Curieuse histoire de la médecine - Roger Detry - ebook

Curieuse histoire de la médecine ebook

Roger Detry

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Opis

Des chamanes aux médecins scientifiques de nos jours en passant par les prêtres-médecins, parcourez l'histoire surprenante des pratiques médicales !

Recours des malades victimes des maléfices de sorciers hostiles, le chamane des origines fit place au prêtre. Dans l’Ancien Empire égyptien, les sciences sont en la possession de Thot, le dieu à tête d’ibis, qui connaît tout et est chargé de diffuser la connaissance. Thot donne l’habileté aux prêtres-médecins, ses disciples, pour délivrer de la maladie celui que le dieu désire maintenir en vie. Les médecins doivent se conformer strictement aux textes établis. Sinon, ils peuvent être poursuivis, et même condamnés à mort. Bien plus tard, le médecin scientifique remplaça le prêtre comme dépositaire du mandat céleste auprès du patient. Pendant des millénaires, ce dernier fut la chose plus ou moins consentante du prestataire de soins. Plutôt moins que plus, le plus souvent. Son seul droit était de serrer les dents, en silence de préférence. Petit à petit, il se retrouva au centre des préoccupations de tous. Du moins s‘efforça-t-on de l’en convaincre.

Faites des découvertes étonnantes en traversant l'histoire de la médecine de ses origines à nos jours et suivez l'évolution de la relation du médecin avec le patient et le divin.

EXTRAIT

La médecine tirerait-elle son origine de la magie ? Oui, selon certains. Entre les mains des sorciers, la cure de la maladie comprend un rituel précis et la récitation de formules, complétés par l’administration de drogues ou potions. Nos chers ancêtres finiront par se rendre à l’évidence : parfois, sans formules ni rituel, les drogues ont un certain pouvoir. Ainsi apparaîtra la médecine. Pas du tout, rétorquent d’autres. La médecine empirique a précédé la magie. C’est l’interprétation de l’origine des maladies qui aurait eu un caractère magique, lequel se serait alors étendu au traitement. À vrai dire, peu importe. Un des dons les plus précieux de l’être vivant est celui de se guérir, de posséder la vis medicatrix naturae (force curative de la nature). Tout animal recherche d’instinct les remèdes capables d’aider cette force curative ; l’animal blessé lèche ses plaies. L’art médical des hommes dérive de l’instinct primitif qu’ont les bêtes à secourir la nature.
Cocorico ! Les premiers traitements médicaux de l’humanité ont été chirurgicaux : extractions d’épines ou de corps étrangers incrustés dans les blessures, soins aux traumatisés. Le cri du chasseur blessé a sans doute été le premier appel au secours du SAMU. La plus ancienne maladie connue est une tumeur (osseuse) de la queue (osseuse) d’un dinosaure. Plus récemment a été découvert le squelette d’un pithécanthrope erectus, dont l’espèce s’est éteinte il y a plus d’un million d’années, hier pour ainsi dire à l’horloge du temps. Ce lointain cousin était mort d’une tumeur du fémur. Le manque de chirurgiens orthopédistes aurait-il grandement contribué à la disparition de ces espèces ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Ancien praticien et enseignant impliqué des structures scientifiques, professionnelles et ministérielles de la Santé, à la fois soignant et patient, Roger Detry rassemble depuis toujours des témoignages anciens et contemporains retraçant l'évolution de la médecine depuis ses origines, susceptibles, peut-être, d'amener le lecteur à porter un regard moins conventionnel sur son médecin ou son chirurgien.

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© Éditions Jourdan

Paris

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ISBN : 978-2-39009-359-6 – EAN : 9782390093596

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Roger Detry

Curieuse histoire de la médecine

La saga des héritiers de Thot

Introduction

Le rire et le sommeil sont les meilleurs remèdes du monde !

Ceci n’est pas un livre d’Histoire. Ou si peu, car on ne peut pas tout dire, on ne veut pas tout dire et on ne vous dira pas tout ! Ce serait plutôt un Livre d’histoires, mais les histoires ne font-elles pas partie elles aussi de l’Histoire ? Par sa quête aux témoignages, l’auteur s’est efforcé d’esquisser un aperçu des origines de notre (bonne) santé et du chemin cahotant, et parfois chaotique, qu’elle a parcouru depuis la nuit des temps. Car contrairement à ce que pensent certains médecins créationnistes contemporains, la médecine n’a pas été élaborée récemment et une fois pour toutes par leur récente spécialité, voire par eux-mêmes. À chacun son dû ! Quel était le quotidien Santé de nos ancêtres ? L’homme des cavernes était-il satisfait de son chamane ? Et le pharaon Chéops de l’index de qualité ISO 9001 ou autre label bling-bling attribué à Imhotep ? Que sont devenus les soignants au fil des siècles ? Que pourrait réserver l’avenir ?

La vie est une maladie sexuellement transmissible (MST), la plus grave même, car elle connaît à ce jour un taux de mortalité de 100 %. Sans exception. En dépit des efforts déployés par l’homme depuis des millénaires, cela n’a pas changé. Cent pour cent. Il y a comme qui dirait un défaut, remarquait Fernand Reynaud, et nous avons donc, vous et moi, un petit problème. L’avis est unanime. La bonne santé est un état précaire qui ne présage rien de bon (J. Romains). Pire, la vie veut la mort pour continuelle semence (É. Zola). Plus grave encore, la médecine a fait tellement de progrès que plus personne n’est en bonne santé (A. Huxley). La nature ne semble guère capable de donner que des maladies assez courtes, mais le médecin s’est annexé l’art de les prolonger, constate pour sa part Marcel Proust, spécialiste de la durée. Des observateurs perspicaces un peu pervers ont aussi relevé que les grèves des médecins s’accompagnent souvent d’une chute significative du taux de décès quotidien (Los Angeles, 1976).

Les citations et autres témoignages, pertinents ou non, émanant de personnalités éminentes ou non, people or not people, ainsi que de menus on-dit et ragots, nous sont parvenus au fil des âges par des voies de fiabilité variable. Peut-être suggéreront-elles une ébauche de réponse à quelques points d’interrogation contemporains.

Dans notre parcours initiatique, une place privilégiée est réservée à la chirurgie. Parce que tel est le bon plaisir de l’auteur. I have a dream! We have a dream! Qui n’a un jour rêvé d’exercer un des plus vieux métiers du monde – pas le plus vieux toutefois –, s’inscrivant dans la tradition multiséculaire d’un art qui requiert the Eye of an Eagle, the Heart of a Lion, the Hands of a Woman, selon l’idéal anglais du XVe siècle ? Qui n’a pas fait le rêve enchanteur d’être chirurgien ? Qui n’a fantasmé d’avoir à pratiquer, naufragé sur une île déserte, l’opération de la dernière chance sur la seule survivante, parfaitement charmante, de l’Île de la Tentation dont le pronostic vital était engagé selon la presse people à l’affût derrière un palmier ? Yes, You can!

Aux yeux de nos contemporains, le chirurgien serait un individu capable de démonter un corps et de le remonter sans se tromper. C’est la version Ikea de la fonction. La première partie du cahier des charges, la capacité de démontage, est formellement établie. La seconde, qui a trait au remontage, est plus incertaine. Pendant des millénaires, la chirurgie a été symbolisée par le bistouri, aussi appelé scalpel. C’est une erreur. Lorsqu’on pénètre dans l’abdomen (comme dans le nez), le doigt est incontestablement le meilleur et le plus sûr des instruments (M. Schein). Un doigt perfore difficilement une aorte (ou une cloison nasale). Un bistouri ou un trocart de cœlioscopie, par contre !

Au restaurant, le pavillon de l’oreille du dîneur a souvent le privilège de saucer l’assiette du voisin, manque d’espace oblige. Cette fois encore, il m’est difficile de mener une conversation intelligible avec mon épouse. Non pas que la communication soit notablement complexe entre nous, mais le restaurant est comble et les couples installés à la table d’à côté ont le verbe haut. Une dame, fière d’elle, étale superbement son expérience récente, s’assurant que toute la salle capte ses propos cinq sur cinq. Comme si tout le mérite de l’aventure lui revenait.

– C’est fou, très chers, les progrès de la médecine ! J’ai été opérée avec une caméra dans le ventre ! Oui, comme je vous le dis, avec une caméra dans le ventre !

Un rapide coup d’œil l’assure que les oreilles avoisinantes sont bien dressées et orientées adéquatement. S’ensuit une discussion animée avec ses convives quant aux aspects techniques et supposés tels de l’affaire, émaillée des précisions et commentaires appropriés.

– La caméra a été introduite dans une enveloppe pour ne pas être salie et pour rester stérile au milieu de mes intestins, précise doctement la survivante.

Cela commence mal ! Non, chère madame, la caméra qui examinait vos entrailles n’était pas recouverte d’une housse. Une caméra haute définition filmant à travers une enveloppe protectrice offrirait d’excellentes images de la trame de l’étui, ce qui est sans intérêt, et très peu de renseignements sur l’état des intestins, ce qui est gênant. Certes, les images produites par les premières caméras de l’ère cœlioscopique ne montraient pas grand-chose non plus. Mais chut ! Le photographe amateur qui sommeille en chacun de nous sait aussi qu’un recul minimum est nécessaire à la mise au point de l’image. Vous avez pudiquement omis de dire, très chère, que pour vous opérer en y voyant bien, on vous a gonflée comme – excusez la comparaison – une vulgaire baudruche afin de créer dans votre abdomen une belle bulle, pas une bulle financière (quoique, vu le coût du matériel utilisé...), mais une bulle d’air, ou plutôt de CO2. En cours d’opération, une machine appelée insufflateur vous a redonné régulièrement un petit coup de pompe pour vous regonfler le moral et l’abdomen, comme à une vulgaire chambre à air qui fuite. C’est dans l’espace ainsi créé que se meuvent caméra et instruments. Votre intérieur a été mis sous le feu des projecteurs d’une lumière appelée curieusement lumière froide. Les feux de la rampe. Ah ! Si mon intérieur pouvait être aussi bien que mon extérieur! soupirait une opérée, toujours narcissique à plus de 80 ans. Instruments et caméras ont été soigneusement stérilisés avant l’opération, car il n’est pas question de permettre l’immigration de germes étrangers, avec ou sans papiers, dans votre auguste cavité. Si quelques microbes y folâtrent, ce sont les vôtres. Il faut de temps en temps retirer la caméra et nettoyer l’optique obscurcie par le contact avec votre intimité.

Voilà ce que j’aurais voulu préciser à cette dame, mais il n’est pas poli de s’immiscer dans la discussion, l’assiette ou le ventre des autres sans y être convié.

Cette conversation indiscrètement perçue laisse apercevoir le fossé qui sépare la réalité de l’imaginaire et que ce livre va s’efforcer de combler. À moins, je le crains, qu’il l’approfondisse. Mais mieux vaut quand même lire ce qui suit que d’être sourd, m’a assuré mon logopède. Après cette lecture, le regard que vous porterez sur votre médecin ou votre chirurgien ne sera peut-être plus exactement le même qu’auparavant.

Dites Trente-Trois !

or Thirty-Three !

of Drieëndertig !

oder Dreiunddreiß ig!

albo Trzydzieści-Trzy

o Trentatre !

ou Trinta ê Três

o Treinta tres

o Trenta tres1

ou …

1. Pour les quelques Catalans que notre pays héberge depuis 2017 en juste compensation du généreux accueil accordé aux Espagnols de 1556 à 1714.

Mise en garde : Un bistouri, ça coupe énormément !

D’emblée, il est impératif de mettre l’un ou l’autre point sur l’un ou l’autre « i » pour éviter confusions et impairs. Dans notre société contemporaine où tout est communication, il faut savoir ce que parler veut dire et manier avec discernement mots et expressions, même banals de prime abord. Commençons par le commencement.

Comment allez-vous ? Qui ne s’enquiert pas ainsi, à la moindre occasion, de la santé de son interlocuteur ? Pourtant, Comment allez-vous ? aurait été à l’origine un raccourci politiquement correct de Comment allez-vous à la selle ? La question, ni cavalière ni goujate, était d’importance pour s’enquérir de la santé d’autrui, le constipé ou le diarrhéique étant supposé en moins bonne santé que celui qui produit très régulièrement de magnifiques étrons. Le Dictionnaire culturel de Rey précise le sens d’aller dans celui d’évacuer des excréments, se référant à Molière : Une bonne médecine pour hâter d’aller (Le Malade imaginaire). Monsieur ! On m’a dit que vous aviez des remèdes admirables pour faire aller (toujours Molière) (Robert alphabétique et analogique). La régularité du trafic est chose essentielle, sur la route et dans l’intimité de nos tuyauteries. Chacun sait les désagréments des bouchons. Un jour, raconte Samuel Beckett, en revenant du W.C., je trouvai la porte de ma chambre fermée à clé et mes affaires empilées devant la porte. C’est vous dire combien j’étais constipé à cette époque.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’expression Comment allez-vous ? a vu son sens se banaliser. En vertu du principe de précaution universelle, évitez cependant d’en faire usage lorsque vous serez reçu(e) par Sa Majesté le roi, Monsieur le Président de la République, Sa Sainteté le pape et surtout, s’il échet, par Sa très Gracieuse Majesté la Reine d’Angleterre. Même si cela s’avérait judicieux, laissez le soin à d’autres de lui conseiller : Ma Commère, il vous faut purger avec quatre grains d’ellébore (La Fontaine).

Paradigme de transparence oblige, notre société s’est accordée quant à la nécessité de se faire comprendre entre interlocuteurs. Le français a remplacé le latin dans les églises et les cabinets de consultation. Un langage clair évite le quiproquo. Fini le Mica panis, place au Placebo, moins digeste, mais plus lisible. Plus de Q.S. (Quantum Satis), mais Autantqu’il faut. Le BID (bis in die) a fait place à Deux fois par jour et le Pro re nata à Selon le besoin.Statut remplace avantageusement le latin status. La transparence jubile. L’oncologue ne dira plus que la tumeur enlevée par le chirurgien est très peu agressive, mais qu’il s’agit d’une lésion ypTis sm2N0Mx. C’est clair et précis. Le résultat n’est plus durable mais pérenne, on n’applique plus, on implémente. Ausculter signifie écouter les sons produits à l’intérieur du corps à l’oreille ou à l’aide d’un stéthoscope. Il est donc du plus mauvais goût de prétendre s’être fait ausculter l’anus, même si l’organe a ses moments bruyants. Il serait tout aussi inconvenant de prétendre ausculter une patiente dysménorrhéique, ou leucorrhéique, ou même logorrhéique, surtout avec un gros spéculoos. Que penseriez-vous d’un patient qui vous dit froidement : Docteur ! J’ai subi la totale ? Le sexe apparent de l’individu permet d’exclure l’hystérectomie (totale), quoique de nos jours… ! Par contre, s’agit-il de la prostatectomie (totale), de la prothèse (totale) de hanche ou d’un méchant redressement fiscal ? Le langage soigné ne tombe pas dans le pédantisme. Ne jamais s’adresser à l’orthopédiste au subjonctif, même présent : Docteur, j’aimerais que vous vissiez ma femme qui est clouée au lit! Ne pas exiger qu’il la guérisse d’une hernie fiscale ou de la rupture de son ministre. La vulgarité n’est pas davantage de mise : évitez de diagnostiquer chez vos patientes le syndrome du gros lapsus. Prolapsus est plus châtié. Si vous dénoncez l’état déplorable de quelque trompe de Fallope, faites-le avec élégance, décrivez-la avec un « F » majuscule et deux « l » minuscules, et non avec un « S » majuscule et un seul « l » minuscule, sous peine d’être traîné en justice comme abominable sexiste par le Conseil supérieur pour l’égalité des chances. Et gardez-vous bien d’accuser l’hôpital de traiter les patients comme des cow-boys. Privilégiez toujours l’élégant nycthémère au plus trivial Nictamère qui ne figure pas encore au Petit Larousse illustré. Ne contestez pas la note d’honoraires d’un anesthésiste qui vous aurait entubé. Entuber son prochain est une procédure généralement gratuite, souvent contestable, et n’a rien de commun avec intuber, action qui requiert plusieurs années de formation qualifiée et mérite une juste rétribution. Un ketchup n’est pas exigé au moindre malaise digestif sanctionnant des excès de table. Quant aux messieurs, si une relaxation prématurée des tissus produit un affaissement embarrassant (et bilatéral) de leurs bourses, ils solliciteront de leur médecin la prescription d’un suspensoir, de préférence à celle d’un prétentieux ostensoir, car il faut en toute circonstance modestie garder.

Sachez que, en dépit des multiples postes d’identité-vigilance, votre itinéraire hospitalier risque de croiser l’E.I.. Non pas l’E.I. (État Islamique), mais le tout aussi redouté E.I. (événement indésirable). Pas de panique cependant, toute rencontre sera impérativement rapportée dans un EVI (!), lequel a remplacé opportunément l’ENNOV (!). Enfin, quelques expressions passe-partout, qui ne veulent rien dire, pourront libérer votre parole et vous tirer d’embarras: Le pronostic vital est engagé (ou pas)… L’état est stationnaire… L’état justifie des soins de pointe à l’aide de la technologie la plus avancée… (et pour le soignant) : Nous assurons des soins de qualité… Sous haute surveillance… L’approche est pluri ou multidisciplinaire… Le patient est au centre de nos préoccupations (incontournable) et le prudent Le risque zéro n’existe pas ! N’oubliez pas de conclure, rassurants, que nous avons les meilleurs soins de santé du monde, privilège que nous partageons avec les États-Unis, la France, les Pays-Bas, la Suisse, les îles Féroé et Fidji réunies, l’Allemagne, la Corée du Sud, le Japon, la Patagonie, Gibraltar, Andorre, la Scandinavie, Wallis-et-Futuna, la Catalogne bien évidemment, et j’en oublie. Enfin, l’expression Il faut faire son deuil est à réserver à la toute dernière extrémité.

Malgré cette application à la transparence, il est à craindre que le charabia informatico-administratif colonisant les soins de santé ne nous replonge illico dans un nouvel obscurantisme.

Mais voilà que tout ce préambule allait me faire oublier la plus élémentaire des courtoisies. Dites-moi donc, ami lecteur ! Après toutes ces nécessaires précisions sémantiques, Comment allez-vous? Si la réponse est positive, abordez sans crainte notre parcours à travers l’espace et le temps.

Seules les citations reprises en italiques dans le texte sont sans doute authentiques (l’immixtion subreptice de quelques fake news ne peut cependant pas être formellement exclue). Les commentaires relèvent de la seule responsabilité de l’auteur et sont à prendre avec des pincettes, à disséquer. Les événements cliniques contemporains et les citations des patients sont véridiques. Quant aux quelques incursions derrière le décor et les coulisses de l’Aventure, chacun appréciera en son âme et conscience.

Préhistoire

La Préhistoire est une période a priori reposante pour l’auteur. Pas d’écrits, pas de citations, pas de recherches bibliographiques. Les rares témoignages sont fossilisés, muets. L’apparence est trompeuse. Il nous reste par exemple l’étude des ossements. Celle-ci nous montre que l’Homme de Néandertal, qui disparut vers 30000 ACN pour laisser la place à Homo sapiens (c’est-à-dire nous), connaissait certaines plantes médicinales et prenait soin de ses malades et de ses blessés. On a retrouvé des fossiles d’humains handicapésqui n’auraient pas pu survivre sans l’aide de leurs compagnons. Quant à notre ancêtre lui-même, son mode de vie de cueilleur-chasseur lui assurait, jusqu’à la révolution agricole vers 12000 ACN, une alimentation variée et une nutrition de qualité. Il souffrait peu de maladies infectieuses dont beaucoup trouvent leur origine parmi les animaux domestiques et ne frapperont qu’à partir de la révolution agricole. Seul le chien avait été domestiqué par Homo sapiens. Ses déplacements constants en petites bandes empêchaient le développement des épidémies. Une fois passé le cap de la première enfance, l’espérance de vie atteignait 60, voire 80 ans (Y. Harari, Sapiens) dans un monde pourtant impitoyable. Belle source d’inspiration pour nos ministres, diététicien(ne)s, coaches et psys.

Ne sachant pas écrire, nos lointains ancêtres excellaient dans l’art du dessin. Et un dessin vaut bien une courte citation et même un long discours. Le plus ancien portrait connu d’un sorcier guérisseur est celui du dieu cornu dessiné sur les parois de la caverne des Trois Frères, dans les Pyrénées, il y a environ 17 000 ans. Pour les peuplades primitives, la maladie est due à un esprit malin dont le corps est possédé. Elle peut résulter de sorts maléfiques jetés par des sorciers de tribus hostiles. Pour se défendre, la victime recourt au chamane, personnage social qui jette un pont entre l’ici-bas et l’au-delà. Le chamane entre en transe au moyen de plantes hallucinogènes et c’est alors que se présentent à son esprit les remèdes à prescrire, explique Littré. Cette intéressante pratique est tombée en désuétude à l’ère scientifique de la médecine, mais s’est discrètement perpétuée chez quelques praticiens peu patentés (iridologues, mésothérapeutes, astrologues...) ainsi que chez des ministres et gestionnaires de la Santé dont les politiques sont, à l’évidence, élucubrées sous l’influence des mêmes herbes hallucinogènes dont l’usage s’est malencontreusement transmis au fil des siècles.

La médecine tirerait-elle son origine de la magie ? Oui, selon certains. Entre les mains des sorciers, la cure de la maladie comprend un rituel précis et la récitation de formules, complétés par l’administration de drogues ou potions. Nos chers ancêtres finiront par se rendre à l’évidence : parfois, sans formules ni rituel, les drogues ont un certain pouvoir. Ainsi apparaîtra la médecine. Pas du tout, rétorquent d’autres. La médecine empirique a précédé la magie. C’est l’interprétation de l’origine des maladies qui aurait eu un caractère magique, lequel se serait alors étendu au traitement.

À vrai dire, peu importe. Un des dons les plus précieux de l’être vivant est celui de se guérir, de posséder la vis medicatrix naturae(force curative de la nature). Tout animal recherche d’instinct les remèdes capables d’aider cette force curative ; l’animal blessé lèche ses plaies. L’art médical des hommes dérive de l’instinct primitif qu’ont les bêtes à secourir la nature.

Cocorico ! Les premiers traitements médicaux de l’humanité ont été chirurgicaux : extractions d’épines ou de corps étrangers incrustés dans les blessures, soins aux traumatisés. Le cri du chasseur blessé a sans doute été le premier appel au secours du SAMU. La plus ancienne maladie connue est une tumeur (osseuse) de la queue (osseuse) d’un dinosaure. Plus récemment a été découvert le squelette d’un pithécanthrope erectus, dont l’espèce s’est éteinte il y a plus d’un million d’années, hier pour ainsi dire à l’horloge du temps. Ce lointain cousin était mort d’une tumeur du fémur. Le manque de chirurgiens orthopédistes aurait-il grandement contribué à la disparition de ces espèces ?

Au Néolithique, l’homme préhistorique pratique la trépanation. Les années 4000 ACN ont constitué un âge d’or de la neurochirurgie, ce qui est remarquable car la télévision n’avait pas encore été inventée. L’homme préhistorique aimait trépaner son prochain pour permettre au démon de la folie, de l’épilepsie ou de la migraine de s’échapper de la tête de la victime. Le concept sera pérennisé (L’extraction de la pierre de la folie, Jérôme Bosch, 1516). C’est aujourd’hui encore l’âge d’or de la neurochirurgie, car la télévision a été inventée.

Lorsque rien ne se produit, il n’y a pas de temps passé (saint Augustin). Cette citation assez peu médicale servira de tremplin vers l’Histoire, caractérisée, même si des scientifiques le contestent aujourd’hui, par l’apparition de l’écriture. Essayons de la suivre chronologiquement et géographiquement, tout en tolérant quelques incursions très anachroniques qu’un lecteur même peu attentif pourra facilement identifier.

Pour nous situer sur l’échelle du temps, rappelons-nous que l’univers a environ 13,8 milliards d’années d’âge. Une bonne cuvée, l’Homo sapiens (coucou, revoilà l’Homme de Cro-Magnon) aurait fait son apparition il y a environ 200 000 ans pour éclipser lentement mais sûrement tous les autres hominidés.

Au début, c’est le calme plat un peu partout. Vers 4500 ACN, la Mésopotamie, berceau de notre civilisation, est habitée par les Sumériens. En Égypte, dans l’Ancien Empire (3110-2258 ACN), Chéops fait construire sa pyramide. En Chine, où l’on produit la soie depuis 4000 ACN, règne l’empereur Huangdi (2697-2597 ACN), appelé l’Empereur Jaune. Il est considéré comme le père de la civilisation chinoise. En Crète, les Minoens (2700 à 1100 ACN) construisent des palais à portée d’une bombe à retardement (le volcan de Santorin), ce qui est très imprudent.

Les anciens Grecs et les anciens Romains, c’est pour après. Mais à tout Seigneur, tout honneur…

La Genèse

Selon des textes apocryphes, d’appellation d’origine non contrôlée (AONC) et d’exégèse dès lors aléatoire, le tout premier traitement dans l’Histoire de l’Humanité fut chirurgical. Ce fut l’opération à laquelle Dieu se livra sur Adam pour des raisons connues de lui seul, car, le fait est établi, les voies d’abord du Seigneur sont impénétrables. Les urologues, dont on connaît l’esprit de contradiction, prétendent qu’elles sont insondables.

En dépit de l’avis négatif des Commissions francophone et néerlandophone d’agrément de la spécialité chirurgicale (la commission germanophone ne s’était pas prononcée, car elle n’existait pas, au grand dam de la Commission pour l’égalité des chances, de lutte contre le racisme, le sexisme et la vivisection), le Créateur s’était fait agréer chirurgien par le ministre fédéral de tutelle en personne, par piston politique. Cette première jetait les bases d’une regrettable jurisprudence.

Comme la formation lacunaire de l’Opérateur le faisait craindre, l’opération que le Pistonné entreprit sur le cobaye Adam, une incision au niveau des côtes, se compliqua. Une sorte d’excroissance difforme se développa dans la cicatrice et se mit à grossir, grossir, grossir. Un véritable processus tumoral incontrôlable qui finit par s’autonomiser. Les spécialistes donnèrent un nom à cette prolifération, résultat d’un geste contre-indiqué et sans doute mal exécuté, ils l’appelèrent E.V.E. (adapté de L.M. Tard).

Cet aléa historique illustre une des clés essentielles de l’excellence en chirurgie, la bonne indication opératoire. Une opération inutile est une opération dangereuse. La tradition ne dit-elle pas, en bas latin, que les explorations chirurgicales blanches (négatives) font les séries noires?

Grâce à ses appuis politiques, Dieu ne fut pas inquiété, mais les lampistes Adam et Ève furent chassés du Paradis terrestre.

Les Écritures

Aussitôt que l’homme a identifié un dieu, qui douterait que la maladie ne soit une expression de sa colère ? Nul ne souffre sans que cela vienne du Ciel, confirme la sagesse juive. Une seule adresse pour la victime, le prêtre. Les prêtres juifs se comportaient en hygiénistes face aux épidémies, selon la loi de Moïse contenue dans la Torah : isolement des personnes infectées, lavage des mains après avoir manipulé un cadavre et enfouissement des excréments à l’extérieur du campement.

Les commandements de Dieu ont pour objet la prévention et le contrôle des épidémies, l’éradication des maladies vénériennes et de la prostitution, les soins d’hygiène corporelle, la nourriture, le logement et l’habillement, la réglementation du travail, la vie sexuelle, la discipline du peuple… Le repos du Sabbat, la circoncision, les mesures concernant les suites de couches des femmes et des personnes souffrant de gonorrhée, l’isolement des lépreux et l’hygiène du campement sont étonnamment rationnels au vu des conditions de vie (M. Neuburger).

La nuit, le mal perce mes os,

les plaies qui me rongent ne dorment pas…

Ma peau sur moi s’est noircie,

mes os sont brûlés par la fièvre (Job, 30, 17 et 30).

Il pourrait s’agir de symptômes du scorbut (carence en vitamine C) (K. Walker).

On accusait la viande de porc de provoquer la terrifiante lèpre, peut-être en raison du prurit (démangeaisons) et de l’œdème de la face que provoque la trichine, ver parasite véhiculé (entre autres) par le porc. Étaient également interdits les anguilles, les mollusques et les crustacés qui vivaient en eau stagnante et étaient sources possibles de fièvre typhoïde dans les pays chauds. La Bible, premier Magazine du Consommateur ? Pourtant, à Antioche, l’apôtre Paul, futur saint, consommait volontiers de la viande impure avec les convertis grecs qui n’avaient pas les mêmes réserves diététiques que les Juifs de souche et n’étaient pas circoncis. Pas étonnant qu’il fût traité d’imposteur par les très orthodoxes Jacques et Jean qui ne s’étaient guère éloignés de Jérusalem. Quant à la circoncision, certains juifs hellénisés se faisaient reconstruire chirurgicalement le prépuce pour fréquenter les thermes sans embarras (E. Carrère, Le Royaume).

Prier et respecter la Loi pour prévenir la vindicte divine étaient de bonne pratique. Néanmoins, on n’aurait su être trop prudent. Le médecin est présent dans l’Ancien Testament, discrètement. Rends au médecin ce qui lui est dû ; c’est le Très-Haut qui l’a créé… La science du médecin l’élèvera et il sera loué en présence des grands (l’Ecclésiaste). Cela a quelque peu changé aujourd’hui. Dommage pour le Docteur. Elle est révolue l’époque où il occupait le haut de l’échelle sociale en compagnie des notables, le notaire et le curé (ou le rabbin), voire le plombier.

Le Nouveau Testament n’est pas évoqué, les miracles ne relevant pas toujours de la médecine.

On ne parle plus guère du médecin juif, à quelques glorieuses exceptions près. Moïse Maïmonide, rabbin et philosophe andalou (1135 - 1204), né à Cordoue et considéré comme le second Moïse du Judaïsme, était aussi médecin. À l’arrivée des Almohades, il dut fuir Cordoue pour Almeria puis Fès, la Palestine et enfin l’Égypte. Il commença à pratiquer la médecine au Caire. L’Aigle de la Synagogue, selon Thomas d’Aquin, ne voit dans la maladie que l’interruption d’un processus biologique normal. Il prône avant tout une bonne hygiène de vie : maintenir la santé de son corps et éviter toute substance pouvant y nuire, par exemple les drogues. Manger et boire sans excès, éviter les aliments trop fermentés, avoir un cycle de sommeil régulier, attendre quelques heures après le repas du soir avant d’aller dormir, réfréner le nombre de rapports sexuels. En résumé, pas de grignotage ni de plateau télé vespéral, pas de boogie-woogie avant la prière du soir (Eddy Mitchell).

Dans nos pays au Moyen Âge, l’Église interdit de faire appel aux lumières de l’hérétique qu’était pour elle le médecin juif. Mais lui seul méritait d’être consulté, car il avait conservé des notions de la science hippocratique. L’interdiction était contournée par un compromis : en public, le médecin juif était dénigré et honni ; en secret, tous le consultaient.

La prière de Maïmonide2 - Extraits

Mon Dieu, remplis mon âme d’amour pour l’Art et pour toutes les créatures. N’admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m’influencent dans l’exercice de mon Art…

Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu’ils suivent mes conseils et mes prescriptions.

Éloigne de leur lit les charlatans, l’armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c’est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l’Art et conduit souvent les créatures à la mort.

Prête-moi, mon Dieu, l’indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Éloigne de moi l’idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l’occasion d’élargir de plus en plus mes connaissances. (XIIe siècle, et toujours bien d’actualité)

2. La paternité de la prière n’est pas unanimement reconnue.

Crise immobilière

Vite ! Un arca (arrêt cardiaque en raccourci, car le temps presse) !Un cœur de 80 ans a décidé de s’arrêter de battre.N’écoutant que son courage, le jeune interne bondit, affrontant l’épreuve d’une de ses premières gardes. Il entreprend les manœuvres de réanimation qu’il a très consciencieusement apprises.Après des minutes d’effort, de sueur, d’angoisse, de faux espoir, le moulin redémarre et le patient reprend ses esprits.

Que du bonheur ! Une première vie sauvée, que demander de mieux à l’aube d’une carrière médicale ?Le lendemain matin, appel urgent du bip, laissant au même jeune interne juste le temps de bondir hors de la douche et d’enfiler une blouse. Notre grand-père semblerait faire une deuxième pause cardiaque, non syndicale. Fichue manie.Au boulot. Et cela repart. Peut-être pas au quart de tour, mais presque. Papi va bien.

Ouf ! Quel bilan ! Le geste qui sauve.Notre jeune interne sort heureux de la réanimation lorsqu’un individu, le regard sombre, fonce sur lui. C’est le fils du ressuscité. Sans un bonjour, il attaque :

– Écoutez, docteur ! Nous ne sommes pas pour l’acharnement thérapeutique.

– Excusez-moi… répond l’interne, interloqué, qui essaye de rassembler ses esprits.

– Je vous dis que nous ne sommes pas pour l’acharnement thérapeutique.

– J’avoue que…, parvient à balbutier le jeune diplômé pas encore tout à fait séché.

– Écoutez, docteur. Je vais être clair. Nous habitons une maison pas très grande. Mon père occupe tout le rez-de-chaussée. Ma sœur et ses deux enfants occupent le premier étage, moi et les miens le deuxième. C’est insupportable, cela ne peut plus continuer. C’est clair, docteur ? Nous sommes formellement contre l’acharnement thérapeutique.

Ou comment perdre des illusions !Nous apprenons au cours de nos études comment essayer, parfois laborieusement, de sauver nos contemporains, pas comment les trucider, même si nous risquons de le faire, très involontairement et très exceptionnellement. Le mélange des rôles est dangereux. Personnellement, je suis serein. Nos enfants et nous n’habitons pas la même maison.

Chinoiseries

Dans la tradition chinoise, le Ciel est la source de toute autorité sur terre et choisit celui qui est le plus digne de le représenter en lui confiant le Mandat céleste. Dans les six directions de l’Univers, tout appartient à l’Empereur (dixit un empereur) ! Aux alentours de 2598 ACN, alors que, à des milliers de kilomètres de là nous courions à moitié nus ou peut-être tout nus dans nos belles forêts carbonifères, la tradition chinoise nous apprend que l’Empereur Huang-ti, dit l’Empereur Jaune, régnait sur la Chine.

Je regrette tout ce que mes peuples arrêtés par la maladie ne me paient pas en taxes et en corvées. Comme on peut le lire dans un extrait du Traité médical de Huang-ti (Huangti Neijing), le plus ancien traité connu qui inspira la médecine chinoise pendant quarante-six siècles, l’empereur se préoccupait beaucoup du caractère social de la maladie. On peut le considérer comme le père fondateur de la médecine du travail.

Je veux que l’on cesse d’administrer des remèdes qui rendent mon peuple malade pour n’employer désormais que des aiguilles de métal, ordonna-t-il, donnant ainsi ses lettres de noblesse à l’acupuncture. L’acupuncture n’est pas basée sur l’anatomie que les Chinois connaissaient peu, car ils ne pratiquaient pas la dissection des corps. Selon eux, cette pratique était inutile, car un corps de brigand, seul objet susceptible d’être disséqué, ne pouvait pas être constitué des mêmes organes que le corps d’un empereur, objet principal, sinon exclusif, de la sollicitude médicale.

Les anciens Chinois identifiaient cinq éléments fondamentaux dans l’univers : la terre, l’eau, le feu, le bois et le métal. De là dérive probablement la doctrine européenne des quatre humeurs du corps. Les Chinois avaient le souci de la médecine douce, non invasive. Selon Confucius (571 – 479 ACN), rien ne compte plus que le respect de la dignité humaine. Toute atteinte au corps, legs de nos ancêtres, est une atteinte à la piété filiale. Il convient de garder son corps intact. Aussi les eunuques de la Cour impériale conservaient-ils soigneusement leurs parties génitales pour pouvoir se présenter intacts dans l’autre monde. Les sinologues débattent toujours aujourd’hui de la nature du bocal de conservation (à cornichons ou à moutarde?). Sur de telles bases, la médecine chinoise n’encourageait pas vraiment le don et la greffe d’organes.

Dans les années 150 PCN, l’Empereur Tsao-Tsao, fondateur de la dynastie Wei, souffrait de fortes céphalées (maux de tête). Il fit venir le chirurgien de la Cour impériale qui, en conformité avec l’EBM (Evidence based medicine, ou médecine basée sur des données probantes) du moment, proposa la trépanation. Subodorant un complot visant à l’envoyer rejoindre prématurément ses ancêtres, l’Empereur fit par prudence décapiter le chirurgien, lequel fut débarrassé à tout jamais de la migraine et l’on ne pratiqua plus la trépanation, ni la chirurgie, pendant quinze siècles en Chine. Les Chinois se consolèrent avec le Yin et le Yang.

L’Inde

Les textes hindous anciens parlent d’une chirurgie bien développée. Un certain Sushruta vivait en Inde entre 1000 et 600 ACN. À cette époque et sous ces latitudes, l’état civil n’était pas très précis ! Sushruta est un des auteurs d’un traité de chirurgie, le Sushruta Samhita, sorte d’encyclopédie répertoriant plus de trois cents procédures, dont la césarienne, et cent vingt instruments chirurgicaux de l’ancienne tradition chirurgicale en Inde. Écrit en sanskrit, ce ne fut pas un best-seller ; il fut cependant traduit en arabe au VIIIe siècle de notre ère. Les premières traductions en Europe datent du début du XIXe siècle.

Plusieurs Sushruta (en quelque sorte les Dupond-Dupont, Peeters, Smith, Durand-Durant ou Fernandez indiens) auraient participé à l’élaboration du document. Vers le IIe siècle, un Sushruta de Bénarès décrit la suture à l’aiguille, au fil ou à l’aide de longues fourmis noires : l’aide tend la plaie, l’opérateur saisit la tête de l’insecte qu’il pince. Le spasme provoque la fermeture en crochets des longues mandibules sur les bords de l’incision (agrafage). Un coup d’ongle sépare la tête du corselet, et l’on retire le corps de la fourmi (M. Guivarc’h). Prudent, Sushruta insistait sur le caractère aléatoire de l’issue du procédé qu’on ne tentera qu’après s’être fait longuement prier et avoir demandé l’autorisation au roi. Le premier consentement éclairé de l’Histoire ?

Considéré comme le père de la rhinoplastie, et même de la chirurgie plastique en général, Sushruta s’est rendu célèbre pour ses reconstructions des nez amputés. La raison de cette expertise est avant tout socioculturelle. Avoir le nez coupé était le châtiment réservé à la femme indienne adultère. Dans un souci de rétablir leur respectabilité, ces dames avaient à cœur de se faire reconstruire une cloison… nasale. La technique du lambeau indien est une procédure de rhinoplastie encore en usage aujourd’hui. Cette pérennité dans l’expertise témoigne de l’excellence des chirurgiens indiens de l’époque et (ou) de la petite vertu des dames hindoues.