discerner les traits de la femme mystérieuse, mais un tremblement involontaire me parcourut tout entier et une bouffée d'air glacé me frappa au visage. Je n'étais plus couché, mais assis sur mon séant, et, a l'endroit ou j'avais cru apercevoir la vision, il n'y avait plus qu'une longue raie de lumiere blanche, projetée par la lune.


Chapitre 2

 

La journée fut mauvaise. Il me souvient d'avoir essayé de lire, de travailler, mais en vain… Tout me tombait des mains.

Vint la nuit. Mon cour battait violemment comme si je m'étais attendu a quelque chose. Je me couchai et me tournai face au mur.

« Pourquoi n'es-tu pas venu ? » demanda une voix basse, mais distincte.

Je me retournai d'un bond.

C'était elle, la vision mystérieuse : des yeux immobiles dans un visage impassible, un regard voilé de tristesse.

« Viens ! chuchota-t-elle de nouveau.

— Oui, je viendrai », répondis-je, en proie a une panique involontaire.

Le spectre se courba lentement, se tordit comme des volutes de fumée et s'évanouit. Le reflet pacifique de la lune reparut sur le parquet.


Chapitre 3

 

Tout le jour suivant, je fus terriblement anxieux. Au souper, je bus une pleine bouteille de vin, puis sortis sur la terrasse, mais rentrai immédiatement et me mis au lit. Mon sang bourdonnait lourdement.

Le meme bruit… Je tressaillis et ne me retournai pas… Tout a coup, quelqu'un m'enlaça fortement par les épaules et me souffla :

« Viens… viens… viens !… »

Tremblant de terreur, je ne pus que gémir :

« Oui, je viendrai ! »

Et je me redressai.

La femme était la, penchée sur mon oreiller. Elle me sourit faiblement et disparut. Néanmoins, j'eus le temps d'entrevoir son visage. Il me sembla que je l'avais déja aperçue quelque part — ou et quand ? Je me levai tard, le lendemain, passai toute la journée a errer a travers champs, allai contempler le vieux chene a l'extrémité de la foret, m'arretai et regardai tout autour.

A la tombée de la nuit, je m'installai dans mon cabinet de travail, devant la fenetre ouverte. Ma vieille intendante avait posé une tasse de thé devant moi, mais je n'y avais pas touché… Stupéfait, je me demandai : « Est-ce que je deviens fou ? »

Le soleil venait de se coucher, recouvrant tout le ciel de lueurs d'incendie, et l'embrasement s'était étendu a toute la nature, qui avait pris une étrange teinte écarlate ; les herbes et le feuillage des arbres s'étaient subitement figés, comme si on les avait recouverts d'une couche de laque. Et il y avait quelque chose d'infiniment mystérieux dans leur immobilité de pierre, dans la netteté de leurs contours, dans cette alliance de lumiere crue et de silence de mort. Un grand oiseau gris vint se poser sans bruit sur le rebord de ma croisée… Je le regardai ; il me dévisagea aussi, de ses yeux ronds et sombres…

« Qui sait, peut-etre es-tu venu me rappeler ma promesse ? » me dis-je aussitôt.

L'oiseau battit de l'aile et s'envola, toujours sans faire de bruit. Je demeurai encore longtemps assis devant la fenetre, mais plus rien ne m'étonnait ; je me sentais comme enfermé dans un cercle magique ; une force douce, quoique invincible, m'entraînait malgré moi, de meme que le remous de la cascade emporte la barque bien avant sa chute.

Je sortis enfin de ma torpeur. La pourpre du ciel avait disparu depuis longtemps ; les teintes s'étaient obscurcies ; le silence était rompu. Une brise légere se mit a souffler ; la lune brilla d'un éclat plus vif dans le ciel assombri et baigna d'argent les feuilles noires des arbres. Ma vieille intendante entra dans mon cabinet de travail, une bougie allumée a la main, mais une bourrasque l'éteignit soudain. Incapable de tenir plus longtemps, je me levai et me dirigeai vers l'angle de la foret, pres du vieux chene.