Claire Militch - Ivan Sergeyevich Turgenev - ebook
Kategoria: Fantastyka i sci-fi Język: francuski Rok wydania: 1883

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Opis ebooka Claire Militch - Ivan Sergeyevich Turgenev

Lorsque Jacques Aratov, jeune homme taciturne et solitaire, fait la connaissance de l'actrice Claire Militch, il reste indifférent a son charme et, plus tard, a son implicite déclaration. En apparence du moins... La nouvelle de la mort de la jeune femme, qui s'est suicidée, provoque, lorsqu'il l'apprend quelques mois plus tard, le trouble dans son esprit... Et si la jeune femme s'était donné la mort suite a une déception amoureuse? Et s'il en était la cause? Et s'il avait toujours aimé Clara, sans se l'avouer? Et comment expliquer les visites nocturnes du fantôme de Claire depuis qu'il cherche a comprendre les raisons de son suicide?

Opinie o ebooku Claire Militch - Ivan Sergeyevich Turgenev

Fragment ebooka Claire Militch - Ivan Sergeyevich Turgenev

A Propos
Chapitre 1

A Propos Turgenev:

Ivan Sergeyevich Turgenev (November 9 [O.S. October 28] 1818 – September 3 [O.S. August 22] 1883) was a major Russian novelist and playwright. His novel Fathers and Sons is regarded as a major work of 19th-century fiction. Source: Wikipedia

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Chapitre 1

 

Au printemps 1878, un jeune homme âgé de vingt-cinq ans, du nom de Jacques Aratov, vivait a Moscou, a Chabolovka, dans une maisonnette de bois, en compagnie de sa tante Platonida Ivanovna, vieille fille, sour de son défunt pere, qui avait largement passé la cinquantaine. Elle s’occupait de son ménage et veillait a ses dépenses, ce dont Aratov aurait été bien incapable. Il n’avait pas d’autres parents. Quelques années plus tôt, son pere, un hobereau mal renté de la province de T., s’était installé a Moscou avec son fils et sa sour Platonida Ivanovna qu’il appelait toujours Platocha, nom que lui donnait aussi le fils. Ayant quitté la campagne ou ils avaient toujours vécu jusque-la, le vieil Aratov vint habiter la capitale afin que son fils y suive des études universitaires pour lesquelles il l’avait lui-meme préparé. Il acheta, a vil prix, une maisonnette a l’extrémité de la ville et il s’y installa avec tous ses livres et ses instruments scientifiques. Il en avait a profusion : c’était un homme frotté de science… « un grand original », au dire de ses voisins. Il passait, a leurs yeux, pour un nécromancien ; on lui décerna meme le sobriquet d’« observateur d’insectes ». Il s’occupait de chimie, de minéralogie, d’entomologie, de botanique et de médecine : il guérissait ses patients bénévoles a grand renfort d’herbes et de « poudres de métaux » de son invention, d’apres la méthode de Paracelse. Ces poudres acheverent d’abréger les jours de sa jeune femme, fort jolie, mais un peu fragile, qu’il aimait avec passion et qui lui donna un fils unique. C’est avec ces poudres également qu’il gâta définitivement la santé de son fils en croyant le fortifier : il le tenait pour anémique, avec une tendance a la phtisie, héritée de sa mere. Il s’était attiré la réputation de « nécromancien » pour la raison, entre autres, qu’il se croyait l’arriere-neveu – par les femmes, il est vrai – du fameux Bruce, en l’honneur de qui il donna le nom de Jacques a son fils. C’était ce qu’on appelle un brave homme. Mais il avait un caractere mélancolique ; méticuleux dans ses habitudes, timide, il marquait un penchant vers tout ce qui est mystérieux et mystique… A tout propos, il exhalait un « Ah ! » comme en un murmure. C’est d’ailleurs avec cette exclamation sur les levres qu’il mourut, deux ans apres son arrivée a Moscou.

Son fils Jacques ne ressemblait guere, au physique, a son pere, qui était laid, gauche et maladroit : son aspect extérieur tenait de celui de la mere. Jacques avait les memes traits de visage, doux et fins, les memes cheveux souples et cendrés, le meme nez un peu busqué, les memes levres charnues et enfantines, les memes yeux, grands, gris-vert, surplombés de sourcils duvetés. En revanche, Jacques avait hérité du caractere paternel. Bien que tres différent de celui de son pere, son visage reflétait la meme expression : il avait aussi, les mains noueuses et la poitrine plate, tout comme le vieil Aratov, dont on ne saurait dire d’ailleurs qu’il fut vieux, car il mourut avant d’avoir atteint la cinquantaine.

Du vivant du pere encore, Jacques prit ses inscriptions a la Faculté des sciences physiques et mathématiques. Cependant, il n’acheva pas ses études – non par paresse mais parce que, selon lui, l’université n’enseignait pas beaucoup plus que ce que l’on pouvait apprendre chez soi. Quant aux diplômes, il ne s’en souciait guere, ne comptant pas entrer au service de l’État. Avec ses camarades, il se montrait réservé, timide, ne se liant presque avec personne. En particulier, il fuyait les femmes et menait une vie solitaire, absorbé par ses études. Mais s’il évitait la société féminine, ce n’était certes point par insensibilité. Il avait le cour tendre, et il aimait la beauté. Il acheta meme un magnifique keepsake anglais – et (horreur !) il aimait a contempler des gravures représentant de belles créatures… Mais il était toujours retenu par une sorte de pudeur native.

Il occupait, dans la maison, le grand cabinet paternel qui lui servait aussi de chambre a coucher : il dormait dans le lit meme ou son pere était mort. L’appui indispensable dans l’existence, il le trouvait aupres de sa tante, cette Platocha qui était un camarade pour lui, un ami indéfectible. Quoiqu’il ne lui arrivât guere d’échanger plus de dix mots avec elle de toute la journée, il ne pouvait s’en passer. C’était une créature au visage terne, oblong, avec une bouche garnie de longues dents. Ses yeux pâles avaient une immuable expression ou se melaient la tristesse, la crainte et le souci.

Toujours vetue d’une robe grise, emmitouflée dans un châle de meme couleur qui sentait constamment le camphre, elle rôdait dans la maison comme une ombre, a pas feutrés, soupirant et murmurant des prieres. Elle avait une prédilection particuliere pour une courte évocation qui se résumait en deux mots : « Seigneur, aidez-nous. » Fort habile ménagere, elle épargnait sur un kopek et faisait en personne toutes les emplettes. Elle adorait son neveu, sans cesse préoccupée de sa santé : elle avait peur de tout, non pour elle mais pour lui. A peine lui semblait-il percevoir chez Jacques un léger malaise, qu’elle lui apportait, sans bruit, une tasse de tisane pectorale qu’elle posait sur son bureau. Ou encore, elle lui tapotait doucement le dos de ses mains molles comme de l’ouate. Jacques ne se sentait pas importuné par de tels soins, mais il ne touchait pas a la tisane et, pour toute réponse, hochait de la tete en signe d’approbation.

Il ne pouvait d’ailleurs guere se louer de sa santé. Fort impressionnable, nerveux, soupçonneux, il souffrait de palpitations de cour et parfois d’essoufflement. Tout comme son pere, il croyait que la nature et l’âme humaine enferment des mysteres que l’homme peut parfois pressentir mais qu’il n’arrive jamais a pénétrer. Il croyait en l’existence de forces et de fluides, parfois amicaux et bienveillants, mais le plus souvent hostiles… et il avait également foi dans la science, dans sa valeur et dans sa dignité. Depuis quelque temps, il s’était pris de passion pour la photographie. L’odeur des ingrédients qu’il employait troublait fort la vieille tante, et l’inquiétait, non pour elle certes, mais pour son Yacha [1] qui souffrait d’une faiblesse de poitrine. Cependant la douceur de caractere du jeune homme ne l’empechait pas d’avoir une bonne dose d’entetement – et il continua a se vouer avec application a ses expériences favorites. Platocha s’inclina, mais en voyant les doigts de son neveu tachés de teinture d’iode, elle se mit plus souvent encore que jusque-la a soupirer en murmurant sa priere : « Seigneur, aidez-nous. »

Jacques, je l’ai déja dit, fuyait la société de ses camarades. Néanmoins, il se lia avec l’un d’eux, le fréquenta souvent, meme apres que celui-ci, ayant terminé ses études universitaires, eut obtenu un emploi qui d’ailleurs ne lui pesait guere. D’apres ses propres explications, il s’était « faufilé » dans une commission chargée des travaux de construction du « Temple du Christ-Sauveur » [2] – sans avoir, naturellement, la plus élémentaire notion d’architecture. Chose singuliere : cet unique ami de Jacques, du nom de Kupfer – un Allemand russifié a tel point qu’il ne savait pas un traître mot de sa langue d’origine et se servait meme du terme d’« allemand » dans un sens péjoratif – n’avait apparemment rien de commun avec Jacques. C’était un jeune garçon aux cheveux noirs, aux joues vermeilles, jovial, expansif, bavard et grand amateur de cette société féminine justement qu’Aratov évitait. A dire vrai, Kupfer déjeunait et dînait fréquemment chez Jacques. N’étant pas riche, il lui empruntait parfois de petites sommes. Mais ce n’était pas pour cela que ce jeune Allemand si remuant fréquentait assidument la modeste demeure de Chabolovka. Il est probable qu’il avait été séduit par la pureté d’âme et l’idéalisme de Jacques qui lui plaisait par contraste avec ce qu’il rencontrait et voyait ailleurs tous les jours ; peut-etre est-ce son origine germanique qui se trahissait dans son penchant pour ce jeune homme idéaliste. Quant a Jacques, il aimait la franche bonhomie de Kupfer. En outre, ses récits sur les spectacles, les concerts, les bals dont il était un habitué – et en général tout ce que Kupfer racontait sur ce monde étranger a Jacques et ou celui-ci ne se risquait point a pénétrer – éveillait en lui une sorte de trouble et l’agitait secretement, sans d’ailleurs provoquer chez lui le désir d’éprouver toutes ces sensations par lui-meme. Platocha elle-meme montrait de la bienveillance pour Kupfer. Elle le trouvait, en vérité, par trop sans-gene parfois. Mais, sentant d’instinct qu’il était sincerement attaché a son cher Jacques, non seulement elle tolérait cet hôte un peu bruyant, mais était encore fort bien disposée envers lui.