Dictionnaire des Explorateurs et des Voyageurs - Encyclopaedia Universalis - ebook

Dictionnaire des Explorateurs et des Voyageurs ebook

Encyclopaedia Universalis

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Opis

De Roald Amundsen, explorateur norvégien des Pôles, au moine bouddhiste Yijing (635-713), que ses années de pèlerinage conduisirent de Chine en Inde, ce Dictionnaire des Explorateurs et des Voyageurs consacre une centaine d’articles aux voyageurs qui, par leurs expéditions et les récits qu’elles ont inspirés, ont formé notre connaissance du monde. Empruntés à l’Encyclopaedia Universalis, écrits par les meilleurs spécialistes, ces articles invitent à la découverte par leur diversité, leur concision, l’étendue du champ qu’ils parcourent. 

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AMUNDSEN ROALD (1872-1928)

Explorateur norvégien. Fils d’un petit armateur, Roald Amundsen se destine d’abord à la médecine avant d’être saisi d’une vocation irrésistible pour l’exploration polaire. En 1893, il s’engage comme simple matelot sur un phoquier et, de 1897 à 1899, il participe à l’expédition antarctique d’Adrien de Gerlache en qualité de second du Belgica. Sa carrière d’explorateur s’ordonne autour de trois grandes réalisations : le forcement du passage du Nord-Ouest, la conquête du pôle Sud et la première liaison aérienne Europe-Amérique par le pôle.

Nordenskjöld avait ouvert le passage du Nord-Est (1878-1879), Amundsen se consacre à celui du Nord-Ouest. Il achète le Gjöa, un vieux mais solide phoquier de vingt-deux mètres de long, monté par six hommes d’équipage et transportant pour cinq ans de vivres. Le 17 juin 1903, il part de Christiania (l’actuelle Oslo) et s’insinue le long de la côte canadienne jusqu’au rivage sud de l’île du Roi-Guillaume, où il hiverne pendant deux ans (9 sept. 1903-12 août 1905), profitant de ce long arrêt pour étudier le pôle magnétique Nord. Poursuivant sa route vers l’ouest, il hiverne de nouveau à King Point, près de l’embouchure du Mackensie (1905-1906). Enfin, le 30 août 1906, il pénètre dans le port de Nome (Alaska), sa mission accomplie.

Il pense alors à s’attaquer au pôle Nord, mais le succès de Peary en 1909 l’oblige à changer d’objectif. Il obtient de Nansen qu’il lui confie le Fram et commence les préparatifs minutieux d’une expédition vers le pôle Sud, sur laquelle il garde un secret absolu qui ne sera levé qu’à l’escale de Madère. Parti de Norvège le 9 août 1910, il jette l’ancre dans la baie des Baleines (mer de Ross), où il installe son camp de base qu’il baptise Framheim en janvier 1911. La majeure partie de l’année se passe en travaux d’aménagement, reconnaissances et installation de dépôts de vivres. Le 19 octobre, Amundsen se lance à l’assaut du pôle avec quatre hommes, cinquante-deux chiens et quatre traîneaux, engageant une dramatique course de vitesse avec le commandant Scott. Il touche au but le 14 décembre 1911, battant son concurrent britannique qui n’atteindra le pôle que le 17 janvier 1912, avant de périr sur le chemin du retour.

Après la Première Guerre mondiale, aidé financièrement par le milliardaire américain Ellsworth, il s’intéresse au survol du pôle Nord par l’avion et le dirigeable. Une première tentative, réalisée avec deux hydravions, échoue en 1925. Il recommence l’année suivante à bord du dirigeable Norge, piloté par l’Italien Nobile : s’il est devancé au pôle par l’avion de Byrd (9 mai pour l’un, 12 mai pour l’autre), il réalise la première liaison sans escale entre le Spitzberg et l’Alaska (10-13 mai 1926), ouvrant ainsi la voie à la navigation aérienne transpolaire.

En juin 1928, à l’annonce de la catastrophe du dirigeable Italia, Amundsen part à la recherche de Nobile et de ses compagnons à bord de l’hydravion Latham-47 du capitaine de corvette français Guilbaud, qui se perd corps et biens au-dessus de la mer de Barents le 18 juin 1928.

Jean-Marcel CHAMPION

BALBOA VASCO NÚÑEZ DE (1475 env.-1519)

Conquistador espagnol qui découvrit le Pacifique. Appartenant à la noblesse galicienne, Vasco Núñez de Balboa accompagna Rodrigo de Bastidas, explorateur de la côte colombienne et de la côte septentrionale de l’isthme de Panamá, et s’établit ensuite dans l’île d’Hispaniola. Balboa, qui devait s’avérer un grand chef et un conquérant avisé, échoua totalement comme défricheur de terres : il n’échappa à ses créanciers, en 1510, qu’en se cachant dans un tonneau qui fut transporté à bord d’une caravelle amenant des renforts à la colonie fondée par Alonso de Ojeda sur la côte de Colombie. Constatant qu’Ojeda était parti et qu’il ne restait que quarante et un survivants (dirigés par Francisco Pizarro), les membres de l’expédition, sur les conseils de Balboa, firent la traversée d’Uraba jusqu’à la côte de l’isthme moins hostile. Ils fondèrent au Darién le premier établissement fixe d’Amérique continentale, Santa María de la Antigua, dont Balboa devint le chef en 1510. En décembre 1510, le roi Ferdinand V nomma Balboa gouverneur par intérim du Darién.

Lors de ses explorations, Balboa avait acquis la conviction que l’autre océan, longuement cherché, avec ses fabuleux royaumes, n’était pas éloigné. Il en informa le roi, ajoutant que les Indiens disaient que sa découverte exigerait mille combattants. Ces dires, et d’autres signalements des richesses de Tierra Firma (isthme de Panamá) incitèrent à créer une colonie de la Couronne (Castille d’Or), peuplée de deux mille nouveaux colons dont Pedro Arias de Ávila, dit Pedrarias, fut nommé gouverneur.

Averti de son remplacement imminent, Balboa résolut de devancer son successeur et de trouver lui-même l’autre océan, qu’il appelait la mer du Sud, avant l’arrivée de Pedrarias. Il partit le 1er septembre 1513 avec 190 Espagnols (la moitié des effectifs du Darién) et 800 Indiens, franchit l’isthme et, le 25 ou 27 septembre 1513, du haut d’une colline près du golfe de San Miguel, il aperçut le Pacifique pour la première fois. Le 29 septembre il réussit à atteindre la mer au golfe de San Miguel et prit possession de la mer du Sud et de toutes ses côtes au nom du roi de Castille. Des tempêtes s’étant élevées, Balboa pénétra dans l’intérieur des terres et arriva presque jusqu’à l’emplacement de l’actuel Panamá, avant de retraverser l’isthme pour retourner au Darién (19 janv. 1514).

Impressionné par ces exploits, le roi Ferdinand le nomma adelantado (gouverneur) de la mer du Sud et de Panamá et Coiba. Pedrarias, dévoré de jalousie, confina Balboa au Darién, et lui créa toutes sortes de difficultés. Par la suite, obligé de permettre à Balboa de retourner à l’océan Pacifique, il maria prudemment (par procuration) une de ses filles à son rival détesté, mais susceptible de devenir important, dont il retarda le départ jusqu’en 1517. Cette union ne mit toutefois pas un terme à l’inimitié entre les deux hommes. À la fin de 1518, avant que Balboa ait pu tirer parti des navires que ses partisans et lui avaient peiné à bâtir, Pedrarias lui tendit un guet-apens à Acla et perpétra son meurtre sous couvert judiciaire. Condamné après avoir été accusé faussement de trahison, Balboa se vit dénier tout droit d’appel et fut décapité en janvier 1519.

E.U.

BARTH HEINRICH (1821-1865)

À trente ans, le géographe allemand Heinrich Barth, qui parlait anglais, français, espagnol, italien et arabe, avait visité plusieurs pays du Proche-Orient, la Tunisie et la Libye. L’explorateur anglais James Richardson, chargé par des sociétés protestantes anglaises d’étudier la piste de Tripoli au Soudan, ne trouvant aucun compatriote pour l’accompagner, fit appel à Barth et à Adolf Overweg, un géologue allemand. Partis de Tripoli le 25 mars 1850, ils atteignent Mourzouk, un marché d’esclaves au Fezzan, puis Rhat au Tassili, la ville des Touaregs qui leur sont hostiles pendant la traversée du Ténéré. Ils passent à Agadès. À Zinder, les explorateurs se séparent. Ils doivent faire leur jonction au bord du lac Tchad. Richardson n’y arrivera pas et Overweg mourra quelque temps après avoir recueilli des indications sur les crues et sur les parties navigables du lac. Entre-temps, Barth étudie les cours du Logone et du Chari, tous deux tributaires du lac Tchad. Il rejoint la Bénoué, affluent du Niger, à Yola, apportant ainsi des informations indispensables à une première explication du système hydrographique de la région.

Ses compagnons ayant disparu, il renonce à l’Afrique orientale et décide d’étudier le cours du Niger. Il rejoint celui-ci à Say et, passant par Hombori, atteint Tombouctou. Il y séjourne pendant six mois et écrit les premiers éléments d’une histoire des Songhaï à partir de manuscrits arabes. Il redescend le Niger jusqu’à Say, atteint le Tchad en passant par Sokoto et Kano, au Nigeria. Sur la route du retour, dans le massif du Bornou, il rencontre Vogel, un astronome allemand parti à sa recherche ; ce dernier, continuera le travail de Barth mais sera assassiné dans le massif du Ouaddaï.

Barth rejoint l’Angleterre par Tripoli (1855). Son voyage aura duré cinq ans, mais les informations ethnologiques, linguistiques, historiques et géographiques (relevé cartographique de 20 000 km2) qu’il rapporte sont les premières qui soient aussi rigoureuses et précises ; elles seront souvent confirmées par la suite. Il publia cinq volumes Reisen und Entdeckungen in Nord- und Central-Afrika (1857) qui furent traduits en anglais et en français : Voyages et découvertes dans l’Afrique septentrionale et centrale pendant les années 1849 à 1855 (1861), et obtint, seulement en 1863, une chaire à titre provisoire à l’université de Berlin. Jusqu’à sa mort, son pays refusa de reconnaître la valeur du premier explorateur scientifique du continent africain.

Bernard NANTET

BAUDIN NICOLAS (1754-1803)

Navigateur et naturaliste français, commandant de l’expédition aux Terres australes.

Né à Saint-Martin-de-Ré le 17 février 1754, Nicolas Baudin intègre la marine en 1775, prend part à la guerre d’indépendance américaine puis démissionne et navigue pour lui. En 1786, il commerce avec l’île Maurice et, développant une méthode de transport qui garantit la survie des plantes, rapporte de nombreux spécimens vivants à l’empereur d’Autriche.

En 1796, le Muséum national d’histoire naturelle soutient son voyage à la Trinité, effectué sur la Belle Angélique en compagnie des naturalistes René Maugé, Anselme Riedlé et Stanislas Levillain. Cette mission permet d’enrichir les collections de plantes vivantes, d’animaux (mollusques et poissons en particulier) et fossiles. En 1798, Baudin propose au Directoire un voyage autour du monde qui, pour des raisons financières, sera réduit aux côtes méridionales et occidentales de l’Australie. Ce sera son dernier voyage, le plus pathétique et aussi le plus controversé de l’histoire des découvertes maritimes.

Les noms des deux corvettes, le Géographe et le Naturaliste, montrent l’ambition de Baudin. L’équipe scientifique est choisie par l’Institut et Baudin y associe les trois naturalistes de la Belle Angélique.

Nicolas Baudin, commandant le Géographe, et Emmanuel Hamelin, commandant le Naturaliste, quittent le Havre le 19 octobre 1800. L’allure différente des bateaux contrarie la navigation, Baudin perd du temps et arrive dans le Sud en période d’inversion des saisons. À cause d’une terrible tempête, dix savants débarquent à l’île Maurice et, pour justifier leur désertion, ils discréditent déjà cette expédition.

Le voyage aux Terres australes est le premier voyage à but scientifique à longer les côtes occidentales puis méridionales de l’Australie, avec relâche à Port Jackson (site de Sydney), d’où Baudin renvoie en France (1802) le Naturaliste avec notamment les collections vivantes. Mais d’autres savants dissidents reviennent aussi, et les critiques s’accentuent. Imperturbable, Baudin continue, mais l’escale de retour à l’île Maurice lui sera fatale : il y meurt le 16 septembre 1803.

L’intérêt du voyage est alors discuté : instructions non respectées, relevés cartographiques effectués trop au large, Baudin a surtout veillé à ses bateaux et à ses collections. Cette nécessaire prudence, liée aux conditions difficiles de navigation dans cette zone, sera interprétée par ses détracteurs comme le signe d’un marin buté et timoré. Pourtant, avec le zoologiste François Péron, Baudin a rassemblé plus de 2 500 espèces nouvelles, doublant, d’après Cuvier, les espèces animales connues à l’époque, ce qui ne se reproduira plus jamais. Jussieu estime que Baudin « doit être proclamé l’un des voyageurs qui ont le plus mérité de l’histoire naturelle ».

Baudin était aussi un anthropologue actif, membre de la Société des observateurs de l’homme. Grâce à son expédition, la toponymie des côtes australiennes est jalonnée de noms d’intrépides Français. C’est le seul et unique cas de commandant naturaliste de toute l’histoire des grandes expéditions maritimes.

Jacqueline GOY

BENJAMIN DE TUDÈLE XIIe siècle

Introduction

Le Juif navarrais Benjamin de Tudèle est sans doute le premier voyageur européen du Moyen Âge qui ait connu la Chine. Écrit en hébreu, son itinéraire fournit un guide touristique et une description économique, ethnique, politique du monde médiéval chrétien, romain et byzantin, juif et arabe vers 1170.

1. Le « Livre des voyages »

On ne sait rien de la vie de Rabbi Benjamin bar Jonas de Tudèle, voyageur juif renommé du XIIe siècle, sinon qu’il était originaire de Tudèle, cité de la Navarre espagnole. Sa prédilection pour les faits économiques a fait supposer qu’il était négociant en pierres précieuses, mais l’importance qu’il attache à sa visite des lieux saints juifs de Jérusalem et d’Hébron pourrait faire considérer son voyage comme un pèlerinage. On a pu supposer que les communautés juives d’Occident l’avaient chargé d’une mission de reconnaissance en Orient en vue d’une migration éventuelle vers une contrée où les Juifs vivent en liberté sur un territoire leur appartenant. Parti de l’Espagne du Nord, Benjamin de Tudèle visite le Bas-Languedoc, l’Italie, Constantinople, l’Archipel, Rhodes, Chypre, Antioche, la Terre sainte, Damas, Bagdad et la Perse. Sur le chemin du retour, il traverse Aden, Assouan, Le Caire, Alexandrie, la Sicile, Rome.

Rédigée d’après son journal sous le titre Séfer ha massa‘ot (Le Livre des voyages), sa relation a été traduite en plusieurs langues et à plusieurs reprises d’après l’édition princeps (Constantinople, 1543). Le plus ancien manuscrit remonte au XIIIe siècle (Ms. British 27089) ; l’édition critique la plus récente a été procurée par Marcus Nathan Adler.

2. Un tableau des communautés juives au XIIe siècle

L’intérêt de Benjamin de Tudèle va surtout aux communautés juives qui jalonnent son itinéraire. Il s’enquiert du nombre des familles, des professions pratiquées par les Juifs, de leur statut, de leurs maîtres spirituels. Le Livre des voyages brosse un tableau coloré de la diaspora médiévale. En additionnant les effectifs des communautés juives visitées, on obtient environ six cent mille familles, soit une population totale de l’ordre de deux millions et demi d’âmes. Les occupations des Juifs sont variées : certains possèdent des terres (dans le midi de la France ainsi qu’au pied du mont Parnasse) ; en Grèce et en Terre sainte, ils détiennent un quasi-monopole de la teinturerie ; à Antioche et à Tyr, ils sont fondeurs de verre. Les Juifs de Perse ont encore leur vice-roi de souche davidique, l’Exilarque. La relation par Benjamin de Tudèle de l’aventure messianique de David Alroï, « l’Invisible », est restée longtemps notre seule source sur le mouvement. Dans le royaume franc de Jérusalem, des communautés réapparaissent, deux générations après l’extermination des Juifs lors de la première croisade. Le voyageur nous présente la secte karaïte à Constantinople, Ascalon et Damas. La relation se termine sur un éloge ému de la communauté de Paris, fameuse par ses savants et par son hospitalité.

3. Un siècle avant Marco Polo

Le Livre des voyages est une description vivante du monde à la fin du XIIe siècle. Économique, elle souligne l’activité portuaire et commerciale de Barcelone, Montpellier, Constantinople, signale un gisement pétrolifère près de Sorrente (où l’on fabrique des remèdes à base de pétrole). Ethnique, elle révèle les Druzes des montagnes de Syrie et de Terre sainte, la fameuse secte des « Assassins » et les Valaques de Roumanie (dont c’est la première mention littéraire). Le Livre des voyages est le premier écrit de l’Europe médiévale à mentionner la Chine. Ses descriptions d’églises romaines ou byzantines sont d’un grand prix pour l’histoire de l’art, particulièrement celle de Sainte-Sophie, que devaient piller les troupes de la quatrième croisade. Sur le plan historique, Benjamin souligne le faste de Byzance, mais constate les progrès réalisés par les Turcs.

La durée exacte du voyage de Benjamin de Tudèle reste controversée. I. González Llubera intitule sa traduction espagnole Viajes de Benjamín de Tudela, 1160-1173. Seule la date de 1173 est à retenir, parce qu’elle est indiquée dans le prologue ; la date du départ est déduite de détails donnés par le livre. S. W. Baron remarque qu’ayant visité Rome sous le pontificat d’Alexandre III, qu’il nomme, Benjamin a dû quitter Tudèle entre 1165 et 1167. Les notations statistiques du voyageur doivent être, elles aussi, interprétées : les transcriptions chiffrées (parfois des lettres hébraïques prêtant à confusion comme ד = 4 et ר = 100) sont souvent fautives. Les localités de l’Empire byzantin se laissent mal identifier. Enfin le texte actuel paraît tronqué, les notes du voyageur ayant été compilées et abrégées par le scribe auteur du prologue. En dépit des problèmes qu’il pose, Benjamin de Tudèle fournit un tableau irremplaçable du monde, un siècle avant Marco Polo.

Gérard NAHON

BOUGAINVILLE LOUIS ANTOINE comte de (1729-1811)

Navigateur français. Après des études scientifiques et littéraires, Bougainville débute dans la carrière des armes comme officier de l’armée de terre et participe à la défense du Canada sous les ordres de Montcalm, dont il est l’aide de camp (1756-1760). La paix revenue, il entre dans la marine et est nommé capitaine de vaisseau en 1763. Il tente alors d’établir une colonie dans les îles Malouines (les îles Falkland actuelles), mais doit procéder à son évacuation devant les protestations de l’Espagne (1764-1767).

Son principal titre de gloire est d’avoir bouclé le quatorzième tour du monde, le premier réalisé de façon officielle et scientifique par un Français (1766-1769). Son expédition s’inscrit dans le mouvement de découvertes maritimes qui caractérise la seconde moitié du XVIIIe siècle et dont les objectifs essentiels sont l’exploration du Pacifique, la recherche de l’hypothétique continent austral, ainsi que le désir de conquérir de nouvelles colonies et de nouveaux marchés après les défaites de la guerre de Sept Ans. Parti de Brest le 5 décembre 1766 à bord de la frégate La Boudeuse que rallie la flûte L’Étoile, il franchit le détroit de Magellan, séjourne à Tahiti, dont il fait une description émerveillée (avril 1768), poursuit sa route par les Nouvelles-Hébrides, les atterrages nord de la Nouvelle-Guinée et les Moluques, fait escale à l’île de France (actuellement, l’île Maurice) et achève son périple à Saint-Malo le 16 mars 1769, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. Son compte rendu de mission (Voyage autour du monde, 1771) connaît un énorme succès et suscite un regain d’intérêt pour les bons sauvages et l’état de nature.

Voyage autour du monde, Bougainville. Frontispice de la première édition du Voyage autour du monde (1771) du navigateur Louis Antoine de Bougainville (1729-1811). Bibliothèque nationale de France, Paris. (AKG-images)

Il poursuit sa carrière maritime et prend part à la guerre d’Indépendance américaine, sous les ordres des comtes d’Estaing et de Grasse (1778-1782). La Révolution en fait un vice-amiral ; mais, devant l’indiscipline qui sévit parmi les équipages de la flotte, il démissionne après avoir refusé le ministère de la Marine en 1792. Arrêté pendant la Terreur, il est libéré par la chute de Robespierre. Bonaparte le comble de dignités : sénateur (1799), grand officier de la Légion d’honneur (1804), comte d’Empire (1808). Sa dernière fonction officielle fut de présider le conseil de guerre qui jugea les responsables du désastre de Trafalgar en 1809.

Jean-Marcel CHAMPION

BOUVIER NICOLAS (1929-1998)

Introduction

Écrivain suisse, voyageur, photographe et poète, Nicolas Bouvier est né le 6 mars 1929 au Grand-Lancy, près de Genève, dans un milieu cultivé, marqué du côté de sa mère par un protestantisme sévère dont il se débarrassera plus tard. Son père amène à la maison les célébrités qui fréquentent la bibliothèque universitaire dont il est vice-directeur. Le jeune Nicolas rencontre ainsi Marguerite Yourcenar, Thomas Mann, Robert Musil, Hermann Hesse.

• À l’écoute de la polyphonie du monde

Tout de suite après des études de droit et de lettres, en 1953, il part dans sa Fiat Topolino pour un voyage de trois ans qui le conduira de Genève au Japon, via la passe de Khyber et Ceylan. La première partie de ce voyage, entrepris avec le peintre Thierry Vernet et qui va de la Yougoslavie au Kurdistan, sera racontée dans L’Usage du monde (1963), illustré avec les croquis de son compagnon de route. L’ouvrage évoque les terres de l’Asie, la recherche des « lieux auspicieux », les instants d’intense présence aux choses, en une invitation incessante à goûter la douceur de la vie comme s’il fallait mourir demain. Récit d’un Montaigne contemporain où l’Histoire est sans cesse présente, L’Usage du monde est devenu un livre culte pour de nombreux écrivains français et étrangers, complété en 2001 par L’Œil du voyageur, qui propose les photographies prises par l’auteur au cours de ce voyage.

Dans Japon (1967), puis dans Chronique japonaise (1975), qui en constitue la reprise et le développement, la perception du poids du passé se double d’une attention aiguë à l’instant, aux odeurs, aux bruissements de rire du présent, à une fête paysanne, à une excursion au nord, dans l’île de Hokkaidō. Bouvier fait au Japon l’apprentissage de la photographie, et son premier livre sur le pays du Soleil levant est illustré de magnifiques images : visages, épouvantails, sumotoris, idéogrammes, stèles votives s’ajoutent aux photos d’un mur troué devant lequel passent des êtres humains. Ce passage incessant sur fond fixe restitue sans exotisme un pays à la fois dynamique et figé dans ses traditions pluriséculaires, et la condition de l’homme destiné à passer et à disparaître.

À la mobilité de Chronique japonaise s’oppose l’atmosphère stagnante du récit suivant, Le Poisson-Scorpion (1979), noire distillation d’une expérience de douleur et de solitude, vécue dans l’île de Ceylan. Dans ce conte tropical traversé par la magie noire, non-être et malheur s’opposent aux instants pleins des textes précédents, équilibrant l’œuvre de Bouvier entre les deux pôles essentiels de sa vision du monde, le mouvement et l’immobilité, le bonheur extrême et l’extrême malheur, les lieux bénéfiques et les lieux maléfiques, le réel et le surnaturel, qui sont des constantes de tous ses ouvrages.

• L’œil du voyageur

De retour en Suisse, Nicolas Bouvier commence à travailler pour l’Organisation mondiale de la santé comme iconographe, métier qu’il exercera jusqu’à sa mort. Après de nouveaux séjours au Japon, il se tourne vers l’ouest et voyage en Irlande, en qualité de journaliste, et en Amérique du Nord, où il donne des cours et des conférences dans de nombreuses universités. Journal d’Aran et d’autres lieux (1990) est le triple récit de ses voyages en Irlande, en Corée et en Chine.

Nicolas Bouvier décide de rassembler et de publier tous ses poèmes sous le titre Le Dehors et le Dedans (1982 ; dernière édition, avec des inédits : 1997). Ils reposent sur une dichotomie entre le déplacement et l’immobilité, la vie et la mort, le moi plus intime et le moi nomade : figure de la complémentarité à laquelle l’écrivain se montre partout sensible. C’est une poésie du constat, extrêmement condensée et dont la tonalité dominante est l’éblouissement sur fond de légère inquiétude. Les thèmes principaux, la joie de l’instant, la musique, le rire qui est avec la poésie le seul exorcisme contre la mort, se retrouvent dans Le Hibou et la baleine (1993), qu’il appelait « mon livre d’images ».

L’ensemble de cette œuvre cohérente, qui cherche à rendre compte du temps de l’être et pas de celui du faire, est un éloge à la création, une constante invitation à la lenteur, au Dasein, à la fraîcheur, à une vigilante allégresse, à l’amour des lieux et des êtres.

Nicolas Bouvier est également l’auteur d’ouvrages sur des sujets divers : Vingt-Cinq Ans ensemble. Histoire de la télévision romande (1979), Les Boissonnas, une dynastie de photographes (1983), L’Art populaire (1991), L’Échappée belle (1996), où il célèbre les écrivains qu’il aime, de Gobineau à Michaux. En 1995, le grand prix Ramuz a couronné l’ensemble de ses écrits.

Anne-Marie JATON

Bibliographie critique
Une grande partie des récits de voyage de Nicolas Bouvier a été rassemblée en un volume de la collection Quarto, chez Gallimard. L’Œil du voyageur a paru aux éditions Hoëbeke en 2001.C. ALBERT dir, Autour de Nicolas Bouvier : résonances, éd. Zoé, Carouge-Genève, 2002V. GODEL, Nicolas Bouvier : faire un peu de musique avec cette vie unique, Métropolis, Genève, 1998 ; Le Vent des routes, hommages à Nicolas Bouvier, ibid., 1998A.-M. JATON, Nicolas Bouvier : paroles du monde, du secret et de l’ombre, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2003A. PASQUALI, Nicolas Bouvier, un galet dans le torrent du monde, ibid., éd. Zoé, Carouge-Genève, 1996La Suisse ouverte : Nicolas Bouvier, Cahiers francophones d’Europe centre-orientale, no 4, 1994J. STAROBINSKI, Le Corps, miroir du monde : voyage dans le musée imaginaire de Nicolas Bouvier, éd. Zoé, Carouge-Genève, 2000.

BRANDAN ou BRENDAN VOYAGE DE SAINT

La navigation prend une place privilégiée parmi les voyages spirituels : la mer, c’est l’aventure pleine de dangers mystérieux aux confins du réel et de l’imaginaire. Dès la fin de l’Antiquité, les philosophes stoïciens qui commentent allégoriquement Homère font de l’Odyssée une ascèse, une purification progressive de l’âme vers sa patrie. En chrétienté, la faveur vient au genre sous l’effet de la tradition celte, autour du personnage de saint Brandan. Le texte original de la légende serait une Navigatio sancti Brendani rédigée au Xe siècle en Basse-Rhénanie sous l’influence très visible des imrama (mythes païens sur l’Autre-Monde) irlandais ; de ce texte, il existe encore une centaine de manuscrits de tous les pays d’Europe et de toutes les époques jusqu’au XVIe siècle. La navigation ne marque pas de limite nette entre le réel et l’au-delà, et mêle des thèmes fantastiques (l’île-poisson sur laquelle Brandan et ses compagnons font du feu et qui se dérobe aussitôt sous eux) venus du folklore et des thèmes chrétiens (l’Enfer et le Paradis). Les versions vernaculaires, dans toutes les langues romanes, germaniques et nordiques christianisent le sens général du récit : Brandan ne s’embarque plus par curiosité, le Paradis est situé à la fin du voyage, mais les thèmes païens ne disparaissent pas. C’est là un exemple typique du résultat de l’acculturation des Barbares par l’Église après les Grandes Invasions. Le Voyage de saint Brandan (1106 ?) du moine anglo-normand Benedeit (Benoît) ne dépend pas du texte latin, mais remonte plus haut dans la légende et transforme le conte merveilleux en vie de saint, le périple en purification progressive du héros au cours d’un véritable pèlerinage.

Jean-Pierre BORDIER

BRAZZA PIERRE SAVORGNAN DE (1852-1905)

Explorateur et colonisateur français, d’origine italienne. Élève de l’École navale à titre étranger (1868), Pierre Savorgnan de Brazza prend part à la guerre de 1870-1871 dans la marine française et demande sa naturalisation qu’il obtiendra en 1874. À l’issue d’une croisière au large des côtes du Gabon (1873-1874), il sollicite et obtient l’autorisation d’explorer l’Ogooué. Au cours d’une première expédition (1875-1878), il remonte le fleuve, franchit la ligne de partage des eaux et se dirige vers le Congo qu’il doit renoncer à atteindre devant l’opposition que manifestent certaines tribus. Dès cette époque, il applique ce qui sera sa ligne de conduite constante à l’égard des populations africaines : le refus de toute violence, l’appel à la confiance et à la négociation.

À son retour en France, il repousse les offres du roi Léopold II de Belgique et comprend que l’immense bassin du Congo — que Stanley vient de découvrir — suscite déjà des ambitions territoriales. Désireux que la France ne soit pas absente dans un éventuel partage, il obtient une seconde mission (1880-1882) au cours de laquelle, devançant Stanley, il explore la rive droite du Congo, signe un traité de protectorat avec le Makoko (« puissant roi ») des Téké (10 sept. 1880) et fonde un poste à l’emplacement de ce qui deviendra Brazzaville, jetant ainsi les bases de la future Afrique-Équatoriale française.

À Paris, en 1882, il suscite une vaste campagne d’opinion destinée à faciliter la ratification du traité Makoko par les chambres. Ayant obtenu satisfaction, il retourne au Congo pour y compléter ses découvertes (1883-1885). Nommé commissaire général du Congo français en 1886, il administre la nouvelle colonie, s’efforçant d’en étendre les limites par des campagnes d’exploration que ses collaborateurs et lui-même dirigent vers la Sangha, le Chari, l’Oubangui et le lac Tchad. Mais il se heurte aux grandes sociétés coloniales, avides d’ivoire et de caoutchouc, qui voudraient pouvoir se partager le territoire en concessions. Sous prétexte d’incapacité administrative, Brazza est relevé de ses fonctions en janvier 1898. Il reviendra au Congo en 1905, chargé par le gouvernement d’enquêter sur les exactions commises par les sociétés concessionnaires à l’encontre des populations indigènes (travail forcé, abus du portage, violences contre les personnes). C’est au retour de cette ultime mission qu’il meurt à Dakar.

Jean-Marcel CHAMPION

BRUCE JAMES (1730-1794)

Bien qu’il ait fait des études de droit, l’Écossais James Bruce se sent attiré par l’aventure. Son mariage avec Adriana Allan, fille d’un courtier en porto, l’amène à voyager en Espagne et au Portugal. Le décès de sa femme, après moins d’une année de mariage, le pousse à vivre principalement en Espagne. Lecteur à la bibliothèque de l’Escorial, il s’intéresse aux manuscrits arabes, puis aux anciennes langues éthiopiennes. Remarqué par les autorités anglaises, il est nommé consul à Alger. Il y prend ses fonctions, le 15 mars 1763. En août 1765, il résigne sa charge et entreprend un grand voyage de découverte archéologique à travers le Maghreb. Il se rend ensuite en Syrie et en Égypte. De là, il s’embarque et parcourt la mer Rouge. Le 19 septembre 1769, il débarque à Massaouah en Éthiopie. Après un bref séjour, il se rend à Gondar, qu’il atteint le 14 février. Il visite notamment les ruines d’Axoum. Ayant su se faire accepter à la cour, il obtient le fief de Geesh, où il suppose que se trouvent les sources du Nil, but de son expédition. S’étant rendu compte que les sources du Nil étaient beaucoup plus lointaines, il revient à Gondar. Après avoir plusieurs fois risqué sa vie à cause de l’anarchie politique du pays, Bruce quitte finalement Gondar, le 26 décembre 1771, emportant dans ses bagages quelques précieux manuscrits. Au Sennar, il passe plusieurs mois en prison. Libéré, il atteint Assouan, c’est-à-dire la frontière égyptienne, le 29 novembre 1772.

Malgré une certaine faveur en France et en Italie, les récits de Bruce, Voyage aux sources du Nil, pendant les années 1768-1773 (Travels to Discover the Source of the Nile, in the Years 1768-1773, 5 vol., 1790), sont considérés comme invraisemblables par la plupart de ses contemporains. Aigri, il se retire sur ses terres, en Écosse. Ce n’est qu’après la mort, en 1785, de sa seconde épouse que Bruce se met à écrire ses récits de voyages afin de trouver un dérivatif à son malheur. Mal rédigés, mal ordonnés, ces cinq gros volumes constituent cependant un monument incomparable pour l’histoire de l’Éthiopie.

Alfred FIERRO

BURTON sir RICHARD FRANCIS (1821-1890)

Après avoir fait des études à Trinity College, à Oxford, Richard Francis Burton s’engage dans l’armée dès qu’éclate la première guerre afghane, en 1842, et part pour l’Inde. Mais ses activités militaires sont totalement éclipsées par ses études. Il apprend le hindī, le gujerātī, le mahratte, le sindhī, le pendjābī, le persan, le pachto, le sanskrit et l’arabe. Il s’initie en même temps aux cultures correspondant à ces langues. Malade, il est rapatrié en 1849. De retour en Angleterre, il publie toute une série d’ouvrages scientifiques sur l’Inde. En 1853, il fait le pèlerinage de La Mekke et en tire un livre. En 1854, il tente d’explorer le pays somali, dans la région de Berbera, mais, blessé, il doit revenir en Angleterre.

La Royal Geographical Society lui propose alors de monter une expédition en Afrique centrale, vers les sources du Nil. Il quitte l’Angleterre en octobre 1856 pour une aventure qui dure deux ans et demi. En février 1858, il arrive au lac Tanganyika, mais des difficultés incessantes l’obligent à revenir à Zanzibar sans avoir pu découvrir toute la région des grands lacs.

Désormais célèbre, il voyage dans le monde entier. En 1860, il est au pays des Mormons, dans l’Utah. Il est ensuite consul de Grande-Bretagne à Fernando Póo, ce qui lui permet de s’intéresser au Dahomey et au pays yorouba. Il est le premier Européen à faire l’ascension du mont Cameroun. Il remonte l’embouchure du Congo et se rend au Gabon. De 1865 à 1869, il est en poste en Amérique du Sud, de 1869 à 1871 consul à Damas. Ses fouilles mettent au jour les premiers vestiges de la civilisation hittite. À partir de 1872, il est en poste à Trieste, mais cela ne l’empêche pas de se rendre à nouveau en Inde, puis dans la région dite de la Gold Coast (le Ghana actuel), tout en faisant, entre-temps, des fouilles en Italie du Nord. En outre, il traduit en anglais les Lusiades de Cam oes et Les Mille et Une Nuits.

Alfred FIERRO

BYRD RICHARD EVELYN (1888-1957)

Officier de marine américain, pionnier de l’aviation et explorateur polaire, né le 25 octobre 1888 à Winchester (Virginie), mort le 11 mars 1957 à Boston.

À sa sortie de l’école des officiers de la marine américaine en 1912, Richard Evelyn Byrd apprend à piloter à la base aérienne de Pensacola (Floride). Après avoir servi la marine avec distinction pendant la Première Guerre mondiale, il invente des méthodes et des instruments de navigation (sextant avionique, simulateurs de dérive). Il participe également à la construction des dirigeables transatlantiques.

La carrière polaire de Byrd débute en 1924 lorsqu’il est nommé à la tête d’un petit détachement aérien pour une expédition arctique vers l’ouest du Groenland, basée à Etah. Survolant la banquise et les glaciers, il rêve de survoler le pôle Nord. Le 9 mai 1926, aux côtés de Floyd Bennett, il réalise ce qu’il qualifie de premier vol au-dessus du pôle Nord en avion, depuis le Spitzberg (Norvège). Le vol dure 15 heures 30 min. La véracité de cet exploit sera plus tard mise en doute. Le journal de bord de Byrd, découvert en 1996, suggère que l’avion se trouve à environ 240 kilomètres du pôle lorsque Byrd décide de faire demi-tour en raison d’une avarie. De ce fait, le premier survol du pôle Nord aurait alors été réalisé trois jours plus tard en dirigeable par le Norvégien Roald Amundsen, l’Américain Lincoln Ellsworth et l’Italien Umberto Nobile.

Byrd forme ensuite Charles Lindbergh à la navigation et à utiliser la piste rallongée en vue de se lancer dans la traversée en solitaire de l’Atlantique, qu’il effectuera en mai 1927. Byrd décide lui aussi de tenter une traversée de l’océan d’ouest en est. Il y parvient en juin 1927, avec trois compagnons, avant d’amerrir de force, 42 heures plus tard, à Ver-sur-Mer, sur la côte normande, en raison du mauvais temps.

En 1928, Byrd annonce sa décision d’explorer les régions inconnues de l’Antarctique depuis les airs. Sa première expédition (1928-1930) lève l’ancre vers le sud en octobre 1928. La base Little America est aménagée sur la banquise, face à la mer de Ross. Survolant l’Antarctique, Byrd découvre une chaîne de hautes montagnes, qu’il baptise Rockefeller, et, au-delà, de vastes étendues qu’il nomme Terre Marie Byrd, en l’honneur de son épouse. Le 29 novembre 1929, Byrd et trois de ses compagnons réalisent le premier survol du pôle Sud, revenant à Little America 19 heures après le départ. Byrd sera promu contre-amiral en récompense de cet exploit.

En 1933-1935, Byrd organise une deuxième expédition jusqu’à Little America dans le but de cartographier et de revendiquer des terres autour du pôle. Il poursuit son exploration de la Terre Marie Byrd et ses observations scientifiques. Durant l’hiver de 1934, Byrd passe cinq mois en solitaire dans une cabane à la station météorologique de Bolling Advance Base, enterrée sous la banquise à environ 200 kilomètres au sud de Little America, par des températures comprises entre — 50 et — 60 0C, parfois même inférieures. Il est finalement rapatrié, gravement malade.