De l’Allemagne 1800-1939 (Paris - 2013) - Encyclopaedia Universalis - ebook

De l’Allemagne 1800-1939 (Paris - 2013) ebook

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Quoi de mieux qu’une exposition pour célébrer le cinquantenaire du traité de l’Élysée, signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer le 22 janvier 1963 ?...

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ISBN : 9782341009485

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Les grandes expositions sont l’occasion de faire le point sur l’œuvre d’un artiste, sur une démarche esthétique ou sur un moment-clé de l’histoire des cultures. Elles attirent un large public et marquent de leur empreinte l’histoire de la réception des œuvres d’art.

Sur le modèle des fiches de lecture, les fiches exposition d’Encyclopaedia Universalis associent un compte rendu de l’événement avec un article de fond sur le thème central de chaque exposition retenue : - pour connaître et comprendre les œuvres et leur contexte, les apprécier plus finement et pouvoir en parler en connaissance de cause ; - pour se faire son propre jugement sous la conduite de guides à la compétence incontestée.

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De l’Allemagne 1800-1939 (Paris - 2013)

Quoi de mieux qu’une exposition pour célébrer le cinquantenaire du traité de l’Élysée, signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer le 22 janvier 1963 ? Andreas Beyer, directeur du Centre allemand d’histoire de l’art à Paris, avait proposé initialement de montrer aux Français comment rayonnait la culture allemande à Weimar à l’époque de Goethe. Le comité d’organisation se décida finalement pour un projet plus ample : De l’Allemagne1800-1939. De Friedrich à Beckmann (musée du Louvre, Paris, 28 mars-24 juin 2013), présenté par les commissaires Sébastien Allard, Danièle Cohn et Johannes Grave.

Le libellé renvoie à l’ouvrage de Madame de Staël que la police de Napoléon mit au pilon en 1810, et qui reparut à Londres en 1813. Sous le même intitulé existe aussi un essai en français du poète allemand Henri Heine, exilé à Paris à partir de 1831. Comme celui-ci l’indique en 1835 dans sa Préface, il a emprunté son titre à Madame de Staël par provocation, pour « redresser » les « erreurs » sur l’Allemagne qu’elle a répandues en France.

1. Une identité problématique

Le directeur du Louvre, Henri Loyrette, a demandé à l’artiste allemand Anselm Kiefer une œuvre appelée à figurer au seuil de cette exposition. Pourquoi Kiefer ? En 2008, il a reçu, avec Christian Boltanski, le prix Charles de Gaulle-Konrad Adenauer, destiné à récompenser des personnalités ayant contribué à une meilleure compréhension réciproque entre la France et l’Allemagne. Voici donc De l’Allemagne (1982-2013) : dix panneaux monumentaux, en noir sur fond blanc, portant çà et là des phrases en allemand d’une écriture enfantine, ou des noms d’écrivains, de philosophes, et schématisant les drames de la « nation » allemande. Une grille de hauts arbres. Derrière, un fleuve. Non pas le Rhein, le Rhin, mais le Rein, le « pur », jeu de mots sous une faute d’orthographe.

Un des pères du nationalisme allemand, le philosophe de Greifswald Ernst Moritz Arndt, auteur de La Germanie et l’Europe (1802), a décrété qu’au-delà du Rhin il fallait éliminer « tous les mélanges impurs, vains et mensongers ». L’idée court ensuite, patente ou latente, selon les forces politiques déterminantes, sur près d’un siècle et demi. Dans une Allemagne éclatée, où l’unité ne se fit qu’en 1871, la formation d’un sentiment national eut pour cause essentielle l’hostilité à Napoléon et à ses armées, avec pour épisode culminant les guerres de libération en 1813. De leur côté, les artistes ont-ils contribué à construire la représentation d’une « identité allemande » ? Après les symboles de Kiefer annonciateurs de catastrophes, l’exposition elle-même répond par l’affirmative. Selon ses commissaires français, Danièle Cohn et Sébastien Allard, « Qu’est-ce qu’être allemand ? » serait la question à laquelle « les penseurs et les artistes de 1800 jusqu’à 1914 » auraient décidé de se confronter.

Cette exposition est donc fondée sur un présupposé, et la période choisie, 1800-1939, est tout aussi artificielle. Historiquement, 1800 ne signifie rien. Pour ce qui est de 1939, la date est marquante pour les peuples européens, puisque débute la Seconde Guerre mondiale. Mais, pour l’Allemagne, la césure s’est produite avant, lors de la nomination d’Hitler comme chancelier, le 30 janvier 1933.

2. Histoire et paysage

Les œuvres qui témoigneraient de la cristallisation de « l’identité allemande » sont regroupées autour de trois thèmes.

Premièrement, la reconstitution d’un passé héroïque, avec l’admiration pour l’Antiquité classique et l’Italie (J.H.W. Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787 ; Johann Friedrich Overbeck, Italia et Germania, 1812). C’est l’époque d’un art « apollinien » (Gottlieb Schick, Apollon parmi les bergers, 1806-1808). S’y manifeste une peinture d’histoire ou de paysage, traduisant le sentiment d’appartenance à un territoire national (Franz Pforr, Entrée de Rodolphe de Habsbourg à Bâle, 1808-1810 ; Carl Hasenpflug, Vue idéale de la cathédrale de Cologne, 1834-1836).

Deuxième phase, la glorification de la vie et des forces élémentaires. Un art « dionysiaque ». C’est le romantisme de Philipp Otto Runge (Les Heures du jour : le soir, 1805), de Carl Gustav Carus (Haute Montagne, vers 1824), de Caspar David Friedrich (Brume matinale dans les montagnes, 1808 ; Le Watzmann, 1824-1825), puis le néoromantisme symboliste de Franz von Stuck ou d’Arnold Böcklin.

Enfin, Ecce Homo, l’« humain » au centre des interrogations, avec la Première Guerre mondiale en apogée. Les scènes horribles de Max Beckmann et d’Otto Dix l’expriment.

En résumé, derrière trois notions empruntées abstraitement à Friedrich Nietzsche (l’apollinien, le dionysiaque, l’humain d’Ecce Homo, à l’origine la Passion du Christ), les organisateurs de cette exposition prétendent évoquer le destin « allemand ». À partir d’une telle vision, bien des artistes importants ne peuvent que manquer, Max Klinger, Max Liebermann, John Heartfield, entre autres. Et il n’y a pratiquement rien pour les avant-gardes qui se manifestèrent de 1905 à 1933.

En clôture de l’exposition se trouve une salle où, sur le pan gauche, est projeté le film Les Hommes, le dimanche, tourné en 1929 par Robert Siodmak, cinéaste d’origine juive qui émigra en 1933, et en face, sur le pan droit, Olympia (Les Dieux du stade), exaltation des jeux Olympiques de Berlin en 1936 par la cinéaste pronazie Leni Riefenstahl. Cette opposition invite à penser, sans doute, que « l’identité allemande » se révèle problématique. Chemin de l’humanité ordinaire, ou chemin du surhumain ? Mais n’est-ce pas jouer avec une fausse alternative, puisque, dès février 1933, des milliers d’Allemands, pas moins allemands que Leni Riefenstahl, ont été obligés de fuir l’Allemagne, quand ils ne furent pas enfermés dans des camps de concentration ?

Certains commentateurs, dans la presse allemande, ont polémiqué contre les partis pris de cette exposition. Elle ne reflète guère, en effet, l’activité des beaux-arts en Allemagne sur la période concernée. Heureusement, le visiteur français ne tarde pas à oublier cette sélection arbitraire d’un art dit « allemand » pour prendre plaisir à voir des œuvres qu’il n’a pas souvent l’occasion de contempler à Paris.

Lionel RICHARD

ALLEMAGNE HISTOIRE

Introduction

On ne saurait exagérer l’importance de la date de 1648 dans l’histoire de l’Allemagne. Non que les traités de Westphalie, en dépit d’une légende tenace, aient instauré un « nouvel ordre européen » : ils sont avant tout un règlement des questions allemandes à l’issue de la longue période – quelque 130 ans – de luttes religieuses et politiques qui séparent l’Allemagne médiévale de l’Allemagne moderne. (Maximilien Ier, mort en 1519, a tous les caractères d’un souverain du Moyen Âge.) Ces traités règlent à la fois les « satisfactions » territoriales accordées à certains princes allemands (Bavière, Brandebourg) ou étrangers (France, Suède), le statut des Églises en Allemagne et l’organisation intérieure de l’empire. La « garantie » franco-suédoise (que remplacera en fait, après le congrès de Teschen de 1779, une garantie franco-russe) est dirigée moins contre l’Allemagne que contre les ambitions de l’Empereur, d’autant plus à craindre qu’une présomption d’hérédité est en train de s’établir en faveur de la dynastie des Habsbourg.

Allemagne, 1648. Le morcellement de l'Empire germanique après les traités de Westphalie (1648).

Les trois siècles qui englobent l’histoire de l’Allemagne moderne ont connu trois formes de Reich, séparées par des interrègnes de durée très inégale.

Au Ier Reich, qui se dissout en 1806, fait suite une longue période au cours de laquelle le lien destiné à unir les pays germaniques n’arrive pas à se définir. Tour à tour sont essayées une solution napoléonienne : la Confédération du Rhin (1806), une solution autrichienne : la Confédération germanique (1815), une solution prussienne : la Confédération de l’Allemagne du Nord (1867). Celle-ci aboutit, après la guerre franco-allemande, à la fondation, en 1871, du IIe Reich, celui de Bismarck : un empire fédéral sous la direction du roi de Prusse qui prend le titre d’empereur. La défaite de 1918 inaugure – bien que l’appellation Deutsches Reich soit officiellement conservée par la Constitution de 1919 – un nouvel interrègne, la République de Weimar. Celle-ci s’effondre en 1933 sous les coups du parti national-socialiste dont le chef, Adolf Hitler, prétend fonder pour mille ans un IIIe Reich. Il durera en fait douze ans, ayant entraîné le pays dans la plus grande catastrophe de son histoire. L’Allemagne contemporaine offre des traits qui, un demi-siècle après la défaite, présentent avec celle qui l’a précédée plus de différences que de ressemblances.

1. Le dernier visage du Premier Reich (1648-1806)

On se rappelle que l’Empire comprend quelque 350 États – mais est-ce bien le mot qui convient pour les villes libres, les évêchés, les abbayes, les seigneuries minuscules ? – représentés par la Diète de Ratisbonne. À sa tête, un empereur désigné par huit (neuf en 1692) Électeurs, laïcs et ecclésiastiques, protestants et catholiques. Pendant toute cette période, les empereurs appartiennent – sauf une exception – à la dynastie des Habsbourg : Léopold Ier (1658-1705), dont le règne marque la naissance de l’État autrichien ; Joseph Ier (1705-1711), qui prend une part active à la guerre de Succession d’Espagne ; Charles VI (1711-1740), l’auteur de la pragmatique sanction de 1713 ; Charles VII de Bavière (1742-1745) ; François Ier (1745-1765), dont Marie-Thérèse inspire la politique ; Joseph II (1765-1790), type du despote éclairé, qui abolit le servage et impose l’allemand comme langue officielle ; Léopold II (1790-1792) ; François II (1792-1806), qui entra en guerre contre la France de la Révolution.

• L’espace allemand

Que fut l’Empire de ces Habsbourg ? Quelque 900 000 km2, de Kiel à Trente, de Nancy à Vienne, d’Aix-la-Chapelle à Breslau. Mais il faut en défalquer ce que l’on commence, au XVIIIe siècle, à appeler l’Autriche, autrement dit les possessions héréditaires des Habsbourg : couronne de saint Venceslas (Bohême, Moravie, Silésie jusqu’au milieu du XVIIIe siècle) et domaines proprement autrichiens (Autriche, Tyrol, Styrie, Carinthie, Carniole) – ainsi que les provinces qui font peut-être partie du Saint Empire romain, mais non pas germanique : Pays-Bas espagnols puis (1714) autrichiens, Lorraine (jusqu’en 1738), Franche-Comté (jusqu’en 1678). Il faut y ajouter, par contre, les possessions prussiennes situées hors des limites de l’Empire : Prusse dès avant 1648, territoires arrachés à la Pologne en 1772, 1793 et 1795. Circonscrite de la sorte, l’Allemagne constitue un ensemble d’environ 500 000 km2. Les frontières de l’Empire varient peu de 1648 à 1803. Les cessions entament l’Ouest, au profit de la France : Alsace (1648), Franche-Comté (1678), Lorraine (1738). C’est hors de l’Empire que s’accroissent la Prusse et l’Autriche, aux dépens de la Pologne et de la Turquie. En passant des Habsbourg aux Hohenzollern, la Silésie ne quitte pas l’Empire.

L’espace ainsi délimité présente un aspect assez différent de celui auquel nous sommes accoutumés, notamment par la faiblesse de l’occupation du sol. Les solitudes abondent : landes, tourbières et marécages de l’Allemagne du Nord-Ouest, « sablonnières » du Brandebourg et de Poméranie, trouées de lacs, semées de bois de pins et de bouleaux, épaisses forêts de l’Allemagne moyenne (Spessart, plateaux de Rhénanie et de Hesse, Juras souabe et franconien). Les cours d’eau jouent souvent le rôle de zones de répulsion. C’est vrai des fleuves de l’Allemagne de l’Est avec leurs forêts inondées, Spreewald et Oderbruch, et aussi du Rhin supérieur de Bâle à Mannheim, inextricable fourré d’aulnes et de roseaux où divaguent les bras d’un fleuve encore sauvage. Seules sont cultivées, outre quelques taches de « colonisation » dans le Nord et l’Est, les campagnes de l’Ouest et du Sud-Ouest, certaines régions privilégiées comme la Goldene Aue de Thuringe, quelques vallées : Neckar, Main, Elbe moyen, Rhin depuis Worms jusqu’à l’entrée en Hollande. Une exception toutefois concernant les hauteurs : à la solitude forestière du Wald s’oppose le Berg, la montagne riche en minerais d’argent, d’étain, de plomb, de cuivre, de fer, qu’exploite une population de mineurs habiles et recherchés dans toute l’Europe.

Un espace qui a peu changé depuis le XIIIe siècle et que – après la réparation des ruines de la guerre de Trente Ans – la révolution agricole n’atteindra guère qu’à la fin du XVIIIe siècle.

• Une population inégalement répartie

Combien d’hommes vivent sur cet espace ? Les évaluations sont malaisées. On considère qu’entre 1620 et 1650 la population de l’Empire (non de l’Allemagne) est tombée de 20 à 7 millions. Elle serait remontée à 10 millions vers 1700 pour retrouver le chiffre de 20 millions vers 1750 et atteindre 28 millions en 1790 ; lenteur de la reprise donc, due avant tout aux années creuses du milieu du XVIIe siècle, les régions les plus touchées étant, en Allemagne du Nord, le Brandebourg, la Poméranie, le Mecklembourg et la Silésie, dans l’Allemagne moyenne le pays de Magdebourg, la Thuringe et la Hesse, dans le Sud-Ouest la plaine rhénane, plus particulièrement le Palatinat. À l’influence de ce creux démographique il faut ajouter, pour l’Allemagne du Nord, la malaria (la peste a disparu avec la guerre de Trente Ans). Déjà faible par elle-même, cette population est très inégalement répartie. Il y a contraste entre l’Est où, vers 1650, la densité est inférieure à 5, et l’Ouest où elle atteint 15 à 20, parfois 30 en Rhénanie et au pied des Alpes, rejoignant ainsi le noyau dense qui, d’Amsterdam à Messine, forme la dorsale démographique de l’Europe. La croissance par quoi se marque le XVIIIe siècle affecte donc surtout l’Est et le Nord – l’Allemagne « coloniale » – dont certaines provinces doublent ou même triplent entre 1700 et 1800 : la Silésie s’accroît de 100 p. 100, la Prusse orientale de 132 p. 100, la Poméranie de 316 p. 100.