Bulgarie - Encyclopaedia Universalis - ebook

Bulgarie ebook

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Lors du recensement de 2011, la Bulgarie comptait 7 351 000 habitants pour une superficie de 110 912 kilomètres carrés, soit la plus faible densité des Balkans (71 hab./km2). Plusieurs dizaines de milliers de Bulgares ont émigré en Occident depuis la chute du communisme en novembre 1989. Occupée pendant cinq siècles par les Ottomans...

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BULGARIE

Introduction

Lors du recensement de 2011, la Bulgarie comptait 7 351 000 habitants pour une superficie de 110 912 kilomètres carrés, soit la plus faible densité des Balkans (71 hab./km2). Plusieurs dizaines de milliers de Bulgares ont émigré en Occident depuis la chute du communisme en novembre 1989. Occupée pendant cinq siècles par les Ottomans, ravagée par les guerres balkaniques et les deux guerres mondiales, la Bulgarie est restée un pays relativement pauvre. Balkanique de par sa géographie, ce petit pays slave, apparu au IXe siècle, a toujours été entouré d’ennemis. Coincée entre un monde grec et turc au sud, roumain au nord, elle n’a de continuité territoriale avec les autres pays slaves qu’à l’ouest. Mais là, elle se heurte à la concurrence des Serbes qui lui disputent la Macédoine.

Bulgarie : drapeau. Bulgarie (1878). Drapeau influencé par le drapeau de l'Empire russe. Les couleurs panslaviques ont de longue date été choisies pour leur charge symbolique : le blanc pour la paix et la liberté, le vert pour la richesse de la terre, le rouge pour la puissance de l'armée (les armoiries qui occupaient le canton depuis 1947 ont été supprimées en novembre 1990).

Malgré des origines tataro-mongoles, la Bulgarie s’est ancrée définitivement dans le monde slave. Ce sont les Bulgares qui portèrent le slavon, langue de la liturgie chrétienne orthodoxe slave, à Kiev. Plus tard, les Russes offriront l’indépendance aux Bulgares après avoir battu les troupes de la Sublime Porte. Cette russophilie va perdurer et sera utilisée après 1945, lors de la prise de pouvoir par les communistes presque dans les fourgons de l’Armée rouge. Fidèle serviteur de Moscou, le pays était souvent considéré comme la seizième république de l’U.R.S.S., du moins jusqu’en novembre 1989 et la chute du vieux Jivkov. Après une transition économique et démocratique laborieuse dans les années 1990, le pays est entré dans l’O.T.A.N. en mars 2004 et dans l’Union européenne le 1er janvier 2007.

Christophe CHICLET

1. Un pays géographiquement très divers

• Les montagnes

Les montagnes occupent 27,58 p. 100 du territoire bulgare et l’altitude moyenne du pays est de 470 m. Au nord, le Balkan ou Stara Planina (la « Vieille Montagne ») prolonge les Carpates méridionales en formant un arc moulé sur la plate-forme de Valachie avant de plonger dans la mer Noire au cap Emin. Si les altitudes ne dépassent pas 2 400 m dans la partie centrale du Balkan, la complexité du relief rend les communications assez difficiles entre le sud et le nord du pays. Les plis réguliers, plus ou moins déversés vers le nord, affectés de flexures et de failles, truffés de noyaux cristallins, donnent, dans une série épaisse de formations calcaires du Crétacé, des sommets pelés et des causses entaillés de canyons. L’érosion, ralentie par un climat sec, n’a que faiblement disséqué la montagne : seul l’Isker (Iskăr) se fraie un passage vers le Danube par un défilé emprunté par la route principale. Zone de refuge au temps de l’occupation turque, la montagne a pâti d’une surexploitation pastorale, alors qu’aujourd’hui, la population ayant gagné les plaines, elle n’offre plus que des îlots de peuplement dans les rares bassins intérieurs et dans les parties supérieures des vallées affluentes du Danube, où se pratique encore un élevage transhumant d’ovins et des cultures localement irriguées.

Au sud, le haut bastion du Rilo-Rhodope forme une série de horsts limités par de beaux escarpements de failles tertiaires, dominant d’une part les plaines littorales de la mer Égée, d’autre part les bassins de la Struma et de la Maritsa (Marica). Plus élevé (près de 3 000 m), plus humide, tant par la somme des précipitations de régime méditerranéen (plus d’un mètre par an) que par la présence d’un soubassement imperméable (roches cristallines et schistes), l’ensemble du massif demeure une réserve de ressources forestières à peine exploitées, de pâturages frais l’été, un château d’eau au potentiel énergétique important. Du Rhodope proprement dit se détachent, séparés par des bassins intérieurs (Mesta), le Rila, le Pirin, et, dominant le bassin de Sofia, l’avant-poste de Vitosa. Au-delà de la Maritsa, la Sredna Gora (la « Montagne moyenne ») et la Sarnena Gora (la « Montagne des cerfs »), séparées de la Stara Planina par un complexe de vallées dont la mieux formée est la « vallée des Roses », constituent une région intermédiaire entre la Stara Planina et le massif du Rilo-Rhodope.

• La Bulgarie des plaines

La Bulgarie des plaines est de loin la plus peuplée, la plus cultivée, la plus vivante. Mais elle vit en symbiose avec la montagne qui lui fournit ses eaux, ses bois, ses minerais. La plaine danubienne, de 1 000 m jusqu’au niveau des balta du grand fleuve, est formée par un étagement de plateaux, glacis et terrasses découpés de vallées profondes et larges, aux fonds humides, qui sont autant de rubans de verdure et de cultures irriguées : Isker, Vit, Osăm, Jantra. Les villesmoyennes : Vratsa, Lovec, Pleven (anc. Plevna), Gabrovo, Tirnovo (Tărnovo), Šumen, centres administratifs et manufacturiers, occupent des positions de contact. En Bulgarie, le seul port danubien important est Ruse (anc. Rušcuk), favorisé par le trafic fluvial, mais qui s’est surtout développé grâce aux échanges entre l’U.R.S.S. et la Bulgarie, facilités par le pont routier et ferroviaire qui fut appelé « pont de l’Amitié » : en 2004, la population était estimée à 158 000 habitants.

À l’est, les placages de terres noires formés sous un climat aux nuances steppiques qui annonce l’Ukraine s’étendent sur un soubassement ancien recouvert de formations secondaires : Ludo Gorie (la « Forêt folle ») et Dobroudja (Dobrudža) dont une partie, le « quadrilatère », a été reprise aux Roumains en 1940, sont partagés en d’immenses exploitations de grande culture sèche, fortement mécanisée ; les habitants se concentrent en d’énormes villages, dont Tolboukhin (Tolbuhin, anc. Dobrič), promu au rang de centre commercial, offre le meilleur exemple.

• Le littoral de la mer Noire

La façade littorale de la Bulgarie est de 378 km : elle tranche par de belles falaises les plateaux de la Dobroudja au nord, de la Strandja au sud. Entre les deux, des faisceaux de vallées convergent vers des zones de subsidence en partie colmatées : des courants littoraux ont construit des flèches de sable isolant des limans, reliant des îlots à la côte (et formant le tombolo de Nesseber), obturant en partie l’embouchure des fleuves, déposant au fond des baies des plages de sable fin et doré. Aux modestes ports de pêche et de cabotage du nord (Kavarna et Baltchik) et du sud (Mitchourin et Sozopol) s’opposent les organismes portuaires de Varna et de Burgas. Le premier a l’avantage d’une baie profonde qu’un canal relie à l’arrière-port de Reka Devnja ; il est également relié par un ferry-boat d’une grande importance économique et stratégique au port ukrainien d’Illytchovsk, situé non loin d’Odessa ; en 2004, la ville dépassait 300 000 habitants. Moins favorisé, Burgas (189 000 hab.) est spécialisé dans l’importation des hydrocarbures et sa raffinerie en voie d’extension traite le naphte importé de l’ex-U.R.S.S. ainsi que la production locale des gisements de l’arrière-pays. Le tourisme balnéaire, symbolisé par la création de toutes pièces des stations des Sables d’Or et de la Côte du Soleil, au nord de Burgas, donnerait à la côte le caractère d’une Riviera méditerranéenne, si les hivers n’étaient si longs – plus de quatre mois – et si froids – moyenne de 0 0C en janvier. Ces caractères climatiques, s’ils tolèrent le figuier et l’amandier, excluent l’olivier et les agrumes. Plus rigoureux encore et plus sec, l’arrière-pays de collines est recouvert d’une formation végétale rabougrie et dégradée que des défrichements ont mis en valeur : les terroirs des exploitations céréalières géantes s’étendent sur des dizaines de milliers d’hectares. Seul le fond des vallées de la Kamtchija (Kamčija) et de la Tundja (Tundža), partiellement irrigué, porte des cultures maraîchères et industrielles qui annoncent les riches pays de la Maritsa.

• La transversale bulgare

L’axe de la Bulgarie est constitué par la série de bassins évasés au contact de la Stara Planina et du Rhodope, qui, de la Nisava, affluent de la Morava serbe à la Maritsa, dont le cours inférieur traverse la Thrace turque, se disposent selon une direction nord-ouest-sud-est, sont reliés par des seuils peu élevés et ont été de tout temps empruntés par l’une des plus grandes routes balkaniques : le Carski Drum (la « voie impériale ») de Byzance et de l’Empire ottoman. Les activités drainées par cette voie de passage prennent d’autant plus d’importance que la Bulgarie occidentale est isolée des massifs de Serbie et de Macédoine occidentale : aucune route remontant le versant ouest de la Struma ne se poursuit au-delà de la frontière, et la Struma elle-même, qui pourrait être un axe de première grandeur, reste séparée des pays grecs : la Bulgarie ne débouche pas sur l’Égée.

De Pirot à Sofia, le seuil est aisé à franchir : route et voie ferrée d’importance internationale (Orient-Express) pénètrent en Bulgarie à Kapitan Andréevo, venant de la ville serbe de Dimitrovgrad (anc. Tsaribrod). Le bassin tectonique de Sofia, traversé par l’Isker, est un carrefour de routes qui explique la préférence donnée à Sofia sur Tirnovo lors de l’indépendance : l’agriculture naturellement pauvre et l’industrie du bassin ont alors progressé en fonction du rôle de capitale d’une ville qui, de 20 000 habitants en 1878, est passée à plus d’un million. Mais le bassin le plus vaste, le plus riche, le plus peuplé est celui de la Maritsa qui, de la passe de Momin à la frontière turque, écoule les eaux du Rhodope au pied de beaux escarpements boisés ; de plus, les rivières affluentes de la Maritsa lui apportent, au nord comme au sud, les eaux nécessaires à l’irrigation de ces plaines aux sols fertiles mais peu arrosées et où certains étés sont arides. Autour des gros bourgs, qu’ils soient situés dans la vallée des Roses, au pied du Rhodope, dans la vallée de l’Arda ou sur le fleuve même, s’étendent des zones d’irrigation traditionnelle ; jardins et vergers fournissent des produits à hauts rendements, plusieurs récoltes se succédant dans l’année sur le même champ : légumes d’eau, piments, concombres, melons et pastèques, tomates, auxquels succèdent les fruits : cerises, abricots, pêches. Le développement de l’irrigation, à partir des barrages de la Stara Planina ou du Rhodope, a permis d’étendre les cultures industrielles, les oléagineux comme le tournesol, le tabac et surtout le coton, ainsi que les vergers et les vignobles de grand rapport gérés par de puissantes coopératives. La deuxième ville de Bulgarie, Plovdiv, concentre les activités de tout le sud-est du pays : sa population est passée de 30 000 habitants à la fin du XIXe siècle à 340 000 dans les années 2000. Ses industries transforment les produits régionaux : cellulose et papeterie, conserverie, vinification et manufactures de tabac ; industrie des textiles, surtout, qui, à partir de la fabrication traditionnelle de tapis, s’est élevée au niveau de la grande production industrielle ; le combinat Maritsa intègre filatures et tissages, utilisant aussi bien la soie et le chanvre locaux que le coton importé d’Égypte ou de l’Inde et que la laine des troupeaux de la montagne. La foire internationale de Plovdiv, carrefour entre l’Occident et l’Orient, symbolise parfaitement la fonction de passage et de contact des plaines de Thrace.

André BLANC

2. De la Bulgarie avant les Bulgares à la République populaire

• Le Moyen Âge bulgare

L’histoire de la Bulgarie commence avec l’installation sur le territoire actuel du peuple qui lui a donné son nom, avec la fondation de l’État bulgare d’Asparuch en 681. Mais il y eut une Bulgarie avant les Bulgares, dont le substrat ethnique originel est la Thrace et qui porte l’empreinte des grandes civilisations de l’Antiquité. Varna, Sozopol, Nessebar sont les héritières de colonies grecques fondées dès les VIIe-VIe siècles avant notre ère. Philippopoli, ancien nom de Plovdiv, évoque Philippe de Macédoine ; Sofia elle-même était la Serdica romaine, quand la Bulgarie se nommait la Mésie.

Slaves et Protobulgares

La Bulgarie médiévale s’est formée au terme des grandes migrations du haut Moyen Âge aux dépens de l’Empire byzantin. Elle se distingue des autres royaumes barbares par sa dualité initiale, curieuse symbiose entre deux peuples totalement différents par l’origine et la langue. Elle est née autant d’un voisinage fortuit des sept tribus slaves d’entre Danube et Balkan (une des vagues de la grande marée slave qui submerge la péninsule balkanique aux VI-VIIe s.) et des Protobulgares, nomades d’origine turque arrivés en Dobroudja après bien des vicissitudes, que de la nécessité pour ces deux peuples d’organiser leur défense commune contre la reconquête byzantine. Sous l’autorité du khan protobulgare Asparuch, la fédération slavo-bulgare réussit ainsi à faire reconnaître par Byzance l’existence du premier royaume bulgare, que son manque de cohésion condamnait à plus ou moins long terme.

Bulgarie, VIIe-XIIe siècle. Fondation et extension de la Bulgarie au haut Moyen Âge.

Aussi, la véritable naissance de la Bulgarie est-elle liée à son unification, qui est en même temps une slavisation, le terme « bulgare » prenant alors l’acception qu’il a gardée. Les artisans en furent les deux grands tsars Boris (852-889) et Siméon (893-927). Les moyens en furent la conversion de la Bulgarie au christianisme byzantin en 865 et surtout (sans quoi la Bulgarie fût facilement tombée sous l’influence de Constantinople) l’adoption de la liturgie en langue slave, que les inventeurs de l’alphabet slave, Cyrille et Méthode, avaient créée en vain pour la Moravie, mais que leurs disciples, Clément d’Okhrid et Naoum, introduisent en Bulgarie. Événement d’une immense portée, qui donne au peuple bulgare son unité morale, qui assure définitivement la victoire de la langue slave, commune désormais à l’aristocratie, au clergé et au peuple.

Byzance