Les plus grands meurtriers - Paul Roland - ebook

Les plus grands meurtriers ebook

Paul Roland

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Opis

Sur les traces de tueurs en série, de prédateurs sexuels, de maîtres chanteurs et autres terroristes les plus tristement célèbres.

Dans un langage clair, simple, accessible à tous, à la lumière de récits dramatiques et d’expériences vécues par les plus grands profileurs, cet ouvrage vous invite à suivre, voire à mener, l’enquête. Aux côtés d’experts chargés de les traquer, vous allez découvrir qui sont ces prédateurs, comment ils agissent et ce qui motive des hommes, des femmes et même des enfants, apparemment comme vous et moi, à commettre les meurtres les plus abominables et les plus inimaginables.

Enfin, ce travail, outre ses intérêts historique, judiciaire, psychologique, humain, tord encore le cou au mythe du crime sans mobile et met à l’épreuve la croyance populaire qui veut que tous les tueurs soient fous.

Une galerie de récits qui révèlent une nature humaine violente et inimaginable !


CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE : 
« Paul Roland a écrit un livre qui fera date… Une approche unique du sujet, une lecture fascinante. Je le recommande vivement. » -  Roy Hazelwood, ancien profileur du FBI.
A PROPOS DE L'AUTEUR : 
Paul Roland est né en Angleterre en 1959, il est l’auteur d’une trentaine de livres sur le mysticisme, l’occulte et le crime. Ses livres ont été traduits dans plus de quinze langues.
EXTRAIT : 
À la fin du XIXe siècle, avant le développement du relevé d’empreintes digitales et de la balistique, les vrais détectives en Europe, en Asie et en Amérique faisaient honte à Sherlock Holmes, avec pour seuls outils une loupe et leur curiosité intellectuelle. Au même moment, des pionniers en psychiatrie tels que Richard von Krafft-Ebbing effectuaient les premières incursions dans les tréfonds de la psyché pour essayer de comprendre les troubles mentaux et sexuels anormaux. Mais toutes les tentatives d’explorer l’esprit criminel afin de prévoir ses comportements étaient faussées par des préjugés et des suppositions.

L’enquêteur français Alphonse Bertillon (1853-1914) et le criminologue italien Cesare Lombrosso (1836-1909), par exemple, soutenaient que la criminalité était soit héritée, soit déterminée par les caractéristiques physiques d’un individu. Ce n’est que lorsque le premier tueur en série de l’époque contemporaine rendit les policiers fous qu’ils tentèrent sérieusement de comprendre la personnalité criminelle dans le but d’identifier et d’appréhender un criminel.

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AVANT-PROPOS

Des milliers de livres ont été écrits sur le meurtre et de nombreux autres traitent du « profilage », mais le lecteur tient dans ses mains un livre différent de ces derniers à de nombreux égards. Dans un premier temps, l’auteur brossera le portrait des criminels notoires de l’histoire, que ce soit des terroristes, des tueurs en série, des assassins ou des dictateurs et montrera le rôle essentiel qu’ont joué les différentes applications du profilage dans le passé. Ensuite, il n’essaiera pas de choquer à tout prix le lecteur avec des descriptions sanglantes de crimes plus horribles les uns que les autres. Il aura plutôt pour objectif de l’informer via des présentations factuelles de certaines affaires. Troisièmement, ce livre est destiné à un lecteur cultivé et est par conséquent abondamment documenté du point de vue historique, psychologique, sociologique et en matière d’analyse d’enquête criminelle, ou de « profilage ». Il faut également signaler que l’auteur utilise les ouvrages et les termes d’experts reconnus en la matière : des anciens membres de la Behavioral Science Unit (BSU)* du FBI des débuts possédant des informations de première main. Enfin, et c’est un élément auquel l’auteur est sensible, son approche du « profilage » ne se veut pas sensationnaliste, mais plutôt claire et précise.

Ce livre fournit au lecteur des informations quant au large éventail des tâches assignées au FBI et aux profileurs : interrogatoires, stratégies proactives, analyse de scènes de crime maquillées, connexions entre les affaires par rapport au comportement… Une caractéristique de ce livre (qui sera d’un grand intérêt pour le lecteur) est le récit d’une série de crimes où les criminels responsables furent attrapés grâce à une bonne application du profilage.

Ayant travaillé comme « profileur » à la BSU du FBI (1978-1994) et ayant continué à travailler avec des profileurs retraités du FBI à l’Academy Group, Inc. (AGI), je pense qu’une étude approfondie de l’outil d’investigation qu’est le « profilage » révèle toujours qu’il est bien plus simple que ce que l’on pense. Ce livre soutient l’authenticité de cette déclaration d’une manière factuelle, informative et agréable.

Roy Hazelwood

* Département des sciences du comportement, NDT

INTRODUCTION

AU CŒUR DES TÉNÈBRES

« Les criminels ne pensent pas de la même manière que les personnes responsables. »

Dr Stanton Samenow,Inside the Criminal Mind, 1984

Ce livre n’est pas un énième ouvrage sur les tueurs en série, même vous y trouverez certains des tueurs les plus notoires des temps modernes : des sadiques sexuels, des violeurs en série, des pyromanes, des exacteurs, des braqueurs de banque, des criminels de guerre, des tyrans et des terroristes.

Ce n’est pas non plus un catalogue des affaires les plus célèbres que les vrais connaisseurs ne connaîtront que trop bien. La démarche est bien plus intéressante, puisque ce livre explore ce nouvel art qu’est le profilage criminel ainsi que les révélations qu’il apporte sur la nature du mal, et en particulier sur les motivations des hommes, des femmes, et même parfois des enfants à commettre des actes on ne peut plus horribles.

Le profilage fut en grande partie, mais pas exclusivement, mis au point par la BSU du FBI, à Quantico, en Virginie, à la fin des années 1970, début des années 1980. Il est aujourd’hui appliqué dans tous les pays du monde par les professionnels chargés de faire respecter la loi qui ont bien dû se rendre à l’évidence de la faillibilité de la médecine légale.

Les profils peuvent être prospectifs (ce qui signifie qu’ils peuvent prévoir quels individus dans une société donnée peuvent potentiellement commettre des crimes) ou rétrospectifs (ce qui implique d’identifier le type d’individus capables d’avoir commis tel ou tel genre de crime de par leur comportement). Les profils prospectifs sont généralement appréciés par les services de renseignement qui cherchent à identifier des terroristes potentiels avant qu’ils ne passent à l’acte. Cette approche suscite toutefois la controverse et essuie de plus en plus de critiques. En effet, elle peut mener à des stéréotypes raciaux, alors que les profils rétrospectifs visent à créer un ensemble de caractéristiques comportementales d’un sujet inconnu (aussi appelé UNSUB) afin de diriger l’enquête plutôt que d’accuser un certain type d’individu.

Des centaines d’affaires aux États-Unis sont résolues grâce à la perspicacité de profileurs de la BSU : ceux-ci ont eu raison dans 92 % des cas chaque année entre 1978 et 1994, selon Russell Vorpagel dans Profiles in Murder. Le profil standard du FBI est composé de 15 points clefs, ou indices, quant au type de personnalité qui devrait être considérée comme responsable du crime. Si deux de ces points se révèlent inexacts, le FBI considère que c’est une de leurs rares erreurs.

L’ancien agent spécial du FBI, Vorpagel, décrit le processus de profilage comme une « autopsie psychologique » et compare le profil en lui-même à une peinture impressionniste composée de nombreux coups de pinceau qui ne signifient rien individuellement, mais qui prennent toute leur signification une fois combinés aux autres.

Dans l’esprit des meurtriers révèle les secrets de cette nouvelle méthode, et plus précisément la manière dont un profileur peut dire qu’une scène de crime a été maquillée ou altérée ainsi que les moyens dont il dispose pour dire si un meurtre a été commis pour détourner l’attention du délit initial, généralement un cambriolage ou un viol. Il décrit comment les fantasmes et la soif de contrôle peuvent pousser des sadiques à enlever et à torturer des parfaits inconnus et à quel point les facteurs de stress peuvent jouer un rôle essentiel et faire craquer le criminel. Il évoque aussi l’importance de la « signature » du serial killer.

Il explique également ce que le choix de l’arme et la férocité de l’attaque peuvent révéler sur l’attaquant, et quelles informations peuvent être glanées sur un corps mutilé post mortem. Puis, il démontre que la manière dont le tueur s’est débarrassé du corps et le lieu où il l’a fait sont révélateurs de la relation du tueur avec la victime. A-t-elle été simplement jetée, partiellement recouverte ou complètement enterrée ?

Mais les bénéfices potentiels du profilage ne se limitent pas seulement aux affaires de meurtres. Le choix d’accélérateur de combustion d’un pyromane, le ton des lettres d’extorsion et la liste d’exigences d’un preneur d’otage permettent tous de découvrir le type de personnes qui se cachent derrière ces crimes, leur état d’esprit et l’importance de la menace qu’ils représentent.

À partir d’indices apparemment insignifiants, un profileur expérimenté peut rapidement déterminer le sexe, l’âge, l’apparence physique, l’histoire personnelle, le passé, l’emploi et même le modèle et l’état de la voiture d’un criminel. En recréant le crime à partir d’indices laissés sur la scène du délit, il peut également prédire la prochaine action du criminel.

En combinant l’analyse comportementale, l’expérience personnelle et l’intuition, d’éminents profileurs tels que John Douglas du FBI (dont le personnage de l’agent spécial Jack Crawford du Silence des agneaux est inspiré) ou Dr Paul Britton, « Cracker de la vie réelle » en Angleterre, peuvent pénétrer dans l’esprit d’un violeur d’enfants ou se mettre dans la peau d’un psychopathe pour inventer des stratégies utiles pour traquer et piéger ces prédateurs.

Ils peuvent forcer un kidnappeur à sortir à découvert et à les mener jusqu’à son captif, ils peuvent repérer un pyromane dans la foule ou identifier un membre présumé d’une cellule terroriste avant qu’il ne mette sa menace à exécution et qu’il ne tue des innocents. Ils peuvent même pousser l’exacteur le plus déterminé à commettre une erreur fatale qui mettra fin à son règne de terreur. Mais ils seront les premiers à rejeter le mythe selon lequel ils peuvent attraper des criminels. Ça, c’est le boulot de la police.

Les profileurs contribuent largement à identifier le type de personnes supposées responsables et ils se montrent souvent d’une précision presque mystérieuse. Mais contrairement aux impressions laissées par des séries télévisées populaires telles que Millenium, Missing : Disparus sans laisser de traces, Esprits criminels et Profiler, il n’y a aucun élément psychique qui intervient dans le profilage. Il s’agit d’une méthode basée sur des principes solides qui ont fait leurs preuves. L’intuition peut intervenir, après des années d’expérience, c’est bien normal, mais lorsqu’un profileur aborde une enquête et se met dans la peau d’un sujet.

À la recherche d’indices : les enquêteurs sur la scène d’une fusillade mortelle

Pour le profileur, la scène d’un crime est un puzzle avec seulement une seule pièce manquante : l’identité du criminel. Toutes les autres pièces sont éparpillées sur le lieu du crime. Le profilage du ou des criminels se fait en quatre étapes, quatre questions cruciales qui débutent chaque enquête : Que s’est-il passé ? Comment (quelle est la suite d’événements) ? Pourquoi ? Qui est responsable ?

Malgré sa réputation de pouvoir résoudre les affaires les plus insolubles, le profilage a ses limites. Il n’est pas très utile d’identifier des criminels de petite envergure tels que des voleurs, étant donné que leurs méfaits sont très communs et que leur comportement est rarement inhabituel. Des victimes isolées et à haut risque comme des prostituées et des victimes tuées d’un seul coup de couteau ou d’une seule balle offrent également peu de matière à analyser pour le profileur. Et d’un point de vue purement pratique, avec une moyenne américaine d’environ 25 000 meurtres par an, il n’y a tout simplement pas assez de profileurs expérimentés pour enquêter sur tous les crimes sérieux qu’ils pourraient résoudre.

Des indices à profusion

Des séries policières comme les très populaires Experts ont attiré l’attention du voleur amateur sur l’importance de ne laisser aucune trace. Par conséquent, les criminels actuels font preuve de plus en plus de ruse pour cacher leurs méfaits.

Une fois que les experts ont fini de relever toutes les empreintes, de passer la scène du crime au peigne fin pour retrouver le moindre cheveu et la moindre fibre, et de prélever des traces de sang, de sperme ou de salive sur toutes les surfaces, ils peuvent se retrouver avec trop peu d’indices pour de trop nombreux suspects. Ce n’est qu’à la télévision et au cinéma que les experts légistes peuvent analyser un seul cheveu, une particule de peinture ou une demi-empreinte digitale en quelques minutes. Dans la vraie vie, même les laboratoires les plus efficaces et les mieux financés peuvent prendre des mois pour analyser des preuves s’ils sont débordés ou en souseffectif. Lors d’une affaire tristement célèbre, il a fallu près de deux ans pour analyser 200 échantillons d’ADN avant d’identifier le suspect, qui, à ce moment-là, était passé du viol à l’enlèvement, à la torture et au meurtre. Dans de telles affaires, un profileur peut aider à orienter l’enquête de manière à ce que les ressources si précieuses de la police ne soient pas gâchées (la ressource la plus importante de toutes étant bien évidemment le temps).

Cependant, le profilage n’est qu’une partie du processus d’évaluation du comportement plus important et plus détaillé qu’est l’analyse d’enquête criminelle. Elle permet de fournir un motif probable pour obtenir un mandat de perquisition, des conseils pour les interrogatoires, une stratégie de procès et l’évaluation de la menace. En bref, le profilage ne s’arrête pas à la capture des criminels. Le deuxième chapitre de ce livre révèle le rôle crucial que peuvent jouer les profileurs quant à l’invention de nouvelles stratégies d’interrogatoires afin de tromper le criminel et de lui faire avouer tous ses crimes. Sans cela, un multirécidiviste pourrait être jugé seulement pour un crime, celui pour lequel la police détient des preuves physiques. Sans compter qu’il pourra toujours s’en sortir grâce à un vice de forme ou aux talents de son avocat. Les criminels (et les tueurs en série en particulier) ont en général un don pour manipuler leur entourage et sont souvent passés maîtres dans l’art de la tromperie de manière à ce qu’ils puissent feindre un quelconque trouble mental dont ils pensent qu’il sera suffisant pour les déclarer inaptes à être jugé ou pour obtenir une peine plus légère. Même s’ils échouent aux tests psychologiques, ils peuvent toujours tromper les jurés. C’est là que le profileur intervient en tant que témoin expert pour faire tomber le masque d’innocence feinte et révéler le véritable monstre qui se cache derrière. Les profileurs peuvent aussi fournir des évaluations lors d’auditions en vue de mise en liberté conditionnelle lorsqu’il s’agit de décider si l’on doit relâcher un récidiviste potentiel. Cet aspect du travail soulève les éternelles questions de possibilité de guérison des agresseurs sexuels et des tueurs sadiques.

Dans l’esprit des meurtriers révèle à quel point cette méthode de profilage criminel relativement nouvelle permet d’attraper et d’accuser ces prédateurs en pénétrant dans leurs esprits et en exploitant les défauts de leur personnalité. Il met à bas le mythe des crimes sans mobiles et la croyance selon laquelle tous les tueurs sont fous.

Les secrets des laboratoires : un sérologiste à la recherche de fluides humains

Dans les pages qui suivent, vous apprendrez comment les cambrioleurs de banque choisissent leur cible, pourquoi les maîtres chanteurs veulent plus que de l’argent et ce que le FBI a tiré des 50 face-à-face avec les hommes les plus maléfiques de la terre. Vous découvrirez également l’élite de la BSU du FBI à Quantico, en Virginie, et la manière dont le FBI forme ses profileurs.

« Le profilage d’un récidiviste peut être comparé aux prédictions d’un médecin concernant la progression de la maladie d’un patient. Les tueurs en série sont malades… Si un profileur criminel entend qu’un adolescent mouille son lit, joue avec des allumettes et torture des animaux, il peut prédire son potentiel à commettre de futurs homicides sociopathes. Ce n’est pas de la magie, c’est de la logique. »

Russel Vorpagel, profileur au FBI

DES PAS DANS LE BROUILLARD

« Le sixième commandement, ‘Tu ne tueras point’, me fascinait. J’ai toujours su qu’un jour, je le défierais. »

Reginald Halliday Christie, tueur en série

« Je suis né avec le diable en moi. Je ne pouvais pas m’empêcher d’être un meurtrier, pas plus qu’un poète ne peut retenir son inspiration. Il se trouvait déjà à côté du lit qui m’a vu naître, comme un parrain, et depuis lors, il ne m’a plus quitté. »

H. H. Holmes, le premier tueur en série des États-Unis, exécuté en 1896

À la fin du XIXe siècle, avant le développement du relevé d’empreintes digitales et de la balistique, les vrais détectives en Europe, en Asie et en Amérique faisaient honte à Sherlock Holmes, avec pour seuls outils une loupe et leur curiosité intellectuelle. Au même moment, des pionniers en psychiatrie tels que Richard von Krafft-Ebbing effectuaient les premières incursions dans les tréfonds de la psyché pour essayer de comprendre les troubles mentaux et sexuels anormaux. Mais toutes les tentatives d’explorer l’esprit criminel afin de prévoir ses comportements étaient faussées par des préjugés et des suppositions. L’enquêteur français Alphonse Bertillon (1853-1914) et le criminologue italien Cesare Lombrosso (1836-1909), par exemple, soutenaient que la criminalité était soit héritée, soit déterminée par les caractéristiques physiques d’un individu. Ce n’est que lorsque le premier tueur en série de l’époque contemporaine rendit les policiers fous qu’ils tentèrent sérieusement de comprendre la personnalité criminelle dans le but d’identifier et d’appréhender un criminel.

Jack l’Éventreur

L’une des premières tentatives connues de dresser le profil psychologique d’un tueur en série date de l’automne 1888. Il fut effectué par Dr Thomas Bond. En tant que chirurgien anglais travaillant pour la police, il avait été appelé à prendre part à l’enquête sur les meurtres du quartier de Whitechapel à Londres imputés à Jack l’Éventreur.

H. H. Holmes, alias Herman W. Mudgett, qui tua 27 personnes.

Les rumeurs selon lesquelles le monstre était un médecin allaient bon train. Dr Bond se vit confier l’étude du rapport d’autopsie des quatre premières victimes. Il était chargé de le comparer avec ses propres conclusions sur le cinquième meurtre afin de déterminer si les mutilations révélaient une certaine connaissance médicale. La population poussait Sir Robert Anderson, commissaire de la police métropolitaine, à résoudre l’affaire qui avait attiré l’attention du monde entier sur les conditions de vie sordides de la classe défavorisée de l’East End. Dès lors, c’est dans une certaine urgence que Anderson conseilla vivement au Dr Bond d’utiliser son expérience pour déterminer s’il y avait des raisons de croire que les meurtres étaient l’œuvre d’un seul homme. Bond soumit son rapport le 10 novembre, un jour après qu’il eut réalisé l’autopsie de Mary Kelly, que l’on pensait être la dernière victime de l’Éventreur.

« Permettez-moi de vous annoncer que j’ai lu les notes concernant les quatre meurtres de Whitechapel qui ont eu lieu à :

1. Bucks Row

2. Hanbury Street

3. Berners Street

4. Mitre Square

J’ai également réalisé une autopsie du corps mutilé d’une femme découvert hier dans une petite chambre de Dorset Street.

1. Les cinq meurtres ont indubitablement été commis par la même personne. Dans les quatre premiers cas, il semble que la gorge ait été coupée de gauche à droite. Dans le dernier, en raison de la mutilation totale, il est impossible de dire dansquelle direction la coupure fatale a été effectuée. Cependant, des éclaboussures de sang artériel ont été retrouvées sur le mur à proximité de l’endroit où la tête de la victime devait se trouver.

Sans les méthodes modernes, la police victorienne avançait à l’aveuglette.

2. Toutes les circonstances qui entourent les meurtres me portent à croire que les femmes ont été tuées couchées, et en-tout-cas, que c’est la gorge qui a été coupée en premier.

3. Pour les quatre meurtres dont je n’ai vu que les rapports, je ne peux formuler une opinion très claire concernant le temps écoulé entre le meurtre et la découverte du corps.

Dans un des cas, celui de Berners Street, il semble que le corps ait été découvert immédiatement après la mort. Quant aux meurtres de Bucks Row, de Hanbury Street et de Mitre Square, seules trois ou quatre heures doivent s’être écoulées. Dans le cas de la rue Dorset Street, le corps était étendu dans le lit au moment de ma visite (à quatorze heures), à moitié nu et mutilé comme décrit dans le rapport en annexe (le cadavre avait commencé à se rigidifier, mais le processus s’était accéléré au cours de l’examen). Il est difficile d’affirmer avec certitude le laps de temps exact qui s’était écoulé depuis le moment de la mort : il faut entre six et douze heures pour que le processus de rigidité cadavérique ne commence. Le corps était relativement froid à quatorze heures et les restes d’un repas récemment ingéré furent trouvés dans l’estomac et dans les intestins. Il est, dès lors, assez certain que la femme était décédée depuis douze heures. En outre, la nourriture partiellement digérée indiquait que la mort survint environ trois à quatre heures après le repas, donc, le meurtre a probablement eu lieu à une ou deux heures du matin.

L’arme du crime présumée de Jack l’Eventreur

4. Dans tous les cas, il ne semble pas y avoir eu de lutte et les attaques étaient probablement effectuées d’une manière tellement soudaine et dans une telle position que les femmes ne pouvaient ni résister ni crier. Dans le cas du meurtre de Dorset Street, le coin de drap à droite de la tête de la victime était coupé et trempé de sang, ce qui indique que le visage pourrait avoir été couvert par le drap au moment de l’attaque.

5. Dans les quatre premiers cas, le meurtrier doit avoir attaqué par la droite de la victime. Dans le cas de la victime de Dorset Street, il doit avoir attaqué de face ou par la gauche, puisqu’il ne devait pas y avoir de place pour lui entre le mur et la partie du lit sur laquelle la femme était couchée. À nouveau, le sang avait coulé sur le côté droit de la femme et giclé sur le mur.

6. Le meurtrier n’a pas forcément été éclaboussé ou submergé de sang, mais ses mains, ses bras et une partie de ses vêtements étaient certainement tachés de sang.

7. Dans tous les cas, à l’exception de celui de Berners Street, les mutilations sont toutes de même nature, et elles montrent que, dans tous les meurtres, le but était la mutilation.

8. Dans tous les cas, la mutilation a été infligée par une personne qui n’avait aucune connaissance scientifique ou anatomique. Selon moi, il ne possède même pas une connaissance technique de boucher ou d’abatteur de chevaux ou de toute personne habituée à couper des animaux morts.

9. L’instrument était probablement un couteau solide d’au moins 15 cm de long, très coupant, pointu, et d’environ 2,5 cm de large. C’était probablement un couteau pliant, un couteau de boucher ou de chirurgien. Je pense que c’était sans aucun doute un couteau droit.

10. Le meurtrier était certainement un homme robuste faisant preuve de sang-froid et d’audace. Rien ne prouve qu’il avait un complice. Il était certainement un homme sujet à des crises périodiques de folie homicide ou érotique. La nature des mutilations montre que l’homme souffrait peut-être d’une maladie sexuelle appelée satyriasis. Il est bien sûr également possible que ses désirs homicides se soient développés à partir d’un esprit vengeur et menaçant ou que la religion ait été à l’origine de la maladie. Mais je pense qu’aucune de ces deux hypothèses n’est probable. De l’extérieur, le meurtrier ressemble certainement à un homme qui a l’air inoffensif, probablement d’âge moyen, habillé proprement et convenablement. Je pense qu’il devrait être dans ses habitudes de porter une cape ou un pardessus, car il n’aurait pas pu passer inaperçu dans les rues si le sang sur ses mains et sur ses vêtements était visible.

11. En supposant que le tueur ressemble à la personne que je viens de décrire, il est également probablement solitaire et excentrique, et certainement sans emploi, mais avec un petit revenu ou une petite pension. Mais il vit certainement entouré de personnes respectables qui connaissent quelque peu son caractère et ses habitudes et qui ont de bonnes raisons de suspecter qu’il n’est parfois pas toujours sain d’esprit. De telles personnes ne sont peut-être pas disposées à faire part de leurs soupçons à la police par peur d’avoir des ennuis ou de se faire connaître, alors qu’avec une récompense à la clef, ils n’auraient plus de scrupules.

Veuillez, cher Monsieur, agréer mes salutations distinguées, Thomas Bond »

Malheureusement, les autorités refusèrent de suivre les conseils de Bond en ce qui concerne la récompense et l’auteur des meurtres ne fut jamais arrêté. Il est possible qu’il ait été arrêté dans le cadre d’une autre affaire, qu’il ait été envoyé dans un asile ou qu’il ait mis fin à ses jours puisque la série de meurtres de prostituées s’est apparemment terminée avec celui de Dorset Street. Mary Kelly fut mutilée à un tel point qu’elle était méconnaissable. Cela laisse supposer que son tueur avait complètement sombré dans la folie. En termes cliniques, sa personnalité s’est fragmentée sous les conflits internes. Dans un tel état, il n’aurait pas été possible de le juger.

Le corps de Mary Kelly dans sa chambre sordide au 13 Miller’s Court

Psychopathia sexualis

Le phénomène des tueurs n’est pas nouveau. Jadis, les mutilations sauvages effectuées par ceux que l’on appelait les meurtriers sexuels auraient pu être attribuées à des vampires, des loups-garous ou à d’autres créatures malveillantes de la nuit par une communauté superstitieuse qui ne pouvait se résoudre à croire que de tels actes étaient l’œuvre d’un de leurs semblables. Même lorsqu’un humain était identifié comme responsable (comme dans le cas de la comtesse Bathory qui se baignait dans le sang de jeunes vierges, ou dans celui du tueur d’enfants Gilles de Rais), l’Église faisait de lui un serviteur du Diable. Cela sous-entendait que des êtres humains ne pouvaient pas avoir commis de tels actes à moins d’être possédés ou dépravés par une entité impie et malveillante.

Il est troublant de constater que, contrairement aux croyances populaires, les crimes de Jack l’Éventreur n’étaient pas uniques. Les mutilations qui horrifiaient la société victorienne étaient caractéristiques d’un trouble mental qui fut identifié, diagnostiqué et reconnu par le psychologue allemand Richard von Krafft-Ebbing presque dix ans avant les meurtres de Whitechapel. L’étude influente de Richard von Krafft-Ebbing sur les anormalités sexuelles, Psychopathia Sexualis, énumère de nombreux cas de meurtres sexuels sadiques qui ressemblent de manière frappante à ceux perpétrés par Jack l’Éventreur.

Richard Von Krafft-Ebbing, pionnier dans le domaine de la psychosexualité, et sa femme

« Il ne peut faire aucun doute, observa Krafft-Ebbing, qu’un grand nombre de ce que l’on appelle les meurtres sexuels dépendent d’un désir excessif et perverti. D’autres actes de bestialité sur le cadavre, comme par exemple ceux qui consistent à le couper et à se rouler dans les intestins, peuvent résulter de ces sentiments teintés de perversion. »

En faisant référence aux meurtres de Jack l’Éventreur dans une réédition de l’ouvrage, l’auteur remarqua : « Il est probable qu’il ait d’abord coupé la gorge de ses victimes avant d’ouvrir l’abdomen et de tripoter les intestins. À un certain moment, il a coupé les parties génitales et il les a emportées. À un autre, il les a mises en pièces et il les a abandonnées. Il ne semble pas qu’il ait eu des rapports sexuels avec ses victimes, mais les actes meurtriers et la mutilation qui suivit équivalaient très certainement à l’acte sexuel. »

En ce qui concerne l’authenticité des lettres commençant par « Dear Boss », qui furent postées à la Central News Agency au plus fort de l’horreur et qui donnèrent lieu au célèbre surnom de Jack l’Éventreur, l’ancien profileur du FBI John Douglas les écarta d’emblée, tout comme Sir Charles Warren, commissaire de la police métropolitaine en charge de l’enquête d’origine. Selon Douglas, « Elles sont trop structurées, elles montrent trop d’intelligence et de pensée rationnelle et sont bien trop précieuses. Un délinquant de ce genre ne penserait jamais de ces actes qu’ils sont de chouettes petits jeux et ne dirait jamais de son couteau qu’il est beau et tranchant. »

Établir le profil d’un fantôme

Lors du centième anniversaire des meurtres de Whitechapel, en 1988, deux des meilleurs profileurs du FBI, John Douglas et Roy Hazelwood, prêtèrent leur expérience approfondie en matière de poursuite de prédateurs sexuels et de tueurs en série à la création d’un profil psychologique de Jack l’Éventreur pour une émission télévisée spéciale animée par Peter Ustinov.

En étudiant l’affaire uniquement sur la base des faits présents dans les rapports d’autopsie officiels et dans les dossiers de la police métropolitaine, ils conclurent que Jack l’Éventreur était un homme blanc d’une vingtaine d’années, d’intelligence moyenne, qui réussissait à échapper aux recherches grâce à la chance plus qu’à son ingéniosité. Son caractère très ordinaire lui a permis de se fondre dans les tribunaux bondés, les rues grouillant de monde, et les ruelles sombres de la capitale. Par conséquent, le public pouvait laisser tomber l’image classique de l’aristocrate vagabond en chapeau haut de forme et cape ondulante marchant à grandes enjambées dans le brouillard londonien. À la place, il pouvait imaginer un homme du coin, impossible à distinguer de ses voisins et aux apparences quelconques.

Il ne semblait cependant pas y avoir de modèle pour ses meurtres : ils étaient spontanés et opportunistes. De tels prédateurs erraient toujours dans le même quartier : ils commençaient à tuer près de chez eux et étendaient leur terrain d’action à mesure qu’ils gagnaient de l’assurance. L’éventreur a pu s’être senti obligé de retourner sur le lieu de ses crimes pour se délecter ou pour revivre le frisson qu’il avait ressenti, un indice de comportement anormal que les policiers de l’époque ne devaient pas connaître, sinon ils auraient été capables de garder un oeil sur les lieux et de l’arrêter en flagrant délit.

From Hell : l’auteur de cette lettre est-il vraiment Jack l’Éventreur ?

Selon Douglas et Hazelwood, le choix des victimes, ainsi que la nature des mutilations, indiquent que le prédateur avait sûrement été élevé et violé par une femme autoritaire. Par conséquent, il aurait évacué sa colère en mutilant des animaux, en malmenant d’autres enfants et finalement en commettant des incendies. Ces actes ont pu éveiller l’attention de la police, quand il était jeune, et donc il a pu avoir un dossier qu’il aurait été intéressant de consulter.

Le fait que tous les meurtres aient eu lieu entre minuit et six heures du matin indique que Jack l’Éventreur vivait probablement seul et qu’il ne devait avoir que peu d’amis, voire aucun. Il devait avoir un travail subalterne, dans un abattoir par exemple, qui lui aurait permis d’assouvir ses pulsions sadiques sans être découverts et de justifier le fait qu’il était dans les rues aux petites heures sans éveiller les soupçons, même avec du sang sur ses vêtements. Il n’était pas rare, à l’époque, de voir des abatteurs dans les rues ou dans des pubs des quartiers de Spitalfields ou de Whitechapel vêtus de leurs tabliers tachés de sang.

Armés de ces détails, Douglas et Hazelwood éliminèrent en toute confiance certains des principaux suspects, tels que le médecin de la Reine, Sir William Gull, et Montague Druitt, qui se jeta dans la Tamise peu après le dernier meurtre. Après révision des preuves, ils s’accordèrent à dire que le suspect le plus probable était un vagabond polonais du nom d’Aaron Kosminski, bien que Douglas ait par la suite atténué ses conclusions en disant que le suspect le plus probable était quelqu’un comme Kosminski.

Les bouchers du quartier de l’East End étaient dans les rues à toutes les heures

Grâce à mes propres recherches, je peux assurément mettre Kosminski hors de cause pour les raisons suivantes. Aaron Kosminski (1865-1919) était un idiot passif qui cherchait des restes de nourriture dans les rues de Whitechapel et qui ne montra de signe de comportement violent à aucun moment dans sa vie d’adulte. La preuve la plus convaincante contre lui était que l’on croyait qu’il avait été envoyé à l’asile de Colney Hatch peu après le meurtre de Mary Kelly, mais ce n’est pas vrai non plus. Il fut en fait interné en 1891 lorsque les médecins le décrivirent comme apathique. S’il avait été capable de commettre des meurtres, il aurait pu le faire pendant trois années entières, à partir de 1888.

Kosminski était un visage familier dans l’East End, et il aurait été reconnu s’il avait été vu à proximité du lieu du crime. Plusieurs témoins signalèrent avoir vu un homme habillé dignement mais avec des vêtements râpés, ce qui laisse supposer que c’était un ouvrier dont les vêtements avaient connu de meilleurs jours, alors que Kosminski était un vagabond sale et débraillé que même les victimes auraient évité. De plus, il ne parlait pas anglais, alors que plusieurs témoins déclaraient avoir vu l’une des victimes peu avant sa mort parler à un homme qui ne correspondait pas à la description de Kosminski et qui fut entendu en train de parler en anglais à voix basse.

À sa place, j’ai déniché un suspect dont on ignore le nom qui correspondait au profil et qui ressemblait à Kosminski. Mon suspect était un boucher qui vivait au cœur du terrain d’action du meurtrier. Il correspondait à la description physique donnée par plusieurs témoins oculaires capitaux et il avait contracté la syphilis suite à des relations avec des prostituées, qu’apparemment il détestait violemment. Lui aussi fut finalement envoyé dans un asile et il décéda l’année au cours de laquelle Scotland Yard boucla officiellement l’affaire des meurtres de Whitechapel.

Le vampire de Düsseldorf

« Dites-moi, quand vous m’aurez décapité, est-ce que je serai toujours capable d’entendre, au moins pendant un petit moment, le son de mon propre sang jaillissant de mon cou ? Ce serait le plaisir qui mettrait fin à tous les plaisirs. »

Peter Kürten le matin de son exécution, le 2 juillet 1932

Lorsque le psychanalyste allemand Karl Berg pénétra dans la cellule de Peter Kürten à la prison de Klingelputz peu avant son exécution, il s’attendait à rencontrer un sacré cinglé, ce qui restait d’un homme dont l’esprit avait entièrement sombré dans la folie. Fréquent visiteur de l’Irrenhaus (asile psychiatrique), Dr Berg avait déjà eu l’occasion de voir de nombreuses choses dérangeantes dans sa vie professionnelle, mais ce qu’il vit ce matin-là l’obligea à s’arrêter un instant dans l’embrasure de la porte. Kürten, qui s’était rendu à la police de son propre chef pour le meurtre d’une trentaine d’hommes, de femmes et d’enfants, se leva de son banc, frotta les faux plis de son costume cousu sur mesure et accueillit Herr Doktor avec un grand sourire et la politesse d’un homme d’affaires qui a quelque chose à vous proposer. C’était une offre que Dr Berg savait qu’il ne pouvait pas se permettre de refuser : la première rencontre en face à face de l’histoire entre un tueur en série et un psychiatre.

Reprenant contenance, Dr Berg se demanda si la police n’avait pas raison de soupçonner que la confession de Kürten n’était rien de plus qu’un délire fantasque. Il semblait incroyable qu’un homme si maître de soi, si obsédé par la propreté fût le monstre sadique que la presse appelait le « Vampire de Düsseldorf ». Mais une fois que l’interrogatoire commença, il apparut clairement que cet ancien ouvrier de quarante-huit ans était le plus sérieux du monde.

La première chose qui marqua Dr Berg fut l’incroyable mémoire de Kürten. Il pouvait se rappeler chacun des 79 crimes qu’il avait commis dans les moindres détails : la stimulation émotionnelle qu’ils avaient provoquée les avait gravés dans sa mémoire. Cependant, lorsqu’il devait raconter des événements banals de sa vie, il se trompait comme n’importe qui.

« Il est très facile de décrire des crimes que l’on n’a pas commis », expliqua calmement Kürten à son interlocuteur incrédule. « On pourrait avoir du mal à croire qu’une confession puisse se baser sur des articles très complets et n’être donc qu’une invention. C’est pour cette raison que je comprends vos doutes, Professeur. »

Kürten rejetait la responsabilité de ses pulsions sadiques sur son père brutal qui avait régulièrement battu ses huit enfants, violé leur mère devant eux ainsi que l’une de ses propres filles avant de se faire arrêter et emprisonner.

Malgré les manifestations de dégoût de Kürten, il reproduisit le même comportement que son père, en violant sa sœur de treize ans et en torturant des animaux sous les encouragements du locataire de la famille, un dégénéré sexuel qui apprit à Peter la pratique de la bestialité. Cependant, l’élève dépassa le maître, poignardant à mort les animaux tout en éjaculant.

Si l’on peut en croire son témoignage, il commit son premier meurtre lorsqu’il était encore enfant. Il noya deux camarades d’école dans le Rhin lorsqu’un des deux sauta pour sauver l’autre qui venait de tomber d’un radeau sur lequel ils jouaient. Peter le maintint sous l’eau pour l’empêcher d’aider son autre camarade.

Les crimes de Peter Kürten

La folie meurtrière de Kürten débuta le 25 mai 1913 lorsqu’il pénétra dans une maison à Müllheim près de Cologne dans l’intention de la cambrioler, mais fut submergé par le besoin de tuer une petite fille de dix ans qu’il trouva en train de dormir. Il l’étrangla jusqu’à ce qu’elle soit inconsciente, puis la viola avant de trancher sa gorge avec un couteau de poche.

« J’ai entendu le sang gicler et tomber par gouttes sur le tapis à côté du lit. Il faisait une courbe, juste au-dessus de ma main. Cela dura en tout et pour tout trois minutes. Puis, j’ai fermé la porte et je suis retourné à Düsseldorf. »

Malheureusement, l’oncle de la petite fille, Otto Klein, fut instantanément soupçonné, vu qu’il s’était violemment disputé avec le père la veille au sujet d’un loyer. Otto avait quitté le domicile dans une colère noire et avait menacé de faire quelque chose que Peter regretterait toute sa vie. Lorsque la police découvrit un mouchoir avec les initiales « P.K. », ils supposèrent qu’il s’agissait d’un mouchoir que Otto avait emprunté à son frère et l’affaire alla en justice mais le mouchoir fut considéré comme preuve insuffisante et Otto fut relâché.

Ce croquis de Peter Kürten indique le lieu où se trouvait le corps de Gertrude Albermann

Kürten se rendit à nouveau à Müllheim le jour après son méfait. Il s’installa dans un café et s’imprégna avec allégresse de l’horreur et de l’indignation des habitants locaux qui parlaient de cette horrible histoire.

Une longue condamnation pour pyromanie et d’autres crimes empêcha Kürten de sévir. Lorsqu’il fut libéré en 1921, il se maria et vécut une vie respectable durant quatre ans en tant que représentant syndical. Mais en 1925, il revint à Düsseldorf et reçut ce qu’il prit pour un bon présage : « Le coucher de soleil était rouge sang lorsque je suis revenu ».

Les quatre années qui suivirent, il se contenta de déclencher des incendies et de commettre des cambriolages, mais le 3 février 1929, il céda une fois de plus à ses pulsions sadiques et poignarda vingt-quatre fois une femme avant de s’enfuir. Si la police avait eu la prévoyance de surveiller le site, ils auraient pu attraper Kürten et mettre fin à son règne de la terreur.

« Je suis retourné à l’endroit où j’ai attaqué Frau Kühn deux fois le soir même et plusieurs fois plus tard. Cela me donnait des orgasmes parfois. » Quatre jours plus tard, il tua Rosa Ohliger, huit ans, par treize coups de couteau avant de mettre le feu à son cadavre. Rien ne prouvait qu’il y avait eu viol, mais Kürten avait pris le soin d’étaler du sperme sur ses sous-vêtements pour l’avilir et la faire sienne. « Lorsque j’ai versé de l’essence sur la gosse Ohliger ce matin-là et que j’y ai mis le feu, j’ai eu un orgasme de la hauteur des flammes. »

Cinq jours plus tard, il poignarda un mécanicien de quarante-cinq ans et, fidèle à ses habitudes, il revint sur les lieux du crime le lendemain pour discuter de la progression de l’enquête avec un policier, comme si de rien n’était.

Trois personnes furent plusieurs fois poignardées après que leur agresseur leur eut souhaité une bonne soirée, le 21 août, et puis, la nuit du 23 août, deux jeunes filles de cinq et quinze ans furent étranglées et décapitées à la foire annuelle de Flehe.

L’après-midi suivante, Gertrude Schulte, une domestique, se fit aborder par un homme répondant à la description de Kürten. Il lui fit plusieurs fois des avances et lorsqu’elle cria qu’elle préférait mourir, il hurla « Meurs alors ! » et la poignarda. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle survécut et donna aux policiers une description de son agresseur.

La liste des attaques s’allongea les semaines suivantes, sans que l’assassin ne donne signe de fatigue. Deux jeunes filles furent violées et battues à mort et deux autres femmes furent attaquées au marteau à la fin du mois d’octobre.

Le 7 novembre, le corps d’une petite fille de cinq ans fut découvert enterré sous des gravats après que son meurtrier eut envoyé une note et une carte indiquant où il pouvait être trouvé. Son corps portait les marques de 35 blessures par couteau. Au printemps, les strangulations et les attaques au marteau se multiplièrent, mais toutes les victimes survécurent. Le manque de cohérence dans la méthode du tueur fou et dans son choix d’armes, cependant, trompa la police qui croyait qu’elle devait chercher plusieurs hommes.

C’est la vanité de Kürten qui causa sa perte. Le 14 mai 1930, Maria Budlick, une domestique, se tenait sur le quai de la gare de Düsseldorf lorsqu’un homme s’approcha d’elle et lui proposa de la guider jusqu’à l’hôtel local. Elle accepta l’offre et ils marchèrent dans la ville jusqu’à ce qu’il insistât pour emprunter un raccourci à travers un parc. C’est là qu’elle se dit qu’elle était peut-être en compagnie du Vampire de Düsseldorf et qu’elle trouva une excuse pour s’enfuir. Mais l’homme se colla à elle. À ce moment-là, un gentleman apparut et proposa son aide. Le premier homme s’échappa et le gentil sauveur de Maria se présenta : il s’appelait Peter Kürten.