Naissance de la monnaie - Encyclopaedia Universalis - ebook

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Encyclopaedia Universalis

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L'étymologie suffit à rendre quelque peu mystérieuses l'origine et la signification du mot « monnaie ». Le terme français provient de ce que la monnaie romaine était frappée dans le temple de Juno Moneta (de monere : l'avertisseuse ?), au Capitole, et portait parfois cette épithète sous l'effigie de la déesse. Mais la réalité que nomme le mot s’étend bien au-delà de ces considérations linguistiques.
Ce Dossier Universalis en retrace l’apparition dans l’histoire, grâce à une sélection d’articles empruntés à l’Encyclopaedia Universalis.

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ISBN : 9782341002189

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Naissance de la monnaie

Le berceau de la monnaie fut l’Anatolie, et plus précisément le royaume de Lydie. L’Asie Mineure avait déjà été la terre du roi Midas qui, selon la légende, possédait la faculté de changer en or tout ce qu’il touchait. Pour se débarrasser de ce pouvoir redoutable, il se plongea dans les eaux du Pactole ; les Lydiens purent désormais recueillir dans cette rivière les paillettes d’électrum, cet alliage naturel d’or et d’argent qui permit de frapper les premières pièces de monnaie connues.

Même si la question de la naissance de la monnaie se prête à de multiples controverses érudites, la sagesse incline à situer celle-ci vers 640-630 avant l’ère chrétienne.

François REBUFFAT

HISTOIRE DE LA MONNAIE

Introduction

L’étymologie et la linguistique suffisent à rendre quelque peu mystérieuses l’origine et la signification du mot « monnaie ». Le terme français provient de ce que la monnaie romaine était frappée dans le temple de Juno Moneta (de monere : l’avertisseuse ?), au Capitole, et portait parfois cette épithète sous l’effigie de la déesse. Mais les Romains eux-mêmes employaient les mots nomisma (du grec νόμισμα, ce qui est consacré par la loi), nummus (du grec νο̃υμμος, désignant une monnaie de Tarente) et aussi pecunia (de pecus, troupeau) ; ce dernier terme, comme le sanscrit rupa (roupie) et le germain feo, vieh (cf. anglais fee, salaire), rappelait l’époque où toute propriété était évaluée en têtes de bétail (capita, têtes, a donné « capital ») ; ainsi l’hébreu keseph désigne-t-il à la fois le mouton et l’argent, gemel à la fois le chameau et le salaire. Quant aux langues modernes, elles font référence à des métaux (l’allemand Geld, argent), mais aussi à toute espèce en circulation (l’anglais currency) ou encore à l’ancienne unité romaine, le denier (denarius, dix as), qui a donné denaro en italien, dinero en espagnol, dinar (bulgare, serbe, arabe) sur tout le pourtour de l’Empire latin.

Ces sources diverses, par leur variété même, font comprendre ce qu’est d’abord la monnaie : tout instrument d’échange économique, qu’il soit incarné dans le cheptel, représenté par un métal conventionnel ou simplement fondé sur une domination étatique. Denrée et marchandise utile, ou monnaie symbole, la monnaie fut ainsi soumise, dès son origine, à l’ambiguïté dénotée par Aristote : « Parfois la monnaie semble être une pure futilité [...] et, aussi loin qu’aille sa nature, un pur rien, car si ceux qui s’en servent abandonnent une monnaie pour une autre, elle devient sans valeur et sans utilité pour les nécessités de la vie. »

Cette constatation, déjà valable à une époque où la valeur de la monnaie semblait cependant gagée par la rareté ou la difficulté d’extraction du métal qui la matérialisait, a renforcé sa vigueur à partir du XVIIe siècle, où est apparu en Occident le papier-monnaie : la valeur de ce dernier fut garantie tour à tour par un stock monétaire et une libre convertibilité en métal au choix du porteur, puis par l’existence de biens fonciers (assignats), enfin par la simple parole de l’autorité émettrice (cours forcé).

1. Les instruments monétaires avant la monnaie

On a cru longtemps – après Aristote, Nicolas Oresme (Traité des monnaies, 1370), Guillaume Budé – que la monnaie, sous forme métallique, avait peu à peu remplacé le simple troc, et cela à une date assez récente (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.). L’ethnologie et l’archéologie ont prouvé que les choses s’étaient passées de façon quelque peu différente : le troc proprement dit est une vue de l’esprit, car le transfert de propriété dans les sociétés dites primitives, loin d’être un acte simple, est au contraire entouré de formalités complexes, liées à la magie. Ainsi l’idée de bœuf-monnaie (monnaie de sang) a-t-elle succédé à l’idée de bœuf de sacrifice, cette dernière étant elle-même liée à la valeur intrinsèque de l’animal dans une civilisation pastorale : c’est encore en bœufs que s’évalue la dot des filles dans certaines régions d’Afrique orientale.

Quant à la monnaie métallique, ses formes sont aussi anciennes que l’histoire : le Code d’Hammourabi (vers 1760 av. J.-C.) évalue des gages en poids d’argent ; cependant, un sicle d’argent (16,82 g) valait idéalement le prix d’un porc, deux porcs valaient un mouton, et banquiers et marchands prêtaient indifféremment en argent ou en orge ; on doit donc admettre que la « monnaie » n’existait pas comme telle dans l’économie mésopotamienne, bien que celle-ci utilisât des lingots d’or, d’argent et de bronze. On a trouvé à Mohenjo Daro, dans la vallée de l’Indus, des barres de cuivre oblongues, revêtues d’empreintes que l’on peut dater du début du IIIe millénaire avant J.-C. Des lingots de fer ont servi aux Hittites au IIe millénaire et aux Doriens au XIIe siècle, des saumons de plomb au roi assyrien Sennachérib vers 700 avant J.-C.

En même temps que cette « monnaie » de blocs bruts, à peine marquée d’un signe, existait une « monnaie » faite d’objets manufacturés : disques, anneaux, haches, fers de lance, marmites et chaudrons. Ainsi a-t-on découvert à Argos des broches réunies en faisceaux, en Égypte des anneaux épais, en Chine des rasoirs (dont l’anneau a donné naissance à la sapèque), des couteaux, des houes ; dans L’Iliade, Achille offre en prix, aux funérailles de Patrocle, des haches à double tranchant. Mais le symbolisme n’était pas pour autant ignoré ; plaques de bronze imitant des peaux de bêtes à Mycènes, ou fondues en forme de vêtements en Chine.

Quoi qu’il en soit, pendant des siècles, l’Égypte ancienne, les Juifs, l’Assyrie, malgré l’abondance et la variété de leur activité économique et commerciale, se passèrent de monnaie au sens strict du terme.

2. La monnaie antique

• Asie Mineure

La tradition et les trouvailles archéologiques s’accordent à faire naître la monnaie en Anatolie, au début du VIIe siècle. Pays légendaire de Gygès et de Crésus, où coule le Pactole, la Lydie vit apparaître, sous Gygès, des pièces d’electrum (alliage naturel d’or et d’argent, de couleur ambrée) avec protomé de lion à l’avers, et au revers la marque du poinçon, dans le système sexagésimal mésopotamien. À dire vrai, ces pièces sont plutôt des pastilles de forme irrégulière et rappelleraient encore de petits lingots. Au même moment (vers 680), les cités côtières marchandes – Milet, Éphèse, Phocée – frappaient des monnaies « privées ». C’est Crésus qui, le premier, frappa double monnayage, or et argent, dans des pièces plus pures et plus légères (vers 550), les créséides qui firent sa réputation. Plus tard, toujours en Asie Mineure, l’Empire perse frappa, sous Darius, la darique (vers 510), égale à un sicle babylonien et réservée aux échanges avec l’étranger ; mais à l’intérieur, les échanges se faisaient en nature, et l’emploi de termes monétaires dans les documents n’était toujours qu’un procédé de compte, sans réalité économique. Ces dariques, portant l’emblème de l’archer royal, furent frappées jusqu’à la conquête d’Alexandre ; les satrapes, à leur tour, usurpant le droit de monnayage, frappèrent monnaie à leur propre effigie (vers 400).

• Grèce

Les noms sous lesquels sont désignées les monnaies grecques sont des noms de poids : talent, mine, sicle. Mais l’existence de deux systèmes de référence rendait les équivalences assez difficiles à calculer : l’un de ces systèmes, originaire d’Argos et d’Égine, prévalut dans le Péloponnèse ; l’autre en Attique et Eubée.

Monnaie : poids des monnaies utilisées dans le Péloponnèse et en Attique. Poids des monnaies utilisées dans le Péloponnèse et en Attique en grammes (1 talent vaut 60 mines ; 1 mine, 100 drachmes ; 1 drachme, 6 oboles).