État de siège pour Mary Lester - Tome 2 - Jean Failler - ebook

État de siège pour Mary Lester - Tome 2 ebook

Jean Failler

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Opis

La suite d'une affaire des plus complexes pour Mary Lester...

En reconnaissant la mystérieuse femme en noir qui squatte le luxueux appartement de madame Gougé, Mary comprend qu’elle tient peut-être le lien qui la mènera à la disparue.
Lien bien ténu, bien fragile. Une prudente filature mènera nos deux flics jusqu’à une étrange demeure de Batz-sur-Mer, propriété d’un riche armateur nantais. Que dissimulent les impénétrables tours de pierre du castel Barbe-Torte ? Faute d’éléments probants, il est vain d’espérer obtenir une commission rogatoire pour perquisitionner la résidence d’une personnalité éminente de la bonne société.
Mary va-t-elle se casser les dents sur les murailles du castel Barbe Torte ? Ce serait mal la connaître ! Quand les méthodes usuelles de la police s’avèrent inopérantes, il reste la ruse.
Et, en la matière, le capitaine Lester n’est jamais prise au dépourvu.

Laissez-vous emporter par ce polar breton haletant et plein d'humour !

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

À travers «  Les Enquêtes de Mary Lester »,  J ean Failler  montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. -  Jérôme Peugnez,  Zonelivre.fr

Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne. -  Charbyde2, Babelio

L'intrigue est bien montée, l'enquête rigoureuse et il y a un bon équilibre entre action et réflexion. L'humour est bien présent, plus ou moins subtil parfois, mais toujours efficace. -  Errant, Babelio

Une nouvelle enquête de Mary Lester qui nous emmène cette fois-ci à la Baule. Cette enquête change un peu de d'habitude. Des personnages antipathiques, qu'on aime détester, et une Mary-Lester, égale à elle même, avec ses intuitions et son esprit de déduction. -  KarineS92, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR

Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !

Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu’il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.

À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd’hui au nombre de quarante-sept, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.

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Jean FAILLER

 

 

ÉTAT DE SIÈGEPOUR MARY LESTER

 

Tome 2

 

 

éditions du Palémon

ZA de Troyalac’h

10 rue André Michelin

29170 Saint-Évarzec

 

 

 

 

à ma chère marraine Marie-Josèphe Guyonnet-Marot

à ma tante Élisabeth Cariou-Failler

 

à mes amis

Pierre-Jean Floc’h

Yann Bouanchaud

Jacques Le Galloudec

Pierre André

Jean Le Minor

Joël Muzellec

Pierre Toulhoat

Nicole Cossec

Jean Cornic

Édouard Ansquer

Pierre Cochou

Jean Le Merdy

 

 

 

 

Remerciements à

 

Anne Boëlle

Jean-Claude Colrat

Delphine Hamon

Martine Henry

Lucette Labboz

Myriam Morizur

Isabelle Stéphant

 

 

 

 

 

Retrouvez les Enquêtes de Mary Lester

et tous les ouvrages des Éditions du Palémon sur :

 

www.palemon.fr

 

 

 

Dépôt légal 2e trimestre 2015

 

ISBN : 978-2-372600-03-3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

 

Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L'autorisation d'effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre Français d'Exploitation du droit de Copie (CFC) - 20, rue des Grands Augustins - 75 006 PARIS - Tél. 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19. - © 2015 - Éditions du Palémon.

 

Chapitre 1

Gertrude, Fortin et Mary Lester dînaient en terrasse au port de plaisance de Pornichet.

La douceur du temps, l’absence de vent permettaient cette fantaisie.

Cependant, un seul couple, à l’autre bout de la terrasse en bois de teck, avait opté pour la vie au grand air. En revanche, la salle brillamment illuminée était aux trois quarts pleine.

Gertrude n’en revenait toujours pas d’être là, avec les deux enquêteurs vedettes du commissariat de Quimper. À cette heure, elle aurait dû patrouiller dans les quartiers chauds de la ville, là où il y avait plus de mauvais coups que de manifestations de sympathie à recevoir.

Elle regarda Mary avec reconnaissance :

— Finalement vous avez plutôt la belle vie, capitaine…

Elle regarda le grand lieutenant qui étudiait soigneusement le menu et ajouta :

— Et toi aussi, Fortin !

— T’es pas malheureuse non plus, puisque tu es là, fit Fortin sans lever les yeux.

Vêtue d’un pantalon bleu marine, d’un pull à col cheminée, d’une veste de cuir fauve, débarrassée de son fichu de pauvresse et de ses abominables dents, Gertrude n’avait plus rien de la femme de ménage qui avait officié le matin même dans le luxueux appartement de Valérie Gougé, mais d’une de ces créatures sur lesquelles se retournent les vieux messieurs avec un sifflement admiratif en disant, rêveurs et nostalgiques, « quelle belle plante ! »

— Je ne me plains pas, dit-elle vivement, bien au contraire, je ne saurais jamais vous remercier assez pour m’avoir choisie, capitaine.

— Et moi, répondit Mary du tac au tac, je vous remercie d’avoir si bien joué votre rôle. Ma chère Gertrude, vous auriez dû faire du théâtre !

Ce qui fit rosir de plaisir la jolie rousse. Mary se souvenait de leur première rencontre à Saint-Brieuc1 où Gertrude Quintrec était gendarme. C’était alors une solide gaillarde, bien enrobée, plutôt rustique, que, dans son dos, ses collègues appelaient « la grosse ».

Sous la férule du lieutenant Fortin, « la grosse » était devenue une superbe athlète qui avait été sélectionnée dans l’équipe de France d’athlétisme en tant que lanceuse de poids et de disque. Que de chemin parcouru depuis !

Mary ajouta, rêveuse :

— Nous avons la belle vie, oui, quelquefois…

Elle regarda devant elle le bassin du port de plaisance, si calme, si serein, avec tous ses bateaux, vedettes à moteur ou yachts aux longues silhouettes effilées dont les hautes mâtures oscillaient doucement en se reflétant dans l’eau noire. Une belle vie… ouais, ça arrivait parfois…

La dernière fois qu’elle était venue dans ce restaurant, c’était lors d’une enquête qui l’avait menée à Saint-Nazaire2. Elle y avait dîné avec une femme superbement élégante, propriétaire d’une galerie de peinture et maîtresse d’un riche homme d’affaires. Suzanne Heulin…

Pauvre Suzanne Heulin ! Derrière cette réussite dont le clinquant avait fait rêver des générations de jeunes filles se cachaient un mal de vivre et une détresse morale qui l’avaient menée à une fin tragique.

Mary se souvenait aussi de cette course folle dans les marais où elle avait dû jouer du pistolet pour réussir à maîtriser Armanjéo, la brute sanguinaire qui s’était attaquée à la voiture des deux flics qui l’accompagnaient à coups de hache.

Dure épreuve que de devoir braquer une arme sur un forcené, de devoir tirer sur une cible vivante qui, folle ou pas, reste un être humain. Mais quand c’est une histoire de vie ou de mort, a-t-on le choix ? On n’a pas deux heures pour en disserter, dans l’enceinte paisible d’un amphithéâtre ou celle surprotégée d’un tribunal, mais deux secondes… Deux secondes pour vivre ou mourir.

Ce n’est pas beaucoup, deux secondes ; en un si court laps de temps, ce n’est plus de réflexion qu’il s’agit, mais de réflexe, il ne s’agit plus de défense, légitime ou pas, mais bien d’instinct de la conservation.

C’est lui ou c’est moi (sous-entendu, le mort). Devant une telle alternative, le choix est vite fait.

Si on en réchappe, l’épreuve vous marque tout de même pour la vie.

Depuis, Mary en avait vu d’autres ; au fil des ans elle s’était endurcie, blindée, disait Fortin. Cependant quand les méchants souvenirs remontaient à la surface, ils gardaient toujours leur goût amer.

— Vous voilà bien songeuse, fit remarquer Gertrude.

Mary hocha la tête en s’efforçant de sourire.

— Songeuse, oui…

Elle constata d’une voix lisse :

— Nous vivons en ce moment un épisode paisible de notre vie de flics, ma chère Gertrude : un excellent repas partagé dans un lieu superbe entre collègues qui s’apprécient, du moins je l’espère…

Gertrude s’empressa :

— Soyez-en convaincue, capitaine ! J’apprécie !

Mary poursuivit de la même voix :

— Un cadre idyllique, la mer, les bateaux, aucune menace dans l’immédiat, du moins dans les deux heures qui viennent, alors carpe diem, profitons-en, Gertrude, qui sait ce que demain nous réserve ?

Pour Fortin, l’heure n’était pas à la rêverie. Il intervint un peu brutalement d’une voix caverneuse :

— Demain je ne sais pas, mais dans le quart d’heure qui vient, je me verrais bien avec une douzaine d’huîtres, une bouteille de muscadet, et ensuite une côte de bœuf saignante, une montagne de frites et une bonne bouteille de bordeaux.

Il reposa le menu et Mary le taquina :

— Je ne vois pas pourquoi tu passes une demi-heure à examiner le menu, alors que tu commandes toujours la même chose !

Le grand renifla :

— Et toi, je ne vois pas pourquoi tu me répètes toujours la même chose quand nous allons au restaurant.

Gertrude commençait à avoir l’habitude de ces chamailleries amicales entre le grand lieutenant et le capitaine Lester.

Elle prit rapidement parti :

— Je fais confiance à Fortin, je prendrai volontiers la même chose que lui.

— Dieu me garde, fit Mary, affectant un air effaré, me voici avec deux ogres au lieu d’un !

Elle regarda la rousse avec une inquiétude feinte :

— Vous allez vraiment bouffer tout ça, Gertrude ?

— Oui, assura la rousse sans sourciller, et même avec un petit dessert à suivre.

— Pff… Pour ma part, je me contenterai des huîtres et d’un café.

Fortin glissa en confidence à l’adresse de Gertrude :

— C’est une petite nature !

Cadre idyllique ou pas, la petite nature continuait à songer à cette enquête insolite.

Il lui semblait être un misérable soldat du Moyen Âge, avec son arc et ses flèches, qu’on avait lancé avec une troupe réduite à l’assaut d’une citadelle fortement crénelée.

L’espèce de château fort où elle aurait été si désireuse de pénétrer était tout aussi inexpugnable qu’une authentique forteresse et les protections dont bénéficiait l’armateur nantais auraient découragé le plus audacieux des monte-en-l’air.

L’opération « Gertrude » ne porterait pas ses fruits tout de suite et un de ces jours, Élizabeth Fischer, avec un z, allait actionner ses relations politiques. Alors Mary Lester… Elle parut sortir d’un songe et s’écria, au grand dam de ses compagnons de table :

— Nom de Dieu !

Fortin fronça les sourcils, Gertrude considéra Mary avec stupéfaction, le serveur faillit lâcher la bouteille de muscadet qu’il s’apprêtait à déboucher et une dame très comme il faut, qui hésitait à s’installer en terrasse, battit vivement en retraite en jetant un regard indigné vers cette jeune femme - apparemment fort convenable - qui se permettait d’invoquer le nom du Seigneur avec une telle véhémence.

Son compagnon, un septuagénaire dont le crâne en boule de billard luisait dans l’ombre, prit la dame par le coude, en un geste protecteur et la mena vers la salle non sans toiser Mary d’un œil courroucé.

Sans se soucier du trouble qu’avait causé son exclamation, Mary poursuivit mezzo voce :

— Suis-je bête, j’ai sous la main une arme fort intéressante et je ne m’en sers pas !

— Une arme ? s’étonna Fortin.

— Ben tiens, et pas n’importe laquelle !

— On peut savoir ?

— Tu ne devines pas ?

— Et comment devinerais-je ce qui se passe là-dedans ?

De son index il tapotait le front de Mary.

Elle écarta sa main en riant :

— C’est pourtant facile !

— Je donne ma langue au chat, dit à son tour Gertrude.

— Ça se comprend, Gertrude, vous avez des excuses, vous ne connaissez pas Élizabeth Fischer !

— Moi non plus, dit le grand.

— Je t’en ai parlé pourtant !

— Ouais, on m’a parlé de Napoléon aussi, et pour autant, je ne peux pas dire que je le connais. Pff… Élizabeth Fischer !

Sa déception était visible, elle s’entendait aussi car, pour lui, une arme ça crachait le feu et le plomb, sinon c’était de la roupie de sansonnet. Même une lame, fut-elle si bien maniée par des experts comme les frères Ramirez3, ne l’impressionnait pas plus que ça. Il connaissait toutes les parades propres à neutraliser un surineur. Alors, la mère Fischer…

Il regarda Mary et son incompréhension se lisait dans ses yeux. Fortin était tellement habitué à voir Mary Lester sortir des solutions miracles de son chapeau qu’il se demanda soudain si le capitaine Lester n’essuyait pas un grand coup de mou.

Mais Mary ne paraissait pas le moins du monde subir quelque ramollissement que ce fût.

— Je vais leur tirer un scud ! fit-elle avec conviction.

— Un scud ? répéta Fortin en fronçant les sourcils.

— Ouais, un de ces missiles sournois qu’on ne voit pas venir mais qui ont un pouvoir de destruction terrifiant.

Devant la mine effarée de Gertrude, elle précisa en souriant :

— C’est une image, bien sûr !

Fortin, qui connaissait mieux que sa jeune collègue les méandres de la pensée lestérienne, attendait la suite sans impatience. Ça viendrait en son temps. Pour le moment, il trompait son attente en se consacrant au contenu de son assiette.

Gertrude, elle, était restée fourchette en l’air.

À son intention, Mary s’expliqua :

— Souvenez-vous de ce que je vous ai dit, Gertrude, dans une enquête comme en amour, il faut surprendre. Usez de méthodes dites « éprouvées » contre des malfaisants de l’envergure de la Poussetinette et vous vous casserez le nez. La gueuse, qui connaît dans les coins les plus savantes combines, aura éventé votre offensive avant que vous l’ayez lancée car les méthodes habituelles de la police lui sont familières et ses défenses sont déjà au point. Elle sait que nous hésiterons avant d’aller sonner à la porte de Lussac de Ligonnière. Elle le sait et elle en joue. Cependant si nous sortons des sentiers battus, nous pouvons la prendre au dépourvu et la pousser à la faute.

— Vous croyez ? demanda Gertrude mal convaincue.

À ce jour, sa vie de flic ne l’avait pas exposée à prendre des initiatives hasardeuses. Les cas qu’elle avait à traiter étaient relativement simples. Le plus souvent, elle patrouillait dans une voiture de police avec deux collègues. Quand le central les appelait par radio, ils se rendaient sur les lieux où l’on requérait leur présence et faisaient en sorte d’arrêter les fauteurs de troubles, de leur passer les menottes et de les ramener au commissariat pour les mettre entre les mains d’un OPJ4 qui procédait à leur interrogatoire et qui décidait des mesures à prendre. Les cas litigieux étaient soumis au patron qui, pour ne pas commettre d’impair, demandait des directives au bureau du procureur.

Donc, le cadre de ses interventions était rigoureusement balisé, ce qui n’était pas le cas pour celles dévolues au capitaine Lester.

— Je m’étonne, dit Mary, que le patron ne m’ait pas encore fait part des récriminations de madame Élizabeth Fischer, car elle doit lui mettre la pression, faites-lui confiance !

Muets, Fortin et Gertrude attendaient la suite.

— Eh bien moi, je vais rappeler la dame Fischer !

Fortin protesta :

— Hé, ce n’est pas la peine, non plus, de courir après les emmerdements.

Mary fit comme si elle n’avait pas entendu.

— Elle veut qu’on retrouve sa frangine ? Eh bien qu’elle prenne sa part de boulot.

— Pff… fit Fortin, tu rêves !

— Ah, je rêve ? Je vais te faire voir si je rêve !

Elle regarda la terrasse du restaurant qui s’était garnie et constata que ce n’était pas l’endroit rêvé pour téléphoner, alors elle renonça momentanément à son projet.

— Retournons à l’hôtel, dit-elle, je l’appellerai de là-bas.

Elle ne voulut pas en dire plus et, sous les regards interrogateurs de ses deux collègues, elle but tranquillement son café tandis qu’ils en finissaient avec leur dessert.

Lorsqu’ils furent rentrés à l’hôtel, elle les invita à la rejoindre dans son logement et à s’installer confortablement.

Heureusement la chambre était suffisamment spacieuse et comportait une sorte de petit coin salon avec trois fauteuils et une table basse.

Elle saisit alors son portable, le consulta et, ayant trouvé le numéro que madame Fischer lui avait confié, elle le forma.

Puis elle posa l’appareil sur la table en ayant actionné la fonction haut-parleur et la voix sèche de madame Fischer se fit entendre :

— Allô…

— Bonsoir madame Fischer, dit Mary de sa voix la plus sucrée, capitaine Lester… Pardonnez-moi de vous déranger mais…

Madame Fischer, n’était pas femme à s’embarrasser de politesse quand elle s’adressait à celle qu’elle considérait comme une sorte de domestique :

— Vous avez retrouvé ma sœur ?

On entrait directement dans le vif du sujet. La moue de Gertrude en disait long sur cette entrée en matière.

— Pas encore, madame Fischer…

— Alors, qu’est-ce que vous foutez ?

Un vocabulaire qui prouvait que la donzelle vivait avec son temps et n’hésitait pas à s’encanailler, du moins verbalement.

Mary, qui ne s’était pas attendue à autre chose, arborait ce sourire séraphique qui, quand on la connaissait, n’augurait rien de bon, tandis que l’indignation et la colère marquaient les visages de Fortin et de Gertrude.

— On y travaille, madame Fischer, on y travaille. Et à ce propos…

— Ouiii…

C’était un « ouiii » très pointu, qui véhiculait bien plus de choses qu’un bon « oui » ordinaire, franc et massif.

Ouiii… Ça frôlait le contre-ut, et ça couinait désagréablement aux oreilles hypersensibles de Mary Lester. Elle n’en fut pas désarmée pour autant :

— À ce propos, j’ai pensé que vous pourriez peut-être nous aider.

— Moi, vous aider ? Je ne suis pas de la police !

— Je le sais bien. Mais vous êtes de la haute société.

La voix de la Fischer se fit méfiante.

— Qu’entendez-vous par là ?

Mary répondit par une autre question :

— Lussac de Ligonnière, ça vous dit quelque chose ?

— L’armateur ?

— C’est cela. Une famille d’armateurs de Nantes qui a une propriété de famille à Batz-sur-Mer.

Elle imagina le front plissé et l’air hautain que la mère Fischer avait dû prendre devant son téléphone :

— Que viennent faire mes amis Ligonnière dans cette affaire ?

— Parce que ce sont vos amis ?

— De très bons amis que nous avons connus, ma sœur et moi, lorsqu’enfants nous passions nos vacances à La Baule.

— Ah… vous connaissez donc aussi la villa de Batz-sur-Mer ?

— Le castel Barbe-Torte ? Évidemment !

— Donc vous ne seriez pas étonnée que votre sœur puisse y être ?

— Où ça ?

— À Batz-sur-Mer !

— Dans cet affreux château ? Vous voulez rire ? Il n’y a aucun confort dans cette fausse antiquité. Qu’irait-elle y faire alors qu’elle dispose d’un superbe appartement à La Baule.

— C’est la question que je me pose, madame Fischer.

— Peut-on savoir ce qui vous laisse croire que ma sœur est à Batz-sur-Mer ?

— Des indices recueillis au cours de l’enquête convergent dans cette direction.

— Alors, qu’attendez-vous pour aller poser la question au castel Barbe-Torte ?

— C’est que c’est délicat, madame. Cette famille Ligonnière n’est pas la première venue et elle n’aimerait probablement pas que la police vienne sonner à la porte de leur maison de vacances en demandant qui ils hébergent.

Madame Fischer dut en convenir, mais de mauvaise grâce.

— Ouais… fit-elle en démontrant qu’elle disposait visiblement de plusieurs variantes de « oui » qu’elle devait décliner au gré des circonstances.

— D’autre part, poursuivit Mary, si, pour une raison ou pour une autre, votre sœur a décidé de faire retraite…

Madame Fischer ricana :

— Faire retraite, ma sœur ? On voit bien que vous ne la connaissez pas !

— Je ne prends pas le terme au sens religieux. Je veux dire, si elle a décidé de disparaître pendant quelque temps…

— Mais pourquoi voulez-vous…

— Je n’en sais rien, madame Fischer ! Mais puisque vous m’avez pressée de la retrouver, je suis fondée à penser qu’elle a disparu, non ?

— Évidemment qu’elle a disparu, fit Élizabeth Fischer de mauvaise grâce.

— Et ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore comme vous l’ignorez… Et pourtant vous devez la connaître mieux que moi qui ne l’ai jamais vue.

Il y eut un silence maussade.

Mary imaginait Élizabeth Fischer devant son téléphone, cherchant sans la trouver quelque réponse cinglante.

Mary ajouta :

— Vous comprendrez bien que je ne peux travailler que sur les éléments que vous m’avez donnés !

Madame Fischer opta pour le sarcasme :

— Et quand m’avez-vous entendue parler de retraite à propos de ma sœur ?

Mary regarda alternativement Fortin et Gertrude qui ne manquaient pas un mot de l’échange. Sa mimique disait : « ça ne va pas être facile ! »

Elle poursuivit patiemment :

— Vous avez fait état d’un héritage…

À nouveau, madame Fischer ricana méchamment :

— D’un héritage, pas d’une retraite…

— Soit, mais…

Elle fut coupée grossièrement :

— Si vous croyez que ma sœur est à cent mille euros près…

— Non, mais vous m’avez laissé entendre que d’autres héritiers sont, financièrement, dans une situation des plus délicates…

— En effet !

— Supposons… je dis bien supposons, que votre sœur ressente quelque inimitié à l’encontre de ces personnes, ne serait-ce pas un mauvais tour à leur jouer que de disparaître pour que, faute de sa signature, ils soient plongés dans l’embarras ?

Il y eut un silence et madame Fischer s’exclama avec véhémence :

— Mais qu’est-ce que vous allez chercher là, capitaine Lester ? Il doit falloir être flic pour avoir un cerveau aussi pourri que le vôtre !

Gertrude secoua la main d’un air de dire : « elle y va fort ! »

Mary eut un geste d’insouciance et répondit d’un ton léger :

— C’est qu’on voit tant de choses dans notre métier madame Fischer. Peut-être que c’est contagieux ?

— Qu’importe, coupa la mère Fischer, sans manifester une affection débordante à l’endroit de notre parentèle, Valérie est incapable d’une telle mesquinerie pour les mettre dans l’embarras !

— Je ne demande qu’à vous croire, madame…

— Vos suppositions sont ineptes !

— Je ne demande encore qu’à vous croire, mais je n’ai aucun élément qui puisse les infirmer, ni les confirmer. Le dossier est vide et, quelles que soient vos relations, je doute fort qu’un juge me délivre une commission rogatoire pour visiter le castel Barbe-Torte !

Madame Fischer médita la phrase et aboya :

— Alors ?

— Alors je suis bloquée, je me heurte à un mur. Et quand je dis un mur, ce n’est pas seulement au sens figuré. À une muraille en fait. Si vous connaissez le castel Barbe-Torte, vous voyez ce que je veux dire…

— Je ne vous demande pas d’escalader les murailles, grinça Élizabeth Fischer.

— Encore heureux, je ne suis pas la femme araignée, dit Mary d’un ton ennuyé. Mais alors, que préconisez-vous ?

La réponse fusa, sèche :

— C’est vous qui êtes flic, non. Vous devez bien avoir une idée…

Mary saisit la balle au bond :

— Certes…

Il y eut un silence et elle insinua :

— Si madame Élizabeth Fischer allait sonner à la porte de ses amis Ligonnière, je suis certaine que cette porte s’ouvrirait toute grande et que vous seriez rapidement édifiée… Mais peut-être redoutez-vous de n’être pas reçue par ces gens ?

Sans la voir, Mary sentit la mère Fischer se cabrer :

— Moi, redouter de n’être pas reçue chez les Ligonnière ? Non mais, capitaine Lester, pour qui me prenez-vous ?

C’était une question à laquelle Mary Lester ne pouvait répondre sans faire un gros mensonge… ou sans être effroyablement grossière. Elle obvia habilement :

— Dans ce cas, quand irez-vous ?

— Chez les Ligonnière ?

Elle faillit répondre : « non, chez le pape ! » tant cette donzelle avait le don de l’agacer.

Prise de cours, Élizabeth Fischer hésita :

— Eh bien…

Elle parut réfléchir puis se lança :

— Je vais téléphoner à Bertrand…

— Qui est Bertrand ?

— Eh bien, Bertrand Lussac de Ligonnière, pardi ! Le PDG des STMF…

— Ah, l’armateur.

— Comme vous dites. Il est inutile que je me déplace, Bertrand va rire de vos soupçons ridicules.

— Ça me rassurerait, affirma Mary.

— Ah bon…

— Oui, dans le sens où cette démarche fera avancer l’enquête. Vous me tiendrez au courant ?

— De quoi ?

— Eh bien, des résultats de ce coup de téléphone.

Et comme elle n’obtenait pas de réponse immédiate, elle ajouta :

— Si vous y retrouvez votre sœur, nous n’aurons pas besoin de poursuivre nos recherches.

Nouveau blanc, puis la réponse tomba, sèche et laconique :

— D’accord !

— Euh…

— Quoi encore ?

Mary comprit que le temps qui lui était imparti par madame Fischer venait de se terminer.

— Je vous serais reconnaissante de ne pas évoquer une enquête de police auprès de votre ami.

Madame Élizabeth Fischer l’assura avec force qu’elle s’en garderait bien.

— Parfait, dit Mary, je vous remercie madame.

Mais elle remerciait dans le vide, un « clic » métallique lui avait fait comprendre qu’on avait raccroché sans autre forme de procès.

Pas vexée le moins du monde par cette nouvelle marque de goujaterie, Mary se frotta les mains avec satisfaction :

— Et voilà, le scud est lancé ! Et madame Fischer n’est pas susceptible de faire état de ses mauvaises fréquentations.

Fortin leva de grands yeux ahuris :

— De qui tu parles ?

Elle ironisa :

— Ah, tu débarques, toi ? Je parle de toi, de moi, de Gertrude… En dessous de la fonction de préfet de police, les flics ne sont pas fréquentables, tu l’ignorais ?

Fortin haussa les épaules. Il avait l’habitude d’être traité de tous les noms par la racaille, alors le mépris de cette prétendue élite ne l’affectait pas outre mesure.

— Et nous, qu’est-ce qu’on branle ? demanda-t-il abruptement.

Mary le reprit en manifestant sa réprobation :

— En voilà des manières de causer, lieutenant ! N’oubliez pas que nous avons une jeune fille avec nous.

La jeune fille pouffa, elle en avait vu et entendu d’autres. Fortin haussa les épaules, agacé.

— Bon, ben… qu’est-ce qu’on fout ?

Mary regarda Gertrude et leva les yeux au ciel :

— Irrécupérable !

Enfin elle précisa, puisqu’elle en était priée :

— On se poste discrètement dans des endroits stratégiques d’où on pourra - sans être vus - observer les dégâts collatéraux, comme disent les militaires. Si la mère Fischer tombe nez à nez avec Josie, ça promet d’être intéressant.

Ce disant, elle se frottait les mains l’une contre l’autre d’un air de jubilation intense.

Gertrude et Fortin, qui ne voyaient là aucun motif à se réjouir, échangèrent un long regard lourd d’interrogations et d’incertitude.

1. Voir Bouboule est mort, même auteur, même collection.

2. Voir Brume sous le grand pont, même auteur, même collection.

3. Voir La Croix des Veuves - Tome 1 La flèche du Parthe, même auteur, même collection.

4. Officier de police judiciaire.