Philosophie analytique - Encyclopaedia Universalis - ebook

Philosophie analytique ebook

Encyclopaedia Universalis

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Traditionnellement, les philosophes ne s'accordent ni sur la nature de leurs problèmes, ni sur le genre de solutions qui leur convient, ni sur le type de preuve qui caractérise leur argumentation. Le plus clair résultat de la « révolution » analytique, comme on a appelé la réaction anglaise à quelque cinquante années d'hégélianisme, aurait été de réduire un peu et pour un temps l'ampleur du désaccord.

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ISBN : 9782341004459

© Encyclopædia Universalis France, 2019. Tous droits réservés.

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Philosophie analytique

Introduction

Des philosophes se sont dits et se disent encore analystes, à Cambridge, Lwow, Varsovie, Vienne, Prague, Oxford, Pittsburgh, Princeton... Avec l’appellation, ils ont en commun l’idée qu’un certain type d’analyse est philosophique, voire que la philosophie est analyse. Les maîtres mots : « phrase », « proposition », « signification », soulignent aussitôt le caractère linguistique de l’entreprise. On ne la confondra donc pas avec la résolution d’un concept à l’aide de jugements analytiques, ou avec l’analyse transcendantale de Kant, ou encore avec l’analyse philosophique de Lagneau.

Traditionnellement, les philosophes ne s’accordent ni sur la nature de leurs problèmes, ni sur le genre de solutions qui leur convient, ni sur le type de preuve qui caractérise leur argumentation. Le plus clair résultat de la « révolution » analytique, comme on a appelé la réaction anglaise à quelque cinquante années d’hégélianisme, aurait été de réduire un peu et pour un temps l’ampleur du désaccord. On aurait pris une idée plus précise de l’activité philosophique, plus unifiée de son modus operandi et de son domaine. Les questions philosophiques, typologiquement distinctes des questions empiriques comme des questions formelles, appelleraient une clarification logique de la pensée et par là une illumination de la nature ultime des faits. Une nouvelle méthode aurait été découverte, l’analyse, à ne confondre ni avec l’analyse matérielle du savant, ni avec l’analyse formelle du logicien. L’objet de la philosophie serait ce qui a été techniquement appelé un domaine de second degré (a second-ordersubject). Entendons que son affaire n’est pas de décrire, d’expliquer ou de changer le monde, ou même de produire des énoncés d’un nouveau genre, mais d’apporter une analyse de la signification des énoncés scientifiques et du sens commun que l’on ne met pas en doute. Les analystes ne prétendent pas décourager les approches intuitive et spéculative ; ils se soucient du reste fort peu d’en débattre avec la philosophie continentale et traditionnelle.

La tradition qu’ils forment depuis plus de soixante ans s’est centrée autour de deux questions modestes en apparence : What do youmean ? et How do we know ? (« Que voulez-vous dire ? » et « Comment connaissons-nous ? »). On évoque aussitôt l’enquête socratique et l’on se demande ce qui caractérise ces nouvelles recherches conceptuelles ; on songe à la quête kantienne du fondement et l’on voudrait découvrir ce qui distingue cette analyse philosophique du projet critique. Il ne suffit pas de remarquer que la seconde question présuppose pour eux la première et celle-ci une autre plus explicite : How do wespeak ? (« Comment parlons-nous ? »). Il s’agit de comprendre comment on en est venu à cet accord minimal qui fait d’abord de la philosophie une enquête sur le langage. Cette enquête sera menée en décrivant les origines, les formes de l’analyse philosophique, les phases de son histoire, les pôles de ses intérêts, et en dégageant à partir de ses présupposés la vigueur de la pensée philosophique.

1. Des origines aux commencements

C’est en Angleterre que le mouvement de la « philosophie analytique » se fit reconnaître comme tel, se signalant dès son apparition comme une rupture et une réaction à l’égard d’une école philosophique. Pourtant, les origines sont ailleurs.

L’approche analytique et linguistique en philosophie, qui s’annonçait chez Locke et se retrouvait chez Condillac, supposait une nouvelle approche du langage qui avait été acquise dans les sciences au moins cent cinquante ans plus tôt. Une histoire des sciences qui se veut histoire des concepts pourrait être une histoire linguistique des sciences. On y verrait que les révolutions de celles-ci sont liées à l’introduction d’un nouveau langage, lui-même solidaire de catégories neuves (Galilée), que leur progrès dépend de l’amélioration de leur nomenclature (Lavoisier), de leur vocabulaire (Linné), qu’un changement, voire un « viol » linguistique (Riemann), peut entraîner un bouleversement conceptuel générateur d’extension théorique (géométries non euclidiennes), que leurs théories s’expriment dans la structure de leurs équations (Poincaré, Maxwell), avant même que leur axiomatisation n’achève de révéler la nature linguistique des problèmes eux-mêmes. En somme, si l’on retourne des commencements aux origines, il apparaît que la philosophie analytique n’est que l’émergence au plan de la réflexion d’une prise de conscience bien plus ancienne de l’importance du langage dans la théorie, les progrès, obstacles et ruptures épistémologiques des sciences européennes.

En philosophie, cette révolution n’a été possible qu’à la faveur d’une évolution sociale et culturelle. Une laïcisation de la culture, une professionnalisation de la philosophie fait d’une telle révolution une affaire de philosophes qui publient dans des revues spécialisées, se soumettent à la critique experte des collègues, conquièrent leur autonomie par rapport à toute « croyance », assurent leur indépendance par rapport à la théologie, la politique et la psychologie, et institutionnellement d’abord en constituant une faculté. Sur le plan de la discipline, trois influences précipitaient cette philosophie nouvelle de la philosophie. En premier lieu, la logique se soustrayait à la science du mental. Logiciens et mathématiciens, comme Frege, Husserl, Russell, libèrent la vérité mathématique et logique de l’empirisme mêlé de psychologisme des héritiers de Stuart Mill. En deuxième lieu, la psychologie se constitue en science inductive et récuse la philosophie comme science du mental. Enfin, deux élèves de Brentano, Meinong et Husserl, appliquent aux actes de conscience intellectuelle l’a priori de l’intentionnalité et font de la philosophie l’investigation des objets de pensée, des significations, lui ouvrant – entre la psychologie comme science des actes et des états mentaux et les sciences physiques et biologiques des objets et des événements physiques – un domaine spécial qui n’est revendiqué par aucune autre science, le tiers royaume des objets logiques comme concepts, classes, implications, vérités...

Après son objet, il restait à cette philosophie à conquérir sa méthode : influencés par ces thèmes préanalytiques, mais renouant avec une tradition proprement britannique, Moore et Russell s’écartent de l’analyse intentionnelle et eidétique. Moore veut donner des « analyses correctes » d’un certain nombre de propositions du sens commun aussitôt comprises dans leur « signification ordinaire ». Mais une chose est de comprendre, une autre de donner une analyse correcte de « ceci est bon » ou « ceci est une table ». Russel s’occupe de l’examen des concepts clés de la logique formelle et de l’arithmétique : tous, quelques, quiconque, un, le, les, ne pas, est un, identique à, existe, si, et, ou, tel que... L’élimination du psychologisme exigeait le recours au réalisme, mais encore fallait-il distinguer les vrais constituants du discours ; là est l’essentiel de l’analyse.

2. Critères d’identification