Blue Belles Bulles - Tine Gabriel - ebook

Blue Belles Bulles ebook

Tine Gabriel

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Opis

Des belles anecdotes légères qui donnent le sourire aux lèvres !

Rédigé sous forme de chroniques, ce roman raconte les tribulations d’une petite fille délurée de 0 à 12 ans et son évolution au sein d’une famille pleine de fantaisie et d’humour.

Accordez-vous un moment de plaisir en lisant ces mini-chroniques : une écriture agréable et poétique, des situations drôles et des souvenirs d'enfance qui rendent nostalgiques...

EXTRAIT
Aujourd’hui, j’ai perdu ma première dent, une petite incisive tout en bas de ma bouche.
Après avoir gesticulé et tournoyé de plus en plus fort de semaine en semaine, elle a fini par abandonner ma mâchoire en plein bonbon Batna de fin de goûter. J’ai même failli l’avaler tellement je ne m’y attendais pas.
Ça m’a fait tout drôle de la découvrir soudain comme un petit caillou blanc de Poucet gisant dans la paume de ma main.
Comme ça, il y a des trucs qui te poussent dans la bouche et puis un jour, ça tombe sans crier gare comme si on allait se décomposer au détail.
Il paraît que lorsqu’on devient vieux, ça fait pareil avec les cheveux. J’espère que je ne deviendrai jamais trop vieille d’un coup. Sauf que d’après Véro, enfin plus exactement le grand-père de Véro, on n’a pas trop le choix...
Donc j’ai rangé ma dent dans une enveloppe avec précaution à l’attention de la souris et j’ai glissé l’enveloppe sous mon oreiller.
Le problème c’est que je ne sais pas franchement comment elle va faire pour escalader un deuxième étage. C’est pas une chauve-souris ! Enfin, pour être sûre quand même, j’ai décidé de ne pas fermer l’œil de la nuit. Juste pour la voir, voir à quoi elle ressemble vraiment.
Il paraît qu’elle va prendre l’enveloppe et l’ouvrir pour vérifier que c’est bien ma dent. Donc je vais garder la bouche ouverte pour qu’elle voie bien que j’ai une incisive en moins, qu’elle ne s’imagine pas que j’ai pris la dent de Véro par exemple qui a perdu la sienne dimanche dernier en plein cachou...


À PROPOS DE L'AUTEUR
Tine Gabriel partage sa vie entre l’Alsace, les Vosges et le lac Léman. Après un parcours atypique dans la publicité puis la grande distribution et le consulting, elle travaille depuis plusieurs années comme acheteuse dans l’industrie à Strasbourg.
Passionnée d’écriture depuis toujours, ceci est son premier roman.

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Tine Gabriel

Blue Belles Bulles

Chroniques délurées d’une petite fille qui grandit

Roman

 Lys Bleu Éditions—Gabriel Tine

ISBN : 978-2-85113-693-0

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

« J’ai tenté d’être raisonnable, je n’ai pas aimé »

Clint Eastwood

À mes parents

À mes enfants

Prologue

Parfois, assailli par un embryon facétieux de nostalgie, le temps se met à dégouliner et décide de jouer les rebelles… Jusqu’à plonger à la source de son passé devenu liquide ; même si celui-ci n’est pas forcément liquidé.

Ce besoin impérieux de ce qui n’est plus mais aimerait encore être remonte alors dans une sarabande infernale, une mise à nu impitoyable, un strip-tease étourdissant.

Et ce sont bientôt des milliers de bulles de souvenirs multicolores qui transpercent les profondeurs et finissent par émerger. D’abord impatientes et confuses, puis enhardies, avides et impétueuses...

Les plus délurées, les plus décoincées parviendront à se hisser à la surface en éclaboussant la mémoire.

Ce sont les plus nettes, les plus rondes, les plus belles.

Elles sont toutes bleues comme un ciel de Strumpf en plein bonus karmique.

Avec un clin d’œil malicieux, elles vont venir s’éclater dans l’instant, diluant subitement l’espace de leurs reflets scintillants.

On les appelle les « Blue belles bulles ». Surtout quand elles se mettent à danser.

Avec leur reflet irisé, elles commencent par pétiller dans une effervescence débordante et irrésistible. Et alors...

Il ne vous reste plus qu’à...

Les faire entrer… Alors, faites entrer les « blue belles bulles » !

Indépendance Day

Je suis née dans une fulgurance. Un quatre juillet torride.

Première offrande crachée à l’indépendance dans un brasier haletant.

Comme la plupart des bébés… Enfin… Presque…

C’est après que les choses se sont compliquées.

Pour cause de bidet bouché, maman, enceinte de 8 mois passés, tentait de se laver les pieds dans le lavabo quand, brusquement, elle ressentit une douleur crucifiante.

… C’est alors que le temps s’est accéléré.

Elle n’a même pas eu le temps de remettre un pied à terre que déjà, à cet instant précis, je décidais de piquer une tête dans le monde… Et m’écrasais lamentablement sur le carrelage glacé de la salle de bain, le tapis ayant choisi de glisser malencontreusement sans crier gare…

J’ai doublement hurlé. Maman aussi. Après, je ne me souviens plus.

Beaucoup plus tard, on m’a raconté que j’avais eu un hématome sur le front et que la fontanelle avait frisé le remake sismique de la faille de San Andreas, version 1857.

Heureusement, après une batterie d’examens, les médecins ont décrété qu’ils n’avaient rien trouvé d’alarmant.

Je déboulais juste dans la vie avec une immense frayeur…

… Suivie d’une déglingue indélébile…

Le coût de mon indépendance anticipée. J’étais prévue le quatorze juillet.

Rouget de Lisle ne me ferait jamais hurler...

Poussette story

Vers deux ans, je commence déjà à cerner certains contours de mon existence et plus particulièrement mes trajets quotidiens en poussette.

Ma nourrice s’appelle madame Laflotte. J’ai le droit de l’appeler « tatie » mais pas « tata » parce qu’il paraît qu’elle n’a rien à voir avec la famille...

J’adore faire de la poussette, parce qu’avec une madame Laflotte aux commandes, même quand il ne pleut pas, on n’est jamais sûr de rien, surtout quand on habite dans la Meuse.

Les jours de pluie, madame Laflotte arpente gaillardement le bitume, un chapeau en ciré rouge sur la tête.

Moi, je regarde ce sirop de parapluie dégringoler sur le trottoir, bien protégée sous ma capote bleu marine.

C’est juste que l’humidité a une influence sournoise sur ma petite vessie et généralement je finis par me précipiter sur le pot dès qu’on rentre à la maison.

Madame Laflotte a les cheveux gris foncé comme la souris dessinée sur la couverture de mon livre préféré, celui que maman me lit presque tous les soirs sur mes instances implorantes : « Sophie la petite souris », celle qui collectionne les dents des enfants...

Madame Laflotte, elle, ne collectionne pas les dents mais plutôt les boutons. Elle a une grosse boîte métallique dans laquelle s’entassent des boutons de toutes les couleurs à un, deux jusqu’à quatre trous.

Côté vestimentaire, elle porte souvent un gros gilet vert comme le bonhomme sur le feu pour traverser la route.

D’ailleurs, elle traverse toujours la route quand elle a ce gilet et pendant longtemps j’ai même imaginé qu’il fallait porter cette couleur pour avoir le droit de traverser.

Son gilet est fermé par de gros boutons vert clair magnifiques avec une forme ondulée comme le moule à tarte de mamie et en plein milieu : deux gros trous cernés d’or, enfin c’est ce que je crois parce que ça brille furieusement.

J’en ai donc déduit que Madame Laflotte devait être riche si elle avait de l’or sur ses boutons parce que le gilet de maman n’a que de vulgaires boutons en bois...

Mais Madame Laflotte est aussi une rapporteuse. Elle a raconté à maman que j’avais mangé deux barres de chocolat au goûter au lieu d’une et que j’étais une chipie.

Évidemment, maman m’a grondée en me disant que je risquais une crise de foie.

Et puis l’autre jour, lorsqu’on est rentrées de promenade et que « tatie » s’est baissée pour me sortir de la poussette, un des boutons de son gilet est resté coincé contre un tube du châssis. En forçant pour tenter de le dégager, on a entendu un cliquetis métallique, puis plus rien...

« Tatie » s’est d’abord accroupie précautionneusement sur le carrelage de l’entrée à la recherche de ce bouton malicieux puis a terminé à quatre pattes en pestant car le bouton s’avérait finalement impossible à localiser. Elle a dit un gros mot, le même que mon père dit toujours quand il renverse de la sauce de rôti sur sa chemise. Ça commence par « mer... » quelque chose mais après je ne sais plus.

— Tu n’as pas vu mon bouton ma puce ?

J’ai dodeliné la tête de gauche à droite d’un air espiègle, enfin j’imagine, parce que quand elle a fini par abandonner ses recherches, maugréant contre les mauvais esprits qui faisaient disparaître les choses, j’ai desserré lentement les petits doigts de ma main gauche...

... Juste pour admirer ce magnifique trophée scintillant qui avait meilleure allure dans ma petite main rose triomphante que sur son grand gilet vert en berne et puis surtout : elle en avait encore tellement d’autres des boutons sur son gilet.

Mon premier mensonge et mon premier larcin…

Je crois bien que ce bouton vert-doré se trouve toujours au fin fond de la boîte métallique multicolore dans laquelle maman range tous ses boutons.

Le sens de l’odorat

Je dois avoir trois ans. L’âge où on commence déjà à identifier un peu le monde qui nous entoure, ses choses agréables et toutes celles qui le sont moins.

Cet âge innocent où on découvre la vie, où on inspecte, accepte ou rejette instinctivement tout et n’importe quoi en particulier, au gré de nos déambulations aventureuses et parfois acharnées.

On habite le rez-de-chaussée d’une maison de ville avec une cour et un jardin.

La propriétaire, Madame Brenière, habite les étages avec son canari déplumé sifflotant péniblement dans une cage même pas dorée.

Madame Brenière est très « Pluto » mais sans les grandes oreilles. Je veux dire plutôt... Plutôt vieille, plutôt grosse et pas très avenante.

Je déteste particulièrement quand elle m’embrasse car sa peau sent la vieille poudre de riz éventée – ça, je l’identifierai plus tard – et sa bouche laisse toujours une trace humide sur mes joues rondes.

Alors, dès qu’elle a le dos tourné, je m’essuie en douce et laisse ensuite balader ma main négligemment le long de ma robe.

« Et comment vas-tu ma p’tite aujourd’hui ? » dit-elle en faisant claquer son dentier à chaque ‘t’

Son haleine qu’elle a plutôt fétide et souvent aillée – elle adore le Boursin – me sinistre les narines et généralement, je recule instinctivement en sautillant.

Évidemment, j’ai droit à un « mais reste donc tranquille » de maman limitant ainsi toute échappatoire véritable.

Madame Brenière a aussi un jardinier, un certain Gustave qui vient entretenir le jardin une fois par semaine... Enfin... Peut-être pas que le jardin d’ailleurs...

Quand elle prononce son prénom, elle en a plein la bouche. Gustave...

Il a le crâne déplumé comme le canari – mimétisme ? – et porte toujours un vieux bleu de travail troué aux cuisses. Pas franchement glamour le Gustave !

Mais visiblement, il a un ticket avec Madame Brenière.

Lui par contre, il sent bon malgré son allure négligée. Il se dégage toujours de son sillage des effluves de lavande qui viennent embaumer les hortensias de la cour.

De temps en temps, maman invite Madame Brenière à prendre le café. Celle-ci pose alors son énorme derrière sur une des chaises en paille de la salle à manger en poussant un gros soupir exténué.

Moi je n’attends qu’une chose : qu’elle se lève et rentre chez elle.

Dès qu’elle est partie, je me précipite sur la chaise pour renifler la paille de toutes mes narines frémissantes et une fois qu’elles sont bien imbibées, je déclare à maman de ma petite voix de crécelle innocente : « ça sent la crotte de reins ! »

Allez comprendre l’association...

Le sens de l’orientation

Je n’ai jamais su où j’en étais réellement et très souvent l’option nulle part a gangrené mon champ des possibles.

Mal orientée au niveau scolaire, désorientée dans la plupart de mes choix et pour finir, hantée par l’orient que je n’ai jamais su localiser exactement.

En résumé, j’ai toujours été complètement à l’ouest sans jamais pour autant perdre le nord. J’en ai donc déduit qu’il subsistait encore quelque espoir...

Alors je me suis interrogée pour tenter de déceler l’origine. Parce qu’il y a toujours un début à tout.

Et je suis remontée à mes quatre ans...

On venait d’emménager dans un immeuble tout neuf sur les hauteurs de Saint-Dié. D’énormes talus de terre fraîche s’élevaient encore le long du flanc nord du bâtiment, attendant d’être déblayés par une pelleteuse entreprenante.

C’était l’été et je jouais dehors juste en face de l’immeuble. Dans cette terre rouge encore meuble, je faisais des pâtés avec mon seau et ma petite pelle. Mais surtout, je fabriquais de la terre toute fine en passant les mottes à travers le tamis de mon récipient pour ensuite en remplir un baril de lessive vide. L’extase finale était le déversage de cette terre toute légère sur mes pieds nus, tout doucement comme un sablier chatouilleur.

Et puis l’appel des cimes m’avait poussée à gravir le sommet d’un des énormes monticules. Là-haut, la terre était certainement plus fine et la vue imprenable sur la cuisine de notre appartement.

Voir maman confectionner son biscuit de Savoie me rassurait les papilles et tout le reste.

Le problème s’était posé dans la descente pour retrouver ma base. Subitement, trop de monticules identiques se pressaient autour de moi et pas moyen de me souvenir par lequel j’étais montée.

Je me sentais perdue au milieu de ces montagnes toutes rouges.

Une petite panique m’avait d’abord saisie puis j’avais appelé maman qui, imperturbable, battait ses blancs d’œufs...

C’est le caniche du voisin qui m’avait sauvée. Il avait grimpé vers moi en jappant comme un dingue, sa petite langue pendant comme un buvard rose et je l’avais suivi quand il était redescendu. En plein milieu de la descente, il avait lâché une crotte frisée toute noire puis avait poursuivi en remuant la queue, satisfait de sa prestation.

Et cette crotte était devenue ma boussole les fois d’après pour retrouver mon chemin dans l’immensité de ces montagnes de terre.

Je grimpais et descendais toujours au même endroit, me repérant côté crotte noire. Et pendant tout le mois de juillet, je pus tamiser la terre la plus fine de la ville et la stocker dans plusieurs barils vides pour avoir ce plaisir jouissif de la déverser ensuite sur mes petits doigts de pieds en faisant un maximum de poussière rouge.

Je ne me suis jamais plus perdue.

Mais en rentrant de vacances fin août, une mauvaise surprise m’attendait : la crotte avait disparu !

Probablement desséchée par la chaleur et le temps passé.

Je n’avais plus osé m’aventurer sur les monticules. D’autant plus que le voisin maintenant avait décidé de promener son caniche à la laisse sur le trottoir caillouteux, me ruinant définitivement tout espoir d’orientation.

J’en ai gardé une pensée tout émue pour les petites crottes noires de caniches...

Frank Melnote

Frank Melnote est dans ma classe de maternelle, en moyenne section.

Il marche toujours avec les pieds dans la même position que la pendule de la cuisine quand la petite aiguille est sur le quatre et la grande sur le huit. Je me demande comment il fait pour avancer ; moi quand j’essaie de faire pareil, ça me ralentit et lui me traite de copieuse.

Frank Melnote est un angoissé de la vie, il a peur de tout, même d’un fruit.

L’autre jour, pendant le goûter, il a sorti une pomme de Blanche neige, toute rouge et brillante.

Je lui ai dit :

— Chiche que tu enfonces ton doigt à l’intérieur pour voir si elle a la même couleur...

— ???

Au lieu de répondre, il a ouvert de grands yeux terrifiés comme le sanglier dans Sylvain et Sylvette un soir d’orage et il a balbutié :

— T’es dingue ! Je suis pas sûr de pouvoir le retirer... Des fois qu’il reste coincé dedans...

Et puis hier, j’ai entendu la maîtresse dire à sa maman qu’il avait un comportement parfois bizarre.

C’est vrai qu’à chaque récréation, il s’élance du bout de la cour en mettant son index dans la bouche, puis il court vers le bâtiment de l’école avec ses grands pieds en quatre et huit et vient coller son index mouillé contre le mur en prenant un air bête, toujours comme le sanglier dans