Évolution - Encyclopaedia Universalis - ebook

Évolution ebook

Encyclopaedia Universalis

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La théorie de l'Évolution, née au XVIIIe siècle mais remodelée par Charles Darwin en 1859, est admise depuis la fin du XIXe siècle par l'immense majorité des scientifiques. Elle peut se résumer à l'idée que les espèces vivantes se modifient au cours du temps, au point de ...

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ISBN : 9782341003506

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Évolution

Introduction

La théorie de l’évolution, née au XVIIIe siècle mais remodelée par Charles Darwin en 1859, est admise depuis la fin du XIXe siècle par l’immense majorité des scientifiques. Elle peut se résumer à l’idée que les espèces vivantes se modifient au cours du temps, au point de se transformer en des espèces différentes, d’où le terme « transformisme » par lequel on la désigne également. On distingue parfois « transformisme » et « évolutionnisme », ce dernier concept ayant une portée philosophique plus générale, comme chez Herbert Spencer, qui y inclut (contrairement à Darwin) l’idée d’un progrès perpétuel. Par ailleurs, le terme évolutionnisme, le plus usité actuellement, tend à connoter la période postdarwinienne, tandis que celui de transformisme, un peu plus daté, s’appliquerait davantage à la période prédarwinienne ; en fait l’usage tend souvent à confondre les deux termes. L’évolutionnisme biologique propose donc une vision unitaire du vivant dont chaque spécimen, de la bactérie à l’homme, participe d’une histoire unique, avec ses transformations, ses ramifications et ses extinctions localisées, histoire qui s’est déroulée dans le temps long des ères géologiques, c’est-à-dire sur plus de trois milliards d’années. L’évolutionnisme s’oppose donc à la fois au créationnisme, qui postule la création (par Dieu) une fois pour toutes de chacune des espèces séparément, et au fixisme, qui suppose l’immuabilité stricte des êtres vivants.

Par ses implications de toutes sortes (biologiques, mais aussi philosophiques, théologiques, sociologiques, politiques, voire psychologiques...), la diffusion de l’idée d’évolution a eu des conséquences considérables dans tous les domaines de la pensée. Cela explique les tensions qu’elle n’a cessé d’engendrer à plusieurs niveaux. Tout d’abord, son acceptation même a longtemps posé et continue de poser problème dans certains milieux, principalement lorsqu’elle est jugée contraire à tel ou tel dogme religieux. Par ailleurs, même si de grandes tendances se sont dégagées à certaines époques, elle n’a jamais fait l’objet d’un véritable consensus quant aux modalités exactes du processus et à ses mécanismes : les biologistes débattent activement de ces questions, qui ne sont d’ailleurs pas sans avoir parfois de lourdes implications extra-scientifiques. C’est pourquoi les sciences de l’évolution constituent aujourd’hui un champ disciplinaire bien représenté au sein de la biologie, et font l’objet de nombreuses recherches. Mais au-delà de ces travaux, c’est l’ensemble des sciences de la vie qui, à bien des égards, est structuré par cette théorie, comme l’a souligné Theodosius Dobzhansky, l’un des principaux spécialistes au XXe siècle, lorsqu’il déclarait que rien n’a de sens en biologie, sinon à la lumière de l’évolution : de fait, anatomie, embryologie, génétique, biologie moléculaire, physiologie, écologie, entre autres, ne peuvent faire abstraction du fait que les gènes, les organismes ou les populations étudiées sont le résultat d’une histoire, et que cette histoire évolutive, ou phylogenèse, éclaire un grand nombre d’observations actuelles, inexplicables autrement.

1. Naissance de l’idée d’évolution

Depuis que la théorie de l’évolution s’est largement répandue, à la fin du XIXe siècle, toute une littérature s’est attachée, sans doute dans un souci de légitimation, à en exhumer de supposés ancêtres depuis l’Antiquité. En fait, la pensée gréco-latine, et après elle la pensée occidentale jusqu’aux Lumières, mettra presque toujours l’accent sur la permanence des formes vivantes au fil des générations. À partir de la fin du XVIIe siècle, l’essor de la théorie des germes préexistants va encore renforcer cette conception fixiste des espèces : selon cette doctrine, les êtres vivants ont été créés une fois pour toutes sous forme de germes au commencement du monde, et leur développement n’est qu’une croissance. Dans sa version la plus répandue, l’ovisme, elle situe les germes dans les œufs des femelles et les considère comme emboîtés les uns dans les autres, de sorte que les ovaires d’Ève, la première femme, renfermaient l’ensemble de l’humanité jusqu’à la fin des temps. Cette conception, largement dominante dans la première moitié du XVIIIe siècle, ne laisse aucune place à la plasticité des espèces.

La mise en cause de la théorie des germes préexistants, à partir du milieu du XVIIIe siècle, va coïncider, au moins en partie, avec l’émergence du transformisme moderne. En 1745, Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759) prône un retour à la théorie de l’épigenèse, c’est-à-dire d’un développement embryonnaire progressif à partir d’un substrat indifférencié, et, parallèlement, il pose clairement la question de la variabilité des espèces. Six ans plus tard, dans son Essai sur la formation des corps organisés, il envisage explicitement l’idée que « la diversité infinie des animaux que nous voyons aujourd’hui » serait le résultat d’« écarts répétés » à partir d’une même forme initiale : « chaque degré d’erreur aurait fait une nouvelle espèce ». Dans l’article de l’Histoire naturelle consacré à l’âne (1753), Georges Louis Leclerc de Buffon (1707-1788) revient sur cette question, et se demande si les similitudes anatomiques observées entre l’âne et le cheval et, plus généralement, entre tous les animaux, ne pourraient pas être le résultat d’une origine généalogique commune. Il rejette immédiatement cette hypothèse, invoquant notamment deux arguments qui seront longtemps employés par les fixistes, celui de la constance des espèces depuis les descriptions des Anciens et celui de la stérilité des formes hybrides.

En dépit de ce rejet, Buffon, qui est reconnu et lu dans toute l’Europe, contribue à placer au premier plan de l’histoire naturelle la possibilité d’une transformation des espèces, et d’ailleurs lui-même, dans des textes ultérieurs (en particulier sur les oiseaux), l’admettra dans une certaine mesure, entre des espèces proches. Plus globalement, il met l’accent sur des problématiques qui ouvriront la voie aux travaux de Lamarck : il en est ainsi de l’adéquation nécessaire entre chaque espèce et le milieu où elle vit. En outre, ses travaux géologiques suggèrent que la Terre est considérablement plus vieille que ne le laisserait supposer une lecture littérale de la Bible, et il propose un âge de 75 000 ans dans Des époques de la nature, ce qui fait éclater le cadre chronologique alors admis (quelques milliers d’années) ; ses manuscrits montrent même qu’il est allé jusqu’à envisager pour notre planète trois millions d’années d’ancienneté.

Toute la seconde moitié du XVIIIe siècle est ainsi marquée par le progrès de thématiques qui, vers 1800, constitueront le socle des premières théories constituées de l’évolution : essor de l’anatomie comparée, qui révèle la remarquable conformité des plans d’organisation des animaux ; développement de la paléontologie, qui met en évidence la succession de faunes différentes sur la Terre et l’existence d’espèces disparues ; éclatement du cadre temporel traditionnel ; ruine de la théorie des germes préexistants, au profit de conceptions épigénétiques du développement, plus plastiques. Un autre facteur est la mise au point de classifications hiérarchiques visant à représenter fidèlement l’ordre de la nature : à cet égard, le fixiste Linné (1707-1778) a joué un rôle paradoxal mais essentiel. À un niveau plus général, le succès grandissant des philosophies du progrès, appliquées à la seule humanité aussi bien qu’à l’univers tout entier, favorise également l’idée d’un dynamisme global de la nature qui la conduit à se perfectionner sans cesse. Aussi l’idée d’évolution devient-elle peu à peu omniprésente, même s’il n’existe pas encore de véritable théorie qui lui assure un fondement scientifique acceptable.

C’est au tournant du siècle que le pas est franchi, en premier lieu par