Contes et légendes de Centre-Asie - Aux origines du monde - ebook

Contes et légendes de Centre-Asie ebook

Aux origines du monde

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Opis

Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire de Centre-AsieOn dit parmi le peuple : » Les Pléiades sont descendues sur terre, elles sont restées quarante jours sur terre. » A ce propos le récit suivant circule de bouche en bouche.Pendant la période où les Pléiades sont descendues sur terre, c’est-à-dire à la fin de mai et durant le mois de juin, le sol a reverdi, l’herbe fraîche qui sert de nourriture au bétail a poussé vigoureusement et en abondance. C’est-à-dire que les Pléiades, après leur descente sur terre, se sont couchées sur le sol, elles se sont mises à attirer l’herbe vers le haut. Plus les Pléiades restaient couchées sur le sol, mieux ça valait pour le bétail. Cheval, chameau, vache, mouton, chèvre décidèrent d’empêcher les Pléiades de remonter au ciel, en les clouant à tour de rôle sous leurs sabots.Quand vint le tour de la chèvre, elle ne fit pas suffisamment attention : les Pléiades se glissèrent entre ses sabots et s’élevèrent au ciel. Si la chèvre n’avait pas été aussi tête en l’air, les Pléiades seraient restées tout le temps sur terre, l’herbe aurait toujours poussé vigoureusement et en abondance, et les animaux ne seraient jamais restés sans nourriture.À PROPOS DE LA COLLECTION« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.DANS LA MÊME COLLECTION• Contes et légendes de France• Contes et légendes de la Chine• Contes et légendes du Japon• Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche• Contes et récits des Mayas

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Prélude

La Centre-Asie constitue la partie émergeante d’un sous-continent englouti : l’Asie Intérieure. La surrection des Empires russe et chinois a entraîné pendant des siècles l’effondrement de cet immense plateau herbeux où vaguaient autrefois des peuples au nom d’ombre et d’oubli : Massagètes, Issedons, Daïs et Arimaspes. Alexandre-aux-deux-cornes, Macédonien intrépide, porta le fer de lance de l’esthétique grecque en ces lieux où le beau ne sévissait point encore !… Puis, en vrac, en déferlantes, en coulées de lave, en éruptions suivies du calme plat du froid et de la mort, les Scythes, les Huns, les Türks et les Mongols, qui rendent à l’herbe, à la marmotte et à l’épervier l’espace où s’érigeaient autrefois, superbes et mystérieuses, les villes d’Otrar, Taraz et Chach.

Plusieurs de ces peuples relégués dans l’univers des mythes, des contes, voire des imprécations pour enfants turbulents (n’ai-je pas entendu autrefois dans le Badaxchan afghan une mère menacer son fils d’appeler Gengis-Khan s’il ne se tenait pas tranquille : le Conquérant du monde finit en croque-mitaine, mais la peur, toujours, est là) apparaissent aujourd’hui au grand jour de la modernité. Le choc est rude. Afin que ne disparaisse pas la parole des ancêtres, couverte par les baffles de la néo-culture mondialiste, je fais entendre aujourd’hui l’écho de voix assourdies qui hantent encore l’espace sans bornes de la steppe, qui murmurent encore sur les chaussées défoncées des villes englouties.

J’invite tout de go le lecteur à s’enfoncer sans réserve dans cet univers virtuel. Il ne s’y perdra point, mais se fera tout à tour Azéri, Qazaq, Chor, Ouygour et autre, un vrai jeu de rôles !… Le lointain devient aisément proche et le proche lointain. Ces voix que j’évoque, porteuses de merveilleux ou d’ordinaire, disant les origines, racontant les genèses, elles nous sont finalement familières.

Au fond n’est-il pas rassérénant de découvrir que le passé a un futur dans notre présent ?…

Contes étiologiques

Origine des animaux

1. Les animaux domestiques

(conte qazaq)

Avant, il n’y avait ni chevaux ni vaches ; les gens mangeaient de l’herbe. L’ancêtre des vaches s’appelait Zeng-Baba1*. Il était tout seul et vivait avant Adam (c’est comme ça que s’appelle le plus lointain ancêtre du peuple qazaq). L’homme, ayant ramassé de l’herbe, en nourrissait Zeng-Baba et la trayait.

Le cheval était sauvage et errait par la steppe, il s’appelait Joupar. Il s’approcha de l’homme et le supplia :

— Donne-moi de l’herbe !

L’homme lui demanda :

— Est-ce que tu accepteras que je te mette une selle sur le dos, que je me déplace sur toi et que je te vende ?

Le cheval fut d’accord. Alors l’homme donna de l’herbe au cheval.

L’ancêtre du chameau s’appelait Oysoul-le-Noir*. A son propos, on dit : “Plonge Oysoul-le-Noir dans l’eau, il ne s’enfonce point, c’est une vieille baratte ”.

L’ancêtre de tous les moutons est Tchopan-Ata*. Les chèvres n’ont pas d’aïeul. Elles sont nées de la façon suivante. Le berger avait mené paître Tchopan-Ata. Son maître lui avait dit :

— Si Tchopan-Ata met bas des agneaux, tout le croît sera pour moi ; tout ce qu’elle mettra bas et qui ne lui ressemblera pas sera pour toi et constituera tes gages.

Tchopan-Ata met bas agneau après agneau ; alors le berger, de dépit, lui donne un coup de bâton dans la panse. Tchopan-Ata, qui était encore grosse, met bas une chèvre à la queue courte et non dotée d’une poche à graisse. Le maître n’eut pas le droit de la prendre pour lui et la donna au berger.

1Les mots suivis d’un astérisque renvoient au Glossaire en fin d’ouvrage. En ce qui concerne la prononciation, j’ai francisé au maximum, donc pas d’effort à faire toutes les consonnes se prononcent y compris /y/ qui n’est jamais semi-voyelle. Pour /ï/ tenter quelque chose entre le russe byl’ et l’américain bird, explicitement repousser la masse de la langue vers l’arrière de la cavité buccale, et si l’exercice vous rebute, eh bien prononcez le /i/ le plus bizarre que vous pourrez.

2. La chatte

(conte qazaq)

Au début, la chatte était un être humain. Et même il paraît que c’était une pute. Dieu s’est mis en colère et l’a transformée en chatte. Au jugement dernier, elle oubliera les bontés qu’on lui a faites et dira du mal de l’homme. C’est pour ça que quand tu lui donnes à manger, il faut lui donner une chiquenaude sur le front.

3. La taupe et la belette

(conte qazaq)

Un bay* avait deux filles et deux fils. En ce temps-là, il n’y avait pas d’autres êtres humains sur terre. Le père partit quelque part. La sœur aînée, au cours de son absence, dit à la cadette :

— Il n’y a pas d’autres mâles que nos frères : unissons-nous à eux.

La cadette répondit :

— Dieu entend, c’est un péché !

— Dieu n’a pas d’oreilles, répliqua l’aînée.

Après ça elle commença à appeler près d’elle son frère aîné, mais ce dernier refusa. Elle menaçait de le tuer, mais lui pourtant n’était pas effrayé. Alors elle lui creva les yeux et l’enfouit sous terre. Jusqu’à ce jour, les taupes vivent sous terre.

Le père, rentrant à la maison, apprit ce qui s’était passé et maudit sa fille. Dieu la transforma en belette. Les deux animaux ressemblent à un être humain. Les pattes de l’aveugle ressemblent à des mains. Les Qazaqs ne mangent pas la chair de ces animaux. Porter une chapka faite en fourrure de belette est un péché. Pour un jeune homme bien éduqué cela entraîne aussitôt une maladie ; il n’y a que pour le vieillard que ça ne fait aucun mal. Les Tourgoutes* mangent de la viande de belette et de marmotte :

— Pourquoi mangez-vous ça ? demandes-tu.

— C’est très délicieux, répondent-ils.

C’est parce que c’est de la viande d’être humain que c’est délicieux. La viande d’être humain est délicieuse comme le sucre et la langue humaine est même plus sucrée que le sucre.

Dieu a marqué la belette par des rayures fauves en long et l’a laissé partir dans la steppe en disant : “ Ne va pas chez les gens ”.

4. La chauve-souris

(conte qazaq)

On raconte qu’un jour d’entre les jours, Salomon — sur lui soit le Salut — rassembla tous les oiseaux et leur dit :

— Je me fais vieux ces temps-ci, j’ai besoin pour mon corps d’une couette bien douce, sinon ça n’ira pas. Chacun d’entre vous va me donner une plume et j’en ferai faire une couette.

Et tous les oiseaux de l’air, un par un, s’arrachant une plume, la donnèrent à Salomon — sur lui soit le Salut.

Seule la chauve-souris se dit : “ Est-il possible de donner à Salomon seulement une plume ? ” Et elle arracha tout son plumage et le lui donna. Salomon accepta le plumage et en remerciement dit :

— Sois la première parmi les oiseaux !

Puis il réfléchit : “ Est-ce que les autres oiseaux ne vont pas rire et se moquer d’elle parce qu’elle est toute nue ? ” Et il proféra :

— Tu voleras dans l’air durant la nuit ; au moment ou ni les oiseaux ni les hommes ne pourront voir ton apparence.

C’est pourquoi jusqu’à ce jour la chauve-souris vole uniquement la nuit.

5. La huppe de l’alouette

(conte kirghiz)

La huppe de l’alouette1 tomba un jour au beau milieu d’un champ d’absinthe que celle-ci survolait. La huppe dit à l’absinthe :

— Absinthe, absinthe, rends-moi ma huppe !

— Pas question de te rendre ta huppe, répondit l’absinthe, je ne peux bouger de ma place.

— Alors je te dénoncerai à la chèvre et elle te mangera ! dit l’alouette et elle alla voir la chèvre :

— A tel endroit, il y a de l’absinthe en abondance : pourquoi n’irais-tu pas la manger ?

— Pas question de manger l’absinthe, répondit la chèvre, je me déplace péniblement et je n’arrive pas à porter mon chevreau.

— Je te dénoncerai au loup et tu vas voir s’il ne te mange pas ! dit l’alouette et à tire-d’aile elle alla trouver le loup :

— Loup, loup, il y a une chèvre par là-bas, tu devrais la manger !

— Pas question de manger la chèvre, répondit le loup, je n’arrive pas à creuser ma tanière.

— J’irai te dénoncer au gardien de chevaux, il faut qu’il vienne tout de suite te battre à coups de fouet ! dit l’alouette et elle fila en vol plané jusque chez le gardien de chevaux :

— Gardien, gardien, il y a un loup en train de creuser sa tanière dans le vallon en bas, va le battre à coups de fouet.

— Pas question de battre le loup à coups de fouet, répondit le gardien de chevaux, je n’arrive pas à retrouver mes chevaux qui ont disparu.

— Tu vas voir si je ne te dénonce pas au bay* ! dit l’alouette.

Puis, allant chez le bay, elle lui dit :

— Bay, bay, ton gardien de chevaux a perdu des chevaux et ne les retrouve pas, tu devrais aller le frapper !

— Pas question d’aller frapper le gardien de chevaux, répondit le bay, je ne parviens pas à soulever et à transporter mes réserves de graisse pour l’hiver.

— Je vais te dénoncer à la souris, dit l’alouette et elle alla voir la souris.

— Pas question de percer les panses à graisse du bay, répondit la souris en s’affairant à petits gestes, je n’arrive pas à creuser une cachette pour mes petits.

— J’irai te dénoncer au garnement et tu vas voir s’il ne verse pas d’eau dans ton trou, dit l’alouette et, ruminant sa vengeance, elle alla parler au garnement.

— Pas question de verser de l’eau dans son trou, répondit le garnement, j’ai perdu mes osselets de mouton en jouant contre les autres enfants et je n’arrive plus à rattraper mes veaux.

— Tu vas voir si je ne vais pas te dénoncer à ta mère, répondit l’alouette, et elle vola chez la mère du garnement :

— Ton fils a perdu ses osselets de mouton, il se bagarre avec tout le monde, tu devrais le fesser !

— Pas question de le fesser, répondit la mère, je n’arrive pas à carder ma laine.

— Je vais te dénoncer à la tempête et qu’elle fasse s’envoler ta laine !

L’alouette s’en fut parler à la tempête et comme celle-ci n’avait rien de mieux à faire, elle accepta. La tempête arriva en aval du vallon et fit s’envoler la laine de la vieille ; la vieille fessa son fils ; le fils versa de l’eau dans le trou de la souris ; la souris sortit et perça les panses du bay ; le bay battit son gardien de chevaux ; le gardien de chevaux fouetta le loup ; le loup poursuivit la chèvre ; la chèvre mangea l’absinthe et rendit sa huppe à l’alouette.

Depuis ce temps-là, l’alouette porte toujours sa huppe bien enfoncée sur sa tête et ne la laisse plus tomber.

1 Il s’agit en fait du cochevis huppé.

6. Gobe-Hache

(conte kirghiz)

Dans le temps jadis vivait un chasseur d’oiseaux du nom de Tchomotoy. Il connaissait la langue de tous les oiseaux.

Un jour, alors qu’il était assis sur une butte près de sa yourte, un gypaète barbu s’approcha à tire-d’aile et salua Tchomotoy le chasseur d’oiseaux. Après quoi il lui confia ce qui le vexait le plus :

— Pour ce qui est de moi, je suis le plus grand, le plus fort, le roi de tous les oiseaux. De plus j’ai de la barbe et mon duvet est bigarré comme celui de l’oiseau Bidayïq*. Je ne chasse pas le cadavre comme un vautour moine et je ne me nourris pas de viande puante. Je ne mange que des os qui sont doux à mon gosier. Aussi loin que ma mémoire remonte, j’ai vis-à-vis de l’homme une cause de vexation : il me désigne comme vautour, donc bien inférieur à l’aigle. Est-ce qu’on ne pourrait pas me désigner par un nom qui ne serait qu’à moi ? Si la mère du Cerbère Qoumayïq* l’avait appelé Bidayïq, ça ne lui aurait pas du tout convenu.

Le vieux Tchomotoy rit à s’en faire péter la rate :

— Tiens, voilà…, avale donc ça, je vais te donner un joli nom, dit-il en lui tendant la hache luisante qu’il avait à la main.

Laissant échapper un « gloup », le gypaète n’en fit qu’une énorme bouchée. Sur ce, le chasseur d’oiseaux lui dit :

— Eh bien de toute évidence tu es « Gobe-Hache ».

Depuis ce jour le gypaète barbu s’appelle Gobe-Hache et jusqu’à aujourd’hui il est satisfait du nom qu’il a reçu du chasseur d’oiseaux.

7. Le moustique, l’hirondelle et le serpent

(conte kirghiz)

Jadis de jadis, alors que le Déluge était sur le point de recouvrir la surface de la terre ferme, le Prophète Noé dit, à ce qu’on rapporte :

— Puisse la postérité des êtres animés ne pas être anéantie !

Puis il mit dans une nef un mâle et une femelle de chaque être vivant.

Un jour d’entre les jours un trou apparaît dans le vaisseau et l’eau commence à s’y engouffrer. Or voilà, c’était le rat qui l’avait fait ! Aussitôt le Prophète Noé fait mander ses passagers et leur demande qui est capable d’empêcher l’eau de s’engouffrer par ce trou.

— Moi j’en suis capable, dit le serpent.

Ainsi qu’il l’avait dit, sans prendre une bouchée de nourriture, jusqu’à la fin du Déluge il empêche fût-ce une goutte d’eau de passer.

Là-dessus le Déluge prend fin et ils descendent tous sur la terre ferme. Le Prophète Noé mande le serpent et le questionne :

— Pour ta juste rétribution que désires-tu ?

— S’il y a en ce monde quelque chose qui ait saveur agréable, je la désire ! répondit aussitôt le serpent.

Le Prophète Noé fut d’accord.

— Goûte le goût de la nourriture de tous les êtres animés et reviens après avoir découvert lequel est le meilleur, dit-il au moustique en lui confiant la mission.

Le moustique parcourt le monde entier ; alors qu’il est sur le chemin du retour, l’hirondelle lui barre la route et lui demande :

— Mon cher moustique, qu’est-ce qui a saveur agréable ?

— Le sang de l’homme a saveur agréable, répond le moustique.

Alors l’hirondelle reprend :

— Qu’est-ce qui arrive à ta langue, montre-la donc !

Aussitôt que le moustique a tiré la langue, elle la lui arrache et ils repartent ensemble. Tous les deux se rendent devant le Prophète Noé. Mais lorsque ce dernier questionne le moustique et lui demande ce qui a saveur agréable à la surface de la terre, le moustique ne peut répondre que « bzzz-bzzz » ! Alors l’hirondelle dit :

— Il est en train de dire que le sang de la grenouille a saveur agréable.

A ces paroles de l’hirondelle, le serpent fou furieux la frappa au moment où elle s’envolait : sa queue se fendit en deux. C’est depuis ce temps qu’elle est fourchue.

Quant au Prophète Noé, il crut les propos de l’hirondelle et voua la grenouille au serpent. Depuis ce temps, le serpent suce le sang des grenouilles. Si l’hirondelle n’avait pas été là, c’est le sang de l’homme qu’il sucerait ! Depuis ce temps, à ce qu’on dit, serpent et hirondelle se haïssent, cependant que dure l’amitié entre l’homme et l’hirondelle.

Origine des lieux, des choses et des mots

8. Le Maître de la Montagne

(conte chor)

Le Maître de la Montagne* avait un fils cadet. Tous deux partirent dans une autre taïga à la recherche de filles à marier. Là, le maître des lieux leur offrit une coupe remplie d’arak. Le fils s’en saisit et but avant son père. Alors le Maître de la Montagne se fâcha tout rouge, il frappa son fils. A peine eût-il frappé son fils que le sinciput de ce dernier se fendit, le sang coula à gros bouillons, forma un petit lac. Ce petit lac se jette dans la rivière Mras-Su*.

*

Au printemps, quand les feuilles n’ont pas encore poussé sur les arbres, quand l’herbe n’est pas encore sortie de la terre, le Maître de la Montagne pousse un cri.

Et puis aussi en automne, quand l’herbe finit de se dessécher, qu’elle se recroqueville, quand les feuilles des arbres jaunissent et tombent, que les oreilles de la montagne commencent à écouter, alors il pousse un autre cri.

*

Sur les hauts de la rivière Qaylozï, qui prend sa source dans les Monts-Abakan*, se trouve une vaste étendue boisée du nom de Qazïrgan. Là, nous chassons. La dernière fois, à la saison de la chasse, j’ai visé un écureuil. Mon père bougea, partit plus loin, l’écureuil fila. Et puis à ce moment, j’ai entendu quelqu’un appeler une fois, appeler deux fois ; quand j’ai entendu pour la troisième fois : « Mikit, viens ici ! », j’ai répondu : « C’est bon, je viens ». Je me lève pour partir et il n’y a personne… Je me dirige vers mon père. Il me dit : « Qu’est-ce que tu viens faire ? » Je dis : « Je viens parce que j’ai cru que toi tu m’appelais ». En fait, c’était le Maître de la Montagne qui avait crié.

*

Un homme part à la chasse. Le soir, il parvient à une cahute quelque part. Il s’installe pour la nuit et se met à jouer du komouz*. Du profond du bois sort une jeune fille qui s’installe près du feu. Cette fameuse jeune fille écoute avec attention chants et contes. Plus tard, du même fourré, sortent deux hommes. Ils s’approchent et l’un d’eux réprimande vigoureusement la jeune fille : « Tu restes là à écouter des contes et mon étalon aux sabots blancs nous a échappé ! »

Le jour suivant le chasseur obtint un beau butin de chasse : il tua un cerf maral aux sabots blancs.

9. Orion

(conte qazaq)

D’après le récit de Siyirbay, Qazaq du Tarbagatay*, les Qazaqs appellent les trois étoiles de cette constellation qui se tiennent côte à côte, les Trois-Mouflons, et les trois autres, les Trois-Chasseurs ; quant à la septième, ils l’appellent la Balle-du-Fusil.

Au début, il n’y avait que les chasseurs sur la terre, ils ne laissaient aucune chance au gibier ni aux oiseaux. Les mouflons se plaignirent à Dieu de cela et lui les fit monter au ciel le long d’une corde. Mais les chasseurs montèrent aussi le long de cette corde. Ils furent maudits.

10. Les Pléiades

(conte qazaq)

On dit parmi le peuple : « Les Pléiades sont descendues sur terre, elles sont restées quarante jours sur terre. » A ce propos le récit suivant circule de bouche en bouche.

Pendant la période où les Pléiades sont descendues sur terre, c’est-à-dire à la fin de mai et durant le mois de juin, le sol a reverdi, l’herbe fraîche qui sert de nourriture au bétail a poussé vigoureusement et en abondance. C’est-à-dire que les Pléiades, après leur descente sur terre, se sont couchées sur le sol, elles se sont mises à attirer l’herbe vers le haut. Plus les Pléiades restaient couchées sur le sol, mieux ça valait pour le bétail. Cheval, chameau, vache, mouton, chèvre décidèrent d’empêcher les Pléiades de remonter au ciel, en les clouant à tour de rôle sous leurs sabots.