Histoire de la Russie - Encyclopaedia Universalis - ebook

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Encyclopaedia Universalis

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L'Histoire de la Russie est celle de la formation d'un vaste empire qui, du Xe au XXe siècle, s'est peu à peu étendu, à partir des plaines de l'Europe orientale aux rives du Pacifique et aux montagnes d'Asie centrale. Le mot « Russie » désigne un domaine où se sont rassemblés des peuples divers...

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Histoire de la Russie

Introduction

L’histoire de la Russie est celle de la formation d’un vaste empire qui, du Xe au XXe siècle, s’est peu à peu étendu, à partir des plaines de l’Europe orientale aux rives du Pacifique et aux montagnes d’Asie centrale. Le mot « Russie » désigne un domaine où se sont rassemblés des peuples divers, en grosse majorité slaves orientaux (Russes, les plus nombreux ; Ukrainiens, Biélorusses), qui, dans leur progression vers l’est, occupant une Sibérie presque vide d’hommes, ont européanisé la partie nord du continent asiatique et englobé, en Europe même ainsi qu’aux marges des pays conquis, quelque deux cents nationalités allogènes, d’importance relative très variée, où domine l’élément turc.

Russie, formation de l'empire. L'impérialisme russe : du règne de Pierre le Grand (1682-1725) à la veille de la Première Guerre mondiale.

Ce fut d’abord le Grand Empire qui s’étendait sur tout le bassin du Dniepr avec Kiev pour capitale. Les princes de Kiev nouèrent des relations avec Byzance et adoptèrent la religion orthodoxe et l’alphabet grec. Au XIIe siècle, la prépondérance passa de Kiev aux cités russes du bassin de la Volga. Au XIIIe siècle, l’invasion des Mongols mit un terme à cette expansion vers l’est. L’asservissement des principautés russes à l’empire de la Horde d’Or dura jusqu’au XVe siècle. La Russie fut détachée de l’Europe pour être incorporée à l’Asie. Cet écartèlement ne cessa de peser sur son destin. Parmi les vassaux de la Horde figuraient les princes de Moscou, ville située au carrefour de routes fluviales, d’autant plus importantes qu’elles étaient les seules praticables dans une région de vastes forêts. Comment la petite principauté de Moscou parvint-elle à fonder une nouvelle Russie ? Probablement grâce à la politique prudente de ses princes, qui se firent les agents zélés de la domination mongole jusqu’au moment où ils se sentirent assez forts pour se retourner contre elle. Une première insurrection échoua au XIVe siècle. C’est avec Ivan III, contemporain du roi de France Louis XI, que fut libérée et unifiée la Russie, à la fin du XVe siècle, tandis qu’étaient renoués les liens avec l’Europe. Mais un long temps s’écoula avant que l’influence européenne ne devint prépondérante. C’est Pierre le Grand qui, au XVIIIe siècle, a fait de la Russie un État moderne, favorisant l’évolution de la société, développant l’économie et encourageant la naissance d’une nouvelle culture. Avec Catherine II, la Russie prend place parmi les monarchies éclairées de l’Europe. Non sans brutalité comme en témoigne son attitude lors des différents partages de la Pologne. Les troupes russes, dans leur lutte contre la Révolution française, se rendent même en Suisse, en Italie et pénètrent à Paris en 1814. Vaincu par Alexandre Ier, Napoléon prédit : « L’Europe est dans le plus grand danger, elle peut être à chaque instant inondée de Cosaques et de Tartares. »

Russie, XVIIIe siècle. La Russie de Catherine II (1762-1796) : une puissance européenne.

En réalité, la Russie ne renonce pas à regarder vers l’Orient où s’effondre la domination turque et n’échappe pas, bien qu’elle ait été l’une des inspiratrices de la Sainte-Alliance, à la contagion révolutionnaire. Libéral, Alexandre II doit revenir sur ses réformes après l’insurrection polonaise de 1863 et les progrès de l’opposition. La répression est encore aggravée par Alexandre III entre 1881 et 1894. Elle ne fait que retarder une échéance qui paraît inévitable. La révolution de 1904-1905 annonce l’effondrement de la dynastie des Romanov en 1917. La République socialiste fédérative soviétique russe sera pour plus de soixante-dix ans la plus puissante des républiques de l’Union soviétique. La Fédération de Russie, qui fait partie depuis décembre 1991 de la Communauté des États indépendants, se pose en successeur de l’U.R.S.S.

1. Débuts d’un État

• Les Varègues

Les Slaves orientaux, venus des Carpates, occupaient aux VIIIe et IXe siècles une large bande de territoire, entre le golfe Baltique et le lac Nevo (Ladoga) au nord, les rives nord-ouest de la mer Noire au sud. Divisés en tribus, ils avaient dépassé le stade de l’économie naturelle ; la cueillette et la chasse ne fournissaient plus qu’un appoint aux produits de l’agriculture et déjà se créaient de petits centres d’échanges, embryons de villes. Barbares voisins, au sud, de l’Empire byzantin, dont la riche capitale était une tentation, ils subirent au IXe siècle l’infiltration des Normands, ces hardis navigateurs scandinaves qui, au même moment, écumaient et conquéraient en partie les côtes de l’Europe occidentale et de la Méditerranée. Ces Normands, les Varègues, fournirent aux Slaves des mercenaires, mais aussi des chefs militaires, parlant bientôt en maîtres dans les principales villes (Novgorod, Kiev), et une dynastie de princes qui, établissant leur souveraineté sur l’ensemble du pays, fondèrent le premier État russe, capable d’entretenir avec Byzance, des échanges réguliers, de traiter avec lui d’égal à égal et de se défendre (jusqu’à son écroulement au XIIIe s.) contre les attaques des nomades asiatiques venus de l’est (Petchenègues, Polovtses, et enfin Tatars Mongols).

Le rôle des Varègues, exagéré par l’historiographie allemande du XIXe siècle, est à la base de la théorie normaniste, qui fait du premier État russe une organisation d’origine scandinave, introduisant un ordre politique souhaité par les peuples slaves arriérés et anarchiques. La Chronique de Nestor, ou Chronique des temps passés, panégyrique de la dynastie, rédigée au XIVe siècle et racontant les débuts de l’État russe, imagine un « appel aux Varègues » (en 862 ?) qui fit du chef normand Rurik (Rjurik) le maître de Novgorod, et de son successeur Oleg le prince de Kiev. Les historiens russes d’avant et d’après 1917 ont fortement réagi, par une explication antinormaniste qui tenait compte du niveau de développement des Slaves de l’Est au IXe siècle, de l’existence de villes et des ébauches d’organisation étatique antérieures sous forme de confédérations de tribus. Un néo-normanisme raisonnable reprend actuellement ces arguments, mais reconnaît l’initiative et le dynamisme de la dynastie de Rurik, d’ailleurs rapidement slavisée et opérant dans un milieu économique et social où étaient déjà réunies toutes les conditions d’existence d’un État.

• La Kiévie

Le nouvel État, dont le prince souverain a fait de Kiev sa capitale (d’où l’expression de Kiévie), est une sorte de domaine familial – tous les fils recevant une part de l’héritage –, souvent ensanglanté par des luttes fratricides, affaibli par les attaques des Scandinaves, des Polonais, des nomades, et par ses conflits avec Byzance. Son unité n’a été réalisée que momentanément sous Vladimir (980-1015) et Jaroslav le Sage (1019-1054). Le pillage de Kiev (la « mère des villes russes ») par un prince de Souzdal (Suzdal’) en 1169 marque son déclin. Il disparaît définitivement lorsque les Tatars Mongols s’emparent de sa capitale en 1240.

Russie, Xe-XIe siècle. Aux origines de la Russie : le royaume de Kiev aux Xe et XIe siècles.

• La conversion au christianisme oriental

Le fait essentiel de cette histoire primitive est la conversion des Slaves orientaux au christianisme sous sa forme orientale par l’intermédiaire de Byzance (Tsargrad [Cargrad]) et des pays bulgares qui dépendaient d’elle. Le baptême du grand-prince Vladimir en 988, imposant à tout son peuple une nouvelle foi, clôt une période de pénétration des influences chrétiennes où se sont affrontées, face au paganisme, Rome et Byzance. Mais la légende du choix religieux de Vladimir, racontée par la Chronique, masque une décision de caractère politique : le christianisme oriental, par son organisation hiérarchique, son autorité sur les fidèles et l’autonomie de son clergé, relié à Byzance par des liens très lâches, fournit à la Kiévie une religion nationale, facteur d’unité, de soumission au pouvoir, de civilisation. Il introduisit l’écriture et l’instruction religieuse par les Livres saints copiés en slavon grâce à l’alphabet cyrillique, œuvre des évêques de Salonique, Cyrille et Méthode. Une hiérarchie ecclésiastique fut mise en place, encadrée par une quinzaine d’évêques et un métropolite à Kiev, dépendant du patriarche de Constantinople. Au-dessus de la grisaille des cités bâties en bois ou en torchis, s’élevèrent de blanches églises de pierre et des monastères dont le plus célèbre fut celui des Catacombes (Kievo-pečerskaja Lavra) près de Kiev, fondé dans la seconde moitié du XIe siècle. Cependant, comme le christianisme aidait le pouvoir à briser les libertés tribales, détruisant les idoles, il se heurta à une longue résistance dans les campagnes où les traditions païennes, plus ou moins intégrées à la nouvelle foi, subsistèrent longtemps.

Par la religion, la Kiévie est entrée dans le monde occidental ; si ses rapports commerciaux sont particulièrement actifs avec Byzance, toute proche, les liens diplomatiques s’étendent à toute l’Europe. Une fille de Jaroslav, Anne, a épousé le roi de France Henri Ier (vers 1040). En dépit des conflits qui ont séparé l’Église latine et l’Église grecque (Grand Schisme d’Occident à l’époque de Cérulaire : 1054), la Kiévie a entretenu les meilleures relations avec l’Occident. Mais à partir du XIIe siècle, les coups répétés des attaques nomades dans les steppes du Sud ont entraîné, avec le déclin puis la chute de Kiev, le replis des centres politiques sur la haute Volga et l’isolement des principautés russes. Au XIIIe siècle, tandis que les Mongols soumettent peu à peu à leur protectorat la presque totalité de l’ancienne Kiévie, les principautés russes doivent se défendre à l’ouest contre une véritable croisade menée par les États occidentaux contre les pays d’Orient. La conquête et le pillage de Constantinople en 1204, la création de l’Empire latin d’Orient, ont été le premier stade d’une offensive qui se prolonge au nord de l’Europe par les entreprises de l’ordre Teutonique, conquérant la Prusse orientale, amorçant la germanisation des pays baltes et poussant jusqu’aux villes russes de Iouriev (Dorpat, actuellement Tartu) et de Kolyvan (Reval [Revel’], actuellement Tallin). À cette croisade a répondu une contre-croisade marquée par les victoires du prince Alexandre Nevski sur la Néva et sur les glaces du lac de Pskov (1240-1242). La « bataille des glaces » a arrêté la progression germanique, permis à