Confidences du Japon - Jean-Paul Nishi - ebook

Confidences du Japon ebook

Jean-Paul Nishi

0,0
55,39 zł

Opis

Instantanés de bizarreries japonaises.Où l’on apprend que certains bars sont tenus par des moines, qu’il est fatigant de tomber amoureux, qui sont les « herbivores », ce qu’est un mari parfait ou que cache la gentillesse légendaire des Japonais… Installée au Japon depuis plus de quarante ans, Muriel Jolivet observe la société nippone avec acuité et nous livre ces Confidences sur un monde parfois aux frontières de notre réel occidental…Illustrés par le mangaka J.P. Nishi, ces textes surprenants, heureux ou tragiques, construisent un puzzle qui évoque toute la complexité d’une société toujours tiraillée entre son passé et son avenir, et qui devra faire face à de grands défis pour maintenir, en ce nouveau siècle, sa place dans le monde.Un livre mêlant humour et sociologie.EXTRAITCe livre est le troisième volet de mes chroniques japonaises qui se présentent comme un patchwork d’instantanés que j’ai pris plaisir à juxtaposer à coup de minuscules touches de couleur, à la manière des impressionnistes. Les deux premiers volumes, Tokyo Memories (Antipodes, 2007) et Tokyo instantanés (Elytis, 2012) ont été écrits en tandem avec mes étudiants. Même si nous poursuivons ensemble un journal dans une classe que j’aime appeler un atelier d’écriture, j’ai rédigé seule ce petit journal qui repose encore sur des propos entendus ou des nouvelles qui m’ont étonnée, amusée ou intriguée, car depuis plus de quarante ans que je vis au Japon, mon intérêt pour les gens qui m’entourent n’a pas varié. Absolument tout ce qui figure dans ce livre est authentique et même si le travail de laboratoire est dissimulé, chacune de ces histoires a été soigneusement vérifiée et documentée…CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE- « Muriel Jolivet livre ses étonnements communicatifs, ses découvertes agrémentées de coups de cœur ou de coups de griffe ironiques, dans des pages sourcées et organisées en notules illustrées par le mangaka J. P. Nishi. Ces instantanés, qui constituent un kaléidoscope-zapping ébouriffant, donnent parfois le tournis devant tant de trouvailles, d’irrationnel et de subtilités. Mais ils forment un fil rouge pour camper un pays qui doute. (…) En s’immisçant dans les coulisses de la réussite et de l’harmonie érigées en système, Muriel Jolivet dresse le portrait d’un Japon en crise familiale, démographique, matrimoniale. Ses méditations sont une nouvelle invitation à s’immerger dans un pays qui est à lui seul une planète. » (Arnaud Vaulerin, Libération)- « Le livre regorge de petites curiosités décrites par Muriel Jolivet et parfois illustrées de façon drôle et dynamique par le célèbre J.P. Nishi (À nous Paris). Le lecteur apprendra ainsi qu’il existe, après les Neko Cafés (cafés où le client peut jouer avec des chats), des Fukurô Cafés (cafés à hiboux), mais aussi des bars à bonze (dans lesquels le client peut converser sereinement avec un bonze barman). Il est aussi possible pour les hommes d’aller faire du tricot, de la couture ou d’autres activités dans des clubs de travaux manuels qui leur sont destinés. Et pour communiquer avec son chat ou son chien, quoi de mieux qu’un traducteur (un humain ou un petit appareil créé spécifiquement dans ce but) ! Un livre mêlant sociologie et humour pour mieux connaître et comprendre (si possible) le Japon actuel. » (Alice Monard, Journal du Japon)A PROPOS DE L’AUTEURL’auteur, Muriel Jolivet, vit au Japon depuis quarante ans et enseigne à l’Université Sophia de Tokyo. Sociologue de formation, elle observe avec un œil de lynx la société japonaise au quotidien, qui reste pour elle un « émerveillement permanent ».

Ebooka przeczytasz w aplikacjach Legimi lub dowolnej aplikacji obsługującej format:

EPUB

Liczba stron: 233




“Ce sentiment de bonheur si proche de la tristesse…”

HORI TATSUO

“Ecrire, c’est écrire pour soi”

MARGUERITE DURAS

Les termes suivis d’un astérisque renvoient au glossaire en fin d’ouvrage.

Traduction des textes dans les illustrations : Muriel Jolivet.

Ce livre est dédié aux liquidateurs de Fukushima à qui nous devons tous d’être encore en vie…

CE LIVRE EST LE TROISIÈME VOLET de mes chroniques japonaises qui se présentent comme un patchwork d’instantanés que j’ai pris plaisir à juxtaposer à coup de minuscules touches de couleur, à la manière des impressionnistes. Les deux premiers volumes, Tokyo Memories (Antipodes, 2007) et Tokyo instantanés (Elytis, 2012) ont été écrits en tandem avec mes étudiants. Même si nous poursuivons ensemble un journal dans une classe que j’aime appeler un atelier d’écriture, j’ai rédigé seule ce petit journal qui repose encore sur des propos entendus ou des nouvelles qui m’ont étonnée, amusée ou intriguée, car depuis plus de quarante ans que je vis au Japon, mon intérêt pour les gens qui m’entourent n’a pas varié.

Absolument tout ce qui figure dans ce livre est authentique et même si le travail de laboratoire est dissimulé, chacune de ces histoires a été soigneusement vérifiée et documentée…

Si la curiosité est un ingrédient indispensable, la condition sine qua non est la maîtrise d’une langue complexe à laquelle on n’a jamais fini d’être initié. J’ai pris beaucoup de plaisir à tester quelques-unes de ces histoires sur mes étudiants à qui il m’arrive de faire découvrir leur propre culture. Mes propos, aussitôt vérifiés sur leur Smart Phone, sont accueillis par des exclamations étonnées. La plupart n’avaient jamais entendu parler du sinistre rituel pratiqué autrefois à l’heure dite du bœuf, pas plus qu’ils n’avaient entendu parler de la célèbre poupée conservée dans un temple du Hokkaidô, dont les cheveux continuent à “pousser”…

Les sujets abordés sont variés et peuvent être amusants, sérieux ou préoccupants. Même si le thème du mariage est redondant et revient comme un leitmotiv, l’obsession relative à ce qui tient lieu de “rite de passage” se retrouve dans d’autres pays asiatiques. Pourtant, le semi boycott observé de facto indique qu’en dépit d’une très forte aspiration à convoler (kekkon no akogare, ), un phénomène d’attraction-répulsion contrarie la donne aussi bien chez les jeunes gens que chez les jeunes filles. Les hommes politiques sont affolés de voir qu’en dépit des mesures multiples et variées, destinées à encourager les femmes à concilier travail et maternité, ces dernières rechignent à repeupler le Japon. “Mais que veulent-elles de plus ?” soupirent-ils, au lieu d’essayer de voir ce je ne sais quoi qui fait que le mariage et la procréation ont tellement perdu de leur attrait.

Les jeunes filles restent pourtant engagées dans la quête éperdue de l’oiseau rare, tout en demandant aux hommes de changer pour ne surtout pas ressembler à leur père qu’elles trouvent trop “féodal” pour pouvoir s’en accommoder. Adaptation moderne ou remake du célèbre conte de la petite souris (nezumi no yome iri, ), à ceci près que les ambitions démesurées d’un père, pour qui aucun prétendant n’est digne de sa fille, se sont déplacées vers la principale concernée qui part elle-même à la recherche d’un prince qu’elle voudrait charmant…

Mon pays d’adoption doit une grande partie de son charme à son aspect irrationnel. Des gens on ne peut plus “ordinaires” – pour ne pas citer mes étudiants – vous disent le plus sérieusement du monde qu’ils sont dotés d’un sixième sens qui leur permet de sentir un univers autre. Cette faculté qualifiée de reikan () revient à percevoir (intuitivement) les esprits. C’est ainsi qu’il arrive qu’on vous explique gravement qu’il y a dans le salon familial du côté d’Iwate un petit “être” espiègle (le fameux zashiki warashi, ) qui apparaît périodiquement à ses occupants et, sur une classe de seize étudiantes, une bonne dizaine d’entre elles m’ont dit avoir ressenti un kanashibari (), soit la sensation d’être immobilisée par une force extérieure sans pouvoir réagir. L’une d’entre elles, à qui cela arrive tous les soirs, a fini par s’habituer à cette étrange sensation…

Vous découvrirez au fil des pages que les poupées ont une âme, qu’on pratique encore des exorcismes sur des bébés agités et qu’il existe un vaudou made in Japan, même s’il n’est pas évident à réaliser, vous comprendrez pourquoi…

Comme toutes les langues, le japonais vit et évolue vers des termes si simplifiés qu’on a parfois l’impression d’avoir affaire à une langue codée, d’où l’irrésistible envie d’initier les lecteurs à la langue “branchée”. Ainsi, rabuhô banalise l’usage des love hotels et sumahô est devenu, mutatis mutandis l’abréviation de Smart Phone, tandis que KY sert à désigner les grossiers personnages incapables de “lire l’atmosphère” et qui font des gaffes impardonnables au pays du “zero defect”. La liste est longue et peut amuser ceux qui veulent s’initier à une langue très vivante, qui réserve autant de surprises que d’imprévus…

Vous apprendrez aussi que les femmes sont loin d’être insensibles au charme des bonzes, que tout se loue au Japon (un pasteur, un (petit) ami, une famille (plus présentable que la vôtre) un petit enfant et même un compagnon pour faire “cododo”), que la police n’oublie pas de rendre hommage aux chiens grâce auxquels leurs enquêtes ont abouti, qu’une tasse peut tuer, qu’un chat peut être nommé chef de gare et qu’on peut désormais pilonner son alliance devant témoins pour signifier que l’aventure à deux est bel et bien terminée…

Ici comme ailleurs, les paradoxes abondent et les anecdotes tristes voisinent avec des histoires plus amusantes voire franchement cocasses…

Il faut de tout pour faire un monde, et le Japon est un univers en soi… Mais surtout, si je peux paraître critique à certains, n’oubliez pas qu’on ne critique que ce qu’on aime. Car au fond, comme le suggère avec tant d’à-propos Murakami Haruki () dans 1Q84 : “En fin de compte, le monde tout entier ne serait-il pas un gigantesque appartement témoin ?”

En japonais, la mère () est dans la mer (),Alors qu’en français la mer est dans la mère …

MIYOSHI TATSUJI

(POÈTE)

QUAND LA LUNE EST AVALÉE PAR LE SOLEIL…

Éclipse de Lune se dit en japonais gesshoku (), ce qui revient à dire qu’elle se fait avaler par le soleil. Samedi 10 décembre 2011, nous avons eu cette merveille à voir à 11 heures du soir. Le superbe disque argenté a été peu à peu englouti, avant de réapparaître de l’autre côté du soleil. Le ciel était particulièrement dégagé ce soir-là, et la pleine lune resplendissait parmi de nombreuses étoiles qui scintillaient autour de Vénus triomphante. Dommage que je ne l’aie su plus tôt, car la lune mérite qu’on la vénère en bonne et due forme avec un bouquet de gynérium et un plateau de dango1 agencés en pyramide… C’était vraiment un jour de o-tsukimi (), soit un jour pour contempler ce superbe disque brillant…

Malheureusement ce soir-là, deux petits garçons ont été fauchés par un chauffard… Les victimes étaient absorbées dans leur contemplation, pendant que leur mère était retournée chercher quelque chose à la maison. Elle a été épargnée, mais quelle douleur de perdre ses enfants en un si beau clair de lune…

CES HOMMES QUI ONT ABANDONNÉ LE JAPON

Le livre de Mizutani Takehide () Nihon-o suteta otokotachi (), paru en novembre 2011, vient d’être récompensé par un prix littéraire. Ce correspondant, en poste à Manille pour The Daily Manila Shimbun, a eu envie d’enquêter sur la vie des Japonais qui se retrouvaient SDF aux Philippines. Il y aurait au total 768 indigents, parmi lesquels 332 vivraient aux Philippines depuis dix années consécutives ; 92 seraient en Thaïlande. Arrivés pour la plupart au bras d’une femme rencontrée dans un bar, ils se sont retrouvés abandonnés une fois plumés. Beaucoup étaient d’anciens travailleurs manuels. L’eussent-ils voulu, ces personnes en overstay2 n’ont même plus de quoi rentrer au Japon. Mizutani a pensé que ces laissés-pour-compte lui permettraient de mieux appréhender les problèmes de ses compatriotes, car nombreux sont ceux qui ont coupé les ponts avec leur famille, pour leur éviter d’avoir à honorer leurs dettes.

L’auteur a eu l’extrême surprise d’observer que, contrairement au Japon où les passants sont entraînés à ne pas voir les SDF, ces derniers n’étaient pas abandonnés aux Philippines où les pauvres sont assistés par de moins pauvres qui en ont pitié, les nourrissent et les aident à trouver où dormir. En fin de compte, ils sont mieux pris en charge qu’au Japon où ils rendent l’âme sur les voies publiques et meurent abandonnés de tous (yuki daore, ), avant de devenir une âme “oubliée” et peut-être errante (muen botoke, ).

Étonnant tout de même qu’une fois plumés, ces mêmes Japonais soient pris en charge par d’autres indigents, alors qu’au Japon, ils sont méprisés et bannis de la société…

Au terme de son reportage, l’auteur observe qu’ils sont sans doute moins malheureux là où ils sont que s’ils rentraient au pays.

Terrible verdict…

SHINSAIKON () OU LES MARIAGES QUI ONT FAIT SUITE AU DÉSASTRE SISMIQUE

Je suis allée écouter Shirakawa Tohko qui m’avait invitée à la présentation de son livre . Cette essayiste qui a aussi écrit avec le sociologue Yamada Masahiro Konkatsu3 (), sur les activités à déployer pour espérer trouver l’âme sœur, a constaté que le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 avaient eu un grand impact sur les mentalités. Les femmes qui répondaient laconiquement qu’elles n’étaient pas pressées de convoler, et qu’elles voulaient quelqu’un susceptible de leur permettre de mener une vie aisée, ont brusquement commencé à revoir leurs priorités à la baisse en disant qu’elles recherchaient désormais quelqu’un sur qui elles puissent compter (tayori ni naru hito, ). Le séisme serait à l’origine de mariages précipités, de divorces ou même de naissances consécutives aux nuits passées chez un petit copain plus que réconfortant.

À Sendai, les maisons dites de “deux générations” (, ni sedai jûtaku) ont la cote, et les bagues de fiançailles et les alliances se vendent très bien. L’auteur s’est contentée de poser deux questions : “À qui avez-vous pensé juste après le tremblement de terre ?”, “Qui avez-vous eu envie d’appeler ?” ou “Qui a essayé de prendre de vos nouvelles ?” Beaucoup de moto-kare, soit d’anciens petits amis “largués” ont refait surface pour prendre des nouvelles de leur ancienne compagne.

Pourtant, 50 % des femmes et 60 % des jeunes gens se disent sans petit(e) ami(e), et 40 % n’ont jamais fréquenté qui que ce soit…

GYANBURU IZONSHÔ : SHUFU GA HAMARU () OU LA DÉPENDANCE AU JEU DES FEMMES AU FOYER

L’addiction ou la dépendance au jeu

La première fois qu’elle est allée au pachinko, elle a gagné 50 000 yens sur une mise de 2 000 yens. Elle a continué ensuite à fréquenter l’établissement au rythme de trois fois par semaine. Il lui est même arrivé de confier son dernier-né à l’aîné et de rentrer à onze heures du soir. C’est ainsi qu’elle a contracté six millions de dettes en sept ans. Sa belle-sœur lui a lancé un ultimatum : ou elle arrêtait de jouer, ou elle divorçait…

Un auteur qui enquête sur la question, constate que le shopaholism5 des femmes s’est reporté sur le jeu. Un spécialiste observe aussi que les plus vulnérables sont les femmes d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années, le facteur déclencheur étant souvent une légère dépression, connue sous le nom de syndrome du nid vide6, qui fait suite au mariage des enfants.

Un talento* commente : “Une fois que leurs enfants sont autonomes, elles dépriment (sabishii).”

Le spécialiste poursuit, disant que les hommes se tournent plus facilement vers l’alcool, mais que le pachinko permet d’évacuer le stress et de vider son esprit. Les femmes se plaignent des relations humaines (ningen kankei), mais c’est aussi ce qui stresse le plus leur mari au travail…

Il nous explique que rembourser les dettes contractées auprès d’un prêteur sur gage ne résoud rien, tant que le mari refuse de s’impliquer. Il souligne aussi que des groupes de soutien tels que Gamblers anonymous peuvent faire prendre conscience à la victime qu’elle n’est pas la seule à souffrir de cette addiction. Les plus vulnérables seraient les personnes qui ont du mal à communiquer ou à verbaliser leur souffrance. Il n’est pas rare non plus que plusieurs addictions se superposent comme les achats compulsifs et le jeu…

Il ressort de ce documentaire que la plupart des victimes sont des mal-aimé(e)s.

MALTRAITANCE

On apprend aux nouvelles (13/12/2011) que la maltraitance des enfants est exponentielle. En 2008, les mères étaient les plus enclines à maltraiter leurs enfants (60,5 %). Dans 24,9 % des cas, ce sont les pères et dans 6,6 % les beaux-pères.

LA DÉPRESSION D’UN NOUVEAU TYPE (, WAKAMONO NI HIROGARU GENDAI GATA “UTSU”*) ; SYMPTÔME NOTHOMBIEN ?

Close up gendai, l’émission qui suit les nouvelles, nous apprend le 22 novembre 2011, que de plus en plus de jeunes ne supportent pas d’avoir à obéir et qu’ils auraient la fâcheuse tendance à reporter sur autrui la responsabilité de leurs actes, à moins qu’ils ne s’enferment chez eux et sombrent dans l’apathie. Telle serait l’expression d’une nouvelle forme de dépression se caractérisant par une réelle souffrance au travail qui disparaît sitôt rentré à la maison. Ce type de dépression, qui affecte un nombre grandissant de jeunes, se traduit par l’absentéisme au travail. Un grand mal-être se dissimule derrière ce qui passe souvent pour de la paresse. Entreraient aussi dans cette catégorie les employés d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années qui refusent d’assumer la moindre responsabilité tout en critiquant leurs supérieurs ou leurs collègues. Un psychiatre déplore leur vulnérabilité au stress ou à une remontrance, suggérant qu’ils ont peut-être été trop couvés, peu ou pas assez contrariés, d’où leur manque de maturité. Peut-être n’ont-ils pas traversé assez d’épreuves ou ont-ils besoin d’apprendre à assumer la responsabilité de leurs actes…

Dépression

Ce caractère à lui seul signifie : dépression

C’est vraiment l’impression qui s’en dégage

Alors qu’on retourne le problème dans tous les sens sans arriver à trouver de solution, il me semble que la thèse nothombienne pourrait fournir une réponse au ras-le-bol exprimé par les jeunes, ce qui expliquerait que 30 % d’entre eux démissionnent au bout de trois ans de travail. Jô Shigeyuki , ancien employé de Fujitsû, a analysé le phénomène dans un livre à succès, Pourquoi les jeunes arrêtent-ils de travailler au bout de trois ans ? (Wakamono wa naze san nen de yameru no ka ??, éditions Kôbunsha, 2006), soulignant l’échec du système actuel (adopté par 90 % des grosses entreprises) qui repose sur la performance individuelle (“seika shugi”, ) qui a fait suite à la promotion à l’ancienneté (nenkô joretsu, 7). Jô a enquêté ensuite pour savoir ce que ces jeunes étaient devenus8. Le mot clef de son dernier essai (Qui assassine nos jeunes ?9) est le fossé entre les générations (sedai kan no kakusa*, ).

Le journaliste Watanabe Masahiro () s’interroge plutôt sur la raison pour laquelle tant de jeunes ne choisissent pas une entreprise susceptible de leur convenir davantage10, en leur proposant d’apprendre à détecter les mensonges qui leur sont distillés à l’entrée.

Les femmes ont toujours disposé du mariage pour fuir un environnement professionnel décevant, mais un homme qui interrompt sa carrière a de fortes chances d’être relégué au rang de freeter ou d’employé “non régulier”. C’est peut-être une des raisons pour laquelle tant de jeunes reprennent des études alibi, au terme d’une courte expérience professionnelle…

DIEU QU’IL EST FATIGANT DE TOMBER AMOUREUX ! (MENDOKUSAI)

“64,1 % des jeunes entre 18 et 34 ans disent qu’ils n’ont pas de petit(e) ami(e). 36,2 % des jeunes gens et 25,7 % des jeunes filles aimeraient bien avoir un partenaire mais n’en ont pas.”

Une étudiante m’explique qu’elle n’a pas de petit ami et qu’elle pense que la plupart des jeunes qui n’ont pas de partenaire placent la barre trop haut ou n’ont pas le temps de tomber amoureux. Elle attribue ce phénomène à l’augmentation des “herbivores” et à la“mémérisation” des jeunes filles ou himono onna11*.

Trop calmes, les sôshoku danshi* () ou “herbivores” ne chercheraient pas à tomber amoureux, car ils trouveraient qu’il s’agit-là d’une perte d’énergie et/ou de temps. L’amour physique qu’ils qualifient de mendokusai (fastidieux) ne les intéresserait pas plus que ça.

La version féminine de l’herbivore serait la himono onna. Il s’agit d’une jeune fille compétente qui s’habille un peu n’importe comment et qui glousse devant la télé une canette de bière à la main. Casanière, elle préfère de beaucoup se shooter à la télé ou passer son temps à dormir, plutôt que de se fatiguer à avoir un petit ami. Cette seule idée suffit d’ailleurs à l’épuiser. La série télévisée Hotaru no Hikari, inspirée du manga éponyme de Hiura Satoru, qui a eu beaucoup de succès, mettait justement en scène une himono onna. Une autre série en dix épisodes, diffusée le vendredi soir entre janvier et mars 2012 sur la chaîne TBS, intitulée Ren’ai Neet : wasureta koï no hajimekata () mettait aussi en scène des handicapés du sentiment, jeunes ou moins jeunes, qui “ne savaient pas” comment tomber amoureux et qui se demandaient comment il fallait procéder pour espérer rencontrer un partenaire.

Pas besoin de statistiques pour interpréter la baisse des naissances…

(DAIRI KONKATSU*)OU(DAIRI MIAI)OU LES ACTIVITÉS DÉPLOYÉES PAR LES PARENTS POUR MARIER LEURS ENFANTS PAR PROCURATION

Je partage tout à fait l’opinion du sociologue Yamada Masahiro qui attribue la baisse des mariages à la disparition progressive des mariages arrangés. Quand je suis arrivée au Japon en 1973, à peine 60 % des mariages étaient dits d’amour, le reste correspondait à des mariages arrangés (omiai)*. Aujourd’hui, où 88 % des mariages sont qualifiés de mariages d’amour (contre à peine 5,3 % de mariages arrangés), les jeunes ont de plus en plus de mal à rencontrer l’âme sœur, ce que révèle la hausse sensible du célibat. En 2010, 71,1 % des jeunes entre 25 et 29 ans étaient célibataires, 6 % de plus qu’en 1990, et 46,5 % des “moins jeunes” entre 30 et 34 ans, soit 13,7 % de plus qu’en 1990.

Comme leurs chérubins ne semblent plus pressés de convoler, les parents ont décidé de s’en mêler. C’est ainsi que des miai party ont été instaurées par et pour les parents d’enfants plus qu’en âge de “conclure”. Ces réunions ont pour nom (dairi konkatsu), soit “activités de mariage par procuration”. Pour participer à ces miai party, les parents doivent tout de même avoir l’approbation du principal intéressé (fils ou fille), après quoi, ils se munissent d’une photo pour vanter la marchandise, sans oublier le CV, le pedigree familial, le cursus universitaire et le type de travail occupé, qui donne un aperçu de ses revenus. À ceci viennent s’ajouter les conditions sur lesquelles l’intéressé ne se montre pas prêt à transiger, du genre “pas question de vivre avec un fumeur”. Les hommes qui cherchent une femme active ou une femme au foyer doivent le préciser et si les parents trouvent un terrain d’entente, les photos sont échangées.

Les campagnes actives des parents pour marier leurs enfants

On nous montrait à la télé un couple dont le fils avait 45 ans. Fiers de leur choix, ils lui apportaient à domicile la photo de l’élue dûment sélectionnée. Le fiston s’est contenté de répondre qu’il était hors de question d’épouser quelqu’un de son âge “parce qu’ils n’arrêteraient pas de se chamailler”. Là-dessus, le papa qui faisait des efforts surhumains pour garder son calme a explosé : “Te rends-tu compte du mal que ta mère se donne pour toi ? Elle en pleure ! Tu n’as plus l’âge de faire le difficile !”

En fin de compte, ces miai party ressemblent à des groupes de soutien, dont la vocation serait d’apaiser les pauvres parents en leur donnant l’illusion que le dernier train n’est pas encore passé…

ALIEN

Quand j’écrivais Un pays en mal d’enfants12, je me souviens avoir lu des témoignages de mères atteintes de baby blues qui disaient qu’en rentrant de l’hôpital, elles avaient l’impression d’avoir ramené un extraterrestre à la maison. Ces témoignages dataient de la fin des années quatre-vingts.

Ce matin, 30 janvier 2012, on nous explique à la télé que le mal de mère est loin d’être résorbé. Une femme compétente, qui travaillait dans la même entreprise que son mari, raconte qu’elle s’est retrouvée femme au foyer sans l’avoir voulu ni cherché. L’entreprise où elle travaillait ayant fait de mauvaises affaires, elle a été sommée de rendre son tablier après la naissance de son deuxième enfant… Elle s’est alors lancée dans la puériculture avec le même dynamisme qu’elle déployait au travail et a fini à l’hôpital avec une grosse dépression…

Le problème, explique-t-on, est que les femmes ont de moins en moins souvent l’occasion de toucher un bébé avant le leur. En 1981, 39,3 % des femmes n’avaient jamais touché de bébé de leur vie (37 % rarement contre 20,8 % qui avaient eu cette expérience “insolite”). En 2000, les pourcentages sont passés respectivement à 64,4 %, 23,7 % et 11,9 %. On est frappé par cette augmentation exponentielle. En Europe, avec les recompositions familiales, la question se pose moins, et en Afrique, quoi de plus naturel que de changer le petit frère, à moins que ce ne soit le “faux demi” ou le “vrai demi” pour reprendre les termes de Claire Bretécher.

Pour aider les mamans à se faire la main, un renshûjo () ou “centre d’entraînement” leur propose des cours sur l’art et la manière d’accommoder les bébés13(kosodate kôza,).

On croit rêver…

QU’EST-CE QU’UN MARI PARFAIT ? (AISAIKA, )

Tel est le thème de l’émission de Minomonta. Les stéréotypes ont la vie dure, puisqu’on retrouve la définition : “quelqu’un en bonne santé et qui se défonce au travail14”. On est un peu surpris de lire que c’est un homme qui rentre tous les soirs à la maison (?) et qui n’oublie pas les jours J comme l’anniversaire de mariage ou celui de sa chère et tendre, un petit cadeau et/ou un dîner en tête-à-tête étant fort appréciés à cette occasion. C’est aussi quelqu’un qui sort le chien, notamment les jours de pluie quand il fait si bon rester sous le kotatsu15…

Minomonta reste très évasif sur la question de rentrer tous les soirs à la maison, mais il constate avec suffisance qu’il cadre en tous points avec la définition du mari “parfait”, puisqu’il rapporte à son épouse de quoi mener une vie plus que confortable. Il ne se pose pas la question de savoir si c’est suffisant, mais bon, il se rassure apparemment comme il peut…

Un de ses invités explique qu’il s’est marié pour éviter de mourir seul. On espère que sa femme n’écoutait pas l’émission, car compte tenu de la fonction attendue, n’importe qui aurait pu faire l’affaire…

J’ai eu envie d’enquêter plus avant sur la question, ce qui m’a permis de compléter le tableau. C’est ainsi que j’ai découvert qu’un bon mari mangeait religieusement tous les midis le bentô dit d’amour (aisai bentô, ) que sa femme ne manquait pas de lui préparer. J’ai relu la phrase, car je trouvais que cela cadrait plutôt avec la définition de la bonne épouse et de la mère avisée (ryôsaikenbo*, ). C’est aussi un mari qui ne rentre pas ivre mort tous les soirs (deisui, ), qui prend la peine de prévenir sa femme s’il a des heures supplémentaires ou qui ne lui explique pas la raison pour laquelle il l’a trompée. On en déduit qu’il vaut mieux tromper sa femme sans le lui dire…

C’est aussi un homme qui fait les courses en rentrant le soir et qui donne un coup de main au ménage. La vaisselle et le bain aux enfants sont fort appréciés en semaine, alors que le dimanche, c’est plutôt l’astiquage de la salle de bain et des toilettes qui est attendu.

Il est intéressant de constater que le portrait du mari parfait dressé par les hommes ne cadre pas avec celui qu’en font les femmes. Voici le tableau comparatif qui nous était présenté :

Pour les femmes, un mari parfait, c’est quelqu’un :

qui est reconnaissant et qui exprime sa gratitude,

qui rentre tous les soirs à la maison,

qui se défonce au travail,

qui s’occupe des enfants,

qui soigne sa femme quand elle est malade.

Pour les hommes, le mari parfait c’est quelqu’un :

qui n’oublie pas de faire un cadeau à sa femme le jour anniversaire,

qui voyage avec elle,

qui aide aux travaux ménagers,

qui la soigne quand elle est malade,

qui sort le chien et qui s’en occupe.

PARDON…

Une femme demande conseil à la féministe Ueno Chizuko dans le courrier des lecteurs du journal Asahi (4/2/2012) parce qu’elle a découvert que sa fille, lycéenne, venait d’avorter. La mère est désolée d’apprendre qu’elle ne lui en a soufflé mot et qu’elle a continué à faire comme si de rien n’était. Comment, ô comment est-ce possible qu’elle ne se soit pas confiée à elle en premier !

La réponse de Ueno Chizuko lui assène le coup de grâce : “Si votre fille ne s’est pas confiée à vous, c’est qu’elle n’a pas confiance en vous !” (et tac !). Prenant résolument le parti de sa fille, elle continue en disant : “Vous rendez-vous compte des efforts que celle-ci a dû déployer pour vous cacher cette terrible épreuve ? C’est à vous de lui demander pardon…”

Étonnant tout de même que ce soit une femme restée célibataire et sans enfants toute sa vie, qui réponde à cette pauvre mère démoralisée…

Une amie a eu envie de poser la question à sa fille qui lui a répondu du tac au tac : “J’aurais agi de même ! Ce n’est vraiment pas quelque chose dont on a envie de débattre avec sa mère !”

UN “MÉTIER” PLEIN D’AVENIR

Le président d’une compagnie spécialisée dans le tri d’objets de personnes décédées, explique sur une demi-page du journal Asahi, le 11 février 2012, que son business est en pleine expansion. Les succursales poussent comme des champignons dans tout le pays. La société Keepers rayonne du Hokkaidô à Fukuoka en passant par Tokyo, Nagoya et Osaka. La demande ne cesse de s’accroître à cause de l’augmentation exponentielle des koritsu shi (), soit des morts dites “isolées”. Bien que le travail de Monsieur Yoshida se distingue de celui qui est présenté dans le superbe film Departure, il lui arrive d’avoir à désinfecter des lieux devenus insalubres par la découverte tardive d’un corps inanimé. Il traite donc aussi les odeurs. Il observe que pour le moment les morts isolées concernent exclusivement les hommes, mais que les femmes ne devraient pas tarder à rejoindre le rang de ces “départs” insoupçonnés. Monsieur Yoshida qui facture environ 300 000 yens le travail nécessaire pour vider un appartement de deux à trois pièces, donne des conférences dans tout le pays sur la manière d’éviter cette triste fin.

Une voisine a sans doute été retrouvée morte un matin par une aide-ménagère, car peu de temps après, ses quelques meubles et effets personnels emballés dans des sacs-poubelle étaient sur le trottoir à attendre le passage d’un van.

M. Yoshida dit que cela évite bien des empoignades entre les héritiers et que pour cette raison il se sent utile. Utile, il l’est puisqu’il dit qu’il ne peut guère rentrer chez lui, à Osaka, plus de deux jours par mois…

On aurait aimé connaître la suite : où écoule-t-il sa “récolte” ? Est-elle recyclée auprès de ceux qui manquent du nécessaire, ou est-elle acheminée vers des pays en voie de développement, ou vers la Corée du Nord qui manque de tout ?

Ces détails nous auraient un peu réconfortés…

“AH, COMME J’AIMERAIS TROMPER MON MARI !”

Suite à une conférence que j’ai faite, une dame d’une quarantaine d’années donne son opinion sur la baisse de la natalité au Japon.