Jésus - Encyclopaedia Universalis - ebook
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Opis

Il est peu de personnages historiques dont l'influence sur l'histoire de l'humanité ait été aussi grande que celle de Jésus, eu égard à la durée exceptionnellement courte de sa prédication. Il n'a pas fondé de religion et sa vie n'est en rien comparable à celle du Bouddha, de Confucius ou de Mahomet dont l'activité s'exerça durant des années...

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ISBN : 9782852297487

© Encyclopædia Universalis France, 2019. Tous droits réservés.

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Jésus

Introduction

Il est peu de personnages historiques dont l’influence sur l’histoire de l’humanité ait été aussi grande que celle de Jésus, eu égard à la durée exceptionnellement courte de sa prédication. Il n’a pas fondé de religion et sa vie n’est en rien comparable à celle du Bouddha, de Confucius ou de Mahomet dont l’activité s’exerça durant des années. Et pourtant, depuis deux mille ans, son enseignement est sans cesse repris et commenté par ses fidèles, sa personne vénérée comme celle du Fils de Dieu, la foi en lui annoncée en toutes les langues de la terre. Les non-chrétiens et les adversaires même du christianisme reconnaissent en lui une personnalité hors de pair et chacun interprète son œuvre et son message en fonction de ses options philosophiques ou politiques. Jésus est tour à tour présenté comme un moraliste, un maître à penser, un idéaliste un peu rêveur, un messager du socialisme ou un révolutionnaire. Le personnage historique a depuis longtemps donné naissance au mythe. Cela est d’autant plus normal que Jésus n’a rien écrit. Les Évangiles, qui sont notre seule source documentaire, ne sont pas des biographies de Jésus, ni un compte rendu de ses discours, mais un témoignage de la foi des premiers chrétiens (cf. ÉVANGILES). S’ils font constamment référence à des événements de la vie de Jésus, s’ils rapportent ses paroles, c’est sous la forme d’une prédication, d’une annonce du Christ. Aussi bien les faits que l’historien peut avancer concernant la vie de Jésus se réduisent-ils à peu de chose. Originaire d’une province obscure de l’Empire romain, il a sans doute une trentaine d’années lorsqu’il commence un ministère public, d’abord dans l’entourage de Jean-Baptiste, qu’il quitte bientôt pour aller prêcher en Galilée, sa patrie, où il recrute des disciples. Son enseignement, enraciné dans la tradition religieuse et scripturaire juive, est pourtant marqué d’une autorité particulière. Il ne commente pas les Écritures et n’ergote pas sur les articles de la Loi, comme le font les rabbis pharisiens, mais parle comme un prophète inspiré, annonçant la venue imminente du Royaume de Dieu et la nécessité de se soumettre, avant qu’il ne soit trop tard, à la volonté de Dieu, qu’il appelle son Père. Il utilise un langage clair, des images et des paraboles simples, accessibles au peuple. Cet enseignement et les guérisons qu’il accomplit, comme le font d’autres rabbis, attirent sur lui l’attention des Galiléens, mais aussi l’hostilité des rigoristes pharisiens, qui le considèrent comme un gêneur et cherchent à le prendre en faute. Quelques mois plus tard, Jésus monte à Jérusalem avec ses disciples pour la Pâque. Les Évangiles nous le montrent enseignant dans le Temple, aux prises avec les légistes et les membres du sacerdoce. Arrêté de nuit, abandonné par ses amis, il est mené devant le sanhédrin réuni à la hâte, puis conduit chez le procurateur romain, Pilate. L’accusation portée contre Jésus, lors de sa comparution, est d’ordre politique : il se serait dit « roi des Juifs ». Il est condamné à être crucifié et meurt sur la croix, sans doute la veille de la Pâque, sans qu’on puisse préciser l’année (autour des années trente). Bientôt après, ses disciples proclameront leur certitude que leur maître est ressuscité.

Au total, ce que l’on connaît le moins mal du Jésus historique, ce sont les dernières heures de sa vie, qui représentent une bonne part de la matière évangélique, et surtout son enseignement. Mais le lecteur des Évangiles, historien ou non, se retrouve finalement devant la question que se posaient déjà ses contemporains : « Qui est-il ? ». À cette question, le Nouveau Testament donne la réponse de la foi.

Juif fervent, Jésus est pourtant entré en conflit avec les sages et les officiels de son peuple. Il a annoncé un Royaume et ce Royaume n’est pas venu. Il a entraîné des hommes derrière lui et, très vite, c’est lui qui est traîné au supplice des esclaves. Tout est alors fini et pourtant la foi reprend... Que de paradoxes autour de cette personne que chacun croit connaître et qui échappe à toute classification. Mais n’est-ce pas ce qui fait qu’il a pu si aisément franchir les frontières de son siècle et celles de sa nation ?

1. Le problème historique

• Les sources

Devant l’indigence et le caractère incertain des documents païens ou juifs concernant Jésus, notre seule source est constituée par les quatre Évangiles. Encore ne sont-ils pas unanimes. Ils sont une prédication, une annonce de la foi, et chaque Évangile, par la manière dont il rapporte tel fait ou telle parole, par le cadre dans lequel il les insère, peut lui donner un sens et une interprétation différents. La comparaison des trois premiers Évangiles, dits synoptiques, est instructive à cet égard, pour les péricopes qu’ils ont en commun. Quant au quatrième Évangile, dit selon Jean, il représente une construction théologique élaborée dans laquelle il est difficile de distinguer ce qui pourrait être parole de Jésus et ce qui est commentaire du rédacteur. Cet Évangile a pourtant conservé des faits dignes de foi, notamment lorsqu’il rectifie les données des Évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Au reste, tous les Évangiles sont tributaires de la tradition orale qui a véhiculé jusqu’à eux la matière qu’ils utilisent. Nulle part ils ne livrent des faits bruts. Un récit évangélique n’est pas une tentative de biographie et, lorsqu’il rapporte une parole, il cherche à transmettre un enseignement et non la littéralité des paroles du Maître. Mais la critique ne reste pas dépourvue. Une meilleure connaissance de l’araméen, langue maternelle de Jésus, l’étude de l’histoire des formes littéraires prises par la tradition, celle de l’histoire de la rédaction offrent à l’historien un certain nombre de points d’ancrage solides, en particulier pour reconstituer ce qu’a pu être l’enseignement de Jésus, non dans sa forme exacte mais du moins dans l’essentiel de ses affirmations. Pour ce qui concerne les événements précis de la vie de Jésus, il faut se montrer beaucoup plus circonspect. Nul n’oserait plus, de nos jours, écrire une vie de Jésus comme celles qui virent le jour au XIXe siècle. L’imagination suppléait alors au silence des sources ; on faisait appel à une psychologie de Jésus qui était le plus souvent celle de l’auteur. L’ouvrage d’Albert Schweitzer sur l’histoire des vies de Jésus a mis un terme définitif à ce genre de projet. Quant à l’entreprise inverse, quant aux thèses des mythologues qui, devant les difficultés rencontrées par l’historien, ont pensé les résoudre toutes en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique, elle ne résiste pas à l’analyse. L’étude des Évangiles permet de dire, non seulement que Jésus a existé, mais encore bien plus.

• Le milieu

La Palestine, à l’époque de Jésus, vit sous l’occupation romaine. La succession d’Hérode le Grand, en 4 avant J.-C., et le partage de son royaume entre ses trois fils ne se firent pas sans mal. Dès ce moment, la révolte gronde partout, et notamment en Galilée où Judas de Gamala provoque deux soulèvements avant d’être exécuté. Peu après l’arrivée de Pilate à Jérusalem en 26, une émeute est matée avec férocité. La situation politique est tendue, l’insurrection souhaitée par les nationalistes, qui mêlent dans une même haine l’occupant et ceux qui collaborent avec lui. La situation économique n’est pas meilleure : les impôts, les réquisitions et les corvées pèsent lourdement sur la population. Les trois grands partis juifs du temps n’ont pas tous la même attitude envers les Romains. Du point de vue religieux, ils ont tous en vue l’observance des commandements mosaïques, si bien que le judaïsme se présente plus comme une orthopraxie que comme une orthodoxie. Les esséniens eux-mêmes, qui vivent en marge de la société et du Temple, ne sont pas rejetés de la communauté juive.

Les sadducéens

Le parti des sadducéens n’est pas fortement organisé. Il se confond avec une classe privilégiée : le grand sacerdoce et les familles influentes et riches. C’est sous Jean Hyrcan (135-107 av. J.-C.) qu’ils sont devenus un parti de gouvernement ; et ils ont constamment lutté avec les pharisiens pour conserver ou reprendre le pouvoir. Depuis la conquête romaine, ils savent se montrer conciliants avec les pouvoirs successifs, mais se confinent de plus en plus dans le Temple, en conservant toute leur influence sur la caste sacerdotale. Ils sont essentiellement conservateurs, n’observant que la loi écrite et refusant tous les apports de la tradition pharisienne. Seul, le Pentateuque (les cinq livres de la Loi) fait autorité à leurs yeux et ils n’ont jamais admis les idées introduites plus ou moins récemment dans le judaïsme : le destin et la prédestination, l’angélologie, la croyance aux esprits, la résurrection, la rétribution finale. Ils ne partagent pas l’attente messianique de nombre de leurs compatriotes. Ils méprisent le peuple, qui le leur rend bien. « Les sadducéens ne persuadent que les riches, le peuple ne leur est pas favorable », écrit l’historien Flavius Josèphe.

Les pharisiens

Le même Josèphe définit les pharisiens comme un « parti qui semble plus religieux que les autres et commente les lois avec plus de soin ». La législation qu’ils proposent au peuple remonte, selon eux, à la « tradition des Pères ». Cette utilisation des traditions leur permettait de préciser la Loi – par exemple, ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire le jour du sabbat –, d’en réinterpréter les exigences, mais parfois aussi de la modifier en fait, lorsque leurs précisions arrivaient à tourner le commandement. Deux écoles, l’une très rigoriste, l’autre plus ouverte, partageaient les pharisiens en deux tendances au début de notre ère. Mais tous raisonnaient en casuistes, et ils n’hésitaient pas à donner à la tradition la primauté sur la Loi. Une de leurs grandes réussites est la synagogue, qui fut l’instrument de leur influence sur le peuple. La synagogue désigne à la fois la communauté qui se réunit et le lieu où elle le fait. On s’y retrouvait le jour du sabbat pour la prière, la lecture de l’Écriture et l’homélie. Pendant la semaine, elle servait d’école, et l’on s’y instruisait de la Loi. Pour la plupart farouchement nationalistes, les pharisiens exécraient les Romains.

Les esséniens et les zélotes

Les esséniens menaient une vie communautaire, retirés dans le désert de Juda. Ils sont bien connus depuis la découverte d’une part importante de leur bibliothèque et de leur établissement monastique au bord de la mer Morte. On sait par ailleurs que des esséniens vivaient aussi dans les villes, comme des membres d’un tiers ordre. De recrutement surtout sacerdotal à l’origine, ils avaient rompu avec le culte du Temple, dont ils jugeaient les cérémonies souillées par un sacerdoce impur. Comme ils suivaient un ancien calendrier sacerdotal différent du calendrier officiel, ils se trouvaient coupés de la vie et des fêtes religieuses juives. Tous étaient des volontaires ; avant leur admission définitive dans la secte, ils devaient passer par un postulat d’un an et un noviciat de deux ans. Ils étaient soumis à une règle très stricte qui dictait des principes de hiérarchie et de rigoureuse obéissance. Les biens étaient mis en commun. Les esséniens avaient pour rites des bains quotidiens de purification et un repas sacré pris chaque jour en commun. Le but de cette vie communautaire est de faire en tout la volonté divine, d’étudier sans cesse la Loi et de mener une vie sainte qui réponde à ses exigences. Le caractère ésotérique de la secte, tant pour les ordonnances que pour les doctrines, est fortement marqué. On y enseigne un dualisme strict qui partage le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (le parti de Dieu) et celui des ténèbres, du mal et du mensonge (le parti de Bélial). Au contraire des pharisiens, les esséniens pratiquent, dans leurs commentaires de l’Écriture, une exégèse inspirée. Les spéculations messianiques y fleurissent. La secte se prépare à la guerre apocalyptique et attend la fin pour la génération présente.