Confucius et confucianisme - Encyclopaedia Universalis - ebook

Confucius et confucianisme ebook

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Deux millénaires et demi durant, ou peu s'en faut, la pensée, la fable et l'influence de Kongzi, notre Confucius, ont formé une grande part des Chinois, des Coréens, des Vietnamiens, des Japonais et jusqu'à certains Européens. Si même on la compare à celle de Mahomet ou du Bouddha,...

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Confucius et confucianisme

Introduction

Deux millénaires et demi durant, ou peu s’en faut, la pensée, la fable et l’influence de Kongzi, notre Confucius, ont formé une grande part des Chinois, des Coréens, des Vietnamiens, des Japonais et jusqu’à certains Européens. Si même on la compare à celle de Mahomet ou du Bouddha, la marque de ce moraliste semble exceptionnellement tenace :

Il ne parla qu’en sage, et jamais en prophète Cependant on le crut, et même en son pays.

Voltaire avait raison : il est vrai qu’on le crut, hélas, au lieu de s’en inspirer. Au milieu du XXe siècle, notamment, à l’heure même où le président Mao vouait le vieux maître aux gémonies, alors que dans Comment devenir un bon communiste ? Liu Shaoqi se référait aux empereurs modèles de la doctrine, Yao et Shun, une société d’études confucéennes, un peu naïve peut-être, mais à plus d’un égard digne de sympathie, s’organisait discrètement à Genève, sous l’impulsion d’un citoyen suisse. Si peu nombreuse qu’on la sût, et si peu efficace, on remarquait avec des sentiments mêlés qu’elle écrivait à ses correspondants en restaurant un comput censément confucéen. Vers le même temps, le sinologue américain Herrlee Glessner Creel publiait Confucius, the Man and the Myth, pour célébrer en Kongzi un précurseur de la démocratie libérale.

Qu’on la juge mauvaise ou bonne, une action aussi générale, aussi durable, aussi profonde, aussi tyrannique parfois, hélas, mérite qu’on l’examine avec objectivité.

1. Confucius et son temps

• Le trop célèbre auteur du « Lun yu »

Du mythe...

De l’homme, on ne sait presque rien : des dates (551-479 avant notre comput) ; des anecdotes fabuleuses (cette licorne, avant la naissance du Maître, qui vomit un livre orné de pierres précieuses ; cette autre licorne, qui lui présage sa mort, etc.) ; un nom lui-même qui prête aux gloses abigotantes (n’y trouve-t-on pas le caractère « hirondelle » ? Or le fondateur de la dynastie des Shang ou Yin, à laquelle remonterait notre homme, naquit de Jiandi, laquelle fut agréablement fécondée par un œuf d’hirondelle qu’en jouant elle déglutit). Quant au nom personnel du philosophe, Qiu, Marcel Granet prouva qu’il est en rapport, ainsi que faire se doit, avec la nature de celui qui le porte : ce mot veut dire « tertre » ; or Confucius avait le crâne relevé sur les bords et creux au centre, anomalie qui s’éclaire très bien si l’on se rappelle que sa mère, après avoir conclu avec un vieillard un mariage « disproportionné » – selon la traduction d’Alexis Rygaloff – s’en fut prier sur le tertre Ni qiu. Or ni signifie « tertre à sommet renversé, qui recueille les eaux ».

D’autres « preuves par l’étymologie » sont ainsi laïcisées dans les travaux de Granet. De sorte que, si Voltaire n’a point tort de célébrer en son idole un homme qui ne se donnait nullement pour un prophète, la sociologie contemporaine a raison de découvrir en lui un système d’allusions à toutes sortes de mythes. Les dates de sa vie elles-mêmes nous deviennent suspectes. Si Confucius naquit en 551, s’il avait cinquante ans lors de l’entrevue de Jiagu au cours de laquelle il transforma un traquenard en véritable paix, s’il mourut à soixante-douze ans, ne serait-ce point parce qu’il fallait qu’un si grand homme naquît cinq cents ans tout juste après le duc de Zhou, autre grand sage ; parce que cinquante ans, c’est en Chine l’âge de la plénitude, de la perfection, et que soixante-douze, dans le système classificatoire et protocolaire de la numération chinoise, constitue un repère d’importance capitale. Si donc Maître Kong naquit en 551, c’est peut-être parce que l’entrevue en question eut lieu en 500, à moins que l’entrevue n’ait eu lieu en 500 que parce que Confucius était né en 551. Ainsi du reste. Henri Maspero estime qu’on ne peut dater au juste ce philosophe, dont le nom et la vie officielle sont décidément trop chargés de fables. Quand on ne pousserait pas l’évhémérisme aussi loin que nos meilleurs sinologues, comment admettre avec la légende que Laozi, l’auteur présumé du Dao de jing, ait ridiculisé le jeune Confucius ? Cet ouvrage composite est bien postérieur à l’œuvre de celui-ci.

... à l’œuvre

L’œuvre ? De même que nous devons renoncer à prendre pour documents d’histoire la biographie que nous transmet Sima Qian, il nous faut consentir à ne plus attribuer au Maître tout ce qui compte avant lui dans les lettres chinoises. Ni le Canon des poèmes, qu’il est censé avoir classé, ni le Canon des documents, qu’il aurait compilé, ni le Canon des mutations, dont on lui attribue les « dix ailes » ou appendices, ne sont de lui ; non plus que les Printemps et les Automnes, cette chronique du pays de Lu dont il serait originaire.

Pour parler de son œuvre avec prudence et probité, il faut donc se borner à examiner le Lun yu, les Entretiens familiers  : anecdotes, maximes, brèves paraboles et propos familiers, en effet, arbitrairement répartis en vingt sections, et le plus souvent mal situés historiquement ; oui, des anas, sans plus : recueillis par des disciples, ou des disciples de disciples.

• Sous un empire décadent

En ce temps-là, l’empire chinois des Zhou agonisait : des principautés rivales s’entre-déchiraient ; durant cette décadence politique à quoi mit fin en 256 (avant notre comput) le fondateur de l’empire centralisé mais totalitaire Qin Shi Huangdi, une société féodale se survivait plutôt mal que bien. Libres, affiliés à un clan, les nobles s’adonnaient au tir à l’arc, à la guerre, célébraient des sacrifices minutieux et fréquents, raffinaient sur le luxe ; à côté de cette aristocratie vivotaient certaines familles pourvues d’émoluments héréditaires, nobles peu fortunés dont sortirent, si l’on en croit Maspero et Creel, presque tous les scribes de cette période, y compris Confucius. Le reste de la société – plébéiens illettrés, artisans, marchands, esclaves – était universellement méprisé. De la femme, on ne se souciait guère : encore qu’elle contribuât aux sacrifices domestiques, elle « ne doit point se mêler des affaires publiques » (Canon des poèmes). « Malheur à qui épouse une femme audacieuse et forte ! » (Canon des mutations).

Tel était le milieu dont sortait et sur lequel voulut agir, si jamais il vécut, celui que les Chinois appelaient Maître Kong, ou Kongfuzi, nom que les jésuites latinisèrent en Confucius.

Contrairement à certaines allégations d’un marxisme simplet, ces lettrés issus de la noblesse pauvre n’étaient nullement des valets de la haute aristocratie : très souvent, nous les voyons qui contredisent un noble, contrecarrent l’action d’un prince, adressent des remontrances, se déclarent prêts à mourir pour exercer le privilège de rappeler aux puissants qu’ils se doivent de gouverner dans l’intérêt des petits sires, des xiao ren. Au reste, la diversité des philosophies alors combattantes nous garantit la liberté d’esprit de beaucoup de ces prétendus serviteurs de l’aristocratie. La solution que propose Confucius n’est en effet ni la seule, ni, convenons-en, la plus efficace.

Par dégoût d’un monde atroce, ceux qu’on appellera les taoïstes refuseront toute intervention de l’homme dans le cours naturel des choses ; d’autres, avec Mozi, organiseront une façon de féroce république platonicienne, aussi pacifiste que militarisée, hostile elle aussi aux arts, à la poésie, et qui oppose aux valeurs féodales un amour mutuel sans charité ; ceux qui finiront par l’emporter – les réalistes, légalistes ou légistes – se réclament d’un empirisme organisateur, remplacent les liens personnels par une bureaucratie centralisée, fondent l’État sur la notion de loi qu’appuient rudement, à l’intérieur une police méticuleuse, à l’extérieur une armée bien entraînée.

Parce qu’il voulait résoudre par la seule morale toutes les difficultés d’un monde finissant, Confucius, il faut l’avouer, échoua politiquement : c’est en vain qu’on veut nous persuader qu’il lui suffit d’exercer en 496 la charge de Premier ministre et de faire exécuter un prédécesseur incapable pour qu’aussitôt les bouchers vendent la viande au juste prix. Nous ne sommes pas dupes de cette fable. Mais quoi ! en un siècle d’anarchie, de félonie, de cruautés, il offrit aux hommes des recettes de bien public, une politique fondée sur la morale. Ce n’est pas rien.

• Une doctrine ouverte