L'accompagnement spirituel de la personne en soins palliatifs - François Buet - ebook

L'accompagnement spirituel de la personne en soins palliatifs ebook

François Buet

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Opis

Comment apporter la sérénité nécessaire aux malades en soins palliatifs ?« Je vois l’Église comme un hôpital de campagne. Soigner les blessures, soigner les blessures... » Ces paroles du pape François guident cet ouvrage qui conjugue concrètement accompagnement spirituel et soins palliatifs.Quels sont les acquis et les défis d’une prise en charge globale physique, psychologique, sociale et spirituelle de la personne ? Comment aider un malade au seuil de son existence à emprunter le chemin vers une plénitude de vie alors qu’il en perçoit soudain toute la finitude ? Unification, libération intérieure, réconciliation, prière, relation d’amour, recherche de la vérité et de la vie sont les maîtres-mots d’un accompagnement vrai et libérateur dont Jésus est le modèle et la dynamique, lui qui rejoint tout homme et sauve tous les hommes.Fruit d’un travail de recherche et d’expériences vécues, cet ouvrage s’adresse à tous, proches d’une personne en soins palliatifs, acteurs spécialisés ou engagés en pastorale ; il offre des orientations précieuses pour l’accompagnement spirituel et religieux des personnes malades.Un ouvrage éclairant à destination des proches comme des professionnels.EXTRAITDans une de ses premières interviews, le pape François a confié à la revue jésuite de Rome La Civilta cattolica : « Je vois l’Église comme un hôpital de campagne [...] Soigner les blessures, soigner les blessures... » Dans ce travail, nous montrerons les acquis et les défis de l’accompagnement holistique d’une personne en soins palliatifs. Cette prise en charge globale, physique, psychologique, sociale et spirituelle, nous offre des moyens déterminants pour accompagner les malades afin d’améliorer leur confort et leur condition de vie jusqu’au bout.À PROPOS DE L'AUTEURFrançois Buet est médecin en soins palliatifs à la clinique Sainte-Élisabeth sur Marseille et prêtre de l’institut Notre-Dame de Vie. Il s’occupe aussi d’un dispensaire au service des plus pauvres avec le Secours catholique d’Avignon. Il est l’auteur de Prier 15 jours avec Frère Luc, moine et médecin à Tibhirine (Éd. Nouvelle Cité).

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REMERCIEMENTS

Je remercie le professeur José Michel Favi de la faculté de théologie pour la pastorale de la santé du Camillianum à Rome pour ses bons conseils théologiques dans l’élaboration de ce travail de licence en théologie, pour sa disponibilité et sa bienveillance.

Je remercie aussi tous ceux qui m’ont soutenu dans ce travail : l’Institut Notre-Dame de Vie avec mon responsable général le père Benoît Caulle, le Cours Notre-Dame de France, la clinique Sainte-Élisabeth, la paroisse Saint-François d’Assise et Saint-Joseph avec son curé, le père Michel Roux, ma famille.

ABRÉVIATIONS

CEC : Catéchisme de l’Église catholique

DH : Revue Dolentium hominum du Conseil pontifical pour la santé

DTPS : Dizionario di teologia pastorale sanitaria

EG : Exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François

EV : Lettre encyclique Evangelium vitae du pape Jean-Paul II

FC : Exhortation apostolique Familiaris consortio du pape Jean-Paul II

GS : Constitution pastorale Gaudium et spes du concile œcuménique Vatican II sur l’Église dans le monde de ce temps

LG : Constitution dogmatique Lumen gentium du concile œcuménique Vatican II sur l’Église

SC : Constitution Sacrosanctum concilium sur la Sainte Liturgie du concile œcuménique Vatican II

VS : Lettre encyclique Veritatis splendor du pape Jean-Paul II

INTRODUCTION

Dans une de ses premières interviews, le pape François a confié à la revue jésuite de Rome La Civilta cattolica : « Je vois l’Église comme un hôpital de campagne […] Soigner les blessures, soigner les blessures 1… » Dans ce travail, nous montrerons les acquis et les défis de l’accompagnement holistique d’une personne en soins palliatifs. Cette prise en charge globale, physique, psychologique, sociale et spirituelle, nous offre des moyens déterminants pour accompagner les malades afin d’améliorer leur confort et leur condition de vie jusqu’au bout. Nous verrons aussi comment cette prise en charge globale permet d’accéder à une libération intérieure de la personne en vue d’accueillir une plénitude de vie. En effet, nous sommes confrontés à des problématiques liées à une rupture de l’unité intérieure de la personne, qui nécessitent une approche spécifique pour une réconciliation avec soi-même, avec les autres et avec Dieu.

Dans la contemplation de l’unité radicale de la personne, nous montrerons comment peut être célébrée son identité dans la relation aux autres par l’amour, dans la recherche de la vérité et de la vie. Dans cette unitotalité, la personne est identité, participation et communication. À chacun de ces niveaux, il peut exister des problématiques qui peuvent empêcher la croissance de la personne dans sa vie humaine et spirituelle.

Nous verrons ensuite comment Jésus se présente comme libérateur. La dynamique de son incarnation et de sa Pâque devient la dynamique de libération et de réconciliation. À partir de cet éclairage christocentrique, nous verrons comment Jésus se manifeste comme modèle à tout moment de l’existence pour rejoindre tout l’homme et sauver tous les hommes. Enfin nous verrons dans le dernier chapitre de cet ouvrage des propositions d’orientations pastorales pour l’accompagnement des malades par la médiation de la prière de l’Église.

(1) FRANÇOIS, « Interview », revue jésuite de France Études 4194 (2013), p. 343.

- 1 -LES DIVERSES DIMENSIONS DE LA PRISE EN CHARGE GLOBALE DE LA PERSONNE EN SOINS PALLIATIFS

Définition des soins palliatifs

Au début de ce travail, voici une définition simple des soins palliatifs :

Les soins palliatifs sont des soins actifs dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave évolutive ou terminale. Leur objectif est de soulager les douleurs physiques ainsi que les autres symptômes et de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle. Les soins palliatifs et l’accompagnement sont interdisciplinaires. […] Les soins palliatifs et l’accompagnement considèrent le malade comme un être vivant et la mort comme un processus naturel. Ceux qui les dispensent cherchent à éviter les investigations et les traitements déraisonnables. Ils se refusent à provoquer intentionnellement la mort 2.

Il s’agit donc d’accompagner la vie jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à son terme naturel. En réalisant une prise en charge globale de la personne : physique, psychologique, sociale et spirituelle. Il s’agit d’un prendre soin du malade qui évite deux extrêmes : l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique.

Dans cette approche, plusieurs concepts importants sont à souligner. La mission des professionnels de la santé est toujours un service de la vie 3. Les soignants sont ministres de la vie et doivent en prendre soin et la sauvegarder 4. Le terme naturel de cette vie est la mort qui est un des moments les plus importants de notre vie. Nous sommes mortels et notre condition humaine fait que la mort fait partie du processus naturel de notre vie. La prise en charge globale ou holistique 5 est à la base de l’approche des soins palliatifs, elle est vécue dans une pluri- et interdisciplinarité 6. En effet, la souffrance étant globale c’est-à-dire d’origine multiple, il s’agit de la soulager par une approche qui tienne compte de la personne dans sa totalité. Ce concept de douleur globale a été mis en exergue par Cicely Saunders 7 qui a souligné que la douleur est beaucoup plus qu’une expérience physiologique 8. Ainsi, le soulagement de la douleur ne se limite pas à l’approche physique mais requiert une intégration des aspects psychologiques, sociaux et spirituels 9. Soulignons enfin que les soins palliatifs ne se pratiquent pas dans une obstination déraisonnable en poursuivant des traitements à visée curative (comme la chimiothérapie ou la radiothérapie) mais considèrent l’hydratation et l’alimentation comme des soins nécessaires dus aux malades. La pratique de l’euthanasie par « cocktail lytique » est bien entendu proscrite ainsi que le surdosage médicamenteux du malade alors qu’il serait déjà correctement soulagé 10. Le principe de la juste mesure d’Aristote est ici pratiquement appliqué pour la mise en place d’un traitement antalgique, c’est-à-dire ni trop (le malade gardant un état de conscience correct), ni trop peu (le malade étant soulagé correctement sur le plan de sa douleur). Par ailleurs, si l’état de conscience des patients s’altère les 24 ou 48 dernières heures et qu’ils cessent de se nourrir, c’est uniquement en raison de l’évolution de la maladie. Leur décès est dû à la maladie elle-même et non en raison d’un surdosage médicamenteux ou d’un arrêt de l’hydratation. Cette hydratation est poursuivie de façon adaptée au contexte et uniquement dans l’optique de confort du patient.

Voyons maintenant chacune des dimensions de la prise en charge de la personne.

La prise en charge de la douleur physique

L’Association internationale pour l’étude de la douleur donne une définition intéressante :

La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou exprimée en termes de lésion 11.

Par son intensité, la douleur peut agresser de manière insupportable le corps. Par sa récurrence, elle peut remplir l’esprit de la personne souffrante. La première demande légitime d’un malade est d’être correctement soulagé de sa douleur physique. C’est donc la première mission des soignants de mettre en œuvre tout ce qui est à leur disposition au niveau médicamenteux pour soulager cette souffrance physique. Les demandes d’euthanasie trouvent souvent leur source dans des douleurs physiques non suffisamment prises en compte. Lorsque le malade est correctement soulagé par des traitements appropriés en ce qui concerne sa douleur physique, la demande d’euthanasie n’a plus lieu d’être. En effet, derrière cette demande, il s’agissait simplement d’un besoin d’aide, de secours et d’apaisement de cette douleur.

Prenons l’exemple de Mme L., une patiente âgée de 53 ans qui présente un cancer du sein avec métastases osseuses au niveau de la colonne vertébrale. Ces métastases ont entraîné une compression de la moelle épinière qui a pour conséquence une paraplégie (paralysie des membres inférieurs) avec des douleurs neurogènes (à type de décharges électriques). À son arrivée dans notre service, Mme L. nous fait explicitement une demande d’euthanasie car elle ne supporte plus cette situation de douleur intense au niveau de ses jambes. Un traitement par morphine a seulement été utilisé et s’est montré insuffisant voire inefficace. Très rapidement nous mettons en place un traitement ayant une efficacité sur ce type de douleur (Kétamine) par voie intraveineuse. La patiente est déjà bien soulagée au bout de six heures et complètement soulagée au bout de quarante-huit heures.

Il faut aussi affirmer avec force qu’en 2015 nous avons à notre disposition des médicaments efficaces pour soulager 99 % des souffrances physiques. Il s’agit pour les médecins et pour l’ensemble des soignants de se former adéquatement pour la prise en charge antalgique qui ne se limite pas qu’à la prise de morphine (même si ce médicament est d’usage précieux) mais aussi à l’utilisation de molécules efficaces sur les douleurs neurogènes 12 (à type de décharges électriques). Il s’agit d’augmenter le traitement de fond de façon progressive (du tiers de la dose initiale) lorsque celui-ci devient insuffisant. Le malade doit être confortable au repos mais aussi à la mobilisation. En cas de douleur, il est possible d’utiliser des interdoses ou des « avant-soins » (avant la toilette par exemple).

Il est donc important d’évaluer la douleur et d’identifier les malades ayant une douleur. En facilitant les prises de traitements symptomatiques analgésiques, c’est-à-dire que le choix de l’analgésique doit être adapté à l’intensité de la douleur et non administré de façon empirique. L’efficacité des traitements prescrits doit être contrôlée en améliorant la communication et la relation entre le malade et les soignants par l’utilisation d’échelle de la douleur (type E.V.A : Échelle visuelle analogique 13 ou EVS 14 ou ALGO + 15).

Souvent le malade ne peut communiquer avec personne tant qu’il n’a pas été soulagé de sa douleur. Aucune élaboration psychique n’est possible, encore moins existentielle ou même spirituelle. En revanche, à partir du moment où le patient est soulagé, il peut commencer à faire un très beau cheminement humain et spirituel 16. Ceci permet de souligner l’importance de soulager les besoins fondamentaux de la personne (faim, soif, sommeil) mais aussi le besoin de sécurité en soulageant de la douleur physique qui peut être perçue comme très intrusive. C’est la première étape avant d’envisager les autres besoins décrits par Abraham Maslow 17 : besoin d’appartenance et d’amour ; besoin d’estime et de considération ; besoin de réalisation de soi et de l’autre ; besoin de transcendance 18. Chacun de ces besoins doit être successivement intégré et est indispensable pour un épanouissement de l’être humain même dans l’étape délicate de l’épreuve de la maladie.

La prise en charge de la dimension psychologique

Approche psychiatrique et thérapeutique

La perspective de la mort prochaine, la perception de ses limites, chaque jour plus évidentes, et l’évolution inexorable de la maladie sont autant de facteurs anxiogènes majeurs. Aussi la connaissance de la psychiatrie et de la psychologie est-elle ici précieuse pour accompagner un malade en soins palliatifs. En effet, il ne sert à rien d’augmenter un traitement de fond antalgique si la souffrance au premier plan est d’abord psychique. Il s’agit donc de connaître les différents symptômes et les éventuels traitements psychotropes qui existent pour soulager ceux-ci.

Dans cet esprit, on peut distinguer deux types d’angoisse 19 :

– les angoisses de type névrotique ;

– les angoisses de type psychotique.

On peut entendre par « angoisse névrotique » une manifestation d’anxiété majeure et généralisée, dans laquelle le patient reste en contact avec la réalité de ce qu’il est en train de vivre. Son angoisse massive, en lien avec une certaine perte de la maîtrise de la situation, est une conséquence compréhensible de ce qui est vécu par le patient. Même si l’attaque de panique peut, parfois, être un peu disproportionnée voire amplifiée, il s’agit d’une réaction psychique d’une certaine manière logique, qui prouve que le patient est dans la réalité de ce qu’il vit. Il n’y a donc pas ici de confusions, ni de délires, ni de troubles de l’orientation dans le temps et l’espace. À cela se rajoute souvent un contexte dépressif qui potentialise l’anxiété. Soulignons aussi les cas extrêmes de détresse respiratoire aiguë qui entraînent une angoisse maximale et nécessitent rapidement les traitements les plus efficaces. Ces angoisses de type névrotique répondent bien aux traitements benzodiazépiniques 20. Comme pour les antalgiques, il s’agit d’utiliser ces médicaments dans une juste mesure : ni trop (afin que le patient ne soit pas somnolent, à cause du surdosage), ni trop peu (afin que le patient ne soit pas avec un fond anxieux permanent). La sédation (rare mais non exclue), lorsqu’elle est mise en place, se fait avec une rigueur clinique et des repères éthiques précis. Réalisée en cas de souffrance intense (physique ou psychique), elle se fait avec la plus petite dose efficace de médication. Par ailleurs la sédation est toujours envisagée, a priori, dans une réversibilité 21.

L’« angoisse psychotique » renvoie à une angoisse majeure dans un contexte délirant ou de désorientation temporospatiale. Le patient peut présenter alors des hallucinations particulièrement anxiogènes. En soins palliatifs, l’étiologie de ces angoisses psychotiques est souvent due à une évolution tumorale au niveau cérébral en rapport avec des métastases secondaires. Il convient, bien sûr, d’éliminer auparavant toute étiologie facilement traitable comme une hypercalcémie ou un éventuel globe urinaire. Malheureusement, dans la majorité des cas, il s’agit d’une évolution du cancer au niveau cérébral pouvant entraîner toutes les symptomatologies psychiatriques possibles. Cependant, on retrouve principalement une confusion mentale avec délire caractérisé par une grande richesse hallucinatoire, surtout visuelle, mais également auditive et cénesthésique. Le caractère est labile, haché, chaotique, incohérent ; intégrant une partie de la vie extérieure souvent déformée parce que mal perçue. Ceci entraîne l’adhésion immédiate du sujet ; le délire étant vécu, le patient s’y engage vivement. Les thèmes des délires sont extrêmement variés, mais ces représentations imagées se situent presque toujours dans une atmosphère terrifiante entraînant une anxiété extrême. Devant de telles manifestations l’utilisation des benzodiazépines est fortement déconseillée car délétère. En effet, il est même constaté un effet paradoxal avec une amplification de l’angoisse et des hallucinations. Pour ce type de confusions avec angoisse psychotique, il est donc plus logique d’utiliser les neuroleptiques 22.

Ce passage est un peu technique mais il montre d’une façon évidente que l’on ne peut faire l’impasse sur un minimum de connaissances en psychiatrie clinique et de pharmaco-psychiatrie pour prendre en charge un patient en soins palliatifs. Par l’utilisation de médicaments nous voyons aussi que la dimension psychologique de la personne n’est pas séparée du corps puisque l’efficacité de ces médicaments passe par leur action au niveau cérébral et des différents neurotransmetteurs 23.

La théorie du « portillon » est aussi intéressante 24. Elle a été énoncée en complément de l’approche de Cicely Saunders et de ses collègues qui avançaient la présence conjointe d’une composante psychologique et d’une composante physiologique dans la genèse de la douleur. Dès lors, la douleur peut être soulagée en réduisant l’anxiété du patient 25. Soulignons aussi que la réponse médicamenteuse n’est pas la seule réponse appropriée. Il s’agit parfois de laisser s’exprimer les émotions, même celles qui peuvent paraître « négatives » (sans que celles-ci submergent le malade bien entendu) mais afin de permettre à la personne de verbaliser sa souffrance et de l’accueillir de façon inconditionnelle pour l’aider dans son cheminement de deuil comme nous allons le comprendre dans ce qui suit. Le psychologue est alors le professionnel le plus à même d’aider dans ce cheminement, même si l’ensemble de l’équipe soignante est concerné par cette question.

Approche psychologique

Le Dr Élisabeth Kübler-Ross 26 a décrit les différentes phases dans un processus de deuil. Il s’agit de différentes étapes qui ne sont pas linéaires mais qui permettent de comprendre la réaction du patient dans son cheminement 27.

La sidération est un état de stupeur qui peut suivre l’annonce d’un diagnostic grave et qui peut durer d’une dizaine de minutes à plusieurs heures. La nouvelle est vécue par le patient comme une véritable infraction psychique, le submergeant et provoquant comme « un coup de bambou ».

Le déni, la dénégation, est un système de défense que met en place le patient pour refouler cette mauvaise nouvelle. Le moyen le plus simple est de nier tout simplement son existence ou sa réalité. Ce mécanisme de défense peut parfois durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il s’agit de respecter ce mécanisme tant que le patient ne sera pas prêt à accueillir cette vérité sur sa maladie. Un jour peut venir où le malade posera lui-même à nouveau la question de ce qu’il a et pourquoi son état clinique se dégrade. C’est alors une occasion de redonner avec délicatesse le diagnostic au patient.

La colère ou la protestation sont aussi fréquentes. Il s’agit alors d’accueillir avec respect cette expression des émotions en reconnaissant au patient la possibilité d’exprimer ses émotions tout simplement humaines. Même celles qui pourraient sembler « négatives » comme la colère ou la tristesse en donnant le « droit » de pleurer ; puisque personne n’est fait pour être confronté à ce mystère de la maladie et de la souffrance. Le professionnel de santé ne sera pas surpris non plus d’une possible montée d’agressivité du patient devant la représentation inconsciente qui se produit en présence d’une personne en blouse blanche. Dans un mécanisme de projection inconscient, le soignant devient ainsi comme une figure de l’institution responsable des échecs éventuels de la prise en charge. Si la mise en dépôt peut être difficile à cet instant, il s’agit d’accueillir avec bienveillance la réaction du patient et en lui permettant à nouveau d’exprimer ses émotions. Cette relation d’aide demande donc écoute et discernement 28. Marie-Sylvie Richard, médecin en soins palliatifs, part d’une question fondamentale : « Pour vous, qu’est-ce qui est le plus difficile ? » Le simple fait de s’enquérir de ce que la personne éprouve, permet ainsi à l’agressivité de commencer à s’atténuer et de nouer une relation 29.

Le marchandage est plus rare mais possible. Il concerne la capacité de maîtrise que le patient veut garder vis-à-vis de la gestion de son traitement par exemple.

La dépression est une phase classique bien sûr dans le processus de deuil. Elle se manifeste par une tristesse et l’expression d’émotions en rapport. Là encore, il s’agit d’aider la personne à exprimer ses émotions même si elles peuvent paraître au premier abord « négatives ». Ces émotions sont tout simplement humaines, aussi convient-il de respecter la façon dont elles sont exprimées par le patient. L’expérience montre que lorsqu’un patient ou une famille se permet d’exprimer des émotions, c’est que la confiance est désormais pleinement établie. Il importe de noter qu’un des signes de la dépression est le risque suicidaire 30. Il ne faut donc pas être surpris qu’une demande explicite d’euthanasie puisse surgir à cet instant. Il faut alors la resituer dans ce contexte de dépression et de détresse psychique. Ceci renvoie à la responsabilité des soignants de savoir discerner cette souffrance morale et existentielle et d’y « répondre » par un accompagnement psychologique adapté qui permette l’expression de tout sentiment dans un climat de confiance.

L’acceptation de la situation est aussi possible lorsque le patient s’ouvre à la possibilité de considérer aussi la mort comme partie intégrante de l’existence.

M. H., âgé de 65 ans, est atteint d’un cancer du côlon. Il avait déjà été opéré de ce cancer mais malheureusement une récidive a été découverte avec une aggravation de son état général. Ce malade était épuisé et en fin de vie. Les chirurgiens lui ont proposé une nouvelle intervention mais le patient avec bon sens disait : « Cela ne sert à rien de mettre de la peinture neuve sur un bateau rouillé ! » On peut dire qu’il était dans une acceptation de sa maladie. En revanche, sa fille voulait absolument cette intervention, sans penser au risque d’inconfort et de mort possible avec un tel geste chirurgical dans ce contexte. La fille était elle-même dans le déni du décès proche de son père et refusait cette éventualité. Cet exemple montre que le malade et la famille cheminent à un rythme différent dans ce processus de deuil mais ces étapes permettent d’accompagner chacun là où il se trouve pour l’aider dans son cheminement.

Ces étapes peuvent ne pas être toutes présentes dans l’élaboration du deuil d’un malade mais celles-ci sont des repères fiables pour assurer un accompagnement adapté à chacune des situations. Comme l’affirme Élisabeth Kübler-Ross elle-même :

Ce sont des outils qui nous aident à cerner et à identifier les sentiments. Ces différentes étapes du chagrin ne sont pas linéaires dans le temps. Tout le monde ne passe pas par chacune d’entre elles ou ne les vit pas dans le même ordre 31.

À cet instant, nous nous permettons une remarque d’ordre pastoral : la proposition des sacrements, en particulier le sacrement des malades, doit être faite au bon moment. Il s’agit donc de connaître et de repérer ces étapes pour ne pas proposer le sacrement des malades au moment de la phase de déni, ni pendant celle de la colère car le malade ne serait pas alors dans de bonnes dispositions. En revanche l’étape de la tristesse peut être le moment le plus adapté afin que cette personne expérimente la proximité et la compassion du Seigneur dans son épreuve.

La prise en charge de la dimension sociale

En soins palliatifs, il est indiqué de passer autant de temps avec la famille qu’avec le malade. En effet, il s’agit de préparer chacun à son rythme à l’éventualité d’un décès. Ceci sous-entend de prendre le temps de s’asseoir avec chacun et d’ouvrir un espace d’écoute. De plus, les rôles et les relations intrafamiliales se modifient inévitablement lors du décès d’un proche conduisant à un sentiment de douleur intense 32. La proposition d’un accompagnement psychologique de certains membres de la famille après le décès peut être une aide précieuse.

Dans cette approche intégrale de la personne, il s’agit de l’accompagner non seulement dans sa subjectivité mais aussi dans son intersubjectivité en considérant son milieu culturel et son entourage familial. C’est l’intuition du sociologue Ken Wilber 33 qui propose de distinguer deux axes : le monde « subjectif-intérieur » et le monde « objectif-extérieur » ; ainsi que le monde singulier et collectif. L’aspect objectif correspond plus au monde de la santé par rapport au malade ainsi que celui de la société dans sa prise en charge du patient. Autant de facteurs qui sont intriqués mais dont il faut savoir tenir compte pour une meilleure prise en charge sociale 34.

Dans certains cas, il pourra exister une souffrance sociale c’est-à-dire que l’urgence sera d’abord de régler le problème social avant d’envisager un traitement antalgique. D’où la nécessité de travailler en pluri- et interdisciplinarité en creusant la place de l’autre, c’est-à-dire de l’intervenant qui sera le plus à même d’aider la personne. Dans cette situation, il s’agit bien entendu de l’assistante sociale. En effet, certaines personnes ont besoin d’une aide spécifique pour naviguer dans les méandres des aides sociales potentielles 35.

Nous verrons aussi dans notre deuxième chapitre que la personne est un être social et que sa relation avec la famille est bien sûr primordiale. Nous verrons les différentes blessures qui peuvent être en lien avec cette dimension et comment aider la personne jusqu’à une réconciliation. Cet aspect nous fait déjà rentrer dans la considération des besoins spirituels.

La prise en charge des besoins spirituels

Considérer les besoins spirituels d’une personne est une nécessité pour qui veut aider de façon globale une personne. Il ne s’agit pas de considérer seulement les besoins physiques, psychologiques et sociaux et de ne pas tenir compte des attentes spirituelles comme cela peut être le cas dans une certaine pratique hospitalière. Faire ainsi serait amputer la personne d’une dimension essentielle et nous empêcherait d’aller jusqu’à la source d’une angoisse parfois existentielle 36.

Notre pratique en soins palliatifs nous a amené à distinguer deux types de besoins spirituels :

– les besoins spirituels humains ;

– les besoins spirituels religieux.

Les besoins spirituels humains

Ils concernent aussi bien les personnes croyantes que non croyantes. Il s’agit de faire un pas avec chacun et au rythme de chacun.

Ces besoins spirituels humains sont à relever à plusieurs niveaux :

Au niveau de l’identité personnelle : avec le besoin d’être reconnu comme une personne.

Ce besoin touche aussi le besoin de reconnaissance de la dignité de la personne en tant que telle 37