Plus heureuse qu'avant mon cancer - Klairet S - ebook

Plus heureuse qu'avant mon cancer ebook

Klairet S

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Opis

La vie d'une femme changée en mieux par la maladie

Il y a des boules qu’on aime : les boules de Noël, toutes colorées, les boules de Berlin, délicieuses pâtisseries, mais il y a des boules qu’on voudrait ne jamais voir apparaître, comme celle qui a surgi dans ma vie ce jour-là.
Alors, parce que je n’ai jamais aimé que les boules qui rendent heureux, j’ai décidé de me battre contre cette coquine indésirable qui avait pris place dans mon sein.
Mon sein, moi et cette indésirable coquine de boule, nous nous sommes empoignés pendant de longs mois et devinez quoi...
J’ai gagné !
Alors, pour que plus aucune coquine de boule ne vienne teinter de bleu les yeux d’autres femmes, je raconte cette histoire.
Bienvenue dans ma vie.

Un hymne à la vie. À lire absolument !

EXTRAIT

Dès huit heures du matin, le cœur battant, j’appelle ma nouvelle gynécologue, Docteur C. En fond sonore, je devine la présence d’un enfant en bas âge. Je les imaginais au lit, les cheveux en pagaille, interrompant leurs jeux de chatouille, le portable à la main. Mais peut-être était-elle sagement autour de la table du petit-déjeuner à siroter la première gorgée de café ? Je la dérangeais, nul doute !
La jeune doctoresse m’invite à une mammographie :
« Mon assistante vous délivrera sur place le document ad hoc ». Me voilà un peu soulagée après cette nuit chiffonnée.
Toutefois, il me faut vous expliquer le contexte. Après vingt ans de loyaux services de mon premier gynéco, le Docteur L., je ne me suis pas pris la tête longtemps quand il m’a annoncé avoir oublié d’ôter le stérilet huit ans après la ligature des trompes par laparoscopie. Être enceinte avec autant de précautions relevait des compétences de l’ange Gabriel !

À PROPOS DE L'AUTEUR

Klairet S a enseigné bénévolement la danse pendant près de vingt ans dans des Centres Culturels. Le bénéfice des spectacles offrait des vacances aux enfants cancéreux entourés par une équipe médicale. En septembre 2006, elle est victime d’un cancer du sein. Elle pose les mots sur les maux et souhaite ainsi que les femmes touchées par la maladie et leurs proches s’identifient à leur tour, décryptent leurs ressentis et rebondissent plus que jamais pour aller de l’avant vers la quiétude. Après ses traitements, Klairet est devenue conférencière pour booster les femmes touchées par ce fléau.

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© La Boîte à Pandore

Paris

http ://www.laboiteapandore.fr

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ISBN : 978-2-39009-102-8 – EAN : 9782390091028

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Klairet S

Plus heureuse qu’avant

mon

cancer

Préfacé par Marylène Bergmann,journaliste et présentatrice télévision

Préface

Il est des expériences de vie qui vous métamorphosent à jamais. Des combats qui vous blessent dans votre chair et dans votre âme. Des angoisses qui vous font sonder des abîmes dont on ne pense jamais sortir. Et pourtant…

Un jour, un matin, ou un soir, on se sent remonter à la surface, poussé par une pulsion de vie à laquelle rien ne semble pouvoir faire obstacle. On entrevoit, enfin, une lumière providentielle sur le chemin d’obscurité qui a guidé nos pas, trop longtemps.

D’où viennent alors cette énergie décuplée, cette sagesse toute neuve qui nous fait poser un regard inédit sur la vie, ce désir de faire les choses différemment, patiemment, d’aller à l’essentiel ?

De l’intensité de l’épreuve, de toute évidence ! De la douleur, cent fois supportée. De la force et de la volonté, puisées au fond de soi, toujours plus loin ; durant des semaines, des mois, parfois des années.

« Ce qui ne tue pas renforce »… Cette phrase de Nietzsche a sans doute résonné plus d’une fois dans l’esprit de Klairet. Peut-être même s’y est-elle accrochée, comme à une sorte de « mantra magique » capable de conjurer le mauvais sort qui l’avait frappée ?

Pourquoi n’ose-t-on pas nommer cette maladie ? La nommer, c’est déjà l’apprivoiser, non ? L’accueillir, l’accepter, pour mieux la combattre.

Cancer : une personne sur trois, dit-on, l’a eu, l’aura, ou l’a déjà. Froide statistique à laquelle on espère échapper. Klairet n’a pas eu cette chance. Mais elle a eu, en revanche, celle de triompher de la maladie. Et d’en sortir « grandie », au prix de tant d’efforts !

Sur ce parcours difficile, les mots ont été ses alliés. Quand elle ne pouvait les faire sortir de sa bouche, fatiguée par trop de larmes, de souffrance, de nausées, d’incompréhension, elle les alignait sur des pages.

Pour ordonner ses pensées, sans doute. Pour ne rien oublier, peut-être… Sans avoir encore l’idée de partager ce récit, à moins que ce ne soit dans un coin de son inconscient ?

Le texte qu’elle nous livre ici est bouleversant de sincérité, de sobriété, de justesse. Klairet nous prend par la main et nous fait vivre chacune des secondes égrenées entre les visites à l’hôpital, les moments de solitude, les gouffres de douleur, les espoirs, les doutes, les mains tendues qu’on n’attendait pas, celles, espérées, qui restent fermées, jusqu’aux sourires libérateurs dans la joie des retrouvailles familiales.

Ce livre n’est pas triste. Il est vrai, profond, humain, et riche d’un enseignement que seuls les drames surmontés et transcendés peuvent offrir. C’est un hymne à la vie, envers et contre tout !

Marylène Bergmann

Remerciements

Lou, mon Amour ;

Marylène Bergmann, journaliste et présentatrice télévisions, amie de cœur ;

Victor Poincelot, mon ami, le fils que j’aurais voulu cajoler, étudiant ;

À mes zamours, pour leur courage : Laetitia, Maïté, Wimtje et Bouchon.

À Lulu, pour son aide précieuse dans la correction orthographique.

À Marraine, Mounette, ma seconde maman d’amour.

Hommage

À toi, Carole Dumoulin,

Née à Renaix le 2 mars 1960,

Décédée à ta maison le 3 février 2010.

À toi, mon amie d’enfance, mon « Mousstic ».

Tu n’as pas eu le temps de me lire.

Le cancer ne t’a pas laissé fêter ton demi-siècle avec les tiens.

Je pense à eux, en souffrance.

Je pense à toi, ma douce.

Nous correspondions pendant les traitements.

Nous nous encouragions mutuellement.

Plus fort que tout,

Notre souhait le plus cher était de rassembler nos familles cet été,

De nous remémorer

Nos pitreries au pensionnat.

De boire un coup,

À notre santé.

Ton sourire permanent et ton regard transparent

Bercent mes pensées.

À partir d’une bouture, j’ai donné vie à un rosier sans épines.

Je l’ai nommé « Carole ».

Qu’en penses-tu ?

Prépare-moi une place là-haut, à tes côtés.

Afin qu’à deux, nous déconnions encore.

Mais ne me tends pas trop vite la main… s’il te plaît, Mousstic.

Ton « Kapitein »

Introduction

Cela me toucherait profondément de pouvoir apporter une aide de compréhension, si petite soit-elle, auprès de femmes qui, comme moi, vivent le cancer du sein. Nous n’avons pas besoin de pitié ni de compassion, mais bien de compréhension. Nous n’avons pas besoin de discours, mais de conseils et surtout que l’on prenne le temps de nous écouter sans pour autant porter de jugement.

Le but de ma démarche est de faire partager les émotions souvent secrètes et d’exorciser mes angoisses par le biais de l’écriture. Laisser glisser la mine de crayon sur du papier recyclé velours ou usé par le temps me donne de l’inspiration et à la fois soulage mes tourments. Le temps écoulé dans les salles d’attente médicales me métamorphose en gratte-papier, à la curiosité pertinente et justifiée des autres patientes. Un sentiment de calme m’envahit lorsque les mots s’échappent du bout de bois si précieux. L’esquisse de mes sentiments ambigus se profile comme l’ombre discrète d’un doux papillon butinant inlassablement un aster rempli de tendresse.

Nous convoitons tant de choses matérielles, mais la santé et le bonheur ne sont-ils pas nos richesses les plus précieuses ?

« Être respectueux, c’est aussi apprendre à écouter le vécu de l’autre sans l’interrompre pour ne parler finalement que de soi »

État d’âme

Le 31 juillet 2006

Dès huit heures du matin, le cœur battant, j’appelle ma nouvelle gynécologue, Docteur C. En fond sonore, je devine la présence d’un enfant en bas âge. Je les imaginais au lit, les cheveux en pagaille, interrompant leurs jeux de chatouille, le portable à la main. Mais peut-être était-elle sagement autour de la table du petit-déjeuner à siroter la première gorgée de café ? Je la dérangeais, nul doute !

La jeune doctoresse m’invite à une mammographie : « Mon assistante vous délivrera sur place le document ad hoc ». Me voilà un peu soulagée après cette nuit chiffonnée.

Toutefois, il me faut vous expliquer le contexte. Après vingt ans de loyaux services de mon premier gynéco, le Docteur L., je ne me suis pas pris la tête longtemps quand il m’a annoncé avoir oublié d’ôter le stérilet huit ans après la ligature des trompes par laparoscopie. Être enceinte avec autant de précautions relevait des compétences de l’ange Gabriel !

Il suffisait cependant qu’il me présente le minimum d’excuses et quelques explications claires, précises. Mais il n’en a rien été, ce qui ne lui ressemblait guère. Et pourtant, à l’époque, j’avais subi l’échographie de contrôle trois semaines après la ligature. Peut-être y avait-il des risques à longue échéance, peut-être n’y en avait-il pas ! Le saurais-je un jour par le biais d’internautes ayant vécu même expérience ? Je garde cependant en mémoire cette douleur physique indéfinissable comme s’il m’arrachait un « steak » harponné dans le bas-ventre : « Voilà, madame, la cause de vos soucis hémorragiques pendant vos règles. » Du bout de la pince, je ne vois qu’un bout de chair rouge et un fil de cuivre. Je l’ai giflé virtuellement ! Encore, et encore, tellement la douleur était lancinante. Cela me soulageait, mais je me sentais si nulle, frustrée. La confiance envers lui avait déployé ses ailes et avait pris à jamais son envol.

Ne dit-on pas que l’erreur est humaine ! Qui ne travaille, n’a de responsabilités vis-à-vis de tiers, ne peut forcément se tromper ! Mon état stoïque m’a rendue muette aussi ! Et nous en sommes restés là.

Des connaissances m’ont cité quelques erreurs médicales récentes, de sa part, sans conséquence grave, heureusement. Est-il fatigué ? Débordé ? Venant de lui, c’est sûrement justifié, mais cela reste intolérable.

Je peux avouer ne pas avoir été déçue, mais choquée… Mais je ne lui tiens pas rancune. Il m’a aidée à mettre au monde mes deux chéries en bonne santé et c’est le plus beau des cadeaux. Bien qu’il soit aimable, et habituellement réconfortant, je ne peux plus assumer d’être sa patiente. J’ai demandé le transfert de mon dossier vers une de ses collègues, à tout hasard (première erreur).

Le plus urgent pour retrouver un climat serein étant de repartir sur de bonnes bases, il me fallait changer radicalement et dans la précipitation, ce qui ne me ressemble guère. La colère, sans doute ! Pourquoi ne pas profiter de cette opportunité pour choisir une femme ? Il est vrai, à l’époque, à quarante-cinq ans, proche des soucis de la préménopause, cela ressemblait à une opportunité. Je me voyais plutôt soulagée de me confier à une personne du même sexe (deuxième erreur).

Il me revient en mémoire que, lorsque mon papa n’acceptait pas ses erreurs, par orgueil, il disait : « Affaire classée ». Je détestais cet instant, car cela signifiait qu’il s’appropriait la raison et que le dialogue serait définitivement clos. Affaire classée de mon conscient à mon subconscient, répertoriée dans un casier plutôt cruel à anecdotes qui resurgissent de temps en temps, avec un sentiment de victime incomprise. Mais on ne peut modifier le passé. Fort heureusement, mon tiroir « mauvais souvenirs » ne possède que peu d’événements. Quelques-uns me font sourire aujourd’hui.

J’en puise un, d’ailleurs, tout mignon, mais tristounet et si cruel pour moi, à l’époque, en raison de mon jeune âge :

Le premier jour de l’an, sous le toit familial, nous recevions mes sœurs, mon frère et moi-même, une enveloppe individuelle contenant de l’argent : un montant plus qu’appréciable malgré l’agrandissement de la famille : mariages, naissances, anniversaires... Nous tenions en main avec fierté ce nouveau billet, si propre, sans faux-pli ni odeur, comme s’il avait été caressé par le fer à repasser. Il était neuf, sorti de la banque. Les festivités commençaient avec, en prime, à la télévision les valses de Vienne de Strauss. J’attendais avec gourmandise que nous passions à table pour délecter les plats uniques de la fête.

Injustement, maman, « Man » chérie, ne recevait jamais d’enveloppe. Elle qui n’avait du temps à consacrer qu’à ses cinq enfants. Cela m’attristait profondément. Mon cœur débordait de joie lorsque je décidai de lui offrir mon enveloppe. J’y écrivis « pour t’acheter une robe » et je déposai celle-ci sous son oreiller. Les adultes racontaient quelques anecdotes et éclataient de rire tandis que les plus jeunes jouaient entre eux aux jeux de société. Sur le petit écran, les meilleurs extraits de Walt Disney passaient en boucle, présentés par le monument qu’est Pierre Tchernia. C’était une journée pleinement réussie. Le soir venu, Man réquisitionnait l’argent afin de faire fructifier nos intérêts sur nos comptes épargne personnels. J’hésitais à me vendre et je tins bon ! Très vite, les voix se sont élevées. Par ma faute, une mutinerie explosait au sein de la tribu. Je la vois, cette foutue enveloppe, et je sais où elle se trouve. Dans mon cœur d’enfant, la surprise devait être totale et j’ai bien gardé mon secret. Le soir, toute déconfite, j’étais au lit la première, punie. Tout le monde était de mèche, en colère. J’ai finalement avoué ma faute. Maman, en ébullition, a lu mon petit mot. Nous n’en avons plus jamais reparlé, je l’avais un peu cherché ! « Affaire classée ».

Cela m’a valu ainsi quelques paires de claques au niveau de ma crédibilité. L’injustice m’irrite vraiment ; tolérance zéro. Aussi, j’essaie d’inculquer à mes enfants la compréhension, l’écoute et le dialogue sans hausser la voix ; bref, la non-violence verbale. Je suis loin d’avoir gagné ce défi !

… De la maison, j’envoie alors à mi-mot un message codé sur le portable d’une collègue discrète et amie de confiance. Justifier mon arrivée tardive est une de mes priorités ! Secondo, je forme le numéro de téléphone général de la clinique. Me voilà métamorphosée en balle de tennis lors d’un tournoi des plus mal organisé. Bien que les minutes interminables se chiffrent sur le clavier téléphonique, je me sens agressée par la musique d’attente censée me détendre. Tout le monde y trouve son compte puisque chacun y perd son temps : téléphonistes, secrétaires médicales à voix aiguë, grave, douce, désagréable, désinvolte, oppressante. Entre les divers services et moi, « bibi la con » ; je répète inlassablement le même discours depuis des lustres ! De quoi s’affoler, je n’aboutirai à rien. Je décide de me rendre sur place, confiante (troisième erreur).

Bouchons en ville inévitables, aucune possibilité de stationner à proximité de la clinique… Je marche d’un pas pressé. Je suis très tendue, mais, petit à petit, rassurée de reconnaître enfin le bâtiment où sont nées mes chéries.

Au premier abord, la secrétaire, avec son charisme de Rambo, ne me porte aucun égard. Au bout d’un moment, cela devient frustrant. Je tolère le surplus de travail, beaucoup moins son antipathie. J’ai un mauvais pressentiment ! Le laissez-passer n’existe pas, même si mon visage exprime l’inquiétude. Pas de cadeau pour les opportunistes de dernière minute ! J’explique brièvement la raison de ma présence.

« Pas de rendez-vous ? Pas d’examen. Pas de prescription médicale ? Pas de rendez-vous.

Je réexplique plus calmement encore le sens de ma démarche depuis mon entretien téléphonique avec le Docteur C., tôt ce matin. Rambo reste imperturbable, de marbre. Elle quitte son siège, perplexe, ses lèvres de boxer attirées par la pesanteur. Elle se concerte avec ses collègues de la mammographie, juste là, devant moi. Cela ressemble à une plaidoirie menée de front. Elles me regardent chacune à leur tour en murmurant.

Les patients de la file, à qui je tourne le dos, esquissent un sourire, compréhensifs, indulgents à mon égard. Je suis bien perplexe quant à l’aboutissement de tout cela. Finalement, elle ne déroge pas. Bien que je lui explique que mon médecin traitant est en congé, Madame « Schwarzy » m’invite à me représenter avec une demande médicale écrite. Retour case départ – retour maison !

Je me sens si fatiguée tout à coup ! Déboussolée, abandonnée par un système administratif mal conçu. Je quitte les lieux, comme saoule, larguée, décontenancée. Je ne suis même pas avide de scander ce gag sur le portable de mon époux. Je pensais que cela ne se vivait que dans la fiction des feuilletons télévisés ! Mais non, la clinique est avant tout un centre administratif et financier.

Je rentre au bureau et ne dis mot sur les faits. J’ai perdu tout contrôle sur ma concentration dans le travail. Les collègues me donnent un air bizarre ; je suis pâle, disent-elles. Journée zéro !

Je reprenais le boulot ce matin, après un mois de congés au soleil avec nos chers cousins bretons et amis en Charente. J’étais bien ! Et toi, la mobile, l’étrangère, tu t’incrustes dans mon sein. Tu parasites mon planning, mon énergie. Tu me conditionnes et deviens, tout à coup, le temps d’une nuit, obsédante.

Le temps de traiter deux dossiers, je téléphone à nouveau à l’hôpital. Je demande à converser avec l’assistante ou le Docteur C. en personne. Pourquoi ne l’ai-je pas demandé sur place ? Pourquoi ne me l’a-t-on pas proposé ? J’y pense, peut-être aurais-je pu me rendre aux urgences pour bénéficier de ce document ?

J’entre dans une valse administrative d’un service à un autre : de la symphonie de Mozart à la téléphoniste à… Amadeus… Et là, je n’ai plus rien à perdre, sinon expliquer mon souci, inlassablement. Un quart d’heure s’écoule. Au téléphone, cela paraît si long ! Une collègue me sollicite. Gestuellement, je l’invite à quitter mon bureau. La standardiste finit par reconnaître le son de ma voix. Elle prend conscience de ce challenge. Embarrassée, elle propose que je me présente dès le lendemain matin. Je pourrais intercepter, entre deux patientes, la gynéco dans le couloir. Je lui sauterais dessus, je la plaquerais au sol jusqu’à ce qu’elle me délivre un document. Encore mieux, je la retiendrais en otage jusqu’à la mammo. Délirante, motivée et confiante, je suis à fond dans mon truc. Nuit très agitée…

Le 1er août

Dès 9 heures, je suis au rendez-vous fixé, sur le pied de guerre, entourée de jeunes femmes rondes, fatiguées, tout milieu social confondu. J’écoute leurs conversations. Cela me renvoie vingt ans en arrière, le ventre énorme moi aussi. Quand enfin la salle d’attente se vide, la secrétaire, confuse, m’invite à rejoindre le service du rez-de-chaussée. Il est 11 heures. Je dois uriner. Déjà, mon estomac est en alerte, j’ai vraiment la dalle. Suis-je transparente ? M’a-t-on oubliée ? Je suis étonnée, déçue, mais surtout profondément inquiète. Espérons que je perde réellement mon temps pour une futilité, pour une simple boule de graisse.

À 11 h 50, l’assistante de ma jeune gynéco, Docteur Catherine S., m’invite enfin à entrer dans le cabinet médical. Elle m’abandonne un long instant. Je ne suis pas invitée à m’asseoir, mais je pose royalement mon séant. Je pousse de grands soupirs de découragement. Si je pouvais hurler ! Cela, au moins, me soulagerait. Une caméra est probablement camouflée pour un gag. J’ai marché jusqu’au bout du bêtisier ! Cette situation incongrue dépasse mon imagination. Quelle punition d’avoir changé de gynéco !

Enfin, sûre d’elle, l’assistante, si jeune, palpe le nodule quelques secondes. « C’est de la graisse, car il est mobile, ce n’est rien, Madame. Vous désirez quand même une attestation ? » Sa désinvolture me déconcerte encore plus. Je ne suis pas plus rassurée, mais je le tiens fermement dans la main ce laissez-passer de l’urgence.

Mon corps fatigué se précipite au secrétariat, enfin !

Le 4 août

Mammo rassurante, mais je reste sceptique. J’ai plein de nodules que je reconnais, mais celui-ci modifie trop à mon goût la morphologie régulière du sein. Il me paraît hétéroclite au toucher. Lou partage mon impression. À l’œil nu, rien ne laisse deviner la présence de cet intrus. La nervosité ne me quitte plus. Et si j’avais raison de m’en inquiéter autant ! Le docteur Carole D., responsable de ce service, m’écoute, me réconforte. « Allons au bout des choses, si cela vous rassure », me dit-elle.

La ponction mammaire aura lieu le vendredi 11 août. Pour la première fois depuis une semaine, je me sens en confiance. Sa voix douce me calme. Je la sens très proche et compréhensive. Elle pose en permanence sa main réconfortante sur mon genou. Enfin beaucoup d’humanité et de compréhension !

« Bilan sénologique réalisé ce jour, principalement orienté sur le quadrant supéro-externe du sein apparaît rassurant, sans évidence d’anomalie suspecte ».

Et pourtant, je garde les mêmes craintes malgré les contrôles. J’ai la sensation de marcher sur le fil du doute entre une méchante tumeur d’une part et une sérénité pleinement retrouvée d’autre part, malgré la fatigue intense. Je m’inquiète probablement pour rien.

Je suis angoissée, c’est ma nature. Les journées au bureau me paraissent interminables. Mes pensées ne sont axées que sur le prochain contrôle du vendredi matin.

Jeudi 11 août

Nuit cauchemardesque. Je me lève fatiguée. Chantal, mon médecin traitant, est en congé chaque année à cette période. C’est bien ma veine de choper ça maintenant ! Elle me soutiendrait dans toutes ces démarches... Elle me manque, elle est si efficace. Ce n’est pas seulement un bon médecin ; elle déborde de générosité et d’humanité envers ses patients. Elle est tout simplement géniale. Elle fait partie de cette minorité de gens passionnés par leur métier au service des autres.

Jour J, le 12

La distance entre la maison et l’hôpital me semble si longue ce jour-là ! Comme souvent, lorsque j’ai un rendez-vous, je suis le véhicule d’une novice de la conduite automobile, hésitante, dangereuse. La nouvelle génération de conducteurs achète probablement des voitures au rabais, sans clignotants !

Un scooter frôle ma voiture côté bordure. Le feu est rouge. J’observe. Le motard et sa compagne me regardent à leur tour. Lui n’est pas rasé. Son blouson ouvert, chiffonné, recouvre en partie les genoux de la passagère. Son pantalon de jogging est taché et déchiré. Il ne porte pas de chaussettes. Les semelles de ses chaussures sont en partie décollées. Mon attention se porte sur les pieds à moitié nus de sa compagne. Je compterais bien plus d’une heure de travail au bistouri pour nettoyer ces talons aux peaux mortes. Ses fesses aux formes abondantes se dessinent de part et d’autre du coussin long et étroit. Je suis impressionnée. Le feu passe au vert.

Je prends conscience de la signification de « salle d’attente » : « Temps pendant lequel on attend quelque chose ou quelqu’un ». D’autres femmes, en nombre restreint, sont assises à mes côtés, nerveuses, elles aussi. Je plonge le nez dans une revue sans intérêt. La ponction m’est désagréable et douloureuse, sans doute parce que je suis tendue. L’examen n’est pas évident pour la praticienne. Elle doit d’une part localiser le nodule avec la caméra de l’écho et, d’autre part, introduire l’aiguille au bon moment dans ce nodule si mobile, dit-elle. Je reste allongée sur le dos et focalise mon esprit sur les défauts du plafond tandis que le médecin me pique à plusieurs reprises. Je suis frigorifiée dans ce local blanc. Le docteur porte une légère robe campagnarde. C’est une femme de goût. Autour du cou, elle porte un collier amérindien. Mon esprit cavale vers l’artisan créateur de ce bijou de cuir et de bois, les matières nobles que j’apprécie particulièrement. Instinctivement, au lever de la table médicale, je regarde ses talons si doux, si propres et souris de ma bêtise.

La fête de Marie, le long week-end du 15 août, se profile. C’est la ducasse au village. Plus de mille particuliers exposent leur fond de grenier.

Aucune voiture ne circule autour de la manifestation. Le pourtour de notre maison ressemble à un vaste parking. C’est une agréable occasion de retrouver des connaissances dans un climat convivial, de réunir les miens et de boire un pot. Pour la première fois, nous sommes restés cloîtrés tandis que nos filles dénichaient quelques bibelots décoratifs pour leur chambre. À quoi bon inquiéter mon entourage, c’est déjà assez lourd à porter !

Mercredi 16, au lever, je contacte l’hôpital. Les résultats ne sont pas encore arrivés, mais je suis invitée à les contacter le lendemain. Et le lendemain de les appeler le jour suivant. Et le vendredi de passer un week-end interminable… Ainsi, nous arrivons au 21 et je suis hyper tendue. Chaque sonnerie de téléphone me fait sursauter et me donne la chair de poule. La famille se manifeste. Chacun et chacune boude ses petites douleurs quotidiennes tandis que Lou et moi baissons les yeux et changeons rapidement de sujet.

Le docteur Carole D.a oublié de me contacter et me prie de l’en excuser. Le prélèvement n’est pas satisfaisant : 95 % de la culture s’avère négative et donc rassurante tandis que le reste de l’échantillon est sec et non recevable. Le protocole cite : « Il pourrait s’agir uniquement d’une desquamation artéfactuelle survenue au moment de l’aspiration ou de l’étalement de ce matériel cytologique ». Motif du prélèvement : « Placard micronodulaire a priori banal ».

Docteur Carole (aux doux pieds) part en congé la dernière semaine du mois. Si je le désire, sa collègue peut recommencer la ponction le 1er septembre.

Ma gorge se noue. Quelle galère ! « Allons au fond des choses et fixons une autre date », me proposa-t-elle.

Elle est pour moi l’oracle du service. Elle est perfectionniste, tout comme moi, et bien que « le perfectionnisme nuise à l’efficacité », je préfère garder le souci du détail dans ce cas précis. Rendez-vous fixé au 8 septembre.