Zéro est arrivé ! - Diane Drory - ebook

Zéro est arrivé ! ebook

Diane Drory

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Opis

« Celui qui veut nager dans l'océan de vérité doit se réduire à zéro. » - Gandhi Dans Zéro est arrivé, Diane Drory donne aux parents trente pistes de réflexion pour les enfants en difficulté à l'école. Parmi eux, Ben « le touche à tout », Julie « t'es trop bête », Guillaume le distrait, Mathias qu'on agresse, Achille le surdoué, Jehan la tornade ou Gustave un peu paumé.  Leurs cas d'école mettent en lumière des thématiques telles que les « hauts-potentiels », les « troubles déficitaires de l'attention », le brossage des cours, la dépendance à Internet et autre cyberbulling. Un guide qui permet de comprendre les enfants en difficulté scolaire et d’agir sans les enfoncer.A PROPOS DE L’AUTEURDiane Drory est une psychanalyste belge spécialisée dans l’écoute de l’enfance. Réputée depuis 30 ans pour son approche concrète avec les enfants et leurs parents, elle est également reconnue au-delà des frontières pour son travail théorique au travers de nombreux ouvrages, revues spécialisées et conférences. Elle est aussi chroniqueuse pour le magazine Psychologies et psychanalyste, spécialisée dans la petite enfance.A PROPOS DE L’ÉDITEURSoliflor est une maison d’édition à l’ambiance familiale où germent des idées à foison, rassemblées en de petits livres carrés et colorés, balayant des thématiques variées centrées sur l’art de vivre, de la cuisine au jardin, en passant par toutes les autres pièces de la maison. Oui, les thèmes sont ceux de la vie quotidienne, que nous aimons appréhender de la façon la plus naturelle et respectueuse possible.

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Petit message aux élèves du passé, du présent et de l’avenir : la vie c’est tantôt réussir, tantôt échouer, mais savoir accepter l’échec, c’est en faire le fondement de la réussite.

Diane Drory

Premier septembre… Entrée dans le vif

La rentrée scolaire, apparentée à un rite de changement, marque les temps forts, le passage des étapes. elle permet de remettre des mots sur le cours de la vie, avec ses détours heureux ou douloureux, fantasques ou imprévus.

« Lorsque j’étais enfant, le temps passait lentement, même les journées de vacances paraissaient parfois longues et répétitives. Alors, la perspective du retour à l’école était un phare à l’horizon, un point de départ permettant l’acquisition éventuelle de nouveaux crayons, d’un nouveau cartable ou la découverte de nouveaux élèves. Cela avait un côté palpitant. »

L’entrée en maternelle, en primaire ou en secondaire, s’apparente à des plongées remplies d’incertitudes et de découvertes à faire. Un monde de mystères s’aborde l’âme débordante de questions. Moment de fantasmes, de rêves et de craintes. Tout est possible, de nouvelles résolutions se prennent : être assidu au sport, lire un livre par semaine, ne pas chahuter, ou que sais-je encore ?

D’autres continuent un cycle déjà entamé. Ils « ré-entrent » dans un univers déjà approché mais soumis aux aléas du temps qui se déroule car ce qui advient n’est jamais semblable à ce qui fut ! La continuité d’une traversée inclut l’inconnu des retrouvailles. « Tel ami sera-t-il encore là ? », « X sera-t-il devenu plus fort ? », « Y va-t-il encore essayer de m’ennuyer ? »

« Serai-je à la hauteur ? Va-t-on m’accepter ? Qu’adviendrai-je si je ne réponds pas aux attentes, si je ne comprends pas les consignes ? » Parallèlement à l’attrait du nouveau, l’angoisse serre la gorge. Certains n’en dorment plus ! Puisque à notre époque la réussite scolaire est présentée comme la panacée de la réussite sociale, les mêmes questionnements tourmentés ne se retrouvent-ils pas parfois dans le cœur des parents ? Cela ne facilite pas les affaires !

Chaque rentrée est une nouvelle façon d’entrer dans le vif de la vie. Face à ce challenge, un développement de soi est à espérer.

La première rentrée : la maternelle

Interrogeons-nous sur le moment opportun pour rentrer à l’école. Chaque enfant est différent et se développe à un rythme unique. Si la vie professionnelle le permet, l’enfant peut commencer sa carrière scolaire à mi-temps pour passer plein temps quand on le sent capable d’assumer un grand groupe d’enfants toute une journée. Cependant une certaine régularité est nécessaire pour que l’enfant puisse construire des habitudes mais une fois le rythme installé, pourquoi ne pas profiter d’une journée de liberté pour la passer avec son enfant ?

Passage en primaire

La conscientisation de la distance et de la différence entre l’appréhension du monde par la logique enfantine et la logique de l’adulte, devrait conduire à une autre prise de conscience : celle de l’importance de nos réactions et de nos attitudes de parents face aux balbutiements de l’expérience scolaire d’un enfant. Notre attitude face au déroulement de ce début de scolarisation sera la chaîne sur laquelle l’enfant tissera son vécu scolaire.Sur cette chaîne, composée de nos regards, de nos remarques, de nos impatiences ou au contraire de notre compréhension, l’enfant tissera une trame teintée d’un sentiment de compétence affaibli ou renforcé par l’expérience scolaire.

L’initiation du secondaire

En inscrivant un enfant vers les terres inconnues du secondaire, imagine-t-on en tant que parents que l’on s’inscrit aussi dans ce parcours ? Finies les papotes devant la cour accueillante de l’école primaire dont on connaissait toutes les portes. Voici notre enfant entré en secondaire… et nous aussi. Nous sommes aussi intimidés que notre enfant ! Celui qui faisait partie des « grands » en primaire retombe dans les « petits » avec toutes les angoisses qui s’ensuivent. La rentrée en humanités s’apparente à une rentrée dans la mêlée ! Nouvelle naissance à un monde dont le jeune ado ne connaît pas encore les ficelles. Comment se défendre ? Comment établir des alliances dans un univers dont les rouages lui sont inconnus, dans un monde souvent sans pitié où cherchent à se mettre en place les rapports de pouvoir, de domination des uns sur les autres.

Selon sa personnalité, l’enfant recevra le : « Il faut réussir, rends-toi compte de la chance que tu as de pouvoir étudier » comme un aiguillon, un boulet à traîner ou une contrainte dont il s’accommodera. À moins qu’il ne rejette cette injonction et transmute « le scolaire » en catalyseur de tous les conflits avec l’autorité parentale.

Chaque rentrée est une nouvelle façon d’entrer dans le vif de la vie. Face à ce challenge, un développement de soi est à espérer. « Hélas, parfois après quelques jours, voire quelques heures, je rêvais à nouveau des vacances tant les enjeux de l’année à venir me paraissaient déjà peu passionnants… »

S’ils se retrouvent déçus par rapport à leurs nouvelles attentes, ces enfants, ces jeunes s’endormiront dans la monotonie du quotidien à moins qu’ils ne cherchent à la briser en empruntant d’autres voies moins sûres… Ce sera aux adultes à veiller à ce que les esprits aiguisés de curiosité face à la rentrée ne déchantent pas trop rapidement !

Simon, prisonnier du pantalon !

La « maternelle ». Mot crépitant de fantasmes, de rêves et de craintes. Entrée dans un monde inconnu, rempli de mystères pour le tout-petit. Pour les parents, un univers que l’on aborde avec l’âme pleine de questions.

« Dans un mois, Simon devrait entrer en maternelle. J’y pense depuis trois mois. Cela me stresse terriblement. J’ai peur qu’il soit perdu dans une masse d’enfants, qu’il ne comprenne rien. Quand je l’ai inscrit, j’étais terrorisée. J’avais l’impression de l’enrôler à l’école alors qu’il n’est encore qu’un petit bébé. »

Passer de la crèche à la maternelle, c’est passer de l’infans à l’enfance ; c’est être reconnu comme un être de langage puisque la parole est devenue un élément privilégié de communication avec l’entourage. La maternelle engage une séparation programmée et systématique d’avec le milieu familial, les activités avec l’enfant étant différentes de celles qui se passent à la maison ou à la crèche. Ce tournant de vie sera, pour les uns, une courbe douce tandis que pour d’autres le virage s’effectuera à angle droit ! Pour certains, c’est l’occasion de vivre de nouvelles aventures, d’autres subissent un choc déclencheur de larmes, de cris et d’accrochages de jupe. Tout dépendra sans doute de la confiance en lui et en l’autre que le petit aura engrangée.

Protection rapprochée

« Je ne sais plus quoi penser. En l’inscrivant en maternelle j’avais peur qu’il ne déprime, qu’il ait le blues, qu’il n’ait pas de copain. C’est terrible de quitter le cocon de la crèche pour aller dans un endroit où l’on doit se débrouiller. Maintenant que son entrée à l’école est postposée pour cause d’immaturité, tout son groupe part en maternelle et j’ai peur qu’il s’ennuie à la crèche. N’ayant plus personne à qui se mesurer, il finira par taper les plus petits. »

Que de peurs ! Dans une ambiance familiale surprotectrice, nous oublions parfois de faire confiance aux capacités d’un enfant, ce qui nous conduit à oublier de les stimuler. Cette maman imagine que son enfant n’est pas pris en maternelle parce qu’il refuse de faire dans son pot. Cependant, le message renvoyé par l’école est bien différent : la directrice hésite à prendre Simon, non pas parce qu’il n’est pas propre (il y en a d’autres), non pas parce qu’il a un retard de langage puisqu’il parle comme un avocat, mais parce qu’il n’est pas capable d’enlever son pantalon et ses chaussettes ! Ses parents l’ont tellement couvert d’amour et de sollicitude qu’ils en ont oublié de stimuler ses capacités d’autogestion.

En couvrant l’enfant de trop de sollicitude, les parents oublient de stimuler leur capacité à se débrouiller.

Pour entrer en maternelle, un enfant doit disposer d’un minimum d’aptitude à la verticalité. À savoir une certaine connaissance et maîtrise de son corps. Ainsi, par exemple, l’enfant doit pouvoir être maître de ses jambes et de la possibilité d’user d’une certaine autonomie par rapport au petit pot. Ce n’est pas à l’école qu’on apprend la propreté. Un enfant qui ne contrôle pas encore ses sphincters n’a pas sa place en classe. Simon n’a jamais appris à enlever ni le dessous de son pyjama, ni son pantalon. Comment pourrait-il aller de lui-même sur le pot puisqu’au lieu d’être vêtu d’une couche culotte ou d’un caleçon, le voilà moulé dans un body agrafé entre les jambes comme les tout-petits. Le message parental dispensé est donc bien paradoxal : « Sois propre et autonome pour tes selles, mais reste horizontal, car pour t’habiller ou te changer, on te veut couché sur le dos. »

B.A.-BA de l’autonomie

« Cela prend trop de temps de le laisser se dépatouiller ! » Oui, aider un enfant à grandir, cela prend du temps. N’est-ce pas pour cette raison qu’existent les week-ends et les soirées ? Plutôt que d’hésiter à lui faire rater un bout de son feuilleton, ne vaut-il pas mieux, déjà avant l’entrée en maternelle, le laisser un peu se débrouiller seul avec les pipes de son pyjama et les velcro de ses pantoufles ?

Curieusement, de nos jours, on voit de plus en plus d’enfants s’intéresser à ce qui ne les concerne pas, par exemple payer à la caisse du magasin en tendant la carte de banque de leur mère. Ils veulent à tout prix faire tout comme les grands mais se refusent aux efforts qui leur offrent une réelle autonomie.

L’effort est une valeur en disgrâce et pourtant n’est-elle pas indispensable à tout apprentissage ?

Alors autant y initier nos enfants en les aidant, dès la plus tendre enfance, à trouver le plaisir d’étendre leur « savoir ».

Et si c’était cette liberté qui faisait peur aux parents, tant ils craignent de ne plus être indispensables à leurs enfants ?

Et Ben recréa le monde

Les adultes sont parfois agacés par ces petits qui touchent à tout, chipotent et tournent les objets dans tous les sens ? L’utilité d’un objet, son poids, sa texture nous semblent évidents et les expériences de ces « chipoteurs » n’ont, à nos yeux, d’autre résultat que d’éventuellement casser ou abîmer l’objet en question !

« Mais apprends donc à laisser les choses tranquilles », s’entendent dire nombre d’enfants curieux d’expérimentations. Ne sont-ils pas de ceux qui cherchent à comprendre les lois constitutives du monde qui les entoure ?

Dans sa classe, Ben, quatre ans, dispose d’outils avec lesquels il peut jouer librement. Le voilà rassemblant un maillet en bois, un petit marteau en métal, un petit tube métallique creux et un bout de bois. Posant les objets les uns à côté des autres, il les compte consciencieusement : 1, 2, 3, 4. Ensuite les prenant un à un, il les compare et, sans doute, pour que ses oreilles enregistrent bien la leçon, se dit à haute voix : « Ça c’est plus lourd, ça c’est plus léger. » Il affine sa réflexion par « Ceci est un peu lourd, ceci est très lourd, ceci est plus lourd que ça ».

Après avoir compté, puis pesé, voilà notre ingénieur en herbe, rangeant les quatre objets par ordre de grandeur, se mettre à comparer les tailles. Non content de tous ces constats, il veut encore voir quelle pièce dévalera le plus vite une pente fabriquée pour l’occasion avec un bout de carton !

Si j’avais un marteau

Ainsi, chemin faisant, notre Ben découvre que chaque objet étudié possède une spécificité propre à sa composition ; le plus grand n’étant pas d’office le plus lourd ou le plus rapide, etc. Il n’en reste pas à l’analyse des poids. Ayant enfilé, en partie, le bout de bois dans le petit tuyau en fer, il se précipite triomphalement vers son instituteur, enthousiasmé par une nouvelle découverte : « Regarde, si je prends ça de ce côté, c’est plus lourd que quand je le tiens de l’autre côté ! » En comprenant les lois qui le régissent, Ben recrée le monde ! Prenant le marteau à la tête de métal, il fait mine de le lancer en l’air et le fait retomber en douceur sur sa tête mais en faisant la grimace et en s’écroulant à moitié. Puis se redressant, il explique : « Tu vois, un marteau, ça peut tuer quelqu’un si le morceau de fer tape sur la tête. Mais, continue-t-il en mimant la scène, si c’est le côté en bois qui touche la tête on est seulement assommé ! »

C’est l’expérimentation quotidienne qui développe la compréhension du monde, le sens de la responsabilité et la capacité de choisir. Ce n’est pas en craignant à tout instant qu’un enfant se fasse mal qu’on l’aide à penser ses actes et les conséquences qui en découlent. Ainsi, Ben confirme qu’un marteau n’est pas seulement plus lourd que…, moins long que…, mais qu’en plus, l’usage d’un marteau peut être détourné de son but premier, à savoir : enfoncer des clous, et que, de plus, selon sa trajectoire ce même marteau peut tuer ou assommer !

Ainsi, pas à pas, un enfant découvre que dans la vie, les choses ne sont pas blanches ou noires et il fera fi des raisonnements binaires ou des positions sectaires. En élargissant ses modes de réflexion, en découvrant les nuances, en affinant ses jugements, il s’humanise.

Question de vie et de mort

Que constatons-nous en observant Ben ? Des objets tout à fait banals, choisis par lui, lui permettent d’expérimenter une foule de choses et d’amasser une série de connaissances cognitives. En parallèle, il laisse la porte ouverte à des questionnements aussi importants concernant la vie et la mort, le faire « un peu mal » ou le faire « très mal », le « gagner » ou le « perdre »…

Ce petit intermède de la vie de Ben nous montre comment, en empruntant le chemin de traverse de la motricité, l’apprentissage de l’écriture et des mathématiques commence dès la maternelle. En effet, enfiler des perles selon un ordre précis facilite l’apprentissage de la lecture qui fonctionne aussi de façon linéaire. Colorier « sans dépasser » permet d’apprendre à contrôler la pulsion gestuelle en se pliant à la limite des « bords ». Et comment apprendre à compter si on n’a jamais manipulé les formes, les masses et participé au rangement ?

L’expérimentation quotidienne développe la compréhension du monde, le sens de la responsabilité et la capacité de choisir.

Nestor s’élabore

L’adulte qui, depuis de longues années, a assimilé les principes de l’addition et de la division et qui a intégré les automatismes de la lecture, s’imagine souvent que ces opérations sont l’évidence même. Pour un jeune enfant, il n’en est rien. L’abstraction est un exercice mental qui s’acquiert pas à pas !

« C’est fou comme, dès le début de la séance de devoirs, je m’énerve. Nestor y met de la bonne volonté mais j’ai l’impression qu’il n’en sort pas, un jour tout va bien et le lendemain, c’est comme s’il avait tout oublié. »