Un Reve - Ivan Sergeyevich Turgenev - ebook
Kategoria: Humanistyka Język: francuski Rok wydania: 1876

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Opinie o ebooku Un Reve - Ivan Sergeyevich Turgenev

Fragment ebooka Un Reve - Ivan Sergeyevich Turgenev

A Propos
Chapitre 1
Chapitre 2
A Propos Turgenev:

Ivan Sergeyevich Turgenev (November 9 [O.S. October 28] 1818 – September 3 [O.S. August 22] 1883) was a major Russian novelist and playwright. His novel Fathers and Sons is regarded as a major work of 19th-century fiction. Source: Wikipedia

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Chapitre 1

 

JE vivais alors avec ma mere dans une petite ville maritime, et venais d'avoir dix-sept ans. Ma mere n'en avait pas trente-cinq — elle s'était mariée tres jeune. Mon pere était mort, comme j'entrais dans ma septieme année, mais je me souvenais fort bien de lui.

Maman était une blonde, de faible taille, avec un visage agréable, mais toujours triste, une voix lasse et sourde, des gestes timides. Autrefois, elle avait été célebre par sa beauté, et depuis n'avait rien perdu de son charme, en dépit des atteintes du temps. Jamais je n'ai vu des yeux plus profonds, plus doux et plus mélancoliques que les siens, de cheveux plus fins et vaporeux, de mains plus gracieuses. Je l'adorais et elle m'aimait…

Pourtant, notre existence n'était pas des plus joyeuses ; un mal secret, immérité et incurable, semblait ronger ma mere. Et ce n'était pas la douleur d'avoir perdu mon pere, qu'elle avait aimé passionnément et dont elle gardait pieusement le souvenir au fond de son cour… Non, c'était tout autre chose, une sorte de détresse inexplicable que je pressentais confusément, mais surement, des que je regardais ses yeux tendres et immobiles, ses levres belles et closes, marquées d'un pli amer.

Maman m'aimait, ai-je dit ; malgré cela, il arrivait qu'elle me repoussât comme si ma présence lui était devenue subitement insupportable. Je lui inspirais une véritable répulsion ; elle s'en repentait ensuite, me serrait sur son cour, en pleurant, et me suppliait de lui pardonner. J'attribuais ces sortes d'acces a sa santé fragile, a sa douleur… N'étaient-ils pas dus plutôt a son propre caractere, a ces impulsions mauvaises, voire criminelles, qui se faisaient jour en moi, quoique rarement ?… Je ne le crois pas, car les deux phénomenes ne coincidaient jamais.

Ma mere s'habillait toujours en noir, comme si elle continuait de porter le deuil, mais nous vivions sur un assez large pied. Nos amis étaient peu nombreux.


Chapitre 2

 

J'ÉTAIS l'unique souci de maman, et nos deux existences faisaient corps, pour ainsi dire. Ces relations entre parents et enfants ne sont pas toujours recommandables… il arrive meme qu'elles soient néfastes. Ajoutez a cela que j'étais fils unique… et la plupart des enfants qui se trouvent dans mon cas ne reçoivent pas une éducation normale. En les élevant, les parents songent trop a eux-memes… Cela n'est pas bon. Je n'étais ni gâté, ni aigri (deux défauts qui guettent tous les enfants uniques), mais mon systeme nerveux avait été ébranlé prématurément. D'ailleurs, en général, ma santé laissait fort a désirer : j'avais hérité cela de ma mere, a qui je ressemblais beaucoup, a tous les points de vue.

Je fuyais la société des garçons de mon âge, le commerce des hommes et meme ma propre mere. Mes plaisirs préférés étaient la lecture, les promenades solitaires et la reverie, surtout la reverie ! Ne me demandez pas a quoi je revais, car je ne saurais vous le dire. Quelquefois, il me semblait que je me trouvais devant une porte a moitié close, derriere laquelle il se cachait des mysteres insondables… J'étais la, inquiet, frissonnant, me demandant ce qu'il y avait de l'autre côté… je n'osais point franchir le seuil… J'attendais… J'attendais encore et toujours, ou bien… je m'endormais.

Si j'avais eu la moindre inclination poétique, je me serais certainement mis a écrire des vers ; si j'avais été dévot, je me serais fait moine… Je n'étais ni l'un ni l'autre, c'est pourquoi je continuais de rever — et d'attendre.