Contes des Juifs de Tunisie - Aux origines du monde - ebook

Contes des Juifs de Tunisie ebook

Aux origines du monde

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Opis

Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire des Juifs de Tunisie

La fête battait son plein. La mariée se tenait, immobile... comme une mariée. Assise sur son trône élevé, parée, fardée, attifée comme une poupée, tellement chargée de robes et de bijoux que tout mouvement lui est difficile, la mariée attend. C'est une belle et grande femme... un peu trop grande peut-être. Enfin vient le moment de se retirer et d'aller dans la nouvelle maison avec son mari. Le cortège arrive devant la porte de la nouvelle demeure, mais ô stupeur, la mariée est bien trop grande ! Impossible de lui faire passer la porte ! Ou alors, c'est la porte de la maison qui est trop basse. Comment résoudre ce problème ? Chacun y va de son conseil :
- Il faut démolir le linteau de la porte !
- Il faut couper la tête de la mariée !
- Non, lui couper les jambes !
On s'échauffe, on s'énerve, la mariée pleure et re-pleure. A ce moment passe Ch'ha. Il observe la scène. Et puis il s'avance et brusquement, il donne un coup sur la nuque de la pauvre fille qui baisse la tête et est projetée en avant. Elle passe ainsi la porte. C'est le délire ! Les youyous reprennent ! On porte Ch'ha en triomphe... Quand on ne trouve pas une solution simple à un problème simple on dit :
- La porte de la maison est trop basse et la mariée est trop grande.


À PROPOS DE LA COLLECTION

« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.

DANS LA MÊME COLLECTION

•  Contes et légendes de France
•  Contes et légendes de la Chine
•  Contes et légendes du Burkina-Faso
•  Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche
•  Contes et récits des Mayas

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Je dédie ce livre à mon fils, Camillequi fut mon premier auditeur.

Je remercie mes informateurs Dolly Stioui, Alain Hadjadj, et mon père Marcel Koskas pour leurs histoires, ainsi que André Nahum pour avoir accepté de préfacer ce livre et pour ses corrections et ses conseils, Maurice Delaistier pour son attentive relecture, Galina Kabakova pour son enthousiasme, ainsi que Nora Aceval pour m’avoir mise en contact avec Galina.

PRÉFACE

Il était une fois…

Cela commence comme un conte, mais ce n’est pas un conte. Oui, il était une fois des Juifs en Tunisie. Ils vivaient dans ce pays depuis des temps immémoriaux, arrivés peut-être avec les Phéniciens qui fondèrent Carthage. D’autres ont été amenés comme esclaves depuis la Judée par les Romains après qu’ils eurent détruit le Temple de Jérusalem. Ils connurent la domination de Byzance, puis des Vandales. Ils virent arriver les cavaliers arabes et prirent part aux rudes combats que leur opposèrent les Berbères sous la conduite de leur reine, la célèbre Kahena, que l’on dit elle-même juive.

Ils participèrent à la splendeur de Kairouan sous les princes Aghlabites puis les califes Fatimides. Ils virent débarquer les Normands dont on se demande ce qu’ils venaient faire entre la Sicile et l’Ifriqiya. Ce fut ensuite une période espagnole lorsque Charles-Quint réalisa enfin son obsession d’occuper Tunis. Puis la Tunisie devint un vyalet (province) de l’immense Empire turc. En 1881, les Français arrivèrent et imposèrent au Bey leur protectorat. Ils amenaient avec eux leur langue et leur culture dont les juifs ont largement profité. Pour les Juifs Tunisiens qui vivaient jusque-là dans la condition de dhimmis, citoyens de deuxième zone, protégés par l’Islam moyennant le paiement d’un impôt spécifique, la jazya, ainsi qu’un certain nombre de limitations et pas mal d’humiliations, la période française fut incontestablement l’une des plus heureuse, sinon la plus heureuse de leur histoire. À la veille de l’indépendance, près de 150.000 Juifs vivaient en Tunisie et il n’y avait pas de ville ou de village qui ne possédait sa synagogue. Il en reste aujourd’hui moins de deux mille. Les autres se sont dispersés à travers le monde, surtout en France et en Israël. Leur langue, le judéo-arabe, un mélange d’arabe, d’hébreu, avec des emprunts à l’italien, l’espagnol et le français a pratiquement disparu. Il faut remercier Sonia Koskas d’avoir par cet ouvrage contribué à conserver une partie de leur folklore. Avec elle on retrouve la foi profonde qui les animait, leurs coutumes et aussi leurs superstitions.

On retrouve les jnoun (djinns) ou lutins qui tenaient une si grande place dans leur vie. Ces djinns omniprésents étaient, croyait-on, capables de tout le bien comme de tout le mal et il fallait absolument s’assurer leurs bonnes grâces au moyen d’encens, d’offrandes de fruits secs et de séances d’exorcisme dont l’origine vient du fond de l’Afrique. Les musiciens spécialisés dans ce genre de cérémonie se déplaçaient à trois dans les rues de Tunis. L’un jouait de la cornemuse ou du biniou, le deuxième tapait sur un tambour et le troisième agitait des cymbales. On les hélait depuis les balcons et les fenêtres et moyennant quelques francs, ils animaient un stambali (la fête accompagnée de la musique par les Gnaoua, originaires de Guinée), au cours duquel, dans les lourdes fumées de l’encens, les femmes dansaient jusqu’à la syncope pour extirper le démon qui était en elles. Pas un djinn ne pouvait leur résister. Et après leur départ, on pouvait être certain que tous avaient été ramenés à la raison. Tunis-la-juive, c’était aussi les rabbins miraculeux dont on invoquait la mémoire à longueur de journée pour leur demander d’intercéder auprès de Dieu. Les pèlerinages à Testour sur la tombe de Rebbi Fragi Chaouat, El Seyed (« le seigneur »), un rabbin illustre venu d’Espagne au dix-septième siècle ou à El Hamma, petit village de la région de Gabès au mausolée de Rebbi Youssef El Maarabi.

Mais comment parler du folklore tunisien sans évoquer les facéties et les bourdes de Ch’hâ, ou Djoha, le roi de l’absurde, personnage mythique des deux bords de la Méditerranée, tour à tour odieux et attachant, stupide ou finaud, honnête ou voleur, sincère ou menteur selon les circonstances. Il y avait beaucoup plus de pauvres, très pauvres, que de bourgeois ou de riches parmi cette communauté, mais tous partageaient la même joie de vivre, le même optimisme et Charles Aznavour a bien raison quand il chante : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ». Ils avaient aussi en commun les séquelles de leur long passé d’opprimés : la peur, la honte, la crainte du péché qui restreignaient énormément leur dynamisme et les empêchaient de s’épanouir comme ils le firent après l’exil. C’est pourquoi l’évasion leur était indispensable vers le merveilleux, le conte, la légende qui leur faisaient oublier les difficultés de leur condition dans les ruelles sordides de la Hara, leur quartier d’origine aujourd’hui détruit, inondé de soleil et de poussière à la saison chaude, transformé en bourbier à la moindre pluie. C’est aussi à cette Hara, haut lieu de la foi, si bien décrite par Paul Sebag que Sonia Koskas a voulu rendre hommage, sur les traces de Vehel et de Ryvel, deux enseignants de l’école de l’Alliance israélite qui furent au début du vingtième siècle les tout premiers à la faire vivre dans leurs livres. Aujourd’hui, c’est seulement dans les livres et dans les mémoires qu’elle existe encore.

André NahumÉcrivain, chroniqueurà Radio Judaïques FM (Paris)

I.LES DÉBUTS DU MONDE. L’HOMME, LA FEMME, LA FAMILLE

Les fondations du monde

Aaron fut le premier grand prêtre des Hébreux. Il était le frère aîné de Moïse et de Miriam. Un jour qu’il s’apprêtait à sacrifier un taureau dans le Temple, l’animal brisa ses liens et s’enfuit. On courut sur sa trace et on le retrouva dans un pré en train de s’accoupler avec une vache. Quelque temps plus tard, la vache mit bas un petit veau qui se mit à grandir d’une façon extraordinaire. En quelques jours, il devint un énorme taureau, et peu de temps plus tard, il était si grand que le monde ne pouvait plus le contenir et la bête se mit à errer dans le ciel. Alors Dieu prit le globe terrestre et le posa sur la corne droite du taureau, et l’animal supporta ainsi la terre. Mais les hommes commettent des péchés, et la terre pèse de plus en plus lourd sur la corne du taureau. Alors, pour se soulager, le taureau lance la terre de sa corne droite vers sa corne gauche d’un vigoureux mouvement de sa grosse tête. Et sur la terre, tout se met à trembler, le sol se fend, la mer s’agite en des vagues gigantesques, les murs des maisons s’écroulent : c’est un tremblement de terre qui punit les hommes de leurs péchés. Le globe terrestre redevenu plus léger, le taureau peut le porter sans le faire trembler. Mais les hommes commettent des péchés…

Si les hommes respectaient les commandements de Dieu, alors le globe terrestre se tiendrait tranquille sur la corne du taureau et la terre ne tremblerait plus.

Pourquoi Dieu créa-t-il la femme à partir d’une côte d’Adam ?

Adam s’ennuyait au paradis. Aussi Dieu décida-t-il de lui donner une compagne qui serait faite de la même matière que lui : Il prendrait un morceau d’Adam pour en faire une femme. Oui, mais quel morceau choisir ?

– Si je prends les yeux, la femme sera trop curieuse, cela n’est pas bon ! Si je prends une main, elle sera chapardeuse ! Non, non, pas de ça ! Si je prends la langue, elle sera bavarde ! Je n’en veux pas ! Si je la fais à partir d’un pied, elle sera coureuse ! Non plus ! Si c’est à partir d’une oreille, elle sera indiscrète…

Finalement, Dieu choisit de façonner la femme dans une côte d’Adam, parce que, se dit-Il, la côte est un endroit discret et modeste, ainsi la femme sera de même… C’est ce que fit Dieu.

Et voilà pourquoi la femme est si discrète et si modeste !

La pomme d’Adam ou Comment une bosse est venue au cou des hommes

Quand le serpent a tendu la pomme à Ève, Ève a pris la pomme : c’était une belle grosse pomme rouge et brillante, appétissante et parfumée. Et Ève a croqué la pomme. Hum ! Elle était savoureuse, juteuse, le jus coulait lentement dans sa bouche au fur et à mesure qu’elle mâchait doucement la pomme, qu’elle la savourait… Et elle l’a avalée. Et la pomme était si bonne qu’elle a voulu la partager avec son homme. Et Ève a tendu la pomme à Adam. Mais Adam avait mauvaise conscience. Il y avait une petite voix qui lui disait :

– N’y touche pas, malheureux ! C’est un fruit défendu !

Mais une autre voix lui disait :

– Mais vas-y, goûte-la, tu en meurs d’envie… Que veux-tu qu’il t’arrive … Regarde Ève, la pomme ne lui a fait aucun mal…

Et Adam était terriblement partagé, entre ces deux voix qui lui disaient : « Ne fais pas ça » et « Laisse-toi tenter ». Finalement, il n’a plus pu résister, et il a croqué dans la pomme. Mais il était si mal à l’aise, il avait tellement mauvaise conscience, qu’il n’a pas pris le temps de la goûter, de la mâcher, il l’a avalée tout rond ! Mais il l’a avalée de travers. Et un petit morceau de la pomme lui est resté coincé dans le gosier. Et ce petit bout de pomme n’est pas non plus passé dans le gosier des fils d’Adam, ni dans celui des fils de ses fils…

C’est depuis ce temps-là que les messieurs portent au milieu du cou un petit rebond, une bosse, ou un fort promontoire qui est le souvenir de leur premier péché.

Quant aux filles d’Ève, elles ont le cou rond et lisse, qui semble narguer les hommes et demander avec une arrogante innocence : « La pomme, quelle pomme ? »

Oui, je sais, il y a des messieurs qui n’ont pas de pomme d’Adam, qu’ils ne s’inquiètent pas : c’est qu’ils n’ont pas, en eux, le moindre sentiment de culpabilité ! Et ça, ils l’ont hérité de leur mère.

Comment l’argent est venu au monde

Le Talmud raconte qu’il y a de ça très longtemps, l’argent n’existait pas : il n’y avait pas de gens riches et de gens pauvres. Il n’y avait que des gens angoissés. Et savez-vous pourquoi les gens étaient angoissés ? Parce qu’ils pensaient à la mort ! Ils étaient obsédés par l’idée de la mort. Et ça leur coupait l’appétit. Et les hommes étaient maigres. Ils vivaient maigres, maigres, maigres, et quand ils mouraient, ils étaient encore plus maigres.

Et ça, ça ne faisait pas l’affaire de tout le monde. Non, et les vers, vous avez pensé aux vers ? Parce que les vers, quand ils voyaient un mort arriver, ils se disaient :

– Chic, à table !

Et dès qu’ils mordaient dedans, ils se cassaient les dents… Alors un jour ils ont envoyé une délégation voir Dieu et ils lui ont dit :

– Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, roi de l’univers, créateur de toutes choses, certes, ta création est parfaite, mais….

Dieu a dit :

– Mais ? Il y a quelque chose qui vous tracasse ?

– Oui, on n’est pas content ! On n’est pas content parce que tu nous as créés pour manger de la viande, et là, tu ne nous donnes que des os ! On voudrait que tu fasses un peu grossir les hommes…

Alors Dieu s’est réuni avec ses anges, et il a dit :

– Les vers ont raison ! Il faut faire grossir les hommes !

Les ressources de Dieu sont infinies… Dieu a trouvé : il a inventé l’argent ! Et les hommes ont été intéressés par l’argent, parce que Dieu en a mis le goût dans leur cœur. Ceux qui en avaient beaucoup en voulaient davantage, ceux qui en avaient moyennement en voulaient un peu plus et ceux qui n’en avaient pas du tout en voulaient un minimum ! Ils ont retrouvé leur appétit, et ils ont vécu gros et ils sont morts gros, et les vers étaient contents. Bien sûr certains encore mouraient maigres, mais dans l’ensemble ils étaient suffisamment dodus. Les vers ont remercié Dieu et ils l’ont loué pour son infinie bonté.

Je ne sais pas si Dieu a été content de sa création, mais vous savez, ce que Dieu a fait, Dieu ne peut pas le défaire, et l’argent est resté, pour notre plus grand bonheur et notre plus grand malheur…

Histoire du célibataire

Il y avait un jeune homme qui n’était pas encore marié. Chaque matin, il se rendait à son travail, et chaque matin, le gardien l’accueillait par ces mots :

– Bonjour, ô toi, le seigneur des hommes !

Et le jeune homme répondait simplement :

– Bonjour, monsieur le gardien !

Et tous les matins, il en était ainsi, le vieux gardien le saluait par :

– Bonjour, ô toi, le seigneur des hommes !

Un jour, le jeune homme prit femme. On fêta le mariage, les jeunes époux s’installèrent dans leur nouvelle demeure. Quand il se rendit de nouveau à son travail, il fut cette fois accueilli par ces mots :

– Bonjour seigneur, bonjour monsieur. Tu es seigneur parmi les seigneurs, tu es un homme parmi les hommes.

Le jeune marié remarqua bien ce changement dans les salutations du gardien, mais il ne comprit pas plus le changement qu’il ne comprenait les salutations elles-mêmes. Et il répondit simplement :

– Bonjour, monsieur le gardien !

Le temps passa. Tous les jours, l’homme se rendait à son travail, tous les jours le vieux l’accueillait de la même façon :

– Bonjour seigneur, bonjour monsieur. Tu es seigneur parmi les seigneurs, tu es un homme parmi les hommes.

Il n’y prêtait même plus attention.

Le temps passa encore. Et voilà que la discorde s’installa dans le ménage. Tous les jours, ça n’était que récriminations, disputes et cris. Alors, le couple finit par se séparer. Le rabbin prononça le divorce. Quand il se rendit à son travail, l’homme entendit le vieux gardien l’accueillir par ces mots :

– Bonjour, monsieur, le pire des hommes !

La première fois, l’homme s’étonna, mais le vieux renouvelait chaque jour sa nouvelle formule de salutations :

– Bonjour, monsieur, le pire des hommes !

Cette fois, l’homme n’en put plus :

– Je ne comprends pas ! Au début, quand j’étais un jeune homme, tu me saluais en me disant que j’étais le seigneur des hommes. Puis tu m’as dit que j’étais un homme comme tous les autres hommes. Et voilà que maintenant, tu me traites de pire des hommes ! Explique-toi à la fin !

Et le vieux gardien, qui était un sage, lui expliqua :

– Quand tu étais célibataire, tous les espoirs t’étaient permis, tu étais libre, tu étais le seigneur de tous les hommes, nul ne pouvait t’être comparé.

Et puis, tu as pris femme, et en cela, tu es devenu semblable aux autres hommes : attentif aux désirs de ta femme, sensible à ses arguments, comme tout le monde !

Et puis tu as divorcé. Et pourquoi cela ? Tu as divorcé soit parce que tu as mauvais caractère et que tu n’as pu t’entendre avec ta femme, soit qu’elle avait, elle, mauvais caractère et que tu n’as pas pu t’entendre avec elle.

Si tu as mauvais caractère, tu es le pire des hommes, et si tu as fait le mauvais choix, tu es le pire des hommes.

Par conséquent, dans un cas comme dans l’autre, tu es le pire des hommes.

Les souhaits du rabbin

Dans un village vivait un couple sans enfants. Ils étaient riches, mais ils étaient tristes. Tous les ans, à l’approche des fêtes, un rabbin passait dans les maisons pour quêter et finissait toujours sa tournée par leur maison, où il était bien reçu. À chacun de ses départs, il leur disait :

– Je souhaite que votre maison soit sens dessus dessous !

La première fois, ils ne dirent rien. La deuxième, ni la troisième fois non plus, ni les fois suivantes. Mais avec le temps, cet étrange souhait se répétant, le mari sentait monter sa colère :

– On ne le recevra plus !

Le temps passa, et la femme mit au monde un enfant. Elle était alors très occupée. Revint le moment de la visite du rabbin quêteur. La femme dit au mari :

– Calme-toi, et reçois-le poliment. Nous avons un enfant, qu’il vienne le voir et le bénir.

Le rabbin se présenta, on le reçut, on lui présenta le bébé, le rabbin prononça des prières au-dessus de sa petite tête. Au moment de son départ, le rabbin leur fit ses salutations sans prononcer sa phrase rituelle. Le mari s’étonne, il demande :

– À chaque fois que tu venais, tu disais une phrase et maintenant tu ne dis rien. Pourquoi ?

– Eh bien ! Maintenant tu as un enfant qui se charge de mettre ta maison sens dessus dessous, c’est ce que j’espérais pour toi ! Bonne chance à vous !

Et le rabbin partit.

Le borgne

Il y avait dans un village un marchand riche mais borgne. Aucune fille ne voulait de lui pour époux. Finalement, il trouve dans un autre village une jeune fille pauvre qui accepte de se marier avec lui. Heureux ou pas, le mariage dure jusqu’au moment où le marchand vieillissant ne travaille plus, et l’argent vient à manquer. À ce moment-là, la femme le regarde et lui dit :

– Tu es borgne ? Je ne m’en étais jamais aperçue !

Moralité :

L’ingratitude n’a pas de limite et on en tire également cette réflexion : lorsqu’on ne veut plus de quelqu’un, on regarde ses défauts !

La bavarde et la muette

Un autre marchand avait une femme très bavarde, elle parlait, parlait, du lever au coucher, et tous les matins, elle l’envoyait faire les courses :

– Achète ceci, prends cela et surtout n’oublie pas…

Jusqu’au jour où, ne pouvant plus supporter ni son autorité ni son bavardage, il la renvoie chez ses parents. Il reste quelque temps tout seul et se rend compte que les travaux ménagers ne se font pas d’eux-mêmes. Il décide de se remarier mais avec une muette, ne se doutant pas de ce qui l’attendait.

Dès le lendemain du mariage, il voit la muette – aussi silencieuse qu’un poisson – qui se pare devant son miroir, traîne sur le sofa, ne fait rien de la journée, m’ssédra keni aroussa (« assise comme une mariée », c’est-à-dire immobile)… La maison est laissée à l’abandon… L’homme se demande s’il a fait une bonne affaire, et, au moment de sortir, il trouve devant sa porte un couffin et sa femme qui lui fait signe de faire les courses. Le pauvre homme se dit :

– J’aurais dû garder l’autre !

Le vieux et son fils

Il y avait autrefois un commerçant. Celui-ci un jour eut un fils. Ce fut un grand bonheur ! Le temps passa, l’enfant grandit puis se maria, les parents vieillirent, et un jour, la mère mourut. Alors, ne pouvant laisser son vieux père tout seul, le fils le prit chez lui. Mais le vieil homme sentait bien que sa présence dérangeait : son fils était moins affectueux, sa belle-fille lui comptait la nourriture. Les conciliabules se multipliaient entre la femme et son mari :

– Que faire du vieil homme ? Comment s’en débarrasser ?

Un jour, le père parla à son fils :

– Je vois bien que je te dérange… Alors avant que tu ne prennes une décision, je voudrais te demander quelque chose. Tu vois ce coffre ? Ouvre-le. Bien ! Maintenant regarde, tu vois un petit carnet noir ? prends-le et lit !

Et le jeune homme lut :

« Telle date : Naissance d’Isaac…Brith Mila (circoncision)… » Un an après : « Anniversaire d’Isaac…Premiers pas, entrée à l’école – penser à lui acheter des chaussures. » Toute sa vie était écrite dans le vieux carnet. De temps en temps il y avait une mention telle que : « 20 dinars, 25 dinars… » Son père avait tout noté.

– Tu vois mon fils, un père ne calcule pas ce qu’il donne à son fils, ni son temps, ni sa force, ni son argent, mais un fils calcule le plus petit morceau de pain…

Autre vieux et son fils

Un homme avait son père vieillissant chez lui. Le pauvre homme n’avait plus toute sa tête, il était bien fatigué : il mangeait avec les doigts, se mouchait à table. Finalement, la belle-fille en eut assez :

– Je ne veux plus voir ton père, il devra manger à la cuisine.

Et voilà le pauvre vieux père renvoyé à la cuisine comme les bonnes, contraint de manger dans un vieux plat en aluminium.

Un jour, le jeune homme rentrant de son travail trouva son fils en train de marteler un morceau de métal.

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je suis en train de te fabriquer ton assiette pour quand tu seras vieux…

Pourquoi les cheveux de l’homme blanchissent avant sa barbe

Parfois le bébé naît chauve, mais le plus souvent, il vient au monde avec des cheveux. En tout cas, à l’âge d’un an, tout enfant a des cheveux sur la tête. Quand l’homme voit-il apparaître sa barbe ? À l’âge de la Bar Mitsva, c’est-à-dire à 13 ans, l’homme est encore imberbe. Ce n’est que plusieurs années plus tard que la barbe lui pousse. Ainsi, les cheveux que l’homme porte depuis le début de sa vie vieillissent plus tôt que la barbe qui a vingt ans de moins. En bref, l’homme a l’âge de ses cheveux et non celui de sa barbe.

Bien sûr, certains hommes ont la barbe qui blanchit avant les cheveux. Eh bien ! La sagesse populaire ne s’embarrasse pas de contradictions, elle explique aussi :

Pourquoi la barbe blanchit avant les cheveux

Tes cheveux qui sont couverts durant toute ton existence, selon le commandement de Dieu, sont protégés des rayons du soleil, tandis que ta barbe reçoit le soleil tout au long de la vie. C’est pourquoi elle se décolore plus vite. Voilà pourquoi la barbe blanchit avant les cheveux.

Qui frappe à la porte ?