La Science occulte - Ligaran - ebook

La Science occulte ebook

Ligaran

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Opis

Extrait : "Depuis quelques temps, il est beaucoup parlé de questions qui, on doit le reconnaître, étaient de longue date reléguées parmi les pires fantaisies de l'esprit humain et dont il n'était fait mention que pour les signaler à la défiance, sinon au mépris des honnêtes gens. La réaction qui a suivi l'usurpation ultra spiritualiste des religions à dogmes despotiques et à miracles inexpliqués, mais en même temps indiscutables, la critique passionnée du dix-huitième ..."

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EPUB

Liczba stron: 289




EAN : 9782335034516

©Ligaran 2015

Lettre-préface

À Germain M…. n.

Mon vieux camarade,

 

Nous fêterons cette année le trente-et-unième anniversaire de notre première rencontre, nous sommes donc de vieilles connaissances et il est dans le cœur et la conscience de l’un peu de choses qui ne soient familières au cœur et à la conscience de l’autre.

C’est à toi que je dédie ce livre, certain que quelles que soient les opinions au sujet des questions dont il traite, tout au moins tu as la profonde conviction que je suis absolument de bonne foi.

Comme moi, avec moi, tu as lutté, depuis que tu as l’âge d’homme, contre toutes les superstitions et toutes les tyrannies. Je te sais d’esprit sain et logique et je te connais incapable d’aucun compromis de conscience.

Quand pour la première fois, je t’ai parlé des études qui font l’objet de ce volume, tu t’es récrié. Tu te révoltais contre des idées qui te semblaient contradictoires avec celles que tous deux nous avions professées pendant toute notre vie. Le surnaturel n’existait pas et ne pouvait pas exister. Je devais prendre garde de me laisser entraîner à des suggestions d’imagination qui, me disais-tu, pouvaient m’être nuisibles dans le milieu qui m’entourait.

Je tins grandement compte de tes avis, mais tout en reconnaissant que ce qui nous semblait surnaturel était tout au moins et le plus souvent parfaitement invraisemblable, je me mis de plus belle au travail, et tu sais mieux que personne si je ménage ma peine.

Un jour, je te lus cette phrase de Tolstoï :

– Vous est-il jamais arrivé, lecteur, de vous apercevoir tout à coup, à certains moments de la vie, que votre opinion sur le monde change complètement, comme si tous les objets tournaient subitement vers vous une face nouvelle et ignorée.

L’impression visée par le grand Russe est celle du soulèvement imprévu d’un voile, sous lequel apparaissent des horizons insoupçonnés. Nous l’avions ressentie une fois déjà, lorsque, tardifs parce que pauvres, nous avions pu enfin lire les ouvrages de Darwin et d’Haeckel. Nous comprîmes ce jour-là la valeur du mot révélation. Il se faisait en nous comme une ouverture d’âme. Tout nous apparut sous un autre angle.

Aujourd’hui, pour moi le mouvement se continue. Partisan passionné de l’évolution et de l’hérédité, j’acceptais difficilement que ce mouvement en avant, inhérent à la matière, en ses diverses manifestations, s’arrêtât brusquement à la mort de l’homme. L’univers créé pour la petite chose que nous sommes, cela me semblait illogique, comme aussi ce subit arrêt dans le progrès.

Ce fut alors que les livres de Crookes me tombèrent entre les mains.

Je résistai tout d’abord, j’avais l’orgueil du matérialisme impénitent, dans le sens étroit du mot. Tout à la mort était fini et la dissolution du corps entraînait l’anéantissement définitif.

Mais, en dépit de moi, je voyais autre chose, encore vaguement, la persistance de l’évolution et, m’armant de la théorie de la création naturelle, je sentais instinctivement le besoin de la prolonger au-delà de la dissolution des molécules constitutives du corps.

Tu protestas vivement. Tu t’en tenais à cette conviction du néant immédiatement retrouvé. En vain je te parlais de mes études, des éléments nouveaux qu’apportait à mes recherches l’étude des religions hindoues. Je m’efforçais de te démontrer la logique superbe du système ésotérique qui expliquait notre évolution actuelle aussi bien que notre évolution future.

Tu m’écoutais indulgemment, comme il convient, en raison d’une vieille amitié comme la nôtre, mais tu combattais, tout en avouant que tu me connaissais pour homme de sens – même de bon conseil – dans la vie pratique, étant passé par des épreuves où plus d’un eut succombé et dont j’étais sorti à force de travail et de persévérance.

J’ai persisté : tu doutes encore. C’est pour toi que j’écris ces pages, dont pas une ligne n’est empreinte d’un autre sentiment que la plus par faite bonne foi.

Mon désir est que, l’ayant lu, sans renier plus que moi aucune des convictions de notre vie, tu reconnaisses que dans tous les phénomènes constatés, il y a autre chose que de l’escroquerie et de la prestidigitation. Je veux qu’à la dernière page tu te demandes si, sérieusement, il est indispensable pour notre dignité de nous enliser dans un scepticisme qui d’ailleurs ne prévaudra pas contre le progrès. Serons-nous spiritualistes – ou spirites – pour cela ? Tu n’en es pas plus que moi à avoir peur des mots, à la condition que ce qu’ils cachent ne soit pas contraire aux suggestions de notre conscience. Les révoltés flamands s’appelaient des gueux et étaient de fort honnêtes gens.

La vérité, c’est qu’il n’y a que du matérialisme, en ce sens que les avenirs – si tant est qu’ils existent – ne représentent qu’une dilution, qu’une sublimation de la matière, douée en d’autres états de propriétés qui n’existent pas sous les formes que nous connaissons. L’électricité n’est-elle pas un état de la matière, et pourtant ses effets se peuvent-ils comparer à ceux qui nous sont familiers. Chaque état différent développe des facultés nouvelles, et la matière, à l’état radiant, ne ressemble en rien au levier d’une locomotive.

La matière psychique est douée de toutes autres propriétés que nos muscles et notre chair. Nous avons une idée de cette transformation quand nous étudions le travail de notre cerveau. Tous les jours, nous constatons en nous l’existence d’une force que nous pouvons analyser, mais dont la projection nous échappe.

La pensée est une électricité, si tu le veux, mais à la X puissance et produisant X effets.

… En le cycle de ces études rentrent les magies de tous les temps, les miracles qui n’en furent pas, les destinées de tout le monde – de toi comme de moi.

Je n’insiste pas, tu me sais honnête homme et sensé, lis, et je voudrais seulement que tu pusses dire :

– Il y a là quelque chose qu’il faut, non pas railler parce que la raillerie n’a jamais rien produit, – mais étudier, parce que le travail mène toujours quelque part.

Ton J.-L.

LIVRE PREMIERLe surnaturel
CHAPITRE ILa liberté de pensée

Depuis quelque temps, il est beaucoup parlé de questions qui, on doit le reconnaître, étaient de longue date reléguées parmi les pires fantaisies de l’esprit humain et dont il n’était fait mention que pour les signaler à la défiance, sinon au mépris des honnêtes gens.

La réaction qui a suivi l’usurpation ultra spiritualiste des religions à dogmes despotiques et à miracles inexpliqués, mais en même temps indiscutables, la critique passionnée du dix-huitième siècle s’attaquant à tout ce qui heurtait le bon sens et la conscience, les colères suscitées légitimement par la tyrannie des thaumaturgies persécutrices, avaient déterminé une résistance nécessaire contre les spéculations dont l’absurdité était le moindre tort et qui servaient d’instrumentum regni à toute une horde d’exploiteurs de la crédulité humaine.

Les superstitions et les crimes commis pour les imposer aux raisonnants avaient déshonoré, souillé l’idéal : la raison humaine, d’un effort violent, reconquit ses droits, et, dans l’orgueil sain de sa libération, jeta le vieux monde à bas, en bloc.

L’arrêt fut rendu, expliqué par des considérants de légitime colère : les fils de la Révolution se chargèrent de l’exécuter et ils le firent dans toute la plénitude de leur indépendance recouvrée.

Enfin la pensée était libre, il n’était plus de domaine systématiquement fermé à l’examen, il n’était plus de porte devant laquelle se dressât le Chérub de la Genèse, dardant son épée de feu et criant : – Tu n’iras pas plus loin.

Le dix-neuvième siècle bénéficiera dans l’histoire de cette situation exceptionnelle. Né de la nuit, il sera une aurore. Il aura la gloire d’avoir vu Prométhée, délivré de ses chaînes, s’élancer de nouveau à la conquête de la vérité, et si cette joie ne lui est pas donnée d’acclamer le triomphateur parvenu à son but, tout au moins l’aura-t-il suivi des yeux pendant les premières phases de la lutte, et lui aura-t-il fourni des armes pour les combats futurs.

En effet, jamais, plus loin qu’en notre temps, n’aura été porté l’esprit de l’investigation correcte, la passion probe de l’expérience et de l’ana lyse.

Le positivisme a imposé silence aux rêveurs et aux menteurs de parti pris : la science, s’emparant du domaine de l’expérimentation pure, a rejeté résolument tout ce qui lui était étranger, s’interdisant toute incursion dans le champ, dit métaphysique, déclaré par un arrêt subsidiaire au premier, à jamais fermé à la connaissance de l’homme.

« Ignoramus et ignorabimus, » dit Du Bois Reymond, commentant sans y prendre garde le mot de l’Ecclésiaste : « Ne médite pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi ! »

Pourquoi donc ?

De quel droit venir poser une barrière devant l’activité humaine ? De quel droit venir nous dire : Vous étudierez ceci, mais nous vous interdisons d’étudier cela !

Ainsi parlaient les persécuteurs d’autrefois ; ils traçaient un cercle, quiconque tentait de le franchir était criminel » Il est vrai que de notre temps on ne brûle plus, on ridiculise. Quand même on cherche à tuer.

Cependant certains hommes, au nom de cette liberté d’examen que nos pères ont conquise, s’obstinent à travailler, à marcher en avant, et à mesure qu’ils font un pas, les barrières imaginaires se reculent devant eux, chaque jour qui s’écoule marque la conquête d’un pouce de terrain nouveau.

La science, et c’est la véritable mission qui lui avait été léguée par les siècles passés, a mis les penseurs en garde contre les suggestions séduisantes de l’imagination : mais où elle a exagéré ses droits, c’est lorsqu’elle s’est montrée aussi intolérante que les religions, englobant dans une réprobation irréfléchie les utopistes – qui sont peut-être les savants de demain – et les investigateurs sensés qui découvraient des horizons dont elle s’obstinait, quand même, à nier l’existence

Elle s’oppose, formidablement, usant de toutes les armes morales dont elle dispose, au mouvement qui, jugé superficiellement, semble l’expression d’une réaction nouvelle, provoquée par l’intolérance des Académies, substituées aux Églises, mais qui, étudié en dehors de toute routine et de tous préjuges, répond à la loi inéluctable du progrès intellectuel de l’humanité.

Sont-ce donc tous des fous ou ce qui serait plus grave, des renégats, ces hommes qui, ayant consacré leur vie à la défense de la Liberté de pensée, se sont dit un jour et ont osé dire aux autres : « Il semble en vérité qu’en dehors de ce qu’on appelle la matière, dans le sens étroit du mot, il y ait autre chose. »

Ces gens ont-ils glissé, par une débilitation cérébrale, de l’incrédulité la plus implacable à la foi aveugle et stupide qu’ils raillaient tant naguère ?

Cette question, la première qui se pose même devant les esprits les moins malveillants, repose sur une première erreur dont il convient de faire justice.

Il semble, et les préjugés courants entretiennent cette confusion, qu’il existe deux mondes, absolument distincts, le monde de la matière… et l’autre. C’est ainsi qu’avant les découvertes de la science moderne, on séparait en domaines absolument spéciaux les minéraux, les végétaux et les animaux. Chacun de ces groupes avait ses limites infranchissables, aucun lien n’unissait la pierre à la plante, le végétal à l’animal. De trois divisions on était ensuite arrivé à deux, le monde organique et le monde inorganique.

Aujourd’hui qui oserait soutenir une-semblable thèse ? Où commence, où finit le monde organique ? Les minéraux vivent, sont sensibles, évoluent et meurent, Marco Pilo l’a prouvé ; certaines plantes sont si proches des animaux que les observations les plus minutieuses ne peuvent leur assigner une place définie dans l’échelle des êtres. Voici que grâce aux travaux de Darwin, d’Huxley, d’Haeckel, leur continuateur génial, la Nature apparaît dans une unité superbe, emportée tout entière par le courant d’évolution qui, mûrissant, pour ainsi dire, ses éléments les plus bruts en apparence, les vivifie et universalise le travail de la semence, de la germination, de la floraison, de la fructification universelles.

Soit, dit-on, mais la limite est atteinte. L’homme est l’expression la plus parfaite de cette évolution. Il est à la fois le but et la limite. Quand il meurt, la nature a accompli son œuvre et n’a plus qu’à revenir en arrière. L’homme mort, son corps se désagrège, les éléments qui le constituent retournent à la terre, grand et éternel creuset de révolution.

Après tout, c’est possible. Cependant il semble bien étrange que cette force dont nous constatons le mouvement s’arrête ainsi tout à coup, se heurte comme à un mur à cet acte qui s’appelle la mort, et que révolution soit achevée parce qu’un animal, un peu mieux organisé que les autres, a vécu un certain nombre d’années. Nous revenons à la Genèse fantaisiste – car bien entendu, comme il a été prouvé par Fabre d’Olivet et Lacour, jamais la Genèse n’a eu le sens ridicule et antiscientifique qu’on lui attribue – la Nature ayant fait l’homme, tel que nous le connaissons, trouve que cela est bien et se repose. Elle ne sait que cet exercice et elle le recommence à perpétuité. L’homme est si parfait qu’après lui, tout ce qu’il y a d’énergie dans la force propulsive de la Nature est épuisé. Peut-être remarquera-t-on qu’il y a là quelque vanité de notre part !

Maintenant, si usant de cette liberté de pensée que nous devons à tant de persécutés et de martyrs, quelqu’un dit : « La logique veut que l’évolution continue, non pas seulement en se recommençant elle-même, mais en continuant son mouvement en avant ! »

On crie au spiritualisme, voire même à la folie.

Mais où est donc la limite qui sépare ce qu’on appelle le monde matériel de ce qu’on appellerait le monde spirituel ? L’évolution continue, avec les éléments même dont elle a toujours disposé ; il peut y avoir un changement d’état. La science pendant des siècles n’a connu que les états solides, liquides et gazeux. Depuis que Faraday a découvert l’état radiant et que Crookes a notifié l’hypothèse nécessaire du protyle, cette question de l’évolution ultra humaine n’a-t-elle pas fait un pas de géant ?

Alors on admettrait le surnaturel !

Oh ! la bataille des mots ! ils font plus de mal au progrès que les idées. Pour ne pas subir le ridicule d’une qualification, des hommes se condamnent au silence, au besoin renient leurs convictions les plus intimes. Avoir été matérialiste toute sa vie et s’entendre appeler spiritualiste !

Or, il n’y a pas plus de limites entre le matériel et le spirituel, qu’entre l’animal et l’homme. Pas plus qu’entre le naturel et le surnaturel. Il n’existe que des degrés dans l’évolution, que des degrés dans la puissance de perception ou d’acuité des organes. Matériel et spirituel ne sont que des expressions qui visent le degré de densité ou de ténuité de la substance et les timides devront méditer cette pensée de Tyndall : « Si l’esprit humain, semblable au pèlerin qui soupire pour son foyer lointain, veut se tourner vers le mystère dont il est sorti, aussi longtemps qu’il fera de pareilles tentatives, non seulement sans intolérance, ni bigotisme quelconque, mais en reconnaissant d’une façon éclairée, qu’il est impossible d’atteindre ici la dernière fixité de la conception, alors contrairement à toutes les restrictions du matérialisme, j’affirmerai qu’il y a là un champ pour les plus nobles efforts de ce qui, par opposition à nos facultés connaissantes peut être nommé les facultés créatives de l’homme. »

Axiome : Le surnaturel n’existe pas.

Le miracle d’hier est la banalité pratique de demain.

La liberté de pensée implique-t-elle nécessité de négation, quand même ?

« Le doute, disait Arago, est une preuve de modestie et il a rarement nui au progrès des sciences. On ne pourrait en dire autant de l’incrédulité. Celui qui, en dehors des mathématiques pures, prononce le mot impossible, manque de prudence… »

Et aussi, celui qui prononce le mot de surnaturel.

Lactance proclamait surnaturelle et inepte l’existence des antipodes, et saint Augustin ajoutait qu’en tout cas, il ne pouvait être question de terres habitées.

Aucun autre univers que celui de la terre n’est possible, disait Aristote, le vide n’existe pas… chez l’homme seul le cœur bat… le côté gauche du cœur est plus froid que le côté droit… les hommes ont plus de dents que les femmes…

Et pendant de longs siècles il fut interdit de discuter Aristote.

Sans l’intolérance criminelle, il y a deux mille ans que la science, avec Empédocle, aurait étudié le principe de la sélection et de la survivance du plus apte, proclamée au XIXe siècle par Darwin, que l’Institut de France mit à l’index pour cette hérésie.

Copernic eut si grand peur d’être bafoué « il l’a avoué lui-même », que ce ne fut que six mois ayant sa mort qu’il osa publier son système du monde.

Mais pourquoi remonter si loin :

Recherchez dans la France Mystique comment Erdan traite Hoené Wronski, l’inventeur de la Loi Suprême dont le fameux Lagrange avait reconnu en pleine Académie l’effrayante généralité, ajoutant que dans cette loi toutes les Mathématiques modernes étaient contenues. Aujourd’hui, il n’est pas un polytechnicien qui ne pioche son Wronsk.

La coalition contre le progrès est formidable.

Tantôt c’est le gouvernement qui s’érige en juge. En 1808, Fouché faisait saisir et détruire administrativement la Philosophie de Ravarebonhi dans laquelle un groupe de savants, sous le pseudonyme de Nicolas Beugnet, posaient les principes du transformisme et de l’hérédité.

Tantôt ce sont les « bons confrères » qui font le silence autour d’une expérience nouvelle : ainsi en fut-il pour Jules Cloquet, qui, dès 1832 faisait devant l’Académie de médecine le récit d’une opération, dans laquelle la sensibilité avait été supprimée par le magnétisme.

Dès 1849, Burq constatait l’influence directe des métaux sur l’organisme humain. Il fallut trente ans et l’énergie de M. Charcot, pour que le fait fût officiellement reconnu.

En 1878, le père Didon protestait violemment contre les mécréants qui avaient osé, à l’Exposition, placer, dans la section d’Anthropologie comparée, des singes anthropoïdes !

Aujourd’hui que le mot « impossible » est rayé du dictionnaire des sciences naturelles, l’intolérance se rabat sur le surnaturel, comme si les mêmes sceptiques n’eussent pas déclaré le téléphone et le phonographe impossibles parce que surnaturels. Il restera à M. Bouillaud l’immortelle gloire d’avoir pincé le nez de l’opérateur, qui faisait fonctionner le phonographe à l’Académie, sous prétexte qu’il devait être ventriloque !

Le surnaturel, c’est l’ignoré, c’est l’inconnu.

C’est surtout l’incompris.

N’est-il pas surnaturel que des chenilles et des chrysalides, des larves de la Tipula Oleracea, congelées au point de ressembler à de petits morceaux de glace, revivent au premier dégel, que des rotifères qui sont restés desséchés sous une masse de sable pendant quatre années ressuscitent à l’humidité ? Il paraissait surnaturel que l’organique sortit de l’inorganique et cependant le problème d’acides appartenant aux corps gras, des aldéhydes et des alcools, est résolu.

La panique des hommes et surtout des animaux n’est-elle pas inexplicable ?

Est-il naturel de se faire enterrer pendant plusieurs mois et de sortir ensuite de sa tombe en parfaite santé ? Est-il naturel de jeûner pendant un mois de suite ? Est-il naturel, comme les Ais saouas, de manger du verre, de se percer de lames aiguës, de jongler avec des charbons ardents ?

Quoi de plus surprenant que le phénomène de l’audition colorée, sensible cependant pour une personne sur huit, comme l’a établi le professeur Sachs.

Théophile Gautier disait qu’après une absorption de haschisch, il entendait le bruit des couleurs. Les sons lui arrivaient verts, bleus, rouges…

Il est prouvé que le son développe les couleurs d’un tableau. L’œil, aidé par le son, distingue mieux les caractères. Les adeptes du surnaturel « les fous » songent à utiliser ces données dans la thérapeutique. Le son, force inexploitée, a-t-on assez ri du moteur Keeley ! – développe la faculté du goût, tandis qu’il diminue celle du toucher. La lumière influence également l’odorat, le goût et le toucher.

Allons plus loin : il est absolument surnaturel – donc impossible – qu’un être humain vive de deux vies absolument distinctes, changeant totalement de goûts et de caractères, selon qu’il se trouve dans l’un ou l’autre de ces états, oubliant complètement ce qui s’est passe avant la métamorphose, mais cependant, pendant, ces deux vies, se comportant normalement et vaquant à ses occupations ordinaires.

Cet être surnaturel s’appelle cependant Felida X *** et a été suivi de longues années par le docteur Azam.

Le surnaturel, c’est-à-dire l’inexplicable, mais il nous entoure, il nous cerne : niera-t-on les pressentiments, niera-t-on qu’en fixant son regard sur telle personne au théâtre, on parvienne à l’obliger à se tourner du côté où on se trouve ? Niera-t-on que vingt fois dans la rue, après avoir cru rencontrer telle personne et s’être aperçu de son erreur on la rencontre réellement quelques instants après ? Niera-t-on que très souvent on éprouve la sensation du « déjà vu » en un endroit où jamais on n’est encore venu ?

Coïncidences ! Effets du hasard ! Hallucinations !

La réponse est facile et présente cet avantage de donner prétexte à la paresse. Les fous estiment, eux, que la plus petite bribe de lumière éclaire un sentier inconnu et ils s’y aventurent, sans souci des huées qui les suivent.

À leur tour, ils demandent à leurs contradicteurs, si réellement ils estiment que la « sécrétion » du cerveau est identique aux autres sécrétions du corps, s’ils peuvent affirmer qu’en dehors de la matière connue, il n’existe pas d’autres états, ne fût-ce que des dilutions au millionième et au cent millionième, si, selon eux, l’électricité, le magnétisme ne seraient pas de la matière divisée en milliards de parties constituantes, et ils ajoutent en suivant les règles de la plus pure logique :

« Pourquoi la pensée, pourquoi la force vitale ne seraient-elles pas une sublimation de la matière ? La pensée, le gaz, le minéral, ne seraient-ils pas des manifestations analogues, en quantités différentes, soumises à des contingences diverses ? Dites, si vous le voulez, qu’en ses divers états, la matière est plus ou moins appréciable à nos sens, que certains sont mêmes insaisissables, nous étudierons alors les sens eux-mêmes qui sont nos instruments d’expérience et nous chercherons si, développés soit par la nature, soit par la sélection, soit par l’exercice, les sens ne parviendront pas à percevoir l’imperceptible et à suivre dans son évolution la matière jusqu’en ses sublimations les plus délicates, à voir et à entendre la pensée, et si comme tout l’indique l’effort de la nature n’est pas épuisé, lorsque l’être humain s’est désagrégé, à suivre encore l’évolution du résidu psychique. »

Et s’il était prouvé d’ores et déjà que des constatations expérimentales, dans le sens le plus sévèrement étroit du mot, ont prouvé l’existence, la réalité d’une évolution psychique, faisant suite à l’évolution animale, s’il était démontré par les témoignages les plus éclatants que cette force psychique existe en nous, qu’elle se manifeste et que par conséquent en vertu de la loi de la conservation de l’énergie, elle doit continuer son évolution alors même que les organes matériels qu’elle anime pendant la vie ont été désorganisés par la mort !

Serait-il réellement possible que des savants, des hommes qui mettent leur orgueil à scruter audacieusement les secrets de la nature, reculassent devant le problème nettement posé, sous prétexte qu’on pourra les accuser de spiritualisme, de charlatanisme, que sais-je ?

Chose triste à dire, en cette voie, la France s’est laissée devancer, nulle part peut-être les préjugés dits sociaux n’étant plus puissants. Mais pour avoir plus longtemps hésité, nos savants regagneront bien vite le terrain perdu. Les travaux des Liébeault, des Charcot, des Dumonpallier, des Bernheim, des Luys, des Bérillon et de tant d’autres nous sont de surs garants de la prochaine révolution scientifique.

Révolution, oui, car il s’agit d’emporter cette absurde bastille de la séparation du domaine matériel et psychique, il faut reconnaître, proclamer les droits de l’investigateur, jusque dans les profondeurs de l’inconnu, de l’à peine entrevu, il faut que soit étudiée dans toutes ses manifestations, si magiques qu’elles paraissent, la force existante et qui n’est pas la force matérielle, qui est douée de propriétés aussi différentes de celles que nous connaissons, que les propriétés de l’électricité sont différentes de celles du levier. Et comme l’électricité et le levier se complètent et s’aident mutuellement, la force psychique viendra donner un élan nouveau, décisif peut-être à la vie terrestre.

Le mot magique a été écrit plus haut.

La magie est l’utilisation intelligente des forces inconnues, dédaignées ou incomprises. Depuis des siècles, la Magie lutte contre l’intolérance et la persécution ; sans ses protestations, sans Gesse renouvelées en dépit des bûchers, des tortures et des mépris, pas une découverte industrielle, utilitaire n’eût été faite.

C’est à la Magie que sont dus tous les progrès de la physique et de la chimie.

La Magie fut toujours humanitaire et socialiste. Elle a toujours travaillé pour le bien-être universel. Contrainte de ne livrer ses secrets qu’un à un, elle n’en a plus conservé qu’un seul, celui de la force psychique. Mais c’est parce qu’elle en a quand même affirmé l’existence que la logique de l’idée en a imposé la recherche aux vrais savants.

Dans cent ans, on élèvera des statues à Paracelse, à Guillaume Postel, à Cardan et à Mesmer… et on s’esclaffera à la lecture des bouquins aujourd’hui officiels – y compris les encyclopédies plus dix-neuvième siècle les unes que les autres – où ces admirables psychistes sont traités comme de vulgaires aliénés. On lit à la fin de la biographie des plus modestes, cette phrase malencontreuse :

« Pendant la plus grande partie de sa vie, il fit preuve de facultés extraordinaires ; par malheur, il s’adonna aux sciences occultes, etc. »

Et la Science lumineuse n’est faite que des débris de la Science occulte !

Ce secret de la science psychique, a-t-il été réellement surpris, a-t-on constaté scientifiquement cet état radiant de la matière humaine ?…

Ici nous entrons en pleine Magie.

CHAPITRE IIWilliam Crookes

Né en 1832, occupant dans le monde scientifique de son pays la situation la plus haute et la plus enviable, astronome égal aux plus renommés, professeur de chimie, ayant découvert des métaux nouveaux et enrichi la science d’observations géniales, honoré par l’Institut de France d’une récompense exceptionnelle, juré à l’exposition d’électricité de Paris en 1881, inventeur des lampes électriques où la production d’un vide presque parfait augmente considérablement l’intensité de la lumière, ayant comme l’avait fait notre Chevreul rendu à l’industrie et notamment à la teinture les plus signalés services, auteur de traités sur les couleurs d’aniline, ayant consacré de longues années de sa vie à l’assainissement de sa ville natale, une capitale de quatre millions d’habitants, par la reconstitution de son système d’égouts, tel est William Crookes, jusqu’ici, pour le lecteur impartial, type du savant dévoué et intelligent, inventeur du radio mètre, théoricien de la matière radiante, analyste des terres rares par la spectroscopie.

Il ne viendrait à la pensée de personne que ce fût là la biographie d’un fou.

Son nom est en Angleterre l’équivalent de ceux en France de Pasteur, de Wurtz, de Chevreul ou de Berthelot.

Lorsque Crookes affirme l’existence d’une force psychique, ayant ses caractères et son énergie propres agissant en dehors du corps humain, quand, modeste et défiant de lui-même comme tous les vrais savants, il met sous nos yeux le procès-verbal des expériences auxquelles il s’est livré, qu’il a contrôlées, non seulement par ses propres sens, mais encore au moyen d’appareils de précision, enregistreurs automatiques identiques à ceux qui lui servent à vérifier les opérations les plus délicates de la physique ou de la chimie, devons-nous a priori supposer qu’il se trompe ou qu’il nous trompe ? Pourquoi ce savant, qui ne commet aucune erreur lorsqu’il s’agit des plus difficiles recherches dans les sciences exactes, deviendrait-il tout-à-coup un ignare et un mal honnête homme ?

Du reste, comme nous allons le voir, le plus grand mérite de Crookes est d’avoir fait rentrer les recherches jusqu’alors entourées d’un caractère mystérieux dans le domaine des sciences exactes ; en cela il a rendu à l’esprit humain et au progrès un service dont on ne saurait lui être trop reconnaissant. Il ne s’agit plus ici d’incantations, de cérémonies théâtrales, de mystères que nul ne peut connaître : toutes ces expériences peuvent être et ont été en effet cent fois renouvelées.

William Crookes ne s’affuble pas d’une robe à enluminures cabalistiques et ne se coiffe pas du bonnet pointu de Parapharagaramus : nous avons en face de nous un savant moderne, très simple, très défiant, s’entourant de toutes les garanties imaginables, offrant aux incrédules toutes facilités de vérification. D’ailleurs, depuis qu’il s’est livré à ces expériences, Crookes a-t-il cessé de s’occuper des questions de science pratique ? Dernièrement encore, la Revue scientifique publiait ses derniers travaux sur la constitution moléculaire des atomes.

L’année dernière, – 1888, – étant président de la société chimique de Londres, il a provoqué l’admiration de tout le monde savant, en construisant une hypothèse capable de rendre compte de l’origine de ce qu’on pourrait appeler les espèces de la chimie, en prouvant la nécessité d’admettre, notamment dans les bases, l’existence d’une sériation insensible de corps ne constituant pas à proprement parler des éléments distincts, mais séparés seulement par des différences presque insaisissables, quoique réelles, et passant insensiblement d’un état à un autre. Il prouvait par les arguments les plus péremptoires que l’existence des corps simples est une pure pétition de principe et que ceux-là même qui ont encore résisté à toutes les tentatives d’analyse n’en sont pas moins des groupements de molécules, qui ne sont pas absolument identiques, bien que possédant des propriétés semblables.

C’est ce même homme qui a fait les expériences dont il va être parlé, entre un cours de chimie et des études sur les couleurs appliquées à l’industrie. Admettrons-nous qu’ayant l’esprit lucide à midi, il ait été fou à deux heures pour retrouver toute sa rectitude d’esprit le soir ? Se servir de pareils arguments, c’est prouver qu’on manque de bonne foi et de courage pour lutter contre les préjugés. En vérité, il semble qu’on ait peur. Peur de quoi ? De ce que l’inconnu tend à devenir connu, de ce que la porte si longtemps fermée s’entrouvre enfin, de ce qu’un domaine tout nouveau se développe devant notre activité ? Qu’y a-t-il d’effrayant dans ce fait qu’un homme peut en de certaines conditions exercer à distance, sur des objets matériels, une action qui semble en contradiction avec les notions reçues ? Est-ce que certains faits qui eussent été stupéfiants à ce point pour nos pères qu’ils n’ont même pas songé à les prévoir, ne sont pas aujourd’hui entrés dans la banalité de l’usage quotidien ? Ainsi ce qui nous semble exceptionnel, impossible aujourd’hui, sera simple aux yeux de nos enfants : ils auront étudié, analysé ces manifestations d’une force que l’exercice développera et réglera, ils s’en empareront et ils les utiliseront pour le bien-être de l’humanité.

Il existe en l’homme une force vitale qu’il peut projeter à distance et par laquelle il peut accomplir certains actes en dehors des conditions ordinaires de préhension et de tact. Tel est l’axiome premier dont Crookes nous a donné la démonstration. Cette force qui existe chez tous, n’est cependant développée jusqu’à produire des effets évidents ou appréciables que chez certains êtres exceptionnels, peu nombreux et que des prédispositions physiques et cérébrales constituent en des sortes d’appareils, produisant ou projetant cette force psychique, et qu’on appelle médiums, êtres singuliers dont il sera parlé plus loin avec détail.

Les études de Crookes ont porté sur trois de ces personnalités exceptionnelles, le fameux Douglas Home, mademoiselle Cox et mademoiselle Florence Cook.

« Je ne saurais, dit Crookes, me prononcer sur la cause des faits dont j’ai été témoin : mais que certains phénomènes physiques, tels que le mouvement des substances matérielles et la production de bruits, ressemblant à des décharges électriques, se produisent dans des circonstances où on ne peut les expliquer par aucune loi physique actuellement connue, c’est un fait dont je suis aussi certain que du fait le plus élémentaire de la chimie. Toutes mes études scientifiques n’ont été qu’une longue suite d’observations exactes, et je désire qu’il soit bien compris que les faits que j’affirmerai ici, sont le résultat des recherches les plus scrupuleuses… Le spiritualiste pseudo-savant fait profession de tout connaître ; il parle avec volubilité de toutes les sciences et de tous les arts, submergeant son auditeur sous les termes d’électrobiologie, psychologie, magnétisme animal, véritable abus de mots qui montre l’ignorance plus que le savoir. Le vrai savant a un grand avantage dans des investigations qui déjouent si complètement l’observateur ordinaire. Il a suivi la science dès le commencement, à travers une longue suite d’études, et il sait par conséquent dans quelle direction elle mène, il sait que d’un côté il y a des dangers, de l’autre des incertitudes et d’un troisième côté la vérité presque absolue. Il voit une certaine étendue devant lui, mais quand chaque pas le dirige vers le merveilleux et l’inattendu, les précautions et le contrôle doivent s’accroître plutôt que de diminuer. Le spiritualiste parle de corps pesant 50 ou 100 livres qui sont enlevés en l’air sans l’intervention d’une force connue, mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d’une balance sensible à un poids si petit qu’il en faut dix mille pour faire un grain. Il est donc fondé à se demander que ce pouvoir qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu’au plafond un corps pesant, fasse mouvoir, sous des conditions déterminées, sa balance si délicatement équilibrée… le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées par un pouvoir surhumain ; le savant demande simplement qu’un pendule placé sous un globe de verre et reposant sur une solide maçonnerie soit mis en vibration… c’est pour ces raisons et avec ces sentiments que j’ai commencé l’enquête dont l’idée m’a été suggérée par des hommes éminents… »

Le problème était ainsi posé aussi nettement que possible, et en vérité dans des conditions de logique et de sincérité dont on ne saurait ne pas être frappé.

Crookes commença ses expériences avec Daniel Douglas Home, et ce fut à la suite d’épreuves nombreuses qu’il fut amené à affirmer d’une façon positive l’existence de la Force psychique.

En réalité les expériences les plus simples furent les plus probantes en raison de la facilité du contrôle immédiat.

Il serait impossible d’entrer ici dans le détail complet de ces expériences qui ont été décrites tout au long dans le volume de Crookes ; Nouvelles expériences sur la Science Psychique et par M. Paul Gibier, dans son Fakirisme occidental ; cependant nous en donnerons quelques-unes, au risque de faire double emploi avec ces publications ?