Histoire du Royaume-Uni - Encyclopaedia Universalis - ebook

Histoire du Royaume-Uni ebook

Encyclopaedia Universalis

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L'espace géographique britannique n'a pas coïncidé, pendant longtemps, avec une réalité politique. Sans évoquer immédiatement les divisions tribales qui frappèrent un César, pourtant bien préparé par sa conquête de la Gaule à rencontrer des peuples séparés, on retiendra que seuls l'Angleterre et le pays de Galles réalisèrent leur unité au cours du...

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Histoire du Royaume-Uni

Introduction

L’espace géographique britannique n’a pas coïncidé, pendant longtemps, avec une réalité politique. Sans évoquer immédiatement les divisions tribales qui frappèrent un César, pourtant bien préparé par sa conquête de la Gaule à rencontrer des peuples séparés, on retiendra que seuls l’Angleterre et le pays de Galles réalisèrent leur unité au cours du Moyen Âge (bien que l’intégration totale soit le fait de Henri VIII Tudor) ; l’Écosse ne fut unie à sa voisine du Sud, au XVIIe siècle, que par ses souverains Stuarts, à titre personnel, ou le temps, fort bref, de la république cromwellienne : il faut attendre l’Acte d’union de 1707 pour voir naître un véritable royaume de Grande-Bretagne. Celui-ci ne constitue pas l’ensemble du « Royaume-Uni », dont la naissance définitive, en 1801, résulte du véritable coup de force légal de William Pitt, imposant au Parlement irlandais d’unir l’île d’Érin et la Grande-Bretagne : mariage forcé, constamment remis en question par la suite, modifié en 1921-1922 par la « partition » de l’Irlande, dont six comtés seulement, l’« Ulster », demeurent dans le Royaume-Uni. Depuis 1969, les événements ont remis sur le tapis, dans le feu des actions terroristes et de la répression, l’avenir de ce qui restait de l’Union et rendu moins théorique la perspective de voir « Royaume-Uni » et « Grande-Bretagne » coïncider réellement ! Le chemin paraît cependant encore long malgré la mise en marche récente d’un processus de normalisation de la vie publique en Ulster.

Royaume-Uni : drapeau. Royaume-Uni (1801). En 1606, trois ans après la réunion des couronnes d'Angleterre et d'Écosse sous le seul sceptre du roi Jacques Ier (Jacques VI d'Écosse), ce monarque décide, pour emblème de la nouvelle union britannique, de superposer la croix écossaise de Saint-André (sautoir blanc sur champ bleu) et la croix anglaise de Saint-Georges (rouge sur fond blanc). C'est en 1801, à l'annexion de l'Irlande par la Grande-Bretagne, que fut insérée la croix de Saint-Patrick d'Irlande (X rouge sur le sautoir blanc), ce qui aboutit au dessin final de l'Union Jack.N.B. À noter que, l'Union Jack étant en fait une bannière royale, le Royaume-Uni est de ces rares pays à ne pas disposer officiellement de drapeau national à usage des citoyens ; l'Union Jack ne tient qu'officieusement lieu de drapeau d'État, et si les citoyens sont autorisés par le Parlement à le hisser, c'est exclusivement à terre.

La position mondiale de l’île a également connu des modifications fondamentales. Pendant longtemps, elle figure la pointe extrême du continent, face à des espaces océaniques hostiles et inconnus. Le « précieux rocher » a connu un destin étroitement européen jusqu’au début du XVIe siècle ; son entrée dans l’histoire a été déterminée par la conquête romaine ; son peuplement médiéval est lié à des invasions germaniques, scandinaves, normandes. Le royaume d’Angleterre, entre 1066 et la fin du XVe siècle, a été grand par ses prolongements continentaux et a servi de tremplin fréquent aux ambitions dynastiques de ses souverains sur la France voisine, que la titulature royale a d’ailleurs rangée au nombre des possessions anglaises de 1339 à 1802. Le siècle des Tudors, entre 1485 et 1603, porte la marque de la conquête par les Européens – les Espagnols et les Portugais surtout – d’espaces transatlantiques : le royaume devient alors une pointe avancée sur les routes nouvelles du commerce et de la colonisation ; ses souverains le comprennent et, dans un défi incessant aux prétentions ibériques, se lancent à leur tour vers le « grand large » ; confirmé au XVIIe siècle, à l’époque de la révolution et du premier Acte de navigation, ce choix dessine le destin nouveau d’une grande thalassocratie (empire des mers), d’une nouvelle Athènes aux dimensions du monde. Destin magnifique, affirmé à travers l’acquisition d’immenses territoires, aboutissant, à l’époque victorienne, et malgré la perte en cours de route des États-Unis, à la construction du plus vaste empire de l’histoire, « sur lequel le soleil ne se couche jamais » – un quart des terres émergées et de la population mondiale. Au lendemain de la Grande Guerre, accru des dépouilles allemandes et ottomanes, il culmine à 33 millions de kilomètres carrés et à un demi-milliard de sujets.

Le déclin contemporain, la décolonisation, pratiquement achevée vers 1964, malgré la survivance jusqu’en 1979 de l’épineuse question rhodésienne et jusqu’en 1997 de la souveraineté sur Hong Kong, ont amené la Grande-Bretagne à reconsidérer totalement son rôle mondial. Soudain dégrisés, ses dirigeants ont cessé de contempler avec dédain l’amenuisement qu’aurait constitué, pendant longtemps à leurs yeux, l’immersion dans une entité européenne. En adhérant au Marché commun le 1er janvier 1973, en confirmant ce choix lors du référendum de 1975, le Royaume-Uni a commencé à accomplir un étonnant retour historique vers le continent ; le « grand large » devenait chaque jour davantage nostalgie, mythe et souvenir exaltant, et, sans être renié, valant même bien des avantages sur les terres de l’ex-empire, pesait de moins en moins au regard des intérêts économiques ou stratégiques. « Porte-avions » de l’Alliance atlantique, ce rôle étant contesté d’ailleurs par de larges fractions de l’opinion publique, la Grande-Bretagne est devenue un pion majeur d’une stratégie continentale ; elle n’est plus l’orgueilleuse métropole des flottes qui en firent la maîtresse des mers et l’un des principaux arbitres du monde.

Par son peuplement, la Grande-Bretagne a été un creuset et non pas le lieu de développement d’une « race » quelconque : l’emploi du mot, à la fin du XIXe siècle, au temps de l’impérialisme et du chauvinisme exacerbé, correspond presque toujours à l’affirmation d’une supériorité culturelle et linguistique, rarement à celle d’une différenciation physique ; il faut attendre l’influence d’idéologies extérieures et le flamboiement fort bref du fascisme des années 1930 pour entendre un parti organisé affirmer l’existence d’une race nordique dont le peuple anglais aurait constitué une branche honorable ! Aux Celtes primitifs, repoussés dès la conquête romaine, mais aussi dans les temps ultérieurs, vers les refuges gallois, écossais et irlandais, s’ajoutent des vagues successives et plus ou moins massives d’immigrants. Aux Germains, Angles, Saxons et Jutes succèdent surtout des Scandinaves, avant qu’au XIe siècle la conquête normande importe davantage des élites peu nombreuses que des groupes numériquement considérables. Ouverte sur l’extérieur, l’Angleterre reçoit, dans le cours des siècles suivants, des individus et des groupes originaires du continent européen ; terre de refuge à l’époque moderne, elle accueille des huguenots français pendant les guerres de Religion comme après la révocation de l’édit de Nantes, et des milliers de nobles et de prêtres émigrés au temps de la Révolution française ; réadmettant les juifs, chassés en 1290, sous la république de Cromwell, elle reçoit des colonies de marchands et de financiers en provenance d’Amsterdam ou du Portugal et de l’Espagne ; ouverte à bien des réfugiés politiques pendant le XIXe siècle (Allemands, Italiens, Français), elle connaît aussi, à la fin de l’époque victorienne et dans la décennie suivante, l’arrivée et l’établissement de nombreux immigrants originaires de l’Empire des tsars, dont une centaine de milliers de juifs chassés par les pogromes ; dans l’entre-deux-guerres, malgré des pratiques restrictives, ses frontières demeurent entrouvertes aux victimes de l’oppression raciale et politique sur le continent ; elle conserve aussi sur son sol quelque cent mille Polonais qui refusent, après 1945, de rentrer dans leur pays devenu communiste et, dans l’euphorie du plein-emploi, s’ouvre largement, dans les années 1950 et jusqu’en 1962, à une immigration dite de couleur : Indiens, Pakistanais, Asiatiques, Antillais, en provenance du Commonwealth, et dont le flot montant inquiète au point de provoquer des mesures discriminatoires contre la poursuite du mouvement ; alimentée encore par l’intégration de quelques groupements persécutés dans certains pays nouvellement indépendants d’Afrique. Cette immigration se traduit, au recensement de 1991, par l’enregistrement de plus de trois millions de citoyens sous la rubrique « minorités ethniques », soit 5,5 p. 100 de la population, et cela renforce des craintes anciennes d’une « négrification » de la Grande-Bretagne. On tiendra compte aussi du flux permanent de citoyens des deux Irlandes, repérable dès le XVIe siècle, accéléré après la grande famine de 1846-1847, jamais tari, même après la proclamation de la totale indépendance de la république d’Irlande en 1949. Et on ajoutera les retours, parfois après des générations, d’émigrés ou de fils d’émigrés britanniques, partis peupler le vaste monde et dont la sortie par millions de la Grande-Bretagne, au cours des XIXe et XXe siècles, a évité une congestion totale de l’île, mais aussi contribué au vieillissement relatif de sa population.

Monarchie solide, la Grande-Bretagne passe pour le modèle des démocraties et la « mère des Parlements ». Le système monarchique britannique n’a pas toujours été original, même si certains veulent voir dans les coutumes politiques saxonnes l’amorce d’un système de monarchie élective appuyée sur une assemblée représentative. De la féodalité à la modernité, la transition a été cependant favorisée par le développement, rapide entre la fin du XIIIe siècle et le milieu du XIVe, d’une institution parlementaire où se distinguent bientôt les deux Chambres, Lords et Communes. Menacée d’extinction à plus d’une reprise, l’institution survit, en partie grâce à la gravité des questions dynastiques et religieuses au XVIe siècle ; elle trouve les ressorts de son ancrage au cours des deux révolutions du XVIIIe siècle qui aboutissent à la Déclaration des droits de 1689 et à l’accentuation d’une séparation des pouvoirs. Le Parlement, admiré par l’Europe des Lumières, est un modèle assez douteux pour que des réformes s’imposent pendant tout le XIXe siècle et jusqu’à la grande loi de 1911 qui établit décisivement la supériorité des Communes sur la Chambre haute ; quant à la démocratie, elle s’impose très progressivement, le suffrage universel des hommes instauré en 1918 seulement, celui des femmes, en germe à la même date, réalisé dix ans plus tard ; le régime est devenu « parlementaire » au sens juridique du mot, c’est-à-dire fondé sur la responsabilité collective du cabinet devant le Parlement, en 1841. Définis par John Locke en 1690, les droits « naturels » de l’homme sont le fondement de la légitimité politique. Aucune rigidité n’empêche l’évolution d’un système qui s’est encore adapté à de nouvelles exigences démocratiques depuis 1945. Pays moderne et libre, la Grande-Bretagne est un cas rare : elle ne possède pas de Constitution écrite, mais définit son régime par une série de lois que l’histoire a harmonisées... ou rendues caduques.

Terre de chrétienté, la Grande-Bretagne a en fait connu deux grandes périodes d’évangélisation : aux IVe et Ve siècles par des missionnaires venus de Gaule et d’Italie, parfois originaires des îles Britanniques, comme saint Patrick ; à partir de 597 et de la mission de saint Augustin, après la catastrophe de l’invasion germanique. Rattachée à la chrétienté latine et à Rome, malgré des crises graves au XIIIe siècle, l’Angleterre s’arrache à la domination des papes à partir des années 1530, imitée progressivement par l’Écosse après 1560. La Grande-Bretagne devient le bastion de la Réforme européenne et, aux yeux des plus enthousiastes, un « nouvel Israël » par qui le règne de Dieu arrivera sur la terre. Définis par un « antipapisme » virulent, les premiers siècles de la Réforme ne sont pas marqués par la tolérance, même à l’égard de « dissidents » rétifs à l’Église nationale qu’on a voulu construire respectivement en Angleterre et en Écosse ; le XVIIe siècle a vu culminer les luttes entre « puritains » et anglicans avant qu’en 1689 l’Acte de tolérance accorde au moins la liberté de conscience et de culte à tous les protestants. Normalement étendue aux juifs, cette tolérance fait l’admiration des philosophes de l’Europe du XVIIIe siècle, mais s’accompagne, jusqu’en 1778 au moins, d’une extrême rigueur à l’encontre des « catholiques romains », et, jusqu’en 1828-1829, de discriminations civiles considérables à l’égard des non-anglicans (ou non-presbytériens en Écosse). Le XIXe siècle est le grand siècle de l’égalité de tous ; il est aussi, paradoxalement, celui du recul général de la pratique et de la foi, qui aboutit aujourd’hui à réserver à un dixième de la population les joies ou astreintes d’un service religieux régulier. Bénéficiant de la liberté, les confessions, sectes, chapelles se sont multipliées depuis deux siècles, l’Angleterre « important » en particulier bien des doctrines et Églises d’outre-Atlantique, et, avec l’absence de tout anticléricalisme dans la mentalité nationale, la religiosité demeure un trait national ; la morale judéo-chrétienne imprègne le droit et la législation, la vie quotidienne reste souvent encore sous l’influence d’interdits anciens (le dimanche notamment) et est scandée par des fêtes religieuses. L’immigration récente a aussi permis l’introduction d’un groupe considérable de musulmans.

On ne saurait tenter une esquisse de l’histoire générale de la Grande-Bretagne sans rappeler les paradoxes de son histoire économique et sociale. Pendant les siècles de l’Antiquité et du Moyen Âge, rien ne distingue ses structures de celles de pays voisins ; dans un monde économique dominé par l’agriculture, la communauté villageoise, la seigneurie rurale, aux échanges limités, aux villes et aux bourgeoisies développées surtout à compter des XIIe et XIIIe siècles, l’Angleterre a connu le système ternaire de la société divisée entre des aristocrates et nobles porteurs des armes, un clergé voué à l’adoration de Dieu et enrichi pour ce rôle et un « peuple » composite de travailleurs à la hiérarchie diversifiée. Le moteur des premières grandes mutations, à la fin du Moyen Âge, est la laine ; on la travaille dans des ateliers urbains et ruraux, mais surtout on développe pour ce faire l’élevage du mouton, qui, dès le XVe siècle, donne le départ d’un grand changement des paysages ruraux : la clôture des pâturages suppose un remembrement des champs, un partage de terres communes, une limitation des usages communautaires, le passage du champ ouvert (openfield) au bocage. Le mouvement des enclosures, parfois freiné par une monarchie paternaliste jusqu’au XVIIe siècle, signifie la mutation d’une moitié des campagnes anglaises avant 1750 et, soudain accéléré par la nécessité de faire place à des cultures nouvelles (pomme de terre, prairies artificielles), sera l’un des aspects fondamentaux de la « révolution agricole » entre 1750 et 1820. Dès le XVIe siècle, la mine (de charbon, de plomb, d’étain) et surtout le choix de l’aventure maritime déterminent un destin nouveau : l’époque moderne est le temps des marchands, du développement progressif des villes, dont Londres, la géante, des marchés et des magasins, de la colonisation et de ses armateurs, marins et capitaines conquérants. À partir des années 1760-1780, l’invention de techniques nouvelles, l’usage de la machine textile, l’avènement de la vapeur font basculer la Grande-Bretagne dans l’ère industrielle ; la révolution industrielle est en fait fort progressive, mais, en 1851, elle a donné au pays une avance décisive sur tous les autres, elle en fait l’« atelier du monde », producteur vers 1870 de plus du quart de la production industrielle mondiale, mais de la moitié du charbon et de la fonte. Jointe au rôle commercial, les Anglais devenus dès le XVIIIe siècle les « rouliers des mers », cette destinée industrielle s’est accompagnée d’une urbanisation accélérée, qui fait, dès le milieu du XIXe siècle, de la moitié des Anglo-Gallois des citadins, dès le tournant du siècle de près de quatre Britanniques sur cinq des habitants de centres urbains. Mais c’est le moment notamment où, frappée par la première crise économique mondiale, entre 1873 et 1895, atteinte par la concurrence croissante des nations venues à l’industrie plus tardivement, la Grande-Bretagne a entamé le temps d’un déclin au moins relatif : dépassée par les États-Unis en 1890, par l’Allemagne en 1896, réduite à n’être qu’un grand et non plus un géant, la Grande-Bretagne n’a jamais eu le génie de prendre un nouveau départ. Peut-être aveuglée par les avantages économiques de ses relations privilégiées avec son empire, sûrement sensible au rôle de place financière mondiale et à la masse diverse de revenus « invisibles » procurés par ses banques, ses assurances, ses investissements extérieurs, sa flotte de commerce, elle a parfois vécu son industrie en rentière, ne développant dans l’entre-deux-guerres que ses industries de pointe et abandonnant les autres au marasme ou à la stagnation. Le coût de deux guerres mondiales ajoutant ses effets à la paralysie d’une partie de ses élites, la Grande-Bretagne a perdu, depuis 1945, bien d’autres atouts ; pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, elle a été dépassée nettement par la France dans les années 1960 pour le revenu national. Sa conversion à l’Europe doit beaucoup à l’espérance d’y découvrir le ressort d’une renaissance.

Bien entendu, l’évolution de l’économie a rejailli sur les possibilités de l’action internationale. La Grande-Bretagne a longtemps été une puissance relativement faible : après l’échec de ses espérances de domination continentale au Moyen Âge, elle est devenue, au temps des Valois et des Habsbourg, un allié recherché, mais non pas un pion décisif ; le XVIIe siècle est marqué par un assoupissement international que Cromwell contribue à secouer vigoureusement, mais dont on ne sort qu’en 1689. Engagée à partir de cette date dans sa lutte « héréditaire » contre la France, l’Angleterre y trouve les satisfactions d’une ascension prodigieuse de sa puissance et, en 1815, après Waterloo, domine nettement la scène internationale. Prudente dans sa politique extérieure, pacifique sauf lorsque ses intérêts et ambitions de colonisation sont en jeu, elle lie souvent commerce et paix, est de toutes les grandes concertations entre puissances, se garde de toute alliance formelle au cours du XIXe siècle. Sa formidable puissance navale lui vaut le respect général : sa flotte a été définie en 1889 comme l’équivalent nécessaire de l’addition des deux flottes les plus puissantes classées après elle. Ce pari tenu jusqu’en 1912, elle en vient pourtant, avec l’Entente cordiale avec la France en 1904, à une conception moins isolante, et, en 1914, se trouve dans le camp des Russes et des Français. Ses deux victoires dans les deux guerres mondiales sont remarquables ; la première, coûteuse, a renforcé à l’excès un pacifisme qui devient démission dans les années 1930 ; la seconde lui vaut de n’être plus que « troisième » après les États-Unis et l’U.R.S.S. et, malgré un temps d’illusions, de glisser au rang d’une grande puissance moyenne. La décolonisation la prive en fait de l’atout impérial, son économie affaiblie ne lui permet pas de garantir seule sa sécurité, voire de se passer de l’appui décisif de l’Alliance atlantique. Depuis 1961, elle est à la recherche d’un nouveau destin, et l’affirmation orgueilleuse de sa force dans le conflit des Malouines contre l’Argentine, en 1982, a pu paraître quelque peu dérisoire. Elle tire de la possession de l’arme atomique, à présent remise en cause par de larges secteurs de son opinion et par certains partis politiques, une capacité de dissuasion et aussi de participation aux grands débats cosmiques sur les armements et l’équilibre mondial.

1. Le temps des Celtes et des Romains

Avant l’arrivée des Romains, la Grande-Bretagne n’est pas véritablement entrée dans l’histoire : il appartient aux archéologues d’aujourd’hui de compléter les renseignements prodigués par les conquérants et leurs successeurs. On a clairement établi que l’Angleterre avait connu une préhistoire très riche, dont les phases sont en partie liées à la venue de groupes plus ou moins nombreux d’immigrants du continent. D’audacieuses extrapolations ont fixé à quelques milliers le nombre des hommes à l’âge paléolithique, à une vingtaine de mille celui des Britanniques du Néolithique, à une large « fourchette » de cinquante à cinq cent mille la population à l’âge du fer. On a mis en évidence l’existence de peuples de chasseurs et de nomades il y a quelque quatorze mille ans, reconnu la naissance de l’agriculture près de quatre mille ans avant notre ère, souligné l’importance de premiers établissements dans le Sud-Ouest, en Cornouailles et dans le Wiltshire, étudié les strates successives du site majeur de Stonehenge, dans ce dernier comté, depuis trois mille ans avant J.-C. jusqu’à l’arrivée des Romains, et fait apparaître la diversité des civilisations révélées par les coutumes funéraires et les objets dans les tombes.

Répartis en tribus au Ier siècle avant notre ère, dont les Trivonantes au nord de la Tamise et les Brigantes dans les Pennines et au nord de l’Angleterre, tantôt dispersés entre des fermes, tantôt réunis en villages, les habitants étaient alors devenus des agriculteurs de qualité, des artisans capables de tisser des étoffes de valeur et de fabriquer une poterie bien décorée ; leurs sociétés étaient ouvertes vers l’extérieur, comme en témoignent des importations de vin de la Méditerranée.

La toponymie favorise les tentatives d’établissement d’une carte de la Grande-Bretagne celtique : nombreux sont les noms gaéliques en Cornouailles ; on citera aussi des rivières et fleuves (Mersey, Severn, Tamise), des noms de cités comme Leeds. Les Romains, qui, avec César, en 55 et 54, pénètrent en Grande-Bretagne, et vont la baptiser Albion, du fait des falaises blanches des côtes de Douvres, insistent surtout, ainsi Tacite, sur la « barbarie » des habitants, et sur leur désunion. Strabon, encore trop jeune pour avoir participé à l’expédition de César, décrit une île très diversifiée par son relief de plaines, de montagnes et de collines, par les bois dominants ici, les défrichements prépondérants dans l’Est, plus plat et plus sec. César lui-même a insisté sur la qualité de la population du Kent, où il débarqua, mais aussi sur l’aspect redoutable des guerriers celtes, armés de longues épées, et combattant sans armure. Selon lui, au moins douze tribus auraient partagé le sol anglais, gouvernées par une aristocratie appuyée sur des druides à la religion sanguinaire. Des femmes auraient participé aux combats, d’où l’image mythique de Boadicea, qui aurait dirigé une révolte dans l’Est en 59-60 après J.-C. L’occupation romaine ne prend véritablement corps qu’au Ier siècle de notre ère, avec l’expédition de Claude, en 43 : sa victoire sur des peuples redoutés lui vaut un immense prestige à Rome.

Les siècles de la Grande-Bretagne romaine semblent avoir été ceux d’une croissance remarquable de la population. Des calculs fondés sur les capacités de production agricole et des densités probables ont permis l’hypothèse récente d’une population de quatre à six millions d’habitants au lieu du million généralement avancé auparavant : rappelons qu’à la fin du XVIe siècle, dans l’Angleterre d’Élisabeth, on n’allait pas au-delà de quatre millions de sujets ! De toute manière, la romanisation a connu ses limites : du firth de Solway à l’ouest à South Shields à l’est, on peut aujourd’hui encore reconnaître la frontière fortifiée édifiée en six années à partir de 122 par Hadrien et qui constitue un « mur » portant son nom : long de plus de 100 kilomètres, hérissé de tourelles d’observation, il fut dépassé, un peu plus au nord, par le mur d’Antonin, le successeur d’Hadrien ; son intérêt est de marquer la frontière entre Angleterre et Écosse, mais à l’époque, menacé constamment par les incursions de Pictes et les rébellions des Brigantes, il dut rapidement être abandonné.

Grande-Bretagne romaine. La pénétration romaine en Grande-Bretagne (100-400) : zone d'administration militaire, fortifications et réseau de routes (d'après M. Gilbert, « British History Atlas », Weidenfeld & Nicolson).

Partout où Rome est passée, son héritage a été fait de routes et de villes. Le réseau routier, édifié à partir de Londres, s’articulait en trois directions stratégiques, vers York au nord, vers Chester et Carlisle plus au nord-ouest, et vers Gloucester et le pays de Galles à l’ouest. Les branches principales étaient reliées entre elles ou prolongées par des voies secondaires. Sous la protection de troupes qui atteignirent un effectif de soixante mille soldats, une économie commerciale nouvelle, alimentée par une circulation monétaire plus abondante, se développe, entraînant l’Angleterre dans la grande sphère des échanges du monde méditerranéen. Des villes comme York, Saint Albans, Carlisle, Cirencester... et Londres plongent leurs racines dans l’époque romaine. Dans les campagnes, les défrichements nouveaux se sont accompagnés de l’édification de villas, maisons commandant un vaste domaine, et dont certaines, comme Fishbourne, près de Chichester (Sussex), mise au jour en 1960, ont connu le luxe d’un palais.

Le christianisme s’est répandu dès le IIe