Nouveaux Mysteres et aventures - Arthur Conan Doyle - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1910

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Arthur Conan Doyle

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Opis ebooka Nouveaux Mysteres et aventures - Arthur Conan Doyle

Différentes histoires policieres ou fictives ne faisant pas intervenir Sherlock Holmes.

Opinie o ebooku Nouveaux Mysteres et aventures - Arthur Conan Doyle

Fragment ebooka Nouveaux Mysteres et aventures - Arthur Conan Doyle

A Propos
Partie 1 - NOTRE DAME DE LA MORT
Chapitre 1
Chapitre 2

A Propos Doyle:

Sir Arthur Ignatius Conan Doyle, DL (22 May 1859 – 7 July 1930) was a Scottish author most noted for his stories about the detective Sherlock Holmes, which are generally considered a major innovation in the field of crime fiction, and the adventures of Professor Challenger. He was a prolific writer whose other works include science fiction stories, historical novels, plays and romances, poetry, and non-fiction. Conan was originally a given name, but Doyle used it as part of his surname in his later years. Source: Wikipedia

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Partie 1
NOTRE DAME DE LA MORT


Chapitre 1

 

 

Mon existence a été accidentée et la destinée y a fait entrer maintes aventures peu ordinaires. Mais parmi ces incidents, il en est un d’une étrangeté telle que, quand je passe en revue ma vie, tous les autres deviennent insignifiants.

Celui-la surgit au-dessus des brouillards d’autrefois avec un aspect sonore et fantastique, en jetant son ombre sur les années dépourvues d’événements qui le précéderent et le suivirent.

Cette histoire-la, je ne l’ai pas souvent racontée.

Bien petit est le nombre de ceux qui l’ont entendue de ma propre bouche et c’étaient des gens qui me connaissaient bien.

De temps a autre ils m’ont demandé de faire ce récit devant une réunion d’amis, mais je m’y suis constamment refusé, car je n’ambitionne pas le moine du monde la réputation d’un Munchausen amateur.

Pourtant, j’ai déféré jusqu’a un certain point a leur désir en mettant par écrit cet exposé des faits qui se rattachent a ma visite a Dunkelthwaite.

Voici la premiere lettre que m’écrivit John Thurston.

Elle est datée d’avril 1862.

Je la prends dans mon bureau et la copie textuellement :

« Mon cher Lawrence.

« Si vous saviez a quel point je suis dans la solitude et l’ennui, je suis certain que vous auriez pitié de moi et que vous viendrez partager mon isolement.

« Souvent vous avez vaguement promis de visiter Dunkelthwaite et de venir jeter un coup d’oil sur les landes du Yorkshire. Quel moment serait plus favorable qu’aujourd’hui pour votre voyage ?

« Certes, je sais que vous etes accablé de besogne, mais comme en ce moment vous n’avez pas de cours a suivre, vous seriez tout aussi a votre aise pour étudier que vous l’etes dans Bakerstreet.

« Emballez donc vos livres comme un bon garçon que vous etes et arrivez.

« Nous avons une chambrette bien confortable pourvue d’un bureau et d’un fauteuil qui sont juste ce qu’il vous faut pour travailler.

« Faites-moi savoir quand nous pourrons vous attendre.

« En vous disant que je suis seul, je n’entends point dire par la qu’il n’y ait personne chez moi. Au contraire, nous formons une maisonnée assez nombreuse.

« Tout d’abord, naturellement, comptons mon pauvre oncle Jérémie, bavard et maniaque, qui va et vient en chaussons de lisiere, et compose, selon son habitude, de mauvais vers a n’en plus finir.

« Je crois vous avoir fait connaître ce dernier trait de son caractere la derniere fois que nous nous nous sommes vus.

« Cela en est arrivé a un tel degré qu’il a un secrétaire dont la tâche se réduit a copier et conserver ces épanchements.

« Cet individu, qui se nomme Copperthorne, est devenu aussi indispensable au vieux que sa marotte ou son Dictionnaire universel des Rimes.

« Je n’irai point jusqu’a dire que je m’inquiete de lui, mais j’ai toujours partagé le préjugé de César contre les gens maigres, et pourtant, si nous en croyons les médailles, le petit Jules faisait évidemment partie de cette catégorie.

« En outre, nous avons les deux enfants de notre oncle Samuel, qui ont été adoptés par Jérémie – il y en a eu trois, mais l’un d’eux a suivi la voie de toute chair – et une gouvernante, une brune a l’air distingué, qui a du sang hindou dans les veines.

« Outre ces personnes, il y a trois servantes et le vieux groom.

« Vous voyez par la que nous formons un petit univers dans notre coin écarté.

« Ce qui n’empeche, mon cher Hugh, que je meurs d’envie de voir une figure sympathique et d’avoir un compagnon agréable.

« Comme je donne a fond dans la chimie, je ne vous dérangerai pas dans vos études. Répondez par le retour du courrier a votre solitaire ami.

« John H. Thurston. »

 

A l’époque ou je reçus cette lettre, j’habitais Londres et je travaillais ferme en vue de l’examen final qui devait me donner le droit d’exercer la médecine.

Thurston et moi, nous avions été amis intimes a Cambridge, avant que j’eusse commencé l’étude de la médecine et j’avais grand désir de le revoir.

D’autre part, je craignais un peu que, malgré ses assertions, mes études n’eussent a souffrir de ce déplacement.

Je me représentais le vieillard retombé en enfance, le secrétaire maigre, la gouvernante distinguée, les deux enfants, probablement des enfants gâtés et tapageurs, et j’arrivai a conclure que quand tout cela et moi nous serions bloqués ensemble dans une maison a la campagne, il resterait bien peu de temps pour étudier tranquillement.

Apres deux jours de réflexion, j’avais presque résolu de décliner l’invitation, lorsque je reçus du Yorkshire une autre lettre encore plus pressante que la premiere :

« Nous attendons des nouvelles de vous a chaque courrier, disait mon ami, et chaque fois qu’on frappe je m’attends a recevoir un télégramme qui m’indique votre train.

« Votre chambre est toute prete, et j’espere que vous la trouverez confortable.

« L’oncle Jérémie me prie de vous dire combien il sera heureux de vous voir.

« Il aurait écrit, mais il est absorbé par la composition d’un grand poeme épique de cinq mille vers ou environ.

« Il passe toute la journée a courir d’une chambre a l’autre, ayant toujours sur les talons Copperthorne, qui, pareil au monstre de Frankenstein, le suit a pas comptés, le calepin et le crayon a la main, notant les savantes paroles qui tombent de ses levres.

« A propos, je crois vous avoir parlé de la gouvernante brune si pleine de chic.

« Je pourrais me servir d’elle comme d’un appât pour vous attirer, si vous avez gardé votre gout pour les études d’ethnologie.

« Elle est fille d’un chef hindou, qui avait épousé une Anglaise. Il a été tué pendant l’Insurrection en combattant contre nous ; ses domaines ayant été confisqués par le Gouvernement, sa fille, alors âgée de quinze ans, s’est trouvée presque sans ressource.

« Un charitable négociant allemand de Calcutta l’adopta, paraît-il, et l’amena en Europe avec sa propre fille.

« Celle-ci mourut et alors miss Warrender – nous l’appelons ainsi, du nom de sa mere – répondit a une annonce insérée par mon oncle, et c’est ainsi que nous l’avons connue.

« Maintenant, mon vieux, n’attendez pas qu’on vous donne l’ordre de venir, venez tout de suite. »

Il y avait dans la seconde lettre d’autres passages qui m’interdisent de la reproduire intégralement.

Il était impossible de tenir bon plus longtemps devant l’insistance de mon vieil ami.

Aussi tout en pestant intérieurement, je me hâtai d’emballer mes livres, je télégraphiai le soir meme, et la premiere chose que je fis le lendemain matin, ce fut de partir pour le Yorkshire.

Je me rappelle fort bien que ce fut une journée assommante, et que le voyage me parut interminable, recroquevillé comme je l’étais dans le coin d’un wagon a courants d’air, ou je m’occupais a tourner et retourner mentalement maintes questions de chirurgie et de médecine.

On m’avait prévenu que la petite gare d’Ingleton, a une quinzaine de milles de Tarnforth, était la plus rapprochée de ma destination.

J’y débarquai a l’instant meme ou John Thurston arrivait au grand trot d’un haut dog-cart par la route de la campagne.

Il agita triomphalement son fouet en m’apercevant, poussa brusquement son cheval, sauta a bas de voiture, et de la sur le quai.

– Mon cher Hugh, s’écria-t-il, je suis ravi de vous voir. Comme vous avez été bon de venir !

 

Et il me donna une poignée de main que je sentis jusqu’a l’épaule.

– Je crains bien que vous ne me trouviez un compagnon désagréable maintenant que me voila, répondis-je. Je suis plongé jusque par dessus les yeux dans ma besogne.

– C’est naturel, tout naturel, dit-il avec sa bonhomie ordinaire. J’en ai tenu compte, mais nous aurons quand meme le temps de tirer un ou deux lapins. Nous avons une assez longue trotte a faire, et vous devez etre completement gelé, aussi nous allons repartir tout de suite pour la maison.

Et l’on se mit a rouler sur la route poussiéreuse.

Je crois que votre chambre vous plaira, remarqua mon ami. Vous vous trouverez bientôt comme chez vous. Vous savez, il est fort rare que je séjourne a Dunkelthwaite, et je commence a peine a m’installer et a organiser mon laboratoire. Voici une quinzaine que j’y suis. C’est un secret connu de tout le monde que je tiens une place prédominante dans le testament du vieil oncle Jérémie. Aussi mon pere a-t-il cru que c’était un devoir élémentaire pour moi de venir et de me montrer poli. Étant donnée la situation, je ne puis guere me dispenser de me faire valoir un peu de temps en temps.

– Oh ! certes, dis-je.

– En outre, c’est un excellent vieux bonhomme. Cela vous divertira de voir notre ménage. Une princesse comme gouvernante, cela sonne bien, n’est-ce pas ? Je m’imagine que notre imperturbable secrétaire s’est hasardé quelque peu de ce côté-la. Relevez le collet de votre pardessus, car il fait un vent glacial.

La route franchit une série de collines faibles, pelées, dépourvues de toute végétation, a l’exception d’un petit nombre de bouquets de ronces, et d’un mince tapis d’une herbe coriace et fibreuse, ou un troupeau épais de moutons décharnés, a l’air affamé, cherchaient leur nourriture.

Nous descendions et montions tour a tour dans un creux, tantôt au sommet d’une hauteur, d’ou nous pouvions voir les sinuosités de la route, comme un mince fil blanc passant d’une colline a une autre plus éloignée.

Ça et la, la monotonie du paysage était diversifiée par des escarpements dentelés, formés par de rudes saillies du granit gris.

On eut dit que le sol avait subi une blessure effrayante par ou les os fracturés avaient percé leur enveloppe.

Au loin se dressait une chaîne de montagnes que dominait un pic isolé surgissant parmi elles, et se drapant coquettement d’une guirlande de nuages, ou se réfléchissait la nuance rouge du couchant.

– C’est Ingleborough, dit mon compagnon en me désignant la montagne avec son fouet, et ici ce sont les Landes du Yorkshire. Nulle part en Angleterre, vous ne trouverez de région plus sauvage, plus désolée. Elle produit une bonne race d’hommes. Les milices sans expérience qui battirent la chevalerie écossaise a la Journée de l’Étendard venaient de cette partie du pays. Maintenant, sautez a bas, vieux camarade, et ouvrez la porte.

Nous étions arrivés a un endroit ou un long mur couvert de mousse s’étendait parallelement a la route.

Il était interrompu par une porte cochere en fer, a moitié disloquée, flanquée de deux piliers, au haut desquels des sculptures, taillées dans la pierre, paraissaient représenter quelque animal héraldique, bien que le vent et la pluie les eussent réduites a l’état de blocs informes.

Un cottage en ruine qui avait peut-etre, il y a longtemps, servi de loge, se dressait, a l’un des côtés.

J’ouvris la porte d’une poussée, et nous parcourumes une avenue longue et sinueuse, encombrée de hautes herbes, au sol inégal, mais bordée de chenes magnifiques, dont les branches, en s’entremelant au-dessus de nous, formaient une voute si épaisse que le crépuscule du soir fit place soudain a une obscurité complete.

– Je crains que notre avenue ne vous impressionne pas beaucoup, dit Thurston, en riant. C’est une des idées du vieux bonhomme, de laisser la nature agir en tout a sa guise. Enfin, nous voici a Dunkelthwaite.

Comme il parlait, nous contournâmes un détour de l’avenue marqué par un chene patriarcal qui dominait de beaucoup tous les autres, et nous nous trouvâmes devant une grande maison carrée, blanchie a la chaux, et précédée d’une pelouse.

Tout le bas de l’édifice était dans l’ombre, mais en haut une rangée de fenetres, éclairées d’un rouge de sang, scintillaient au soleil couchant.

Au bruit des roues, un vieux serviteur en livrée vint, tout courant, prendre la bride du cheval des que nous avançâmes.

– Vous pouvez le rentrer a l’écurie, Élie, dit mon ami, des que nous eumes sauté a bas… Hugh, permettez-moi de vous présenter a mon oncle Jérémie.

– Comment allez-vous ? Comment allez-vous ? dit une voix chevrotante et felée.

Et, levant les yeux, j’aperçus un petit homme a figure rouge qui nous attendait debout sous le porche.

Il avait un morceau d’étoffe de coton roulée autour de la tete, comme dans les portraits de Pope et d’autres personnages célebres du XVIIIe siecle.

Il se distinguait en outre par une paire d’immenses pantoufles.

Cela faisait un contraste si étrange avec ses jambes greles en forme de fuseaux qu’il avait l’air d’etre chaussé de skis, et la ressemblance était d’autant plus frappante qu’il était obligé, pour marcher, de traîner les pieds sur le sol, afin que ces appendices encombrants ne l’abandonnassent pas en route.

– Vous devez etre las, Monsieur, et gelé aussi, Monsieur, dit-il d’un ton étrange, saccadé, en me serrant la main. Nous devons etre hospitaliers pour vous, nous le devons certainement. L’hospitalité est une de ces vertus de l’ancien monde que nous avons conservées. Voyons, ces vers, quels sont-ils :

Le bras de l’homme du Yorkshire est leste et fort

Mais ô ! comme il est chaud, le cour de l’homme du Yorkshire !

« Voila qui est clair, précis, Monsieur. C’est pris dans un de mes poemes. Quel est ce poeme, Copperthorne ?

– La Poursuite de Borrodaile, dit une voix derriere lui, en meme temps qu’un homme de haute taille, a la longue figure, venait se placer dans le cercle de lumiere que projetait la lampe suspendue en haut du porche.

John nous présenta, et je me souviens que le contact de sa main me parut visqueux et désagréable.

Cette cérémonie accomplie, mon ami me conduisit a ma chambre, en me faisant traverser bien des passages et des corridors reliés entre eux a la façon de l’ancien temps par des marches inégales.

Chemin faisant, je remarquai l’épaisseur des murs, l’étrangeté et la variété des pentes du toit, qui faisait supposer l’existence d’espaces mystérieux dans les combles.

La chambre qui m’était destinée était, ainsi que me l’avait dit John, un charmant petit sanctuaire, ou pétillait un bon feu, et ou se trouvait une étagere bien garnie de livres.

Et, en mettant mes pantoufles, je me dis que j’aurais eu tort sans doute de refuser cette invitation a venir dans le Yorkshire.


Chapitre 2

 

 

Lorsque nous descendîmes a la salle a manger, le reste de la maisonnée était déja réuni pour le dîner.

Le vieux Jérémie, toujours coiffé de sa singuliere façon, occupait le haut bout de la table.

A côté de lui, et a droite, était une jeune dame tres brune, a la chevelure et aux yeux noirs, qui me fut présentée sous le nom de miss Warrender.

A côté d’elle étaient assis deux jolis enfants, un garçon et une fille, ses éleves, évidemment.

J’étais placé vis-a-vis d’elle, ayant a ma gauche Copperthorne.

 

Quant a John, il faisait face a son oncle.

Je crois presque voir encore l’éclat jaune de la grande lampe a huile qui projetait des lumieres et des ombres a la Rembrandt sur ce cercle de figures, parmi lesquelles certaines étaient destinées a prendre tant d’intéret pour moi.

Ce fut un repas agréable, en dehors meme de l’excellence de la cuisine et de l’appétit qu’avait aiguisé mon long voyage.

Enchanté d’avoir trouvé un nouvel auditeur, l’oncle Jérémie débordait d’anecdotes et de citations.

Quant a miss Warrender et a Copperthorne, ils ne causerent pas beaucoup, mais tout ce que dit ce dernier révélait l’homme réfléchi et bien élevé.

Pour John, il avait tant de souvenirs de college et d’événements postérieurs a rappeler que je crains qu’il n’ait fait maigre chair.

Lorsqu’on apporta le dessert, miss Warrender emmena les enfants. L’oncle Jérémie se retira dans la bibliotheque, d’ou nous arrivait le bruit assourdi de sa voix, pendant qu’il dictait a son secrétaire.

Mon vieil ami et moi, nous restâmes quelque temps devant le feu a causer des diverses aventures qui nous étaient arrivées depuis notre derniere rencontre.

– Eh bien, que pensez-vous de notre maisonnée ? me demanda-t-il enfin, en souriant.

Je répondis que j’étais fort intéressé par ce que j’en avais vu.

– Votre oncle est tout a fait un type. Il me plaît beaucoup.

– Oui, il a le cour excellent avec toutes les originalités. Votre arrivée l’a tout a fait ragaillardi, car il n’a jamais été completement lui-meme depuis la mort de la petite Ethel. C’était la plus jeune des enfants de l’oncle Sam. Elle vint ici avec les autres, mais elle eut, il y a deux mois environ, une crise nerveuse ou je ne sais quoi dans les massifs. Le soir, on l’y trouva morte. Ce fut un coup des plus violents pour le vieillard.

– Ce dut etre aussi fort pénible pour miss Warrender, fis-je remarquer.

– Oui, elle fut tres affligée. A cette époque, elle n’était ici que depuis une semaine. Ce jour-la elle était allée en voiture a Kirby-Lonsdale pour faire quelque emplette.

– J’ai été tres intéressé, dis-je, par tout ce que vous m’avez raconté a son sujet. Ainsi donc, vous ne plaisantiez pas, je suppose.

– Non, non, tout est vrai comme l’Évangile. Son pere se nommait Achmet Genghis Khan. C’était un chef a demi indépendant quelque part dans les provinces centrales. C’était a peu pres un paien fanatique, bien qu’il eut épousé une Anglaise. Il devint camarade avec le Nana, et eut quelque part dans l’affaire de Cawnpore, si bien que le gouvernement le traita avec une extreme rigueur.

– Elle devait etre tout a fait femme quand elle quitta sa tribu, dis-je. Quelle est sa maniere de voir en affaire de religion ? Tient-elle du côté de son pere ou de celui du sa mere ?

– Nous ne soulevons jamais cette question, répondit mon ami. Entre nous, je ne la crois pas tres orthodoxe. Sa mere était sans doute une femme de mérite. Outre qu’elle lui a appris l’anglais, elle se connaît assez bien en littérature française et elle joue d’une façon remarquable. Tenez, écoutez-la.

Comme il parlait, le son d’un piano se fit entendre dans la piece voisine, et nous nous tumes pour écouter.

Tout d’abord la musicienne piqua quelques touches isolées, comme si elle se demandait s’il fallait continuer.

Puis, ce furent des bruits sonores, discordants, et soudain de ce chaos sortit enfin une harmonie puissante, étrange, barbare, avec des sonorités de trompette, des éclats de cymbales. Et le jeu devenant de plus en plus énergique, devint une mélodie fougueuse, qui finit par s’atténuer et s’éteindre en un bruit désordonné comme au début.

Puis, nous entendîmes le piano se refermer, et la musique cessa.

– Elle fait ainsi tous les soirs, remarqua mon ami. C’est quelque souvenir de l’Inde, a ce que je suppose. Pittoresque, ne trouvez-vous pas ? Maintenant ne vous attardez pas ici plus longtemps que vous ne voudriez. Votre chambre est prete, des que vous voudrez vous mettre au travail.

Je pris mon compagnon au mot, et le laissai avec son oncle et Copperthorne qui étaient revenus dans la piece.

Je montai chez moi et étudiai pendant deux heures la législation médicale.

Je me figurais que ce jour-la je ne verrais plus aucun des habitants de Dunkelthwaite, mais je me trompais, car vers dix heures l’oncle Jérémie montra sa petite tete rougeaude dans la chambre :

– Etes-vous bien logé a votre aise ? demanda-t-il.

– Tout est pour le mieux, je vous remercie, répondis-je.

– Tenez bon. Serez sur de réussir, dit-il en son langage sautillant. Bonne nuit.

– Bonne nuit, répondis-je.

– Bonne nuit, dit une autre voix venant du corridor.

Je m’avançai pour voir, et j’aperçus la haute silhouette du secrétaire qui glissait a la suite du vieillard comme une ombre noire et démesurée.

Je retournai a mon bureau et travaillai encore une heure.

Puis je me couchai, et je fus quelque temps avant de m’endormir, en songeant a la singuliere maisonnée dont j’allais faire partie.