Les Heures inutiles - Sara Buffet - ebook

Les Heures inutiles ebook

Sara Buffet

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Opis

Déchirée entre Mattéo et Thomas, et par les reproches de ses proches, Yoanne va-t-elle se laisser guider par ses sentiments ?

Yoanne et Mattéo se rencontrent par hasard et se recroisent par miracle avant de ne plus se quitter. Mais, en-dehors des heures de caresses et de tendresse qu’ils partagent, Yoanne cherche à fuir une situation à laquelle elle ne sait pas faire face : Thomas, l’homme qui partageait sa vie, est dans le coma. Déchirée par des sentiments ambivalents et les reproches de ses proches, Yoanne va devoir faire des choix et se laisser guider par ses sentiments.

Plongez dans une romance envoûtante et découvrez la touchante histoire de Yoanne qui cherche à fuir l'absence de Thomas dans les bras de Mattéo...

EXTRAIT

— Tu te souviens, maintenant ? demanda-t-elle à cette projection.
Il ne répondit pas, mais son expression faciale ne changea pas. Plus encore, elle sembla s’intensifier. Son sourire s’élargit à mesure qu’elle s’approchait de lui. Bientôt, elle fut assez près de son visage pour pouvoir le toucher. Elle tendit la main vers lui, observant les traits nets du jeune homme, pour saisir d’un geste doux sa nuque, juste en dessous de l’oreille. Elle eut très vite une sensation poisseuse sous la main et la retira avec un dégoût qu’elle tenta de dissimuler pour ne pas troubler Thomas, pour ne pas effacer de son visage son si tendre sourire. Malgré ses efforts, le regard de ce dernier s’assombrit et la couleur de ses yeux rappelait étrangement celle du sang sombre qui coulait de son oreille. Elle s’en détourna pour ne pas voir ce changement, allant jusqu’à lui tourner le dos pour commencer à partir rapidement.
— Attends, Yoanne. Tu ne peux pas partir comme ça. J’ai mal à l’oreille.
Sur ses mots, elle commença à courir pour s’éloigner de lui.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Sara Buffet écrit depuis ses 14 ans des romans d’amour qui cherchent à rompre avec les schémas habituels, essayant de donner à ses personnages le plus de complexité possible. L’histoire d’amour, dans ses écrits, est toujours une base qui lui permet d’aborder aussi d’autres sujets.

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Chapitre 1

Il était une heure. Pouvaient alors commencer les heures que Mattéo appelait les « heures inutiles ». Les gens déjà assez saouls ne s’en souviendraient que partiellement, les gens trop sobres ne pouvaient plus s’amuser. Ceux qui n’étaient pas là dormaient ou n’y parvenaient pas. Mais personne ne lui semblait intéressant.

André, qui l’avait poussé à sortir dans ce bar pour rencontrer du monde, s’était absenté quelques minutes pour saluer des filles que Mattéo n’avait jamais vues et qu’il n’avait pas le courage de rencontrer. Ce dernier était donc resté au comptoir, avec ce verre qu’il gardait suffisamment plein pour ne pas s’en voir offrir un nouveau. D’un geste nerveux, il grattait le bois du comptoir, avec l’ongle de son pouce, pour tuer l’ennui.

Une main douce et fine se posa sur la sienne d’un geste presque autoritaire qui l’obligea à cesser son mouvement. Il regarda la main, incapable de regarder son ou sa propriétaire. Elle était longue et vernie, et pourtant, la peau autour des ongles était abîmée, comme rongée. Il aurait aimé retirer sa main vivement et s’indigner, mais il ne bougea pas. Il leva finalement les yeux vers le visage de la femme qui se permettait de le toucher, une femme entre deux âges, élancée, dont la peau légèrement marquée était recouverte de taches de rousseur.

Elle demanda au serveur de lui donner une bière, sans déplacer sa main. Elle avait l’air d’y mettre tout son poids, comme si elle ne tenait pas debout. Il en conclut donc qu’elle ne s’était pas aperçue qu’il était dessous.

Pendant que le barman s’affairait à préparer la boisson, elle tourna les yeux vers Mattéo et il eut l’impression d’être caressé par ces immenses cils et par ce regard profondément vide.

— C’est pas en grattant des trucs que tu vas te calmer, toi.

Elle avait retiré sa main, il trouva ça dommage. On lui tendit une bière, elle la saisit. Elle avait ce sourire ivre de ceux qui ne se souviendront plus demain, mais, sur elle, c’était magnifique. Puis elle a disparu. Elle a tourné les talons et est partie dans la foule titubante, mangée par la pénombre du bar

Mattéo, de nouveau seul, finit son verre rapidement et en commanda un deuxième. La boisson a la main, il traversa le bar pour retrouver cette femme. Il crut apercevoir la silhouette d’André lui faire signe, mais il décida de ne pas le voir. Il cherchait de longs cheveux dont il avait déjà oublié la couleur. Étaient-ils vraiment si longs ? Il se souvenait de ses grands yeux et de ses longues mains, mais le reste avait été si furtif qu’il s’échappait déjà de sa mémoire.

Il était fatigué et lassé, il se heurtait aux gens sans les regarder vraiment. Au cours de ses recherches, il aurait pu passer à côté d’elle sans la voir. Ainsi, c’est elle qui l’a retrouvé. Elle a saisi son bras, le forçant à s’arrêter, et l’a fixé de son regard, empli de quelque chose qu’il ne comprit pas tout de suite.

— Yoanne.

Le prénom a traversé la foule, la musique, les rires, jusqu’à l’oreille de Mattéo à laquelle il était destiné. Maladroit et incertain, il voulut répondre quelque chose, mais aucun son ne fut prononcé. La femme qui se tenait devant lui se rapprocha de façon à ce que son épaule et son sein touchent le bras droit du garçon.

— Je m’appelle Yoanne. Et toi ?

— Mattéo, je m’appelle Mattéo, dit-il finalement.

— Tu viens souvent ici ?

— Jamais. Je suis venu avec un ami.

— Et cet ami est occupé maintenant.

Il fit furtivement un tour de salle avec son regard, à la recherche d’André. Il haussa les épaules.

— Il est même probablement parti avec quelqu’un.

Elle s’éloigna en lui faisant signe de la suivre. Il marcha derrière elle jusqu’au coin de la pièce, loin des enceintes qui diffusaient la musique, loin du bruit de la fête.

Il l’observa et se demanda son âge. Elle n’avait probablement pas plus de vingt-cinq ans et pourtant ses traits étaient si tirés et si fatigués qu’elle avait l’air d’en avoir une trentaine. Du haut de ses vingt ans, Matteo douta de sa capacité à pouvoir être intéressant à ses yeux.

— Je te trouve très belle » dit-il, plus dans le but de combler le silence qui s’installait que pour lui faire un compliment.

Elle ne réagit pas particulièrement à sa remarque, et pourtant quelque chose s’était éclairé dans ses yeux. Il ignorait ce qu’il trouvait beau chez elle. Dans la pénombre et l’alcool, il la distinguait à peine. Sa beauté, c’était sa présence. Ce qui était beau ce n’était pas la personne qui se tenait en face de lui, c’était le fait qu’elle était avec lui, que, parmi toutes les personnes présentes, c’était sur lui qu’elle avait posé sa main.

Il se surprit à rêver, imaginant avec elle une intimité qu’il n’avait jamais osé penser avec d’autres. Il voulait soudain tout apprendre de cette fille qui se tenait si près de lui, à cette distance stratégique qui laissait juste ce qu’il fallait de contact.

Il n’avait pas les mots, mais savait qu’elle ne prêtait pas d’intérêt à sa parole, que c’était dans son regard, qu’elle fixait attentivement, qu’elle essayait de découvrir ce qu’il pensait. Néanmoins, ses yeux ne trahissaient qu’une timidité presque panique qu’il ne pouvait contenir.

Son expression à elle était bienveillante, à la limite du maternel, et elle ne pouvait dissimuler un sourire attendri. Mais au-delà de cette tendresse, son corps brûlait comme il n’avait pas brûlé depuis longtemps.

C’est alors presque sans mots qu’ils se sont accordés pour danser ensemble sur le rythme d’une musique qu’ils n’entendaient pas plus que leur propre voix. Leurs yeux, leurs mains, leurs corps ne se lâchaient plus, et leurs sourires ne cessaient d’illuminer leurs visages. Le temps passa, les gens partirent, et lorsque la foule ne fut plus assez épaisse pour les cacher, ils arrêtèrent de danser.

— C’est bizarre si je te propose de rentrer chez moi ? demanda-t-il avec hésitation.

— Ça dépend si tu m’embrasses avant ou après.

Elle avait un sourire malicieux qui attendait quelque chose alors il comprit que s’il ne l’embrassait pas, elle pouvait soit l’embrasser, soit partir sans un mot et ne jamais le revoir. Il décida donc de poser sa main sur sa nuque et de l’embrasser avec tout le désir qui s’était accumulé en lui pendant les minutes qu’ils avaient partagés.

— On rentre ?

Elle avait dit cela avec un naturel incroyable, comme si soudain ils étaient un couple depuis assez longtemps pour partager un appartement dans lequel ils pourraient rentrer ensemble, déposer les clés dans le panier à l’entrée, enlever leurs chaussures et faire l’amour dans le lit conjugal, sans même retirer leurs chaussettes.

Il saisit sa main et la guida jusqu’à la sortie. Dehors, sous la lumière des réverbères, il la distinguait à peine mieux. Il remarqua la fossette que son sourire pincé marquait sur sa joue, la couleur automnale de ses cheveux et les fines rides précoces au coin de son œil. Il évita de trop la regarder de peur qu’elle ne soit gênée, mais elle ne voulait pas qu’il arrête. Elle redécouvrait doucement le plaisir de se découvrir aux yeux d’un inconnu, elle qui appartenait depuis si longtemps à la même personne.

Et pourtant, lorsqu’ils furent arrivés sur le palier de l’appartement d’étudiant de Mattéo, elle s’arrêta et parut prise d’un doute. Elle ne le regardait plus, craignant de découvrir que toute la gentillesse qu’elle avait cru voir en lui n’était que le fruit de son imagination, qu’il n’avait rien de différent et que, tout ce qu’il voulait, c’était obtenir d’elle qu’elle lui offre finalement son corps alors qu’il n’avait même pas eu à lui offrir un verre.

— Je suis pas une salope, fit-elle subitement.

— Euh, OK, répondit-il, dérouté.

— Je veux juste que tu le saches. Je veux que, quand on baisera, tu te souviennes que je suis une femme. T’es même pas obligé de me regarder, tu peux même penser que c’est quelqu’un d’autre, mais n’oublie pas que je suis un être humain et pas un objet. Parce que moi, d’habitude, j’écoute pas mes désirs, je les enfouis et les ignore, puis ils finissent par s’évanouir. Mais là, j’accepte d’avoir envie d’être ici, avec toi. Mais ça fait pas de moi une fille facile, d’accord ?

Il l’embrassa. C’était tout ce qu’il avait pour lui montrer qu’il ne la considérait pas comme telle, que, lui non plus, il n’avait pas l’habitude de ce genre de situation, mais que ce soir-là c’était différent.

Pourtant, ils savaient que le lendemain, toute la magie aurait disparu, car cela n’avait rien à voir avec l’amour. Le moment qu’ils passaient ensemble semblait exceptionnel, mais, lorsque le mal de crâne aura remplacé l’ivresse, tout cela leur paraîtra bien plat, voire regrettable.

Elle s’était ensuite endormie très rapidement. Elle avait ce sourire satisfait qu’il espérait voir sur son visage à la fin. Ses longs cheveux s’étalaient sur le seul oreiller du lit. Sa jambe était collée à celle de son voisin, refroidissant le mollet de Mattéo, agrippant au passage la majorité de la couverture. Alors, soudain, Mattéo voulait la voir partir au point de devoir réprimer son désir de la pousser violemment hors du lit. Elle devenait alors intruse, envahissante. Il était jaloux de son sommeil déjà si profond alors que lui peinerait plus d’une heure à parvenir à s’endormir, en partie à cause d’elle.

Il essaya de se contenir, lui tourna le dos, plia les genoux pour se réchauffer et ferma les yeux en essayant de ne pas penser à elle. Mais, très vite, la situation lui parut plus insupportable qu’elle ne l’était vraiment. Son ongle avait commencé à gratter la taie d’oreiller d’un mouvement frénétique. Et si elle profitait de son lit, tout en sachant qu’une fois le soleil levé, elle partirait sans lui laisser la possibilité de la revoir ? Cette pensée lui était difficilement acceptable.

Brusquement, il se tourna vers elle et, d’un geste léger, mais assez violent pour la réveiller, il secoua son épaule. La jeune femme ouvrit péniblement les yeux, confuse. Lorsqu’elle le regarda de ses grands yeux d’une couleur qu’il ne voyait toujours pas, il se sentit apaisé. Cela ne le fit pas changer d’avis pour autant.

— Tu ne peux pas rester ici.

— Je te demande pardon, dit-elle d’une petite voix embrumée.

— Je veux que tu partes.

— D’accord, mais laisse-moi au moins attendre que le jour se lève. Je n’ai pas envie de marcher seule dans la nuit.

— Je me fiche de ça.

Il sentit qu’il perdait son sang-froid. Ses paroles se faisaient de plus en plus sèches. Il espérait qu’elle obéirait, car il ne voulait pas s’énerver contre elle. En réalité, il avait envie qu’elle reste cette nuit, et quelques nuits suivantes, pour la connaître. Mais il ne voulait pas souffrir d’un rejet qu’il préférait donc anticiper.

Elle s’était redressée, tenant sa tête dans la paume de sa main. Son regard perturbé était néanmoins patient. Elle pensait avec conviction qu’il allait se calmer et accepter qu’elle reste. Même en le voyant se lever pour ramasser robe et petite culotte qui gisaient au sol, elle n’y croyait toujours pas. Lorsqu’il jeta ses vêtements sur le lit en la priant de s’habiller, elle s’exécuta finalement.

Il la regarda se diriger vers la sortie, la suivit pour fermer la porte à clé derrière elle. Et enfin, quand l’appartement fut vide, il lui parut immense. Le silence qui y régnait était un peu triste. Il marcha dans le noir, non sans manquer de se cogner à plusieurs reprises, et regagna son lit pour s’y étendre autant que possible et ne pas dormir.

Chapitre 2

Après sept heures, lorsque la lumière d’un soleil neuf perça les stores de son unique fenêtre, il estima qu’il était inutile de chercher plus longtemps le sommeil. Il se leva péniblement et alluma la cafetière avec l’espoir que cette boisson l’aiderait à affronter la journée. En attendant qu’elle fasse son travail, il alla dans sa petite salle de bain pour faire une rapide toilette, mais un simple regard à son visage fatigué et tendu l’en dissuada. Le dimanche, il ne recevait pas de visite. Son seul ami se remettait certainement de sa nuit de la veille. Il avait simplement envie de traîner et il n’avait nul besoin d’être propre pour ça.

Il rejoint son café pour s’en servir une tasse qu’il tint près de lui pour se réchauffer en attendant que la température lui permette de boire. Il repensait à Yoanne, surtout à ses cheveux. Il se souvenait à quel point c’était agréable d’y passer la main. D’un mouvement de tête, il évacua ses souvenirs. Il tenta une première gorgée brûlante. Il grimaça parce qu’il n’aimait pas vraiment le café, mais qu’il n’avait que ça pour se tenir éveillé après ses insomnies.

Après deux pas traînants, il rejoignit son lit. Il releva son coussin contre le mur et y posa son dos. Étirant son bras jusqu’à la table de nuit, il saisit un des livres qui s’y trouvait, un peu au hasard, l’ouvrit au niveau de la page cornée et commença une lecture profonde qui l’empêchait de penser à quoi que ce soit d’autre. Il se sentit apaisé par la chaleur de sa tasse et de son livre. La matinée passa, dans ce calme rassurant, avant qu’il ne fût dérangé.

Il s’agissait de trois petits coups cognés contre la porte. L’image de Yoanne revint instantanément à sa mémoire. Par un mouvement de tête circulaire, il essaya de voir si elle n’avait pas laissé quelque chose dans l’appartement qui l’aurait poussée à revenir le matin pour le récupérer, mais ne repéra rien qui ne fut pas à lui. Il hésita à se lever. Si c’était elle, il y avait peu de chance qu’elle insiste et elle partirait. Finalement, il posa son livre et parcourut les quelques mètres qui le séparaient de la porte. Il arriva devant le miroir de l’entrée et tourna la tête vers la droite pour observer son image. Il passa sa main dans ses cheveux pour les ordonner et fit demi-tour pour aller enfiler un pantalon et un t-shirt propre et boire un peu d’eau dans l’espoir d’améliorer son haleine. De nouveau devant le miroir, il n’était toujours pas beau, mais il était présentable.

Il ouvrit la porte et ce n’était pas elle. Devant lui se tenait le long garçon brun au sourire assuré qu’il avait l’habitude de voir débarquer chez lui à toute heure, André. Il l’accueillit par un sourire et l’invita à entrer.

— J’ai passé la nuit chez une jeune fille qui n’habitait pas très loin, alors je me suis dit que j’allais passer te rendre visite. J’ai cru comprendre que toi non plus, tu n’es pas rentré seul.

Il avait son sourire malicieux. Mattéo fut surpris que son ami, qui était parti du bar avant lui, semble au courant de la nuit qu’il venait de passer.

— Tu m’as vu partir ? demanda-t-il tout de même

— Non, mais j’ai vu ça.

Il avait appuyé le mot « ça » avec enthousiasme et tendait devant lui un morceau de papier.

— C’était coincé dans ta porte, expliqua-t-il au visage ahuri de Mattéo qui se saisit rapidement de la note.

Il déplia la petite feuille et y lut une écriture fine formant un numéro de téléphone ainsi que « On ne sait jamais. Y ». Il leva les yeux vers André, qui s’était installé sur le lit, affalé et le regard attentif, attendant patiemment une réponse de l’intéressé.

— Oh ça, ce doit être une erreur, en fait, dit-il d’un ton qui se voulut indifférent en jetant le mot dans la corbeille avec le projet de le récupérer quand il sera seul.

— Bien sûr, acquiesça faussement André. C’est une erreur, ça aussi ?

Il brandissait fièrement un petit objet brillant qu’il tenait du bout des doigts et qui se balançait. Mattéo retint un soupir de désespoir face à la comédie du jeune homme. Rien n’échappait aux yeux vifs de André. Il s’approcha tout de même pour observer la chose. Il s’agissait d’une boucle d’oreille en forme de goutte, sertie d’une petite pierre. Il revoyait ce bijou parmi les cheveux de la femme, s’emmêlant avec eux de façon harmonieuse.

— Mince.

Son ami semblait très content pour lui.

— Bien joué ! Il faut que tu la rappelles, maintenant, ajouta-t-il en désignant la corbeille.

Et Mattéo comprenait pourquoi il était content. Il imaginait qu’il avait enfin rencontré une fille avec qui il pourrait vivre quelque chose. Il pensait qu’il avait oublié toute la difficulté de sa précédente relation et pouvait s’investir dans une nouvelle. Mais tout cela était faux, Mattéo n’avait aucune envie d’appeler Yoanne ni de la revoir.

Il secoua la tête en signe de négation.

— Comme tu veux. Mais cette boucle d’oreille a peut-être de la valeur. Peut-être qu’elle y tient.

Il haussa les épaules, geste qui se voulut désinvolte.

— Tu veux un café ? proposa-t-il dans l’espoir de réussir à mener la conversation ailleurs.

— Non, merci, je ne vais pas t’embêter plus longtemps.

Il se leva et se dirigea vers la sortie. C’était plus que ce que Mattéo espérait. Ils se tapèrent dans la main pour se dire au revoir et la porte se referma derrière André.

De nouveau seul, il saisit la boucle d’oreille qui avait été laissée sur le bureau et l’observa de plus près. La pierre était verte, c’était sans doute une émeraude. Il avait peut-être eu raison en disant qu’elle avait de la valeur. Comme prévu, il récupéra le numéro de téléphone dans la poubelle et l’enregistra dans son téléphone, au côté de ce beau prénom qu’était Yoanne.

« La fille d’hier m’invite avec quelques-uns de ses amis ce soir, mais je ne veux pas y aller seul. Je passe te chercher à 19 h 30 ? »

Le message avait été envoyé au dernier moment, comme d’habitude. Il était dix-neuf heures et Mattéo, qui n’était toujours pas douché, venait de se réveiller d’une longue sieste dans laquelle il s’était laissé aller au cours de l’après-midi. Dans un premier temps, il se prépara à répondre négativement, n’ayant pas envie de faire l’effort de tenir compagnie à son ami, celui qui n’avait pas plus envie que lui de boire en compagnie de ces gens qu’ils ne connaissaient pas. Il se ravisa pourtant et lui répondit que ça lui allait. Il avait envie de sortir, lui qui aimait pourtant la solitude au point de devoir se faire prier la plupart du temps, notamment lorsque André lui proposait quelque chose.

Il choisit alors une tenue composée au hasard d’un t-shirt simple et d’un jean, au-dessus duquel il mettrait un cardigan, et alluma la douche avant de se déshabiller, afin que l’eau ait le temps d’être bien chaude. Puis il se laissa aller, pendant de longues minutes, au plaisir de sentir la chaleur l’envelopper dans la petite cabine.

En sortant, il eut à peine le temps de se brosser les dents que trois coups annonçaient l’arrivée de son ami. Il alla lui ouvrir, à peine habillé et les cheveux encore trempés.

— Tu n’es pas prêt, constata André gravement.

— Presque. On va être en retard ?

— Ça ira. Fais quelque chose avec tes cheveux, fit-il en pouffant, je t’en prie.

Ses ricanements firent rire Mattéo qui passa ses mains dans ses cheveux dans différentes directions jusqu’à ce qu’ils impriment la forme qu’il attendait d’eux.

Pendant ce temps, André lui parlait plus profondément de cette fille. Son nom était Camille. Il l’avait rencontrée pendant que Mattéo était aux toilettes. Elle était timide et un peu seule pendant que ses deux copines faisaient la conversation à un groupe de garçons, alors il avait sauté sur l’occasion. Elle était étudiante dans quelque chose comme l’art ou la littérature et, par conséquent, connaissait beaucoup de choses que lui ne savait pas. Il lui avait suffi de la questionner sur quelques œuvres pour qu’elle se lance dans un exposé passionné. Il l’avait trouvé très belle, lorsqu’elle parlait de cette tirade d’Ariane dont il ne connaissait pas l’auteur, d’un autre personnage torturé dont l’auteur s’était servi pour faire une critique de la société du dix-huitième siècle, ou d’un poète anglais dont elle ne parvenait à apprécier la plume qu’en lisant la version originale. Il n’y avait pas compris grand-chose, et n’avait retenu que les grandes lignes de son enseignement, mais il avait admiré la connaissance et l’exaltation de la jeune fille, sa timidité qui s’envolait lorsqu’elle parlait de ce qui la passionnait. Elle était autrement plus intéressante que toutes les autres filles qu’il avait rencontrées, et c’est pour cela qu’il acceptait de la revoir.

Mattéo était agréablement surpris par la lueur qu’il voyait dans les yeux de son ami, pendant qu’il lui parlait de Camille. Il avait l’air de croire très sincèrement que, cette fois, il ne trouverait pas quelque chose de gênant chez elle.

Il enfila rapidement son gilet et prit les quelques affaires dont il avait besoin, en somme ses clés et son téléphone, et fit signe à son ami, sans l’interrompre dans son monologue, qu’ils pouvaient partir.

Il n’attendait rien de cette soirée. Il avait faim et souhaitait se changer les idées le plus simplement possible.

Sur la route, les deux collègues parlèrent vaguement des cours de la semaine et de leurs partiels qui se rapprochaient à grands pas. André tenta bien quelques questions indiscrètes sur sa rencontre de la veille, mais Mattéo ne savait pas quoi lui répondre.

— Allez, je t’ai bien tout dit à propos de Camille, insista-t-il une fois.

— C’est parce que tu avais quelque chose à dire. Moi, je lui ai à peine parlé. C’était spécial. Et ensuite, elle est partie de chez moi.

Il eut l’air déçu de ce récit, persuadé qu’il y avait des particularités, des merveilles que son ami lui cachait. Pour lui, qui rencontrait assez souvent des filles différentes, chacune avait quelque chose qui méritait qu’on se souvienne d’elle. Et pourtant, inconsciemment, il en oubliait la moitié d’entre elles. Mais, lorsqu’il était avec elles, il avait le respect de les trouver exceptionnelles, au moins durant le temps de la soirée, la nuit ou la journée passée en leur présence.

À ses côtés, Mattéo avait commencé à se mâcher nerveusement les ongles. Par réflexe, quand il s’en rendit compte, André tapa doucement la main de son ami. Pour seule réaction, le concerné changea de main et continua son affaire. André était incapable de savoir si c’était la conversation au sujet de la fille d’hier ou bien l’approche de l’appartement de Camille qui le rendait nerveux.

Ils tournèrent dans une rue plus petite et s’arrêtèrent vite à l’entrée d’un immeuble moyen. Comme s’il en avait l’habitude, André parcourut les noms des yeux et porta son dévolu sur le seul dont l’initiale du prénom était C. C Landrieu. Une voix féminine et étouffée par l’interphone demanda qui c’était, et André s’appliqua à avoir son air assuré pour lui répondre.

— Je t’ouvre, annonça-t-elle simplement.

La porte grésilla pour leur annoncer qu’ils pouvaient entrer et les deux garçons pénétrèrent dans le hall sombre.

— Tu as remarqué ? demanda André sans avancer vers l’escalier. Elle n’avait pas l’air contente.

— Raconte pas de bêtises, répondit Mattéo qui avait déjà posé le pied sur la première marche. Elle t’a invité, ça lui fait forcément plaisir que tu viennes.

— Mais peut-être qu’elle regrette. Peut-être que ça la gêne de me présenter ses amis, de rencontrer l’un des miens.

Mattéo rit discrètement, attendri par le jeune homme qui semblait, pour la première fois d’aussi loin qu’il s’en souvienne, avoir peur de voir une fille. Il revint sur ses pas pour être à son niveau et passa son bras autour de ses épaules.

— Allez viens, ça va bien se passer je t’assure.

Il n’était pas mécontent que les rôles semblent s’inverser. Cette fois, ce n’était pas lui, Mattéo, qui avait peur, qui avait besoin d’être incité. Cette pensée lui fit inconsciemment bomber le torse tandis qu’il l’accompagnait. Finalement, après quelque marche, André se détacha de lui et reprit son attitude confiante.

Arrivé à la porte, André tapa trois fois. Toujours trois fois. Pourtant, il y avait une sonnette, mais il ne semblait pas la voir. Il se tint droit, si bien que Mattéo eut envie de pincer ses côtes pour le détendre un peu. Lorsqu’on ouvrit, ce dernier préféra regarder le visage de son ami se transformer et se détendre avant de regarder la personne à l’origine de ce doux sourire.

Puis, lorsqu’il fut présenté, il regarda Camille. C’était une fille plutôt petite. Elle était blonde, portant très bien sa coupe de cheveux presque courte. Son petit nez légèrement en trompette et son sourire un peu pincé lui donnaient un air enfantin, mais ses yeux reflétaient quelque chose de mature et d’intelligent.

Elle les invita chaleureusement à rentrer, mais n’embrassa pas André. L’appartement était petit, mais bien aménagé. Autour d’une table basse, sur le canapé et quelques poufs, des inconnus étaient installés. Camille les présenta avec soin.

Aurélien était un blond au regard perçant qui semblait à la fois dans l’analyse de son environnement et dans ses rêveries. Il tenait par la main une grande brune qui avait l’air sincèrement gentille. Elle s’appelait Louise ; ses sourcils épais et son nez un peu gros durcissaient ses traits, alors qu’elle était très souriante.

Enfin, il y avait une rousse élancée, dont les longs cheveux tombaient ou flottaient autour d’un visage aux traits effacés. Son regard semblait fuyant, ses gestes courts et flous laissaient paraître une timidité évidente. Ses oreilles étaient percées, mais celle qu’il pouvait voir ne portait pas de boucle d’oreille. Pendant un instant, Mattéo eut peur qu’on la lui présente comme étant Yoanne. Il ne la reconnaissait pas vraiment, mais après tout, il ne pensait pas avoir bien vu le visage de cette dernière. Mais ce n’était pas Yoanne. Son prénom était Emma et lorsqu’elle fut nommée, elle sourit joyeusement à Mattéo.

Camille s’installa en désignant les places restantes aux deux derniers arrivés. Il en restait une près de Camille et une autre près d’Emma. Mattéo compris qu’il devait prendre place près de cette dernière et craignit que le reste de la salle, déjà en couple ou presque, s’attende à ce que les deux jeunes gens s’entendent bien et se plaisent. D’avance, il préféra ne pas s’asseoir trop près d’elle, pour ne pas avoir l’air trop avenant.

Sur la table avaient été disposés le bon nombre de verres ainsi que quelques feuilletés et autres amuse-bouches. André tendit la bouteille de vin qu’il avait apportée et elle fut aussitôt ouverte par les gestes gracieux de l’hôte de la soirée. On complimenta le vin dès la première gorgée… Alors qu’il s’agissait d’une bouteille choisie au hasard parmi celles qui coûtaient moins de quatre euros, et que la boisson piquait la gorge avant de laisser un goût un peu âcre dans la bouche.

Au début, Mattéo essaya de se concentrer sur la conversation animée qui prenait vie dans le salon. Il y participa, par des phrases courtes et pertinentes. Parfois, Emma lui posait des questions directement et il y répondait en la regardant droit dans les yeux. Il se sentait à l’aise. Même ses ongles ne subissaient pas ses habituelles mutilations. C’était agréable et pourtant, il fut vite lassé.

Ses pensées divaguèrent doucement vers Yoanne. Il se demandait quelle serait sa réaction si elle venait récupérer ce qu’elle avait laissé chez lui. Pendant un moment, il imagina qu’elle avait fait ça volontairement, que n’acceptant pas le rejet, elle avait laissé une partie d’elle sur sa table de chevet pour ne pas être oubliée. Et ce message « on ne sait jamais » témoignait de son espoir d’être appelée. Si tel était le cas, elle avait réussi. Sans ça, il l’aurait probablement oubliée dans le brouillard de cette soirée où il n’avait pas eu envie d’aller. Mais voilà qu’elle était dans ses pensées de manière récurrente, alors même qu’il était entouré, que la jolie Emma se tournait souvent vers lui pour lui parler, posant sa petite main sur son épaule, riant à ses remarques avec un rire qui semblait lui être particulièrement destiné, comme si elle ne riait ainsi pour personne d’autre.

Il sortit son téléphone de sa poche tandis que la conversation tournait autour d’un philosophe dont Mattéo ne comprit pas le nom, sans se soucier de l’impolitesse que son détachement soudain pouvait constituer. Il regarda l’écran qui affichait un message encore vide destiné à Yoanne. Évidemment, il ne savait pas quoi écrire. Il ne voulait pas être trop direct, mais ne savait pas être subtil. Il ne voulait pas laisser paraître qu’il voulait vraiment la voir. Alors, simplement, ses doigts sur l’écran écrivirent « j’ai trouvé une boucle d’oreille chez moi, dis-le-moi si tu veux la récupérer, Mattéo » et, sans se relire, il l’envoya.

Il réintégra difficilement le cercle de la conversation. Camille, redressée, faisait un discours sur une lecture passée. Cela donna à Mattéo une envie de rire qu’il eut du mal à contenir. Il regarda son meilleur ami qui observait la jeune fille avec quelque chose dans les yeux. Il ne comprenait sans doute rien de ce qu’elle disait, mais il semblait fasciné par sa manière d’en parler. Impressionné même. Mattéo ne put s’empêcher de trouver la scène ridicule et de se demander ce qu’il faisait ici, avec ces gens qui n’avaient rien en commun avec lui.

Dès qu’il en eut l’occasion, il les pria de l’excuser de son départ, mais prétexta être fatigué et s’en alla après les avoir salués un par un comme s’il s’agissait de ses amis.

Chapitre 3

« J’ai trouvé une boucle d’oreille chez moi dis-le moi si tu veux la récupérer, Mattéo »

Non. Elle reposa son téléphone comme si celui-ci lui avait brûlé la main. Elle s’approcha du lit de Thomas pour se rassurer au rythme de son cœur qui bipait dans la machine. Ses yeux étaient encore fermés, éternellement, dans ce coma désespérant. L’observant ainsi, elle ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi elle continuait à effectuer ces visites quotidiennes.

Pour leur donner un sens, elle tentait parfois de lui parler. Les médecins lui avaient déjà dit qu’il était possible que, quelque part, il entende sa voix. Elle s’était toujours dit que les médecins disaient cela pour rendre l’attente et le silence moins insoutenables pour la famille des patients. Pourtant, parfois, lorsqu’elle était seule avec lui, des mots sortaient de sa bouche.

— Chéri, c’est moi. Je t’attends, je suis là.

Et très vite, ses paroles s’essoufflaient. Elle n’avait rien à dire à ce corps qui n’avait pour elle rien du Thomas qu’elle avait connu pendant quatre ans. Il n’avait pas son rire, il n’avait pas ses mots, il n’avait même pas ses yeux ; son regard attendri lorsqu’elle disait une bêtise, son regard amoureux parfois sans raison, son regard implorant lorsqu’elle lui refusait quelque chose, son regard d’enfant lorsqu’il découvrait quelque chose. Si bien qu’à force de journées immobiles, elle avait oublié tout cela et elle regardait Thomas comme un simple corps, une enveloppe creuse. Elle sentait qu’elle perdait ce qu’elle avait pour lui.

Son réveil devenait une angoisse. Elle se sentait apaisée lorsqu’en arrivant, l’infirmière lui disait avec un ton sincèrement désolé que rien n’avait changé. Elle savait qu’à son réveil, il ne serait plus le même, qu’ils ne pourraient pas reprendre leur relation là où elle s’était arrêtée. Elle serait obligée de l’aider à redevenir qui il était, à réinvestir son corps. Elle lui serait entièrement dévouée alors qu’avant l’accident, elle hésitait à rester.

La cousine de Thomas était là. C’était une femme sûre d’elle, toujours bien coiffée et bien habillée. Elle avait quelque chose de dur dans le regard. C’était quelque chose que Yoanne avait identifié comme une protection, et cette attitude disparaissait quand elle regardait son cousin.

Yoanne ne s’était jamais sentie appréciée par la jeune femme, qui avait l’air de penser que personne ne pouvait aimer Thomas plus qu’elle. Cette impression s’était accentuée depuis qu’il était à l’hôpital. C’était à celle qui passerait le plus de temps à son chevet.

Julie se taisait pour ne pas lui faire de mal, mais, au fond, elle ne pouvait s’empêcher de prendre Yoanne pour responsable de l’accident, même si elle ne connaissait pas le moindre détail de cette soirée. Elle était présente dans la voiture, c’était donc la seule personne qu’elle pouvait blâmer lorsqu’elle en avait besoin. Elle lui avait déjà demandé de raconter le déroulement de cette soirée, mais Yoanne restait extrêmement évasive. Elle parlait d’une voiture qui doublait trop vite et de celle qui, en face, roulait en plein phare. Julie imaginait malgré elle les pires scénarios, et les plus absurdes, sans aucune justification.

Lorsqu’elle était dans la salle avec elle, la présence de Yoanne la gênait. Elle souhaitait souvent se recueillir près du lit de son cousin, de son meilleur ami, sans aucun parasite. Ce n’était pas valable que pour Yoanne, mais c’était elle qui était le plus souvent là pour polluer ces instants.

Elle s’arrangeait d’ailleurs pour lui faire comprendre qu’elle voulait parler avec lui dans l’intimité. Yoanne, non mécontente d’être dispensée de rester, s’en allait le regard neutre, quittait la chambre, le couloir, puis finalement l’hôpital. Arrivée dans la rue, elle savait à peine qui elle était. Elle n’avait nulle part où aller, aucun but. Alors elle échouait très facilement dans cette crêperie face à l’hôpital, qui faisait selon elle les meilleures crêpes, source d’un réconfort vital pour elle dans ces journées longues et difficiles qui se ressemblaient toutes.

Alors ce jour-là, elle s’installa une nouvelle fois à la petite table du fond, pour ne pas risquer d’être dérangée. Elle saisit la carte colorée et hésita entre le sucré et le salé. Il n’était que onze heures, elle ne savait donc pas si elle devait se tourner vers un petit déjeuner tardif ou un déjeuner précoce. Finalement, lorsque le serveur s’approcha d’elle, elle avait opté pour quelque chose de salé.

Sans quitter des yeux la carte alléchante, elle prononça le nom du plat sur lequel elle avait jeté son dévolu. La voix dynamique du serveur répéta la commande pour la mémoriser, ponctuant d’un « OK ». Elle sortit le dossier d’un client et commença à le feuilleter vaguement, plus pour avoir l’air occupée que pour travailler. Elle n’était pas retournée au bureau depuis l’accident, et toutes ses tentatives pour s’y remettre avaient été des échecs.

Derrière le comptoir, Mattéo s’affairait à faire un café pour un client. Ses mains agitées tremblaient, et il avait du mal à tenir la tasse chaude. Il la posa sur le comptoir en marmonnant le montant de la boisson. Il entendit les pièces tinter en tombant, mais ne les ramassa pas immédiatement. Ses yeux ne pouvaient désormais plus quitter la femme qui était installée à la table du fond. Ses cheveux auburn cachaient son visage, mais il avait l’impression de reconnaître quelque chose dans sa façon de bouger, de se tenir, et ne pouvait s’empêcher de la regarder, de peur de louper le moment où elle écarterait enfin une mèche de cheveux derrière son oreille.

Lorsque Pablo, son collègue, sortit de la cuisine avec une assiette, il l’interpella.

— Laisse, je m’en occupe, lui dit-il. C’est pour quelle table ?