Livre - Encyclopaedia Universalis - ebook

Opis

C'est vers le milieu du XVe siècle que la technique occidentale d'impression des textes au moyen de caractères mobiles fut mise au point, très vraisemblablement dans la région de Mayence. À partir de 1460, le nouvel art se répand très rapidement à travers l'Europe. Très rapidement également, on prend l'habitude d'illustrer les...

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ISBN : 9782852297500

© Encyclopædia Universalis France, 2019. Tous droits réservés.

Photo de couverture : © Alphaspirit/Shutterstock

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Livre

Introduction

C’est vers le milieu du XVe siècle que la technique occidentale d’impression des textes au moyen de caractères mobiles fut mise au point, très vraisemblablement dans la région de Mayence. À partir de 1460, le nouvel art se répand très rapidement à travers l’Europe. Très rapidement également, on prend l’habitude d’illustrer les nouveaux livres au moyen d’illustrations gravées sur bois et, plus rarement, sur cuivre. À la fin du XVe siècle, quinze ou vingt millions d’exemplaires, peut-être, auront été répandus dans une Europe alors peuplée de quelque cent millions d’habitants, dont la plupart étaient illettrés.

L’imprimerie contribue dès lors très largement à faire passer l’Occident du stade de la culture orale à celui de la culture écrite. En même temps, le livre imprimé prend un aspect totalement différent de celui des manuscrits jusque-là répandus : la page de titre apparaît, publicité pour le libraire, mais aussi état civil du livre ; des différents types d’écriture employés, l’un triomphe, l’écriture romaine chère aux humanistes ; l’aspect du livre s’uniformise mais aussi s’éclaircit, on prend l’habitude de numéroter les feuillets, puis les pages, de diviser l’ouvrage en chapitres à peu près égaux, de faire figurer en tête du volume ou à la fin une table des matières qui, donnant la référence de chaque chapitre, fournit aussi au lecteur le plan de ce qu’il doit lire. Du même coup, l’imprimerie contribue à forger une psychologie, celle de l’homme des Temps modernes.

En même temps, le livre prend en charge, comme par modes successives, certains courants de pensée, qui, grâce à lui, deviennent dominants. Au XVIe siècle, il apparaît ainsi au service des humanistes et fait connaître à tous les chefs-d’œuvre retrouvés ou revus de la pensée grecque ou latine. Mais il est aussi au service des jeunes littératures nationales et de l’esthétique de la Renaissance. À côté des chefs-d’œuvre de l’Antiquité païenne, il diffuse aussi le texte revu de la Bible et des œuvres des premiers Pères. Générateur d’une certaine forme d’esprit critique moderne, il contribue à l’élan réformateur. Moyen permettant d’accélérer la circulation de l’information, il favorise la cristallisation des opinions publiques et joue son rôle dans les guerres religieuses.

La paix revenue, les partis au pouvoir essaient de se l’asservir par le recours à la censure. Durant tout le XVIIe siècle, il apparaîtra ainsi au service des orthodoxies ; c’est, dans le monde catholique, la grande époque de la réformation catholique, où se multiplient les petits livres de piété, destinés à nourrir un renouveau de sensibilité religieuse, et les monuments d’érudition qui fixent le dogme renouvelé.

Survient cependant vers la fin du siècle une de ces décharges de sensibilité évoquées par Lucien Febvre. Autour de la France, les presses clandestines se multiplient, la grande heure de l’imprimerie hollandaise sonne, la presse à imprimer apparaît à nouveau au service de l’attaque : elle contribuera puissamment à préparer la Révolution française.

En même temps, le livre, en chacune de ces époques, évoque en son aspect la psychologie des textes qu’il diffuse. Au XVIIe siècle, l’illustration, d’abord volontiers monumentale et allégorique, devient finalement psychologique, le livre s’ornant alors avant tout de portraits ; au XVIIIe siècle, au contraire, elle sera souvent galante, mais aussi documentaire et technique.

Après la Révolution, cependant, l’Europe se transforme : le temps de la révolution industrielle est survenu ; le peuple des campagnes afflue vers les villes ; les luttes sociales durcissent l’atmosphère. En ce climat, le livre apparaît quelque peu au service des classes dominantes. Les autres tendront à lui préférer un relativement nouveau venu : le journal ; c’est lui qui profite avant tout de l’alphabétisation des masses. Dès lors se pose un problème qu’accentuera l’avènement des nouveaux médias (radio, cinéma, puis télévision) : dans quelle mesure le livre doit-il toujours assumer les mêmes missions que jadis ? Les mutations sociales actuellement en cours en généraliseront-elles l’usage ? Ou apparaîtra-t-il en retrait, et, dans ce cas, à un univers mental dominé par l’imprimé un autre univers, tout différent, ne succédera-t-il pas ?

1. L’évolution de la production imprimée

C’est vers 1450 que la technique occidentale d’impression des textes fut mise au point, dans l’entourage de Gutenberg ; cependant, des essais d’impression furent sans doute effectués vers la même époque en Hollande et à Avignon.

À quelles nécessités répondaient ces tentatives ? Il semble qu’on ait ressenti en Europe, à la veille de la Renaissance, le besoin de multiplier les textes à volonté à la suite d’un assez large mouvement d’alphabétisation ; mais c’est surtout le mécanisme capitaliste qui joua en cette affaire un rôle moteur.

À partir de 1460, la technique nouvelle se diffusa très rapidement. Vers 1520, des officines étaient établies dans toutes les villes d’Europe de quelque importance. Parmi les œuvres répandues sous forme de manuscrits, l’imprimerie effectue d’abord un tri. Puis, le besoin pour les libraires de renouveler les textes et d’élargir leur clientèle impose un dynamisme tout nouveau dans le domaine culturel. Parallèlement commence le temps des modes : mode pour les écrits mystiques à la fin du XVe siècle, mode pour les classiques latins et grecs entre 1490 et 1530, enfin mode pour les textes littéraires en langues nationales vers le milieu du XVIe siècle. Ainsi la presse à imprimer apparaît-elle alors au service de l’humanisme, puis à celui du nationalisme et contribue-t-elle à former, mais aussi à figer, les langues nationales.

Multipliant les textes sacrés comme les textes profanes, recherchant naturellement les meilleures versions, les imprimeurs favorisent en outre l’essor d’une forme d’esprit critique qui est à la base de la Réforme ; possédant l’instrument nécessaire pour atteindre simultanément un public assez large, ils contribuent, par la diffusion de toute une littérature de caractère polémique, à cristalliser l’opinion publique autour des problèmes religieux.

Ainsi la typographie a-t-elle fortement contribué à bouleverser la structure des mentalités occidentales dans le siècle qui a suivi son apparition. Instrument de culture d’une élite bourgeoise, dont l’ascension est souvent contemporaine de sa naissance, le livre imprimé règne en maître au XVIIe et au XVIIIe siècle ; il fait refluer toutes les formes de culture orale. Le premier des médias de caractère moderne, il fait tellement sentir sa puissance que les pouvoirs, le spirituel comme le temporel, essaient de le contrôler par différents systèmes de censure.

À partir du début du XIXe siècle, cependant, face à l’afflux massif d’un public récemment et incomplètement alphabétisé, le livre apparaît avant tout comme l’instrument de culture d’une élite ; il voit se développer un fils quelque peu abusif, le journal, qui sait mieux répondre aux préoccupations des masses dans un monde qui devient celui de l’immédiat. Avec l’essor des techniques d’illustration et l’apparition de la photographie, l’image tente d’équilibrer le texte écrit, devenu envahissant. Puis, la conquête du public par l’audiovisuel consacre un retour de l’oral face à l’écrit. Mais, ouvrant de nouveaux horizons à celui-ci, ces nouveaux médias contribuent à leur tour à inviter à un retour au livre, instrument d’approfondissement et de méditation, retour que vient confirmer l’étude statistique de l’évolution de la production imprimée depuis la dernière guerre.

• L’apparition du livre imprimé

L’invention de l’imprimerie supposait réunies un certain nombre de conditions.

Les conditions

Déjà au XIIIe siècle, l’essor des universités et le développement des études avaient entraîné l’utilisation de procédés de fabrication en série des manuscrits. Au XIVe et au XVe siècle, il semble que, notamment par l’intermédiaire des chancelleries, par le développement de collèges dans le nord de l’Europe (mouvement de la Devotio moderna, dans les Pays-Bas et en Allemagne du Nord), par la multiplication des universités et par les progrès des techniques commerciales (arithmétique commerciale et livres de compte), l’alphabétisation et le besoin de textes aient augmenté. L’apparition de l’imprimerie répond donc à un besoin.

D’autre part, on savait depuis longtemps, en Europe, frapper une matrice de métal à l’aide d’un poinçon de métal plus dur et prendre l’empreinte de cette matrice en coulant dans celle-ci un métal fusible à basse température. Cependant, au début du XVe siècle, on voit naître, dans la région de Liège, le premier haut fourneau et toute la machinerie qui sera utilisée jusqu’au XVIIIe siècle. Vers la même époque, l’exploitation des mines d’Allemagne et de Bohême connaît un nouvel essor. Du même coup, les arts et les techniques du métal progressent, et un « climat » est créé.

De plus, mis au point en Chine dans les premiers siècles de notre ère, l’art du papier avait été connu des Arabes vers le VIIIe siècle. Au XIe et au XIIe siècle le papier était introduit, par leur intermédiaire, en Europe (Espagne et Italie). Mais les papetiers italiens utilisèrent, au lieu de la meule employée par les Arabes, des moulins à eau, l’axe des roues étant muni de « lèves » permettant de transformer le mouvement circulaire de celles-ci en mouvement alternatif. En Italie, puis en France, les moulins à papier se multiplièrent donc au cours des XIVe et XVe siècles. Ainsi se trouve mis à la disposition des Occidentaux, dans le siècle qui précède l’invention de l’imprimerie, un nouveau « support » des textes, parfaitement plan, donc plus apte que le parchemin à passer sous la presse à imprimer.

Cependant, de même que d’autres grandes découvertes, l’invention de l’imprimerie, loin d’en être une conséquence, précède la Renaissance. On aimerait pouvoir faire état à ce sujet d’un nouvel essor économique et démographique amorcé en Allemagne et dans le nord de l’Europe dans la première partie duXVe siècle. Tel ne paraît pas avoir été le cas. On peut pourtant observer que l’art typographique trouva son berceau dans la vallée du Rhin, pays de civilisation urbaine, comptant des villes prospères, habitées par une riche bourgeoisie urbaine, centres de foires et d’échanges : Gutenberg travailla à Strasbourg à la mise au point de procédés techniques en vue des foires d’Aix-la-Chapelle ; ses bailleurs de fonds furent des papetiers, des bourgeois, des banquiers soucieux avant tout de faire fructifier leur capital.

L’invention

Employée déjà pour l’impression du tissu, la technique xylographique est tout naturellement utilisée dès la seconde partie du XIVe siècle pour imprimer des images sur papier. Dès la fin de ce siècle se développe ainsi, notamment dans l’État bourguignon, une industrie d’images de dévotion, en particulier d’images de la Vierge et des saints populaires comme saint Roch, saint Sébastien ou sainte Apolline, qui ornent les demeures, décorent le fond des coffrets de voyage et servent peut-être de talismans ou de remèdes. Puis apparaissent des images profanes, qu’on groupe en livrets et qu’on accompagne d’une légende manuscrite ou gravée ; on en fait ainsi des sortes de bandes animées (Art de mourir, Neuf Preux, Apocalypses, etc.). Plus tard, on publiera d’autres livrets qui ne comportent que des textes (Doctrinal d’Alexandre de Villedieu, Grammaire élémentaire de Donat, etc.). Mais on peut se demander si les livrets de ce genre qu’on connaît ne sont pas tous postérieurs à l’apparition de l’imprimerie.

Peut-être cette technique de la xylographie, de même que celle du papier, fut-elle transmise de Chine où l’on imprimait des textes depuis longtemps en recourant à ce procédé. On évoque cependant aussi le « précédent chinois » pour tenter de prouver que les Européens n’inventèrent rien. En fait, les techniques d’impression au moyen de caractères mobiles, telles qu’elles furent élaborées en Europe au temps de Gutenberg, n’ont rien à voir avec les essais ouïgours ou coréens.

Comment les choses se passaient-elles en Occident ? D’assez nombreux documents d’archives et des textes semblent montrer que des tentatives eurent lieu en différents pays pour mettre au point un procédé d’impression durant le second quart du XVe siècle. À Avignon, un orfèvre originaire de Prague, Procope Waldfoghel, s’engage par des contrats notariés à enseigner aux habitants de la ville un ars scribendi artificialiter (1444-1446). Aux Pays-Bas, les comptes de Jean Le Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, font état de l’achat de deux exemplaires d’un Doctrinal « jeté en moule » (1445 et 1451). Divers textes, postérieurs il est vrai, font enfin allusion à des recherches effectives aux Pays-Bas, notamment à Haarlem par Laurens Janszoon, surnommé Coster (Chronique de Haarlem, 1563). Surtout, Johannes Gensfleisch dit Gutenberg tente de mettre au point un procédé d’imprimerie, d’abord à Strasbourg entre 1436 et 1439, et plus tard à Mayence, ainsi qu’en témoignent des procès avec ses commanditaires. Bien qu’il soit à peu près certain qu’il ait abouti, on ne connaît pas d’impressions signées par lui, tandis que deux de ses anciens associés, Johann Fust et Peter Schoeffer, fondaient une entreprise prospère, de laquelle sortait en 1457 le premier livre imprimé signé de ses typographes, le Psautier de Mayence.

Si l’on recherche quels furent les premiers documents imprimés, on constate qu’il s’agit avant tout d’éditions de la Bible, de livres d’église (psautiers et missels), de grammaires élémentaires et de lettres d’indulgence.

La diffusion de l’imprimerie en Europe (1460-1520)

Sans doute à la suite des troubles survenus à Mayence en 1462, les typographes de cette ville commencent alors à essaimer à travers l’Europe. Possédant un matériel réduit, taillant pour la plupart leurs poinçons eux-mêmes, ils vont de ville en ville, au hasard des commandes. Le bailleur de fonds est souvent un homme d’Église, évêque ou chanoine, parfois aussi un mécène plus ou moins humaniste ; à Paris, c’est la Sorbonne qui accueille les premières presses (1472). Bien souvent ces créations sont éphémères, mais finalement le typographe se fixe soit dans une grande ville qui lui offre une clientèle (Paris), soit dans un centre de foires, où il trouvera de nombreux commanditaires (Lyon), soit dans un port marchand (Anvers, Venise).

Peu à peu le marché du livre s’organise. D’abord les imprimeurs s’installent dans les très grandes villes : en Allemagne, à Strasbourg et à Bamberg (1458), à Cologne (1466), à Augsbourg et à Bâle (1468), à Nuremberg (1470) ; hors d’Allemagne, à Subiaco et à Rome (avant 1465), à Venise (1469), à Paris (1472), à Lyon (1473), etc. En 1480, des presses typographiques ont fonctionné dans cent dix villes d’Europe au moins. Déjà Venise s’affirme comme métropole du livre, suivie de Milan, d’Augsbourg, de Nuremberg, de Florence, de Cologne, de Paris, de Strasbourg, de Bâle.