Aurore de Friedrich Nietzsche - Encyclopaedia Universalis - ebook

Aurore de Friedrich Nietzsche ebook

Encyclopaedia Universalis

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Bienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d’Universalis

C’est durant l’hiver 1880-1881 que Friedrich Nietzsche (1844-1900) mit au net le premier jet du manuscrit d’ Aurore.

Une fiche de lecture spécialement conçue pour le numérique, pour tout savoir sur Aurore de Friedrich Nietzsche

Chaque fiche de lecture présente une œuvre clé de la littérature ou de la pensée. Cette présentation est couplée avec un article de synthèse sur l’auteur de l’œuvre.

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ISBN : 9782341018449

© Encyclopædia Universalis France, 2019. Tous droits réservés.

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Bienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d’Encyclopædia Universalis.

Ce volume présente des notices sur des œuvres clés de la littérature ou de la pensée autour d’un thème, ici Aurore, Friedrich Nietzsche (Les Fiches de lecture d'Universalis).

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AURORE, Friedrich Nietzsche (Fiche de lecture)

C’est durant l’hiver 1880-1881 que Friedrich Nietzsche (1844-1900) mit au net le premier jet du manuscrit d’Aurore. Il avait d’abord songé à intituler son ouvrage Le Soc de charrue. Pensées sur les préjugés moraux. Le manuscrit fut achevé à la mi-mars 1881, grâce à l’aide de Peter Gast. Imprimé par Teubner en mai, le livre fut publié en juillet 1881 par les éditions Schmeitzner. Une deuxième édition parut en 1887, augmentée d’un Avant-propos rédigé par Nietzsche en 1886. Ce livre eut moins d’écho que le précédent, Humain, trop humain (1878-1879) : il marquait le début de la traversée du désert que furent pour Nietzsche les années 1880. L’importance de son œuvre ne fut vraiment reconnue qu’après 1890.

• La conscience submergée

Aurore est divisé en cinq livres et, au total, en 575 paragraphes, fragments ou aphorismes de longueur variable, qui composent une symptomatologie de l’existence humaine et entreprennent une archéologie de la culture contemporaine. Dans son Avant-propos de 1886, Nietzsche définit ainsi son projet : « Je descendis en profondeur, je taraudai la base, je commençai à examiner et à saper une vieille confiance sur laquelle nous autres philosophes avions coutume de construire depuis quelques millénaires comme sur le plus ferme terrain. » Il était mû, dit-il en 1886, par une « volonté pessimiste » qui ambitionnait un « auto-dépassement de la morale », car il refusait « de revenir à ce qui nous semble dépassé et caduc, à tout ce qui est „invraisemblable“, que ce soit Dieu, la vertu, la vérité, la justice, l’amour du prochain ».

Nietzsche entreprend de redéfinir la « nature humaine » en interrogeant de préférence le corps, la physiologie, la psychologie des affects, et en définissant la notion vague d’intériorité comme un mixte psycho-physique. Alors, les certitudes sur les actions morales et les valeurs se dissipent, tandis qu’apparaît avec évidence leur caractère fictionnel et illusoire. L’hypothèse de Nietzsche est résumée au paragraphe 119 : « Nos appréciations et nos jugements de valeur moraux ne sont que des images et des variations fantaisistes sur un processus physiologique qui nous est inconnu. [...] Toute notre conscience n’est que le commentaire plus ou moins fantaisiste d’un texte inconnu, peut-être inconnaissable et seulement ressenti. » Notre prétendue conscience morale ne serait donc qu’un tissu de rêves, si l’on admet que ceux-ci ne constituent que « des interprétations très libres, très arbitraires, des mouvements du sang et des entrailles, de la pression des bras et des couvertures, du bruit ». Ce type d’analyse s’inscrit dans la tradition des moralistes français et de Schopenhauer ; elle annonce la psychanalyse freudienne.

Nietzsche se garde bien de suggérer qu’il aurait le pouvoir d’établir et de déchiffrer sans effort le « texte authentique » de notre conscience morale. Il en va de l’interprétation anthropologique comme de l’interprétation philologique : « L’essence du monde grec antique, bien qu’elle s’offre à nous avec une simplicité apparente, comme une chose universellement connue, reste très difficilement compréhensible et presque inaccessible », écrit Nietzsche, le philologue helléniste, au paragraphe 195 d’Aurore.

• Naissance de l’homme moderne

La déconstruction de la « moralité » des actions individuelles conduit à une théorie de la condition moderne. Si l’on admet, comme Nietzsche l’affirme au paragraphe 9, que la « moralité des mœurs » est fondée sur la force contraignante des conventions et des traditions, que la moralité, en somme, « n’est rien d’autre que l’obéissance aux mœurs, quelles qu’elles soient », alors l’homme moderne « est immoral parce qu’il veut en tout dépendre de lui-même et non d’une tradition : pour toutes les civilisations primitives, „mauvais“ est synonyme d’individuel, „libre“, „arbitraire“, „inhabituel“, „imprévu“, „imprévisible“ ». Le premier des « modernes » fut Socrate, qui obéissait à son démon plutôt qu’aux mœurs de la cité athénienne. La contestation des traditions, qui est un scandale aux yeux de la société, fut presque partout le fait d’une sorte de démence : « C’est la démence qui fraye la voie de la pensée neuve, qui lève l’interdit d’une coutume, d’une superstition respectée » (paragraphe 14). De même, les fondateurs de religion et les réformateurs (Jésus et Paul de Tarse, Luther) ont eu la « folie » de défier la tradition qui faisait autorité (paragraphe 62).

Dans Aurore, la critique du christianisme se radicalise. Nietzsche lui préfère le brahmanisme et le bouddhisme, « religions de la rédemption par soi-même », sans prêtres ni intercesseurs (paragraphe 96). La tâche de la philosophie selon Nietzsche est pensée sur ce modèle : comme une « nouvelle médecine des âmes » (paragraphe 52). Cette conception se rattache de toute évidence à Schopenhauer. Pourtant, dans Aurore, Nietzsche ne s’en livre pas moins à une critique féroce de la théorie schopenhauerienne de la pitié et de la compassion, qu’il traite de « bric-à-brac sentimental et vil » (paragraphe 142).

Certains passages d’Aurore ont la beauté d’un poème. Ainsi le paragraphe 423, « dans le grand silence », variation sur le thème classique « le grand Pan est mort », décrit un paysage de mer et de rochers : « Tous sont sans voix. Le monstrueux mutisme qui fond soudain sur nous est beau et terrifiant. » Ce sentiment non romantique du paysage présente une « nature morte » dont l’appel prend le sens de la tentation du suicide.

Dans Aurore, Nietzsche s’identifie à deux figures : celle de don Juan (« Il est sans amour pour les choses qu’il connaît mais il a de l’esprit et ressent plaisir et volupté dans la chasse et les intrigues de la connaissance », paragraphe 327) ; et celle de l’aéronaute de l’esprit (« Tous ces hardis oiseaux qui prennent leur essor vers le lointain, le plus extrême lointain, [...] un moment viendra où ils ne pourront plus aller plus loin et se percheront sur un mât ou un misérable récif. [...] Mais que m’importe ! D’autres oiseaux voleront plus loin », paragraphe 575).

Premier de ses grands chefs-d’œuvre des années 1880, cet ouvrage marque bel et bien « l’aurore » du Nietzsche de la maturité, jouant sur tous les registres d’une écriture tantôt brillante et féroce, tantôt frémissante de sensibilité poétique.

Jacques LE RIDER

Bibliographie
F. NIETZSCHE, Aurore,