Cambodge - Encyclopaedia Universalis - ebook

Cambodge ebook

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Plaine et hautes terres, lacs, fleuves et forêts, la nature impose au Cambodge cette distinction. Et le mythe accuse cette division entre le Cambodge de l'eau et le Cambodge des montagnes....

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CAMBODGE

Introduction

Plaine et hautes terres, lacs, fleuves et forêts, la nature impose au Cambodge cette distinction. Et le mythe accuse cette division entre le Cambodge de l’eau et le Cambodge des montagnes.

Cambodge : drapeau. Cambodge (1948, réad. 1993). Le Cambodge contemporain a connu de nombreux drapeaux. Celui du Kampuchea démocratique était, depuis 1975, un simple champ rouge, avec au centre la silhouette jaune à trois tours du temple d'Angkor Vat ; en 1979, le nombre de tours avait été porté à cinq ; un amendement de la Constitution de 1989 avait créé deux bandes horizontales rouge et bleue, et précisé le dessin du temple.Depuis février 1990 et sur demande du prince Sihanouk, le Cambodge est revenu au drapeau de l'après-indépendance, à savoir trois bandes horizontales inégales bleue, rouge et bleue, avec au centre le dessin de trois tours d'Angkor aux filets d'architecture rouges.En juin 1991 avait été adopté le drapeau du Conseil national suprême du Cambodge, créé pour la durée de la tutelle transitoire des Nations unies (sur fond « bleu O.N.U. », la silhouette blanche de la carte du Cambodge portant en son centre le nom du pays en caractères khmers.En juin 1993, retour au drapeau des périodes 1948-1970 et 1990-1991, mais avec filets d'architecture noirs.

Le Cambodge (Cambodge vient du sanskrit Kambuja : « nés de Kambu », allusion à une légende mythologique), a-t-on dit, est un don du Mékong, mais seule la plaine vit au rythme de l’eau. Au plus fort de la crue du grand fleuve, au début d’octobre, la plaine des Quatre Bras – nœud des grandes voies fluviales où se situe Phnom Penh – est, telle une mer, agitée de tempêtes, et le fleuve Tonlé Sap renverse son cours, refluant vers les lacs qui couvrent alors quelque 8 p. 100 du territoire. Aussi le Cambodge est-il célèbre par ses pêches, les plus fructueuses du monde.

Les Cambodgiens – terme qui désigne des populations où des éléments nombreux (mōn, khmer, stieng...) se sont superposés au fonds indonésien, teinté de quelques apports indo-malais – ont fait partie du plus ancien peuplement de l’Indochine, à l’époque néolithique. Les Proto-Khmers devaient recevoir, des hommes venus de la mer et tout spécialement de l’Inde, avec les techniques les plus diverses, l’écriture, des lois et des religions. D’abord petit royaume ouvert sur la mer, le Cambodge se transforme en un vaste empire terrien qui connaît, sous Jayavarman VII (1181-1218), sa plus grande extension : outre les pays khmers, il comprend les actuels territoires de la basse Birmanie, du Laos, de la Thaïlande, une partie de la péninsule malaise et la quasi-totalité du Vietnam méridional.

Conduit pendant des siècles par des rois conquérants et bâtisseurs, adeptes de Çiva, de Vichnou ou du Bouddha (Mahayana), qui fondèrent la civilisation angkorienne et lui donnèrent un éclat incomparable, le peuple cambodgien se convertit finalement, au XIVe siècle, au bouddhisme Theravada, sa religion d’aujourd’hui. Mais les luttes intestines affaiblirent bientôt le royaume, ce qui permit à d’ambitieux voisins d’en tirer avantage.

Angkor, prise par les Siamois en 1353 puis en 1431, fut abandonnée au milieu du XVe siècle, et sa civilisation, fondée sur une riziculture intensive, s’effondra. Le Cambodge tomba peu après sous la suzeraineté des Siamois d’Ayuthia. Ses rois ne purent y faire échec, à partir du XVIIe siècle, qu’en recourant périodiquement au concours du Vietnam qui, devenu leur voisin après la disparition du Champa, sut profiter habilement de la décadence khmère et des guerres civiles pour s’approprier et coloniser l’ensemble du delta du Mékong. En 1845, Siamois et Vietnamiens, las de tenter, chacun de leur côté, de s’en emparer, s’accordèrent pour placer le Cambodge sous un condominium. La conquête de la Cochinchine par la France permit à celle-ci, en 1863, de substituer son protectorat à celui du Vietnam, puis à celui du Siam et sauva ainsi le Cambodge d’un partage entre ses deux voisins.

Progressivement modernisé, pendant quatre-vingts ans, par l’administration française, le Cambodge a recouvré en 1953-1954 son indépendance politique et économique et, par une « neutralité active », son souverain d’alors, Norodom Sihanouk, a tenté d’en accélérer le développement et de lui épargner d’être entraîné dans la guerre qui désolait le Vietnam voisin. Il a finalement échoué et, à partir de 1968, les luttes de factions et les interventions étrangères ont plongé le Cambodge dans une série d’épreuves indicibles, culminant avec le régime des Kmers rouges. Ravagé, ayant perdu près d’un tiers de sa population, le Cambodge est reparti en 1991 sur une nouvelle route.

Philippe DEVILLERS

1. Géographie

La géographie du Cambodge est fondée sur l’opposition de deux territoires : la grande plaine centrale, regroupant les centres d’activité et la majorité khmère de la population ; les hautes terres situées en périphérie du pays, peuplées d’ethnies minoritaires. Structurant la vie économique et sociale du Cambodge, cette opposition dessine une organisation auréolaire du territoire. Les recompositions actuelles repose sur des logiques d’intégration régionale des pays de la péninsule indochinoise, lesquelles se manifestent par la construction d’infrastructures, la création de zones franches aux frontières, les investissements étrangers ou les financements d’organismes internationaux.

• La dynamique d’un État tampon

La difficile fixation des frontières

Le Cambodge est l’héritier d’une des plus anciennes sociétés historiques de l’Asie du Sud-Est, le royaume du Funan, royaume indianisé du Ier siècle de notre ère et peuplé de Proto-Khmers, centré sur le delta du Mékong, ouvert sur les échanges maritimes et maîtrisant l’agriculture en milieu deltaïque. Des rivalités entre Funan et principautés vassales font basculer le centre de gravité politique vers l’intérieur des terres, sous le contrôle des peuples de l’intérieur, les Khmers, qui, à partir du IXe siècle, développent un royaume agraire fondé sur la cité hydraulique et bâtissent leurs capitales dans le périmètre d’Angkor, d’où ils rayonnent sur tout le bassin du Mékong et le centre de la péninsule indochinoise. Angkor décline à partir du XIIIe siècle, notamment sous la pression du royaume siamois de Sukhothai. À la suite d’une dernière attaque des Siamois en 1431, les souverains khmers se replient dans la plaine des Quatre Bras, à l’abri des incursions siamoises. À l’est, le territoire du royaume se contracte aussi sous la pression des Vietnamiens à partir du XVIIe siècle. La tradition royale du Cambodge est sauvée en 1863 par l’établissement du protectorat français, intégré à l’Union indochinoise créée en 1887. Les frontières actuelles du Cambodge sont, à quelques détails près, les frontières négociées par les Français, qui récupérèrent les provinces de l’Ouest occupées par les Siamois, arbitrèrent dans les plateaux à l’Est en faveur de la Cochinchine et tracèrent une frontière à travers les basses terres du delta du Mékong et les sites funanais et préangkoriens, un tracé longtemps contesté par les Khmers. Ces frontières forment un territoire de 181 000 km2, soit le plus petit pays d’Asie du Sud-Est continentale, peuplé, lors du recensement de 2008, de 13,4 millions d’habitants, qui occupe le bassin inférieur du Mékong mais n’en contrôle pas le delta et bénéficie seulement d’un accès restreint à la mer.

Une organisation du territoire orientée vers les pôles extérieurs

Le territoire cambodgien s’organise autour d’une vaste plaine entourée de plateaux, une pédiplaine, ancienne et érodée, dont la monotonie est parfois interrompue par des phnom, des reliefs peu élevés mais abrupts, d’une altitude de 100 à 600 mètres. La plaine est fermée au sud-ouest par les monts du Sud-Cambodge qui culminent à 1 800 mètres, au nord par l’escarpement des Dangrek, à l’est par les plateaux des provinces orientales de Mondolkiri et de Ratanakiri. Elle se compose de deux ensembles qui s’articulent à hauteur de la plaine des Quatre Bras et de la ville de Phnom Penh : l’ensemble de la vallée du Mékong, à l’orientation méridienne marquée par le fleuve qui coule depuis la frontière laotienne au nord vers son delta au sud-est, et se dédouble à la hauteur de Phnom Penh en deux bras principaux, le Bassac et le Mékong ; l’ensemble du bassin du Tonlé Sap, une cuvette d’orientation nord-ouest - sud-est d’altitude déclinante vers le centre, composé de la rivière Tonlé Sap, du Petit Lac et du Grand Lac, vaste surface lacustre de 2 300 km2 vers laquelle convergent les stung, les rivières qui prennent leur source dans les reliefs alentours. La confluence du Mékong, du Bassac et du Tonlé Sap forme la plaine dite des Quatre Bras.

La répartition de la population et des surfaces mises en culture comme l’orientation des voies de communication – routes et voies ferrées longent les deux rives des lacs et relient la cuvette au delta du Mékong et à Hô Chi Minh-Ville à l’est, au plateau de Khorat et à Bangkok à l’ouest – soulignent la primauté du bassin du Tonlé Sap, de la plaine des Quatre Bras et de la partie deltaïque de la vallée du Mékong dans l’organisation territoriale du Cambodge. Quatre-vingts pour cent de la population s’y concentrent, les plus fortes densités atteignant 500 habitants au kilomètre carré dans la plaine des Quatre Bras et en aval de Phnom Penh. Les Khmers, qui représentent 85 p. 100 de la population cambodgienne et vivent en plaine dans des maisons sur pilotis au sein de familles nucléaires, sont traditionnellement des agriculteurs, attachés à leur terroir (srok). L’agriculture pratiquée en faire-valoir direct sur de petites exploitations y est extensive, les contraintes du milieu pesant lourdement sur les possibilités d’expansion des surfaces cultivées par la petite paysannerie.

Cambodge : population. Cambodge. Densité de population par province (d'après le recensement de 1998), et principaux axes de communication.

Le climat tropical de mousson est en effet perturbé au Cambodge par la disposition des reliefs du sud-ouest, qui protègent la plaine des pluies de mousson. Les précipitations enregistrées, de 1 300 à 1 800 mm d’eau par an, tombent de façon irrégulière et suffisent à peine à la pratique de la riziculture en eau. En fin de saison sèche, la sécheresse transforme les paysages de plaines rizicoles, d’étendues d’herbes et de forêts en une paillasse brune, piquetée de palmiers à sucre. Lors de la saison des pluies, en revanche, l’inondation recouvre pour partie les meilleures terres. Le cours du Tonlé Sap, qui récupère habituellement le trop-plein des eaux des lacs et se jette dans le Mékong, s’inverse, bloqué par les hautes eaux du Mékong. Les lacs débordent et transforment le cœur du pays en une véritable mer intérieure de 12 000 km2. Si l’on y ajoute les basses terres inondées par la crue du Mékong proprement dite, soit les plaines au sud de Kompong Cham situées sous la cote des 15 mètres, la surface inondée atteint 24 000 km2. Enfin, du fait de l’ancienneté des terrains et du climat tropical, les sols sont en majorité latérisés, les sols fertiles limoneux de berges ou développés sur basalte à l’est couvrant seulement un million d’hectares.

Les systèmes agraires khmers traditionnels associent une riziculture extensive – les rendements moyens sont seulement de 2 tonnes à l’hectare – à la pêche en eau douce. Particulièrement abondante en octobre sur les lacs, à la période de retournement des eaux, la pêche est dans ce cas pratiquée à grande échelle par des patrons chinois et leurs employés vietnamiens. Les Khmers pêchent aussi dans les rivières et les mares creusées par les villageois pour constituer des réserves d’eau. Parfaitement adaptés aux conditions agro-écologiques, les systèmes rizicoles exploitent toutes les possibilités d’inondation des rizières. Le riz est cultivé en saison des pluies sur les terrasses, ou en riz flottant dans les basses terres inondables de la plaine deltaïque ou du pourtour des lacs. Là, il est aussi cultivé à la décrue grâce à des creusements (prek) pratiqués à travers les bourrelets portant villages et vergers, qui permettent ainsi l’inondation contrôlée de milliers d’hectares de rizières de l’arrière-berge. Les terres de berges sont, quant à elles, cultivées en polyculture commerciale.

Hors de ces systèmes traditionnels, la colonisation agricole des marges, à partir des années 1920, a permis l’extension des cultures de part et d’autre du couloir central, dans le cadre d’une agriculture commerciale dominée par de grandes exploitations. Jusqu’à la fin des années 1960, les rizières de riz semi-flottant de Pursat ou de Battambang et les plantations d’hévéas des sociétés françaises, développées sur les nappes basaltiques de l’est, produisaient le riz et le caoutchouc qui constituaient les principaux produits d’exportation du Cambodge. Le développement par des Chinois, à Kampot, au sud, vers le golfe de Thaïlande, de cultures de vergers et de poivriers comme de la pêche maritime a étendu vers le littoral la conquête de territoires agricoles, que la construction du port de Sihanoukville dans les années 1960 a contribué à structurer.

Les hautes terres composent l’auréole extérieure du territoire cambodgien. Elles enregistrent de faibles densités de population, moins de 10 habitants au kilomètre carré pour les plateaux du nord-est, soit beaucoup moins que du côté vietnamien de la frontière. Participant de la mosaïque ethnique nord-indochinoise, des populations, particulièrement nombreuses dans les plateaux de l’est, parlant des langues des familles austro-asiatique – mnong, kravet, tampuon, stieng, ou brao –, ou austronésienne – jaraï, ou radhe –, se partagent les hautes terres en villages ethniquement identifiés. Certains groupes, comme les Kuy, sont bouddhistes, pratiquent la riziculture inondée et sont assimilés à la culture khmère. La plupart d’entre eux ont cependant développé des systèmes agraires d’essartage, fondés sur la riziculture sèche en association avec d’autres céréales, et des cultures de légumes, complétées par la cueillette. Les hautes terres ont longtemps servi de zones-refuges ; les Français y ont découragé l’installation des Khmers, préservant le territoire des minorités locales, peu intégrées, malgré quelques tentatives de Sihanouk et des gouvernements successifs.

• Un pays en transition économique