Roulette russe pour Mary Lester - Jean Failler - ebook

Roulette russe pour Mary Lester ebook

Jean Failler

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Opis

Plongée dans la mafia russe des côtes bretonnes !

Voici Mary Lester sur la côte nord de Bretagne, à Saint-Quai-Portrieux, où une étrange fatalité s'acharne sur une famille russe, cinq frères, qui ont repris la gestion du casino.
Mais sont-ils réellement frères, ces cinq Lissenkov qui se ressemblent si peu ? N'appartiendraient-ils pas à cette redoutable mafia russe qui étend insidieusement son emprise sur l'Europe du crime ? La mort « accidentelle » de deux membres de cette étrange famille fait redouter aux autorités le déclenchement d'une guerre des gangs qui transformerait une paisible station estivale en champ de bataille.
Mary Lester est envoyé en observatrice sur les lieux. Elle va y faire d'étranges découvertes qui n'empêcheront pas d'autres « accidents » de décimer la famille Lissenkov. Mais qui donc voue aux Russes cette haine mortelle ? Qui donc les tue les uns après les autres, avec une détermination et une imagination imprévisibles ?

Il faudra toute l'intuition, tout le flair de Mary Lester pour parvenir à démasquer l'implacable meurtrier.

Un nouveau défi de taille pour la célèbre enquêtrice dans ce polar palpitant !

EXTRAIT

Depuis que l'équipe de France de foot avait triomphé du Brésil en finale de la Coupe du Monde, le bureau que Mary Lester partageait avec le lieutenant Fortin avait changé de décor : la double page de l'Équipe s'étalait sur le mur du fond, couvrant les circulaires administratives jaunies par le soleil, et le bon Fortin ne se lassait pas d'admirer ses idoles posant, les bras croisés, avec le regard déterminé de gladiateurs prêts à entrer dans l'arène.
Comme chaque matin, le lieutenant était absorbé dans la lecture de son quotidien sportif dont rien, semblait-il, ne pouvait le distraire.
Aussi laissa-t-il le téléphone sonner trois fois avant de tendre la main vers l'appareil. Ce faisant, il lança un regard de reproche vers sa voisine de bureau qui était occupée à ranger un placard. Elle n'aurait pas pu répondre, celle-là, qui n'avait rien à faire?

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Un très bon Mary Lester, plein d'humour. - Tana77, Babelio

Habile, têtue, fine mouche, irrévérencieuse, animée d'un profond sens de la justice, d'un égal mépris des intrigues politiciennes, ce personnage attachant permet aussi une belle immersion, enquête après enquête, dans divers recoins de notre chère Bretagne. - Charbyde2, Babelio

Comme toujours, j'ai passé un bon moment avec les écrits de Jean Failler. J'aime beaucoup la place qu'il laisse à ses personnages, les rendant terriblement crédibles et presque vivants. J'apprécie également ses traits d'humeur parfois un peu moqueurs et ses balades en Bretagne qui me donnent des envies de voyage. Une enquête sympathique et différentes des précédentes. - Luna, Lunazione. 


À PROPOS DE L'AUTEUR

Cet ancien mareyeur breton devenu auteur de romans policiers a connu un parcours atypique !

Passionné de littérature, c’est à 20 ans qu'il donne naissance à ses premiers écrits, alors qu’il occupe un poste de poissonnier à Quimper. En 30 ans d’exercice des métiers de la Mer, il va nous livrer pièces de théâtre, romans historiques, nouvelles, puis une collection de romans d’aventures pour la jeunesse, et une série de romans policiers, Mary Lester.

À travers Les Enquêtes de Mary Lester, aujourd’hui au nombre de quarante-sept, Jean Failler montre son attachement à la Bretagne, et nous donne l’occasion de découvrir non seulement les divers paysages et villes du pays, mais aussi ses réalités économiques. La plupart du temps basées sur des faits réels, ces fictions se confrontent au contexte social et culturel actuel. Pas de folklore ni de violence dans ces livres destinés à tous publics, loin des clichés touristiques, mais des enquêtes dans un vrai style policier.

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Jean FAILLER

 

 

Roulette Russe

pour

Mary Lester

 

 

éditions du Palémon

ZA de Troyalac’h

10 rue André Michelin

29170 St-Évarzec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce livre appartient à

xxxxxxexlibrisxxxxxx

 

Remerciements à :

Pierre DELIGNY,

Nicole GAUMÉ.

 

 

 

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

 

ISBN 978-2907572-21-7

 

La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, de l’éditeur ou de leurs ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1er - article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. 2011/© Éditions du Palémon.

 

 

 

Retrouvez les enquêtes

de Mary Lester sur internet :

http://www.marylester.com

 

Éditions du Palémon

ZA de Troyalac’h - N° 10

Rue André Michelin - 29170 St-Évarzec

Dépôt légal 4e trimestre 1998.

Prologue

 

La grosse Mercedes roulait lentement au long de la corniche. Au volant, Igor Lissenkov conduisait d'une main, le coude à la portière, l'autre main négligemment posée sur le haut de la cuisse de sa passagère, une blonde aux grands yeux bleus qu'il venait d'aller chercher à la gare de Rennes.

Il regagnait Saint-Quay-Portrieux par le chemin des écoliers, cette route sinueuse qui longeait la mer, tellement plus agréable que la quatre- voies que l'on prenait quand on était pressé.

Igor Lissenkov n'était pas pressé et si les pneus criaient parfois dans les virages, c'est que la Mercedes était une lourde voiture faite pour l'autoroute et qui s'accommodait mal des fantaisies des chemins bretons. Le Russe venait de croiser un tracteur qu'il avait failli emboutir tant la route était étroite et il se rangea pour laisser passer la moto qui le suivait depuis quelque temps.

Un impatient, qu'il passe! Il lui fit un geste du bras par la portière. Aussitôt le motard se porta à sa hauteur et balança quelque chose par la vitre ouverte. Puis il accéléra brutalement et Igor Lissenkov le vit balancer sa machine dans le virage et disparaître dans un grondement de moteur.

Coincé entre les deux sièges, un gros cylindre rouge dégageait un filet de fumée. Le Russe n'eut pas le temps de voir ce que c'était, l'objet éclata dans un fracas de tonnerre encore amplifié par l'exiguïté de l'habitacle qui se remplit instantanément d'une fumée blanche, âcre et dense.

Igor Lissenkov ne vit pas le virage venir, il ne voyait plus rien, abasourdi par le bruit, aveuglé par la fumée. La lourde voiture percuta le talus, l'escalada, puis elle bascula dans le ravin, écrasant le roncier sous son poids, rebondissant contre les pommiers sauvages qui avaient poussé sur la pente et s'écrasa sur la grève, une vingtaine de mètres en contrebas.

Elle resta un moment sur le sable, les roues en l'air, tournant encore, puis elle s'embrasa et une sourde explosion ébranla le matin calme lorsque le réservoir fut atteint par les flammes.

Là-haut, sur la falaise, le tracteur qu'elle venait de croiser s'était immobilisé. Le paysan en descendit, traversa la route, vit la colonne de fumée noire qui montait dans le ciel et dit en poussant sa casquette sur l'arrière de son crâne :

– Avaient-ils besoin d'aller si vite sur cette maudite route?

Chapitre 1

 

Depuis que l'équipe de France de foot avait triomphé du Brésil en finale de la Coupe du Monde, le bureau que Mary Lester partageait avec le lieutenant Fortin avait changé de décor : la double page de l'Équipe s'étalait sur le mur du fond, couvrant les circulaires administratives jaunies par le soleil, et le bon Fortin ne se lassait pas d'admirer ses idoles posant, les bras croisés, avec le regard déterminé de gladiateurs prêts à entrer dans l'arène.

Comme chaque matin, le lieutenant était absorbé dans la lecture de son quotidien sportif dont rien, semblait-il, ne pouvait le distraire.

Aussi laissa-t-il le téléphone sonner trois fois avant de tendre la main vers l'appareil. Ce faisant, il lança un regard de reproche vers sa voisine de bureau qui était occupée à ranger un placard. Elle n'aurait pas pu répondre, celle-là, qui n'avait rien à faire?

Celle-là, qui n'avait rien à faire, lui lança un regard ironique qui signifiait : « Est-ce si important, ces histoires de grands garçons en culotte courte courant après un ballon? »

Et, comme elle avait déjà posé la question, elle connaissait la réponse : « Pff, eût dit Fortin, les bonnes femmes, ça ne comprend rien au sport! »

En reconnaissant la voix de son interlocuteur, il se redressa et, d'une main, replia son journal :

– Oui, patron, tout de suite patron.

Puis il regarda Mary avec un petit sourire :

– Le patron veut te voir.

Mary rejeta ses dossiers dans le placard et ferma la porte avec une ardeur qui en disait long sur l'intérêt qu'elle portait à sa tâche :

– J'y cours…

Quel empressement! dit Fortin en reprenant son journal, la Mary va encore aller se promener. Il secoua la tête de droite à gauche en ajoutant à voix haute : « Et qui c'est qui va encore se farcir les gens du voyage? C'est Fortin! »

Il soupira une nouvelle fois et continua de soliloquer en regardant Didier Deschamps dans les yeux : « Dans cette boutique, mon vieux Didou, il y a ceux qui se baladent et ceux qui se payent les corvées. Les belles filles se les roulent et les grands cons comme ton supporter numéro un se tapent les corvées ».

Il n'attendait pas de réponse du capitaine de l'équipe de France qui continuait de sourire sur son mur.

Chaque été ramenait dans le département des « missions évangéliques » de gitans qui disposaient subrepticement de terrains interdits au camping. On les attendait ici, ils débarquaient là, démontant les barrières ou comblant les fossés creusés pour les dissuader. Que faire quand trois cents caravanes s'installaient de la sorte, au grand dam des élus locaux?

On envoyait les gendarmes, on envoyait Fortin, on palabrait pendant des jours et les gitans s'en allaient quand ils le voulaient bien.

Le grand lieutenant soupira une nouvelle fois : c'était son lot de l'été.

 

 

Mary toqua de son index replié à la porte du commissaire Fabien.

– Ouais, entendit-elle.

Elle poussa la porte de bois verni et entra dans le bureau du patron. Le commissaire la regarda entrer en étouffant un bâillement.

– Bonjour, Mary.

– Bonjour, patron.

Il lui montra une chaise :

– Asseyez-vous donc.

– Merci.

Dévorée de curiosité, Mary l'eût bien pris aux épaules afin de le secouer, si cela avait pu le faire parler plus vite. Cependant, elle n'en laissa rien paraître, examinant le bout de ses doigts comme quelqu'un qui a tout son temps.

Fabien, le matois, n'était pas dupe. Il avait entrepris de polir les verres de ses lunettes avec une petite peau de chamois, et il s'attardait à en mirer les verres comme s'il s'était agi d'une tâche d'un intérêt vital.

Il se décida enfin à parler, mais il le fit si lentement que Mary sentit croître son exaspération.

– Vous ne devinerez jamais, jeune fille…

Il s'arrêta et regarda une nouvelle fois ses verres en transparence.

– … ce qui m'a amené à vous convoquer à cette heure matinale.

– J'ai droit à combien de réponses, patron?

Il la regarda, ironique :

– Comme vous êtes, d'ordinaire, extraordinairement perspicace, je vous en donne une.

– Ça suffira, dit Mary avec assurance.

Il la regarda, méfiant : qu'allait-elle encore lui sortir? Cette fille était totalement imprévisible.

– Depuis le temps que vous devez m'inviter au Moulin de Rosmadec, je pense que voici le moment venu de tenir vos promesses.

Pauvre Fabien, il s'était attendu à tout, sauf à ça. C'était pourtant vrai qu'il lui devait un repas. Depuis son enquête à l'Ile-Tudy… Ah! ce plateau de fruits de mer à l'hôtel du Port!

On eût dit qu'il venait de recevoir un seau d'eau froide sur la tête. Mary eut l'impression que sa mâchoire se décrochait et il en resta un instant bouche ouverte. Enfin, il se reprit et ferma la bouche comme si cette action nécessitait une force incroyable. Puis il parla enfin, ou plutôt, il bredouilla :

– J'y pense, j'y pense, ne croyez pas que j'aie oublié, ma chère petite… Mais est-ce bien le moment? Nous sommes en pleine saison… Oui, en pleine saison… Je pense qu'en septembre, ou en octobre ça serait plus agréable.

– Oh, dit-elle magnanime, ça fait quatorze mois que j'attends, alors, un mois de moins un mois de plus… Va pour septembre!

Le commissaire Fabien eut soudain l'impression d'avoir glissé la tête dans un nœud coulant. Il desserra sa cravate, défit son bouton de col et avala sa salive. Si madame Fabien apprenait qu'il projetait de dîner en tête à tête avec sa jeune et jolie collaboratrice…

Il respira fort et ajouta :

– Je vous avais dit, lors de votre retour de vacances, que nous avions mis le nez dans une drôle d'histoire. Vous vous souvenez?

Mary hocha la tête. Elle se souvenait en effet, mais le commissaire Fabien ne lui en avait pas reparlé depuis. Il lui posa la question à brûle-pourpoint :

– Mary, que pensez-vous des Russes?

Elle le regarda éberluée. Fabien n'était pas mécontent de son petit effet. « À chacun son tour d'être surpris ma petite », lut-elle dans ses yeux.

Et pour être surprise, elle était surprise.

– Des Russes? Je dois penser quelque chose des Russes, moi?

– Vous avez bien entendu parler des mafias russes!

– J'ai lu des articles dans la presse là-dessus, en effet. Mais il me semble que ça concerne surtout le midi de la France.

– Ça concernait, Lester. Il paraît que ça remonte vers nous maintenant.

– Ah! Et où est l'abcès de fixation?

– Saint-Quay-Portrieux. Ça vous dit quelque chose?

Mary eut une moue évasive :

– Ben oui, la côte de granit rose…

– C'est ça, bon début. Et puis son casino.

Il regarda Mary d'un air décidé. Maintenant qu'on ne parlait plus de ce fichu repas, il avait repris du poil de la bête.

– Car il y a un casino à Saint-Quay. Un casino qui a été repris devinez par qui.

– Un Russe, pardi.

– Erreur, ma petite, pas UN Russe, CINQ Russes.

– Eh, dit Mary, un de plus et on était dans les nuages.

Fabien fronça les sourcils :

– Pardon?

– Dans les six russes.

– Les six russes?

Le bon commissaire avait l'air tellement ahuri que Mary faillit éclater de rire.

– Ben oui, les cirrus sont des nuages, non? Paraît même qu'ils annoncent le mauvais temps.

Fabien haussa les épaules, furieux de n'avoir pas saisi le mauvais jeu de mots.

– Eh bien moi mes Russes ils ne sont que cinq, et pourtant il y a avis de tempête, c'est moi qui vous le dis!

Il réfléchit un instant :

– Et quand je vous dis qu'ils sont cinq, maintenant ils ne sont plus que trois.

– Ah, dit Mary.

– Ouais, dit Fabien, il y en a déjà deux qui sont morts.

– Ah, dit de nouveau Mary, l'air de la Bretagne Nord ne leur réussit pas?

– On le dirait bien.

– Et de quoi sont-ils morts, ces gaillards? Je pensais qu'il s'agissait là d'hommes bâtis à chaux et à sable, qui creusaient des trous dans la glace pour se baigner en hiver et qui se roulaient tout nus dans la neige pour se sécher.

– Je ne sais pas si c'est comme ça qu'ils se baignent, mais ça se peut, concéda Fabien. En tout cas, le premier est mort dans un accident de bagnole et le second dans un incendie.

– Rien que de très banal.

– En apparence.

– Ah…

– Notez bien, ajouta Fabien, que je dis en apparence comme ça… Il n'y a aucune preuve que ce ne soient pas des accidents.

– Y a-t-il eu enquête?

– Bien sûr.

– Et alors?

– Il semble qu'il n'y ait rien de suspect. Banal accident de la circulation, banal incendie d'une friteuse dans une baraque à frites.

– Parce qu'il y avait un Russe qui vendait des frites?

– Ouais.

Mary hocha la tête :

– Les idées qu'on se fait parfois! Je les croyais plutôt spécialisés dans le caviar.

– Faut s'adapter à la demande locale… et à ses moyens.

– Vouais… dit Mary, pensive. Mais qu'est-ce que je viens faire dans cette histoire, moi?

– Des fois que ces accidents ne seraient pas vraiment des accidents…

– Ah, parce que vous croyez…

– Je ne crois rien, moi, protesta Fabien, mais le ministère de l'Intérieur se méfie énormément de ces groupuscules slaves qu'il tient - avec quelques raisons - pour très dangereux. Paraît qu'il y a là-dedans nombre d'anciens du KGB et que ces types-là sont les rois des coups tordus.

Mary s'indigna :

– Et vous m'envoyez comme ça, au casse-pipe, contre le KGB! Ben dites donc, vous ne manquez pas de culot!

– Attention! dit Fabien, je ne vous envoie pas au casse-pipe! Je vous envoie, sur requête du ministère de l'Intérieur, en mission d'observation. Ce n'est pas tout à fait la même chose.

– Mais vos Russes vont me repérer du premier coup! Si, comme vous le croyez, ce sont d'anciens agents secrets, je ne vais pas faire de vieux os, moi!

– Donc vous refusez d'y aller?

Le commissaire Fabien avait pris son air le plus pincé.

– Je ne refuse rien, dit Mary. Mais avant de plonger, je veux savoir la profondeur de l'eau. S'il vous plaît, commençons par le commencement, racontez moi donc l'histoire depuis son début.

 

– Je crois que vous avez raison, dit le commissaire Fabien.

Il sortit un dossier cartonné de son tiroir, en délia les attaches et sortit une liasse de documents.

Chapitre 2

 

– Voilà, dit-il, depuis des décennies, la Société des jeux de la côte de granit rose, qui gère entre autres le casino de Saint-Quay-Portrieux, était déficitaire et les élus locaux commençaient à en avoir assez de renflouer l'affaire.

– Ils n'avaient qu'à virer la roulette, dit Mary, et y installer une crêperie, voire vendre des moules frites. Les comptes seraient vite redevenus positifs.

– Ce n'est pas si simple, dit le commissaire, quand une station balnéaire a un casino, elle y tient. Ça fait partie de son standing.

Mary soupira :

– Quand le mot standing fait son entrée dans une conversation, on peut s'attendre au pire. Ça coûte cher, le standing.

– Certes, dit Fabien agacé par l'interruption, cependant ces braves élus avaient trouvé une porte de sortie…

– Les Russes.

– Exactement. Ou plutôt une société dans laquelle ils n'apparaissaient pas encore. Une société financière apparemment honorable, qui se proposait de reprendre la gestion dudit casino sans que ça coûte un rond à la municipalité.

– Je suppose que la proposition a été accueillie avec enthousiasme.

– Vous supposez bien. Les élus n'ont pas manqué de prendre leurs renseignements. Apparemment, tout est clair. La société en question, la SEG - abréviation pour Société européenne de gestion - manage plusieurs autres casinos sur la Côte d’Azur et dans le Sud-Ouest.

– Et il n'y a jamais eu de problèmes?

– Apparemment non. Ils sont en règle avec le fisc, avec la sécurité, avec la brigade des jeux, en bref avec toutes les réglementations afférentes à ce type d'établissement.

Il y eut un moment de silence, puis Mary demanda :

– Et nos Russes là-dedans?

– Ils apparaissent à Saint-Quay au début de l'année. Cinq frères, les frères Lissenkov, détachés par leur direction pour relancer l'affaire.

– Pardonnez-moi, patron, où cette société a-t-elle son siège social?

– Dans la principauté de Monaco.

Mary hocha la tête d'un air entendu :

– Je vois.

– Dès leur arrivée, poursuivit le commissaire, ils entreprennent des travaux de rénovation. Pas des bricoles, hein, de gros travaux. L'argent ne leur fait pas défaut, on ne regarde pas à la dépense. Dès l'ouverture, à Pâques, le casino fait le plein pendant les week-ends. On y vient de Saint-Brieuc, de Guingamp, de Morlaix… Début juillet, avec l'arrivée des estivants, l'établissement ne désemplit plus.

Mary sourit :

– C'est presque un conte de fées que vous me racontez là, patron.

– Presque… Il y a tout de même deux morts…

Elle hocha la tête songeusement. Ouais, il y avait ces deux morts…

– Que redoutent les autorités?

– Que les Russes voient dans ces accidents autre chose que des accidents…

Le commissaire se pencha vers Mary :

– Ces bandes sont réputées pour leur férocité et leur total mépris des lois et des autorités. Il ne faudrait pas qu'elles transforment la côte de granit rose en champ de tir.

– Je vois… Et quelle sera ma mission?

– Pour tout le monde - hors les autorités de police et de gendarmerie - vous serez une jeune fille en vacances. Vous irez au casino, vous ouvrirez l'œil et vous me rendrez compte.

– À vous?

Le commissaire insista :

– À moi personnellement.

Elle siffla, admirative :

– Bigre, vous voilà donc devenu l'interlocuteur privilégié du ministre.

Fabien haussa les épaules, agacé. Mary demanda :

– Quelle sera ma ligne de crédit?

– Pardon? fit le commissaire comme s'il n'en croyait pas ses oreilles.

– Eh, vous m'envoyez en mission dans un casino, il faudrait peut-être, pour la crédibilité du personnage, que je joue…

– Holà, doucement, jeune fille! Si vous croyez que l'Administration va vous rembourser vos dettes de jeu…

– Peut-être bien que je gagnerai, fit-elle d'un air innocent.

– Eh bien, si vous gagnez, c'est que vous aurez joué sur vos deniers.

Il avait insisté sur ces deux derniers mots, en détachant bien les trois syllabes : vos-de-niers.

Mary hocha la tête comme une petite fille sérieuse, en réprimant un sourire. Puis elle prit un air ennuyé :

– Qu'est-ce que je vais faire dans ce casino, moi, si je ne joue pas?

– On ne fait pas que jouer, dans un casino, s'exclama le commissaire. On y va pour dîner, pour prendre un verre, pour danser.

Elle soupira :

– Vous m'en faites faire des choses, patron! Si j'avais su, en entrant dans la police, qu'il me faudrait apprendre à jouer au golf, et maintenant aller me faire draguer dans les casinos…

– Je ne vous ai jamais commandé d'aller vous faire draguer! s'exclama Fabien irrité.

Il se leva, fit trois pas derrière son bureau et claqua les doigts d'agacement :

– Ce qui est exaspérant avec vous, lieutenant, c'est votre mauvaise foi!

Mary croisa les bras, indignée :

– Eh bien, celle-là elle est plutôt forte! mauvaise foi, moi!

– Parfaitement, je vous envoie en vacances, La Baule, Saint-Malo, Camaret, l'Île-Tudy…

– Parlez de vacances! La Baule, j'ai failli me faire écraser sur mon vélo, Saint-Malo, j'étais à deux doigts de me faire bouffer par des chiens, Camaret où on aurait aimé me faire plonger du haut de la falaise, et à l'Île-Tudy, sans Fortin je me faisais boulotter tout cru par des homards! Vous parlez de sinécures! Vous oubliez Douarnenez où j'ai failli me faire violer et Saint-Nazaire où un cinglé aurait bien voulu me découper en rondelles à coups de hache!

Fabien haussa les épaules en revenant sur ses pas :

– Vous avez choisi un métier à risques…

– Soit, mais alors, ne parlez pas de vacances! Moi, les vacances, je les rêve paisibles. Un bon hôtel, du soleil, la plage, un bon bouquin…

– Hé hé hé! ricana Fabien. La trempette et la bronzette…

– Parfaitement! dit-elle.

– Vous oubliez la croisière, dit le commissaire.

Elle le regarda, interdite :

– Pardon?

– La croisière, comme celle que vous avez faite sur le Drakkar, en février dernier.

Il ricana de nouveau :

– La trempette et la bronzette, vous avez dû être servie! Le cercle polaire au mois de février. Mademoiselle Lester aime les vacances paisibles!

– Mais… qui vous a dit…?

– Vous semblez oublier, une chose, lieutenant : je suis flic! et même le chef des flics de cette ville. Je vous le rappelle, parce que de temps en temps, vous semblez l'oublier. Je sais beaucoup plus de choses qu'on ne se l'imagine. Quant à votre expédition sur le Drakkar, vous ne prétendiez tout de même pas me tromper. Cette carte postale postée d'Écosse et surtout cette remarquable exposition de photos prises sur un chalutier en pêche à l'hôtel de ville de Lorient, des photos signées ML, comme par hasard…

Il la regardait, goguenard :

– Il y en avait une qui était particulièrement intéressante, c'est celle où vous posez avec l'équipage.

Maintenant, il se moquait carrément :

– Mais peut-être n'était-ce qu'un sosie. On voit de ces ressemblances parfois…

Elle le regarda, hésitant sur l'attitude à observer. Sa bonne nature finit par l'emporter et elle éclata de rire :

– Touchée, patron. Maintenant, arrêtez de vous moquer.

- Mais je ne me moque pas! s'exclama Fabien.

Et il redit, en la regardant dans les yeux :

– Je ne me moque pas! Je suis même très admiratif. Du diable, aller s'embarquer dans une pareille galère, il n'y a vraiment que vous pour faire ça!

Il revint s'asseoir et la regarda dans les yeux :

– Au fait, ce n'était QUE pour les photos?

Elle biaisa :

– Surtout pour les photos.

Il insista :

– Mais encore?

– Ça serait trop long à vous raconter, patron. Une autre fois. Tenez, quand nous irons au Moulin de Rosmadec… Là c'est promis, vous saurez tout!

Fabien se rembrunit. Faudrait bien qu'il y passe, puisqu'il avait promis. Non que ce soit une corvée! La table valait le décor qui était unique, un moulin du quinzième siècle dans la petite ville qui avait inspiré Gauguin. Mais il y avait madame Fabien. Certes, il aurait pu l'inviter aussi, mais aller au Moulin pour se faire reprendre à chaque instant : « Pas de mayonnaise, ton cholestérol; pas de vin blanc, ton acide urique; pas de cigare, ta tension… » Et puis, parlez d'un plaisir d'être dans un restaurant gastronomique en face de quelqu'un qui, en guise d'apéritif, déballe ses fioles et ses pastilles homéopathiques…

Il n'y couperait pas, de son invitation à Rosmadec. Mais il fallait voir. Quand? Comment? Fallait voir, ouais.

Il revint à Mary Lester :

– Donc, vous acceptez cette mission.

– Oui, à une condition.

Le front de Fabien se couvrit de rides :

– Je vous écoute.

– Je n'y vais pas seule.

– Vous voulez que…

– Je veux que Fortin m'accompagne.

– Fortin, mais j'en ai besoin pour…

– …Pour les manouches, je sais. Mais cette fois vous trouverez bien quelqu'un d'autre. Ça fait des années qu'il se paye la corvée.

Fabien la regarda sévèrement :

– Pas les manouches, Mary, pas les manouches! Je sens comme un relent de racisme dans cette appellation. Les gens du voyage s'il vous plaît!

– Appelez-les comme vous voudrez, mais tous les ans, c'est ce pauvre Fortin qui se les tape!

– Justement, il est au courant, il est habitué.

Mary haussa les épaules :

– Au courant de quoi? Qu'est-ce que ça changera? Tant que les villes n'auront pas les structures d'accueil prévues par la loi… Maintenant, moi j'en ai marre d'aller au casse-pipe toute seule. Si je dois me heurter à la mafia russe, j'aime autant avoir un homme de poids dans mon dos. Personne ne fera mieux l'affaire que Fortin.

– Mais si vous débarquez à deux, objecta le commissaire, vous allez être repérés immédiatement.

– Pourquoi voulez-vous qu'on débarque à deux? Moi, je viens en touriste, Fortin vient en C.R.S.

– En C.R.S.? répéta Fabien effaré, le lieutenant Fortin en C.R.S.? Il n'acceptera jamais!

– Mais si. Sur toutes les plages de France et de Navarre il y a des postes de secours qui sont tenus par des C.R.S. Évidemment, ils ne sont pas en uniforme, ils sont en maillot et en tee-shirt. Vous ne voyez pas en Fortin un C.R.S. sauveteur tout à fait crédible?

Fabien faisait la moue. Se priver d'un lieutenant en cette période de vacances… Il dit, d'une voix mal convaincue :

– Si vous croyez que Fortin va marcher dans la combine…

Mary sourit :

– Vous n'avez qu'à lui poser la question.

Entre les manouches - pardon, les gens du voyage - et le sable fin, sûr que le grand lieutenant n'aurait pas une seconde d'hésitation. Surtout s'il s'agissait d'accompagner Mary Lester. Alors là… Et Fabien n'était pas dupe. Il tenta une nouvelle offensive :

– Et vous croyez qu'on peut se joindre aux C.R.S. comme ça…

– Allons patron, dit-elle de sa voix la plus charmeuse, je suis sûre que vous allez tout arranger. Qui oserait refuser? La hiérarchie? Je suis sûre qu'en faisant intervenir le ministère de l'Intérieur avec lequel vous êtes au mieux, je vous le rappelle…

– Ça va, ça va, Lester, je sais bien ce que j'ai à faire!

Agacé, il avait répondu d'une manière agressive, ce qui n'était pas dans ses habitudes.

– Je ne doute pas de votre parfaite efficacité, patron, dit-elle d'une voix suave.

Elle se leva, légère, et prit le dossier sur le bureau du commissaire.

– Je jette un coup d'œil là-dessus et je vous le rends.

Le commissaire Fabien la regarda sortir sans mot dire, partagé entre l'exaspération et l'admiration. La petite garce, elle savait y faire! Encore une fois, il en passerait par où le voulait Mary Lester.

Quand Mary rejoignit son bureau, il lui sembla que Jean-Pierre Fortin n'avait pas bougé d'un pouce. Il en était seulement passé de la page deux de l'Équipe à la page six.

– Ma parole, s'exclama-t-elle, tu es en train de l'apprendre par cœur, ce foutu canard!

Le grand lieutenant rabaissa son journal et demanda d'un ton sarcastique :

– Et où va donc se promener le lieutenant Lester?

– À Saint-Quay-Portrieux, mon vieux Jipi.

– Ah ouais, fit-il intéressé. Et où c'est, ça?

– Ça, c'est près de Saint-Brieuc.

– Exotique, fit-il. La côte nord, quelle aventure!

Et je n'y vais pas toute seule, figure-toi.

Jean-Pierre Fortin replia lentement son journal :

– Tiens donc. Et peut-on savoir qui est l'heureux élu?

Elle le regarda en souriant :

– Qui veux-tu que ce soit, Fortin, qui veux-tu que ce soit, sinon toi?

Chapitre 3

 

Mary Lester s'était installée dans sa chambre à l'hôtel Kermoor en pensant que cette mission à l'entrée du mois d'août s'annonçait sous les meilleurs auspices.

Elle avait vainement tenté de se loger de façon moins onéreuse, mais en ce mois d'août les places étaient chères.

Son logement comportait une petite terrasse garnie d'une table et de deux fauteuils de jardin. Elle surplombait le parc de l'hôtel qui tombait jusqu'à la mer.

À main droite on apercevait le nouveau port en pleine eau qui abritait les bateaux de pêche et la criée, à gauche, l'île de la Comtesse, un curieux tas de rochers cerné en son sommet de murs couverts de lierre. Cette terre n'était île qu'à mi-temps, si l'on peut dire. En effet, chaque marée basse la reliait au continent par une chaussée rocailleuse de quelques dizaines de mètres qu'empruntaient les excursionnistes pour en faire le tour par des sentiers bordant l'abîme.

Selon l'hôtelier, cette île avait appartenu à un certain Lord Rimmel, parfumeur du roi d'Angleterre et inventeur des produits de maquillage qui portent toujours son nom. Ce Lord, qui s'était fixé à Saint-Quay-Portrieux, avait également fait édifier les murs, non pas, comme on aurait pu le croire, à des fins de défense de son manoir (dans lequel on avait aménagé l'hôtel), mais pour protéger son potager des néfastes effets de la brise marine. Car ce quadrilatère de murailles n'avait jamais abrité d'autres troupes que celles des jardiniers sous les ordres desquels poireaux, pommes de terre et petits pois poussaient en un ordre parfait.

Aujourd'hui, la ronce et l'ortie avaient repris leurs droits. L'amateur de potager n'était plus qu'un lointain souvenir. Plus lointain encore celui de la redoutable comtesse, ancienne propriétaire de l'île, qui n'hésitait pas à assommer les promeneurs qui se risquaient sur son domaine. Des manants en short et croquenots arpentaient quotidiennement les rudes sentiers de « son » île dont ils connaissaient l'histoire, en l'agrémentant de commentaires sur son état mental, commentaires qui l'eussent fait frémir si elle avait pu les entendre : « Eh dis donc, Paulo, elle devait être complètement fêlée la vioque, pour venir planter des carottes là-dessus! »

La « vioque » aurait certainement apprécié!

Dans le salon d'apparat du comte de Calan qui s'ouvrait sur la mer par une fabuleuse rotonde panoramique se trouvait la luxueuse salle à manger d'un luxueux hôtel. Dans son hall d'accueil on parlait anglais, allemand, italien et espagnol, dans son patio une clientèle élégante buvait des cocktails en écoutant jouer un pianiste avec un ennui de bon aloi.

Les tennis avaient fait place à un parking ombragé où les BMW, Mercedes et Ferrari avaient pris la place des Delage, Hispano Suiza et autres De Dion Bouton.

Au-delà de la jetée composée d'énormes blocs de pierre il y avait la mer, une mer verte qui scintillait sous le soleil d'août, çà et là griffée du sillage d'un canot rapide ou plus paisiblement caressée par l'aile blanche des voiliers de plaisance. Et puis une autre terre, le fond de la baie de Saint-Brieuc avec son camaïeu de champs aux verdures changeantes, ses plages de sable blanc, ses hameaux, ses vallons.

– Je sens que je vais me plaire ici, dit Mary à voix haute.

Puis elle composa sur son portable le numéro du commissaire Fabien.

– Bonjour patron. Voilà, je suis bien arrivée. Je suis descendue au Kermoor, à Saint-Quay même. Pourquoi j'ai choisi le Kermoor? D'abord parce qu'il est stratégiquement bien placé, juste entre le casino et le port. Ensuite, parce qu'à Concarneau j'étais également descendue dans un hôtel portant ce nom. Ça m'a paru de bon augure. Enfin, parce qu'on n'a pas voulu de moi ailleurs. Je vais maintenant aller faire un tour de reconnaissance en ville. Si vous voulez me joindre, appelez sur mon portable, ne passez pas par le standard de l'hôtel. On ne sait jamais, parfois les standards ont des oreilles. Voilà, à bientôt, patron.

Vêtue d'un bermuda et tee-shirt, coiffée d'un bob de toile blanche, des tennis aux pieds, Mary emprunta le sentier côtier qui menait à la plage du casino. Le soleil tapait dur dans un ciel uniformément bleu, heureusement une bonne brise venue de la mer rafraîchissait l'atmosphère. Les véliplanchistes tiraient des bords somptueux, et on voyait leurs petites voiles multicolores filer comme des flèches sur les courtes vagues crêtées de blanc.

Au détour du chemin de ronde, elle aperçut la plage du casino. La marée était au plus bas et le sable se découvrait très loin. À la piscine d'eau de mer où l'eau était, par la grâce de la marée, changée deux fois par jour, une armada de gosses s'en donnait à cœur joie, escaladant le plongeoir, sautant dans l'eau avec des cris aigus, nageant avec plus de vigueur que de style dans un grand éclaboussement pour reprendre place sur l'échelle du plongeoir et sauter encore… Heureux parents, ils ne devaient pas avoir de mal à les endormir le soir venu.

De la plage où gisaient une multitude de corps dénudés, montait une joyeuse rumeur de vacances. Au club Mickey se déroulait un jeu que chacun voulait gagner et les ordres du moniteur étaient par moments couverts par les clameurs des parents encourageant leurs chers petits.

Elle trouva sans peine le poste de secours, une cabane en rotonde dans le haut de la plage, avec un balcon sur lequel un gaillard bronzé vêtu d'un maillot de bain surveillait la zone de baignade à l'aide d'une paire de jumelles.

Au sommet d'un mât planté dans le sable flottait un drapeau vert qui indiquait une baignade sans danger.

Mary dut distraire le veilleur un instant :

– Savez-vous où je pourrai trouver Jean-Pierre Fortin?

Le maître nageur tendit la main vers le bas de la plage que la marée avait découverte :

– Là bas, près du Zodiac.

– Merci.

Elle slaloma entre les corps étendus et, après une assez longue marche sur un sable dur, encore mouillé elle aperçut son équipier. Il était, lui aussi, en maillot et faisait grosse impression sur les gamines et leurs petits copains.

Fortin n'était pas seulement un sportif en chambre. Il touchait à tous les sports, avec une prédilection pour le rugby, et il avait un abonnement dans une salle de musculation où il passait trois soirées par semaine.

Mary ne l'avait jamais vu en petite tenue, mais tel qu'il était, il aurait pu prétendre sans complexes au titre de « monsieur muscle » de la station : un bon mètre quatre-vingt-dix, plus du quintal, des bras comme des cuisses et des cuisses comme des troncs d'arbre. Avec ça, sur la poitrine, une toison d'ours.

Elle repensa avec un sourire douloureux à Le Lann, l'assassin de la « rombière » à qui un soir où il lui faisait des misères Fortin avait botté le train sans retenue. Pas étonnant qu'il ait tant pleurniché sur son coccyx cassé!

Jipi, comme elle l'appelait familièrement, était assis sur un flotteur du pneumatique, les pieds dans l'eau, les bras croisés, et il contemplait les baigneurs avec sérénité.

– Alors, mon lieutenant, dit-elle, on n'est pas mieux ici qu'à dompter les manouches?

Fortin se retourna et, quand il vit Mary, son visage s'éclaira :

– Mary! Ah ce que ça me fait plaisir de te voir!

Il abandonna son pneumatique, se pencha sur elle et lui claqua deux grosses bises. Puis, la prenant aux épaules, il la tint à bout de bras, l'examina des pieds à la tête et s'exclama :

– Putain, ce que tu es belle!

Elle lui rendit le compliment :

– Dans ton genre, tu n'es pas mal non plus!

– Qu'est-ce que ça veut dire ça, « dans ton genre ».

– Ben, dans le genre homme des bois.

– Homme des bois?

Fortin, qui présentait un air de famille avec l'acteur Michel Constantin, plissa le front. Il avait souvent du mal à suivre. Était-ce un compliment?

– Dans le genre Tarzan, quoi, traduisit-elle.

Il sourit rasséréné. Tarzan, il connaissait.

– Tout va bien?

– Super! dit-il enthousiaste.

– Ton nouveau boulot te plaît?

– Et comment! Pour le moment, je m'occupe à ne pas laisser ce bateau s'échouer. Tu as vu comme la plage est grande?

– En effet.