Quand une cellule déraille - Filip Lardon - ebook

Quand une cellule déraille ebook

Filip Lardon

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Opis

Un guide pratique pour tout savoir sur le cancer.Cet ouvrage s'adresse à toute personne qui veut en savoir plus sur le cancer. Étape par étape, le lecteur est informé de ce qu'est précisément le cancer, comment cette maladie apparaît dans le corps, comment la tumeur se développe et les conséquences de cette évolution. - Le cancer est-il une maladie de notre époque ?- Comment savoir si l'on souffre d'un cancer ?- Existe-t-il d'autres traitements que la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie ? Quelle est la place des thérapies dites expérimentales telles que la thérapie génique, l'immunothérapie, la thérapie anti-angiogénique, les thérapies « moléculaires » ?Le cancer est-il évitable ?- Que faut-il penser de la cigarette électronique ?Le Professeur Filip Lardon décrit également clairement les aspects cliniques, comme le diagnostic, les perspectives pour le patient et les traitements actuels et futurs. En fin d'ouvrage, un chapitre fournit des réponses courtes et concrètes aux questions régulièrement posées sur le cancer.Ce livre illustré de schémas est rédigé d'une façon très accessible et contient une quantité étonnante de données scientifiques sur la vie et sur les conséquences pour tout l'organisme quand une seule cellule se met à dérailler.Avec le soutien de la Fondation contre le Cancer, cet ouvrage de référence accessible à tous permet de mieux comprendre le processus du cancer et présente les thérapies existantes.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE Environ une personne sur trois, en Occident, aura un cancer au cours de sa vie. Le livre [...] s’adresse à tous ceux qui veulent en savoir plus sur cette maladie. Le Pr Lardon décrit de façon accessible les mécanismes de la maladie, et détaille le diagnostic, les traitements et les perspectives pour le patient. - J.M., Le Journal de l’Institut CurieLe professeur Filip Lardon décrit au grand public, de façon accessible, les mécanismes de la maladie, son développement dans le corps et ses conséquences sur l’organisme. Il détaille successivement les aspects cliniques, comme le diagnostic, les perspectives pour le patient, les traitements actuels et les avancées de la recherche. En fin d’ouvrage, un chapitre fournit des réponses courtes et concrètes aux questions régulièrement posées sur le cancer. - VivreÀ l’origine, des cellules qui se mettent à dérailler. Pourquoi ? Comment ? Quelles sont les conséquences ? Y a-t-il des signes avant-coureurs ? Les réponses sont dans ce livre à la portée de tous. - VivaÀ PROPOS DE L'AUTEUR Le Professeur Filip Lardon est professeur à la Faculté de Médecine et Sciences de la Santé de l’Université d’Anvers (Belgique) et chef de service du Laboratoire de Recherche sur le Cancer. Avec son équipe de recherche, il explore de nouvelles pistes dans l’apparition, le développement et le traitement des tumeurs. En outre, il donne des conférences sur le cancer et il met au point un programme antitabac pour les jeunes. Il a reçu le Prix « Service » de l’Université d’Anvers pour ses campagnes d’information et de sensibilisation.

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MOT DE L’AUTEUR

Bien rares sont les personnes qui ne seront jamais confrontées au cancer de façon directe ou indirecte au moins une fois dans leur vie : en Occident, la maladie frappe environ une personne sur trois et une famille sur deux.

Face à ces affections au décours et aux traitements extrêmement complexes, le patient et ses proches se posent souvent une foule de questions sur la nature du mal qui les touche, son origine, ses mécanismes. Ces informations sont essentielles : comprendre les causes du cancer et la manière dont il affecte notre organisme permet de mieux appréhender comment il apparaît, mais aussi comment il peut être soigné. J’ai voulu dans cet ouvrage regrouper toutes ces connaissances sous une forme claire et abordable. Les notions qui y sont exposées sont évidemment destinées en premier lieu aux patients et à leurs proches, mais également à toute personne désireuse d’en savoir plus sur le fonctionnement et les dysfonctionnements du corps humain et de ses cellules.

Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été fasciné par les mystères de la vie et le fonctionnement normal ou pathologique de cette extraordinaire machine qu’est le corps humain. C’est cet intérêt qui a déterminé mon parcours universitaire : après un master aux universités d’Hasselt et d’Anvers, en Belgique, j’ai obtenu en 1995 le titre de Docteur en Sciences Médicales à la Faculté de Médecine et Sciences de la Santé de l’Université d’Anvers. Aujourd’hui, mon champ d’intérêt et de recherche se concentre pleinement sur le domaine de l’oncologie expérimentale. Depuis 1998, j’enseigne à temps plein à l’université d’Anvers et je suis chef de service du Laboratoire de Recherche sur le Cancer. À côté de mes activités d’enseignement et de services, la recherche scientifique en oncologie fait donc partie de mon quotidien. Notre équipe s’efforce de pousser de plus en plus loin la compréhension de l’apparition, de la croissance et du traitement des tumeurs cancéreuses. Grâce aux développements biomédicaux et technologiques intervenus ces dernières années, la médecine est aujourd’hui extrêmement avancée et laisse entrevoir un avenir prometteur pour les patients. Dans un contexte où nos connaissances biomoléculaires de la cellule – saine ou malade – progressent à toute allure, l’heure est à l’optimisme pour les scientifiques que nous sommes. L’objectif ultime de la recherche en oncologie est, si pas de faire disparaître la maladie une fois pour toutes, du moins d’en arriver à ce qu’elle puisse être efficacement soignée et complètement guérie. Les scientifiques ne cessent d’affiner les thérapies classiques et d’en découvrir de nouvelles, et cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir. Demain, nous pourrons donc très probablement offrir à chaque patient un traitement largement individualisé et des chances de guérison extrêmement élevées.

Je tiens néanmoins à rappeler qu’un certain nombre de cancers pourraient être prévenus par un mode de vie sain et l’élimination des facteurs de risque évitables. Le tabac, notamment, demeure à ce jour la première cause de maladies oncologiques : en Occident, il est responsable de plus de 30% de l’ensemble des cancers et de 80 à 90% des tumeurs pulmonaires ! Dans ce cas précis, la solution se trouve donc moins entre les mains des médecins et des chercheurs que des fumeurs eux-mêmes. Il est capital d’en informer correctement la population, et en particulier les plus jeunes. C’est pour cette raison que j’ai lancé voici quelques années un programme anti-tabac spécifiquement destiné à ce public et que je me rends tous les mois dans plusieurs écoles ou associations pour sensibiliser les jeunes aux terribles conséquences du tabagisme – des activités qui s’inscrivent pleinement dans notre objectif d’éliminer le cancer.

Le but de ce livre est de présenter la maladie d’une manière la plus simple possible. J’explique pas à pas ce qu’est le cancer, comment, pourquoi et à quelle fréquence il se manifeste, comment il se développe et quelles sont ses conséquences. J’expose également le comportement des tumeurs (notamment leur évolution bénigne ou maligne et l’apparition de métastases), avant de m’attarder sur une série d’aspects cliniques tels que le diagnostic, le pronostic et les modalités thérapeutiques actuelles et futures, en exposant notamment les grands principes de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie et les raisons qui sous-tendent leur efficacité. Je m’attarde également sur la recherche scientifique en dressant un bref état des lieux des connaissances les plus récentes en matière d’oncologie. Dans le dernier chapitre, enfin, je propose de brèves réponses aux questions les plus fréquemment posées.

Bonne lecture.

Prof. Dr. Filip Lardon

INTRODUCTION

Le cancer est-il une maladie des temps modernes ? Certainement pas. Bien que le nombre de cas ait sensiblement progressé ces dernières décennies, il ne fait aucun doute qu’il existe depuis plusieurs siècles, voire depuis aussi longtemps (ou même depuis plus longtemps) que l’humanité. De nombreuses civilisations anciennes en Asie, en Amérique du Sud ou en Égypte mentionnent déjà l’existence de tumeurs malignes. Plusieurs descriptions de cancer du sein ont ainsi été découvertes sur des rouleaux de papyrus remontant à environ 1600 ans avant notre ère, deux momies retrouvées dans la pyramide de Gizeh présentent clairement des tumeurs osseuses et le médecin grec Hippocrate connaissait déjà le cancer de la peau au Ve siècle avant notre ère. En outre, loin de se limiter à l’homme, ce tableau clinique se retrouve chez tous les animaux supérieurs : une tumeur osseuse a même été décrite chez un ours des cavernes ayant vécu à la Préhistoire !

Le terme « cancer » est dérivé du grec carcinos ou du latin cancer, qui désigne un crabe ou une écrevisse. C’est le médecin gréco-romain Galien (Ier siècle) qui l’a baptisé ainsi en référence aux vaisseaux sanguins rouges et gonflés caractéristiques qui entourent les tumeurs, et que les guérisseurs de son époque comparaient volontiers aux pattes et aux pinces des crustacés. Cette image est encore utilisée à notre époque, notamment dans le sigle de nombreuses associations en rapport avec la maladie.

L’histoire de la recherche contre le cancer

Tout au long de l’histoire, l’origine du cancer a fait l’objet de bien des spéculations et de bien des recherches. De nombreuses civilisations anciennes lui attribuaient une origine divine – une croyance qui s’est perpétuée jusqu’au Moyen-Âge.

C’est pourtant bien avant cette époque qu’Hippocrate (± 400 avant notre ère) a formulé sa « théorie des humeurs », où il présente le cancer comme un déséquilibre entre la bile noire produite par la rate et les trois autres fluides corporels (le sang, la bile jaune et la lymphe). Cette explication, la première à attribuer la maladie à des causes naturelles, a fait autorité durant très longtemps. Le chirurgien parisien Henri François Le Dran (XVIIIe siècle) a été le premier à contester ouvertement la théorie du père de la médecine : pour lui, le cancer était, à un stade précoce, une pathologie strictement locale, qui ne pouvait donc être guérie que par la chirurgie. Il a toutefois également décrit sa propagation dans l’organisme par le biais des canaux lymphatiques, affirmant qu’il suffisait qu’une goutte de lymphe cancéreuse atteigne les ganglions avoisinants pour contaminer tout le système.

L’étape suivante a été l’avènement de la microscopie. Grâce à cette évolution technique, le scientifique allemand Johannes Müller (XIXe siècle) a pu démontrer pour la première fois que les tumeurs se composent des mêmes cellules que le reste de l’organisme, mais qu’il existe aussi des différences entre cellules normales et cancéreuses. Elle a également permis au médecin allemand Rudolf Virchow (XIXe siècle) d’affirmer que « chaque cellule naît d’une autre ». C’est ainsi que le cancer a finalement – et à juste titre – été reconnu comme une maladie de la cellule.

Les découvertes scientifiques majeures se sont ensuite succédé à un rythme soutenu, développant sans cesse notre connaissance de la maladie. Non seulement les mécanismes qui président à son apparition et à sa croissance sont aujourd’hui de mieux en mieux compris, mais les évolutions médico-scientifiques actuelles ont également ouvert la porte à des possibilités inédites en termes de dépistage et de traitement. Grâce à des développements biomédicaux et technologiques de plus en plus poussés, la médecine moderne est déjà très avancée et laisse entrevoir un avenir plein d’espoir pour les malades.

L’oncologie est la discipline de la médecine qui se consacre à la prise en charge des cancers. Le terme est dérivé des racines grecques onkos (qui signifie masse ou tumeur) et logos (science, connaissance). L’oncologie est donc la science des maladies tumorales, la médecine des cancers – une spécialité qui ne cesse de gagner en importance mais qui collabore aussi de façon étroite avec d’autres, telles que la gynécologie, l’hématologie ou la neurologie.

1NAISSANCE D’UN CANCER

Le cancer, une maladie de la cellule

Le cancer est une maladie de la cellule. Pour percer ses mystères, il est donc indispensable de bien comprendre la nature et le fonctionnement de celle-ci. C’est pourquoi nous entamerons ce chapitre par un bref survol de la structure et du fonctionnement d’un corps humain en bonne santé, constitué de plusieurs milliards de cellules.

Notre organisme peut se comparer à une maison faite de plusieurs pièces délimitées par des murs, euxmêmes composés de centaines, voire de milliers de briques. Ces dernières constituent l’unité de base de toute la construction : il suffit d’en disposer quelques centaines de milliers suivant un plan bien organisé et vous obtiendrez une maison solide et fonctionnelle.

Le corps humain présente une structure très similaire, si ce n’est qu’à la place des pièces, il possède plusieurs systèmes responsables chacun d’une fonction spécifique – les plus importants étant les systèmes nerveux, respiratoire, circulatoire, digestif, excréteur, reproducteur et moteur. Ces systèmes regroupent à leur tour plusieurs organes (par exemple l’estomac, le foie, l’intestin grêle, le gros intestin, etc. pour le système digestif), qui sont eux-mêmes constitués de différents tissus. Le foie possède ainsi du tissu glandulaire, du tissu conjonctif et du tissu épithélial. Enfin, ces tissus sont formés d’une multitude de cellules bien spécifiques (cellules glandulaires dans le cas du tissu glandulaire), qui constituent la plus petite unité fonctionnelle de notre corps, les briques de notre maison. Elles sont toutefois trop petites pour que nous puissions les voir à l’œil nu, et il en faut donc des quantités considérables – de l’ordre de plusieurs milliards ! – pour fabriquer un corps humain.

Nos cellules sont toutefois beaucoup plus complexes que les briques d’une maison : il s’agit en effet d’unités dites « fonctionnelles », conçues pour pouvoir exister de manière autonome et pour être capables de vivre, croître, se diviser, se mouvoir, produire de l’énergie, communiquer avec d’autres cellules et exercer une foule d’autres fonctions. Il arrive néanmoins que certaines de ces fonctions soient gravement perturbées, ce qui peut se traduire par la transformation de la cellule en cellule cancéreuse. Pour bien comprendre ce qui distingue une cellule cancéreuse de ses équivalents sains, il nous faut toutefois examiner un peu plus en détail ces « unités fonctionnelles » normales.

Grâce à un microscope électronique très perfectionné, il est possible d’agrandir suffisamment la cellule pour examiner son intérieur dans les moindres détails. On découvre ainsi qu’elle contient elle-même plusieurs « mini-organes » ou organites, qui lui servent notamment à produire de l’énergie et des matériaux de construction, ou encore à absorber ou éliminer différentes substances.

Chaque cellule possède aussi un noyau, une structure d’une importance capitale qui renferme l’ensemble de son matériel génétique ou ADN. Cet ADN contient toute l’information relative à la cellule, de sa forme à sa fonction, et il y en a tellement qu’il doit être enroulé de façon extrêmement compacte pour être stocké à l’intérieur du noyau. Il se présente sous la forme d’une échelle en spirale à plusieurs millions d’échelons. Un fragment d’ADN bien spécifique porteur d’un morceau d’information important est appelé un gène.

Ces gènes sont évidemment essentiels au bon fonctionnement de la cellule, du tissu, de l’organe, du système et du corps tout entier. Les cellules d’un même organisme possèdent presque toutes le même ADN, qui contient une myriade d’informations sur l’individu (couleur des cheveux et de la peau, taille…) et est unique pour chacun d’entre nous : c’est le gêne qui détient les clés de notre fonctionnement et de notre apparence.

Le terme ADN (ou acide désoxyribonucléique) fait référence à la composition biochimique de ces molécules très particulières. Une molécule d’ADN est faite de deux longs filaments composés d’un enchaînement d’unités appelées « nucléotides » et enroulés de manière à former une structure en double hélice – une sorte d’échelle en spirale. Les deux filaments (les « montants » de l’échelle) sont attachés entre eux par une succession de paires de « bases », qui relient chacune deux nucléotides, comme autant de « barreaux ». Une série de barreaux qui se suivent dans un ordre précis est appelée une séquence ; les portions d’ADN porteuses d’une séquence fonctionnelle importante sont des gènes.

Le nombre de séquences possibles étant quasi infini, l’ordre de succession des nucléotides est porteur d’informations génétiques uniques. Chaque gène contient les instructions de fabrication d’une protéine donnée. L’ADN d’une cellule humaine comporte environ 3 milliards de paires de bases et quelque 25 000 gènes. Comme il faut tellement de séquences pour contenir toute notre information génétique, nous avons aussi besoin d’énormément d’ADN. C’est pour cette raison que celui-ci est enroulé d’une façon extrêmement compacte dans les chromosomes, au nombre de 46 dans le noyau de chaque cellule humaine.

Reste à comprendre comment un corps constitué de plusieurs milliards de cellules se forme au départ d’un unique ovule fécondé. Cela implique évidemment que l’organisme fabrique un nombre phénoménal de nouvelles cellules au cours de son développement. Cette production se poursuit également une fois arrivé à maturité : nos cellules ne sont en effet pas éternelles et doivent donc être remplacées en permanence. Les globules rouges qui se chargent de transporter l’oxygène dans notre sang, par exemple, ont une durée de vie moyenne d’environ 120 jours et doivent donc sans cesse être renouvelés : notre corps en produit environ 2,5 millions chaque seconde !

Comment sont fabriquées ces nouvelles cellules ? C’est très simple : par la division d’une cellule existante (la cellule mère) en deux nouvelles entités identiques (les cellules filles).

Les cellules filles peuvent se diviser à leur tour pour former chacune deux nouvelles cellules filles, et ainsi de suite. Ce processus peut se poursuivre presque indéfiniment.

Toutes les cellules filles doivent évidemment contenir le même ADN que la cellule mère, reproduit à l’identique et exactement dans le même ordre, jusqu’au dernier gène. Cela signifie que la cellule initiale, avant chaque division, doit commencer par copier (dupliquer) très précisément l’ensemble de son ADN afin de pouvoir en transmettre une version à chacune de ses deux filles.

La réplication de l’ADN et la division cellulaire sont loin d’être simples, mais les scientifiques sont parvenus, au terme d’années de recherche, à s’en faire une idée précise. Il semble que ces processus reposent sur un nombre incalculable de petites étapes encadrées par une foule de mécanismes de contrôle… car comme ils se produisent plusieurs millions de fois par seconde chez chacun d’entre nous, il est évidemment capital qu’ils se déroulent sans erreurs ! Si certains fragments d’ADN sont copiés de façon incorrecte, les cellules filles possèderont en effet un ou plusieurs gènes défectueux, ce qui peut avoir des conséquences extrêmement fâcheuses pour le tissu, l’organe ou même le corps tout entier. C’est pour cette raison qu’il existe des mécanismes intégrés qui contrôlent scrupuleusement la duplication de l’ADN avant que celui-ci ne soit réparti entre les deux cellules filles.

Même si ce système complexe fonctionne presque toujours sans accrocs, il lui arrive malgré tout de laisser passer de petites erreurs. Il est tellement bien conçu que ces incidents sont exceptionnels et que la plupart des fautes éventuelles peuvent être corrigées à temps, mais il est néanmoins possible qu’il se forme de temps à autre une cellule fille défectueuse. C’est à partir de tels déficits accidentels que peut se développer une cellule cancéreuse.

Signalons à cet égard qu’il est important que le système de contrôle subisse le moins possible de perturbations, car celles-ci peuvent provoquer une multiplication des erreurs, ce qui pourrait accélérer l’apparition d’un éventuel cancer.

Nous allons à présent détailler le processus de développement d’une cellule cancéreuse.

Une erreur dans les gènes

Parmi les très nombreux gènes qui doivent être copiés à chaque division cellulaire, deux familles méritent que nous nous y arrêtions plus en détail pour leur rôle majeur dans le développement des cancers : les oncogènes et les gènes suppresseurs de tumeurs. Ces gènes sont présents dans toute cellule normale, en bonne santé. En dépit de leurs noms, ils n’ont donc, au départ, rien à voir avec le cancer.

Les oncogènes sont tout simplement les gènes qui donnent l’autorisation à la cellule de fabriquer de l’ADN en vue d’une division, puis de se diviser. Ils sont donc un peu comparables à l’accélérateur d’une voiture, la pédale qui la met en mouvement : leur activation déclenche la duplication de l’ADN et la division cellulaire. Ils interviennent chaque fois qu’il faut fabriquer de nouvelles cellules, par exemple pour assurer la croissance d’un individu, ou pour maintenir son taux de globules rouges à la normale.

Les gènes suppresseurs de tumeurs font exactement l’inverse : ils sont capables d’interrompre la production d’ADN et la multiplication des cellules. C’est la « pédale de frein » qui bloque la duplication des gènes et la division cellulaire, ce qui est important notamment lorsque les cellules d’un organe mature (un rein, par exemple) n’ont temporairement pas besoin de se multiplier parce qu’elles sont suffisamment nombreuses, ou lorsqu’il n’y a pas suffisamment de matières premières pour fabriquer de nouvelles cellules.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, il arrive que des erreurs se produisent au cours de la division cellulaire. Supposons par exemple, que certaines portions capitales de l’ADN aient été mal ou même pas du tout copiées et soient donc absentes ou anormales dans les cellules filles. Ces fautes de copie sont appelées mutations et le gène défectueux qui en découle est dit mutant. Ce phénomène peut déboucher sur des cellules filles endommagées, non viables ou incapables de se diviser à leur tour – mais tant que l’ampleur des dégâts reste limitée, ce n’est pas très grave, puisqu’il y a une foule d’autres cellules (normales) pour prendre le relais.

Supposons à présent qu’une mutation se produise lors de la copie d’un oncogène et en provoque l’activation constante : pour reprendre notre métaphore automobile, on obtient alors un véhicule dont l’accélérateur est enfoncé en permanence. La cellule fille porteuse de la mutation est donc beaucoup plus active et agressive que la normale et ne cesse de se diviser à toute vitesse, que l’organisme le lui demande ou non ! Lorsque c’est au contraire le gène suppresseur de tumeurs qui est porteur d’une mutation, on obtient une cellule fille incapable de cesser de se diviser même lorsque des circonstances externes l’exigent – comme une voiture sans frein qui ne peut pas s’arrêter, même à un feu rouge.

Ces deux erreurs de copie sont justement celles qui débouchent sur la fabrication d’une cellule cancéreuseou maligne, porteuse d’oncogènes ou de gènes suppresseurs de tumeurs mutants. Une telle cellule va complètement « dérailler » et se mettre à se diviser plus vite, plus souvent et plus agressivement que les autres en ignorant complètement les mécanismes de contrôle qui s’appliquent aux cellules saines.

L’apparition d’une seule cellule cancéreuse parmi des milliards de cellules saines est-elle vraiment si dramatique ? La réponse est oui, car comme cette unique cellule malade se divise beaucoup plus rapidement que les autres et échappe à tout contrôle, elle va rapidement donner naissance à une multitude de cellules filles anormales. Celles-ci vont former une masse appelée tumeur, qui va grandir de plus en plus à l’endroit où est apparue la première cellule cancéreuse.

Lorsque cette tumeur se situe en surface d’un organe ou sous la peau, elle devient rapidement visible ou palpable. Mais bien souvent, la tumeur se développe beaucoup plus profondément dans nos organes internes, à un endroit où nous ne pourrons ni la voir ni la sentir. Au bout d’un certain temps, elle finira toutefois par provoquer des symptômes parce qu’elle comprime ou envahit les tissus avoisinants.

Les cancers du sang – ou leucémies – ne se manifestent pas sous la forme de tumeurs fixes. Ils provoquent d’autres types de symptômes tels qu’une fatigue importante ou des anomalies de la composition du sang.

Pour en savoir plus sur la manière dont la tumeur se développe et sur les ravages qu’elle provoque dans l’organe et dans l’organisme tout entier, rendez-vous au chapitre 2.

Un processus en plusieurs étapes