Le Signe des quatre - Arthur Conan Doyle - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1890

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Arthur Conan Doyle

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Opis ebooka Le Signe des quatre - Arthur Conan Doyle

Le Signe des quatre est la deuxieme aventure de Sherlock Holmes, écrite en 1890 par Arthur Conan Doyle. Le Signe des quatre se déroule en 1888. Son intrigue s'appuie sur l'Inde coloniale, un trésor volé et un pacte secret entre quatre bagnards, et nous présente notamment Mary Morstan, future épouse du docteur Watson, ainsi que Toby, chien au flair tres développé. Arthur Conan Doyle commence a nous y dévoiler les habitudes de Sherlock Holmes, et notamment, son utilisation de drogue pour tromper l'ennui qui l'accable entre deux enquetes.

Opinie o ebooku Le Signe des quatre - Arthur Conan Doyle

Fragment ebooka Le Signe des quatre - Arthur Conan Doyle

A Propos
Chapitre 1 - La déduction est une science

A Propos Doyle:

Sir Arthur Ignatius Conan Doyle, DL (22 May 1859 – 7 July 1930) was a Scottish author most noted for his stories about the detective Sherlock Holmes, which are generally considered a major innovation in the field of crime fiction, and the adventures of Professor Challenger. He was a prolific writer whose other works include science fiction stories, historical novels, plays and romances, poetry, and non-fiction. Conan was originally a given name, but Doyle used it as part of his surname in his later years. Source: Wikipedia

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Chapitre 1 La déduction est une science

Sherlock Holmes prit la bouteille au coin de la cheminée puis sortit la seringue hypodermique de son étui de cuir. Ses longs doigts pâles et nerveux préparerent l’aiguille avant de relever la manche gauche de sa chemise. Un instant son regard pensif s’arreta sur le réseau veineux de l’avant-bras criblé d’innombrables traces de piqures. Puis il y enfonça l’aiguille avec précision, injecta le liquide, et se cala dans le fauteuil de velours en poussant un long soupir de satisfaction.

Depuis plusieurs mois j’assistais a cette séance qui se renouvelait trois fois par jour, mais je ne m’y habituais toujours pas. Au contraire, ce spectacle m’irritait chaque jour davantage, et la nuit ma conscience me reprochait de n’avoir pas eu le courage de protester. Combien de fois ne m’étais-je pas juré de délivrer mon âme et de dire ce que j’avais a dire ! Mais l’attitude nonchalante et réservée de mon compagnon faisait de lui le dernier homme avec lequel on put se permettre une certaine indiscrétion. Je connaissais ses dons exceptionnels et ses qualités peu communes qui m’en imposaient : a le contrarier, je me serais senti timide et maladroit.

Pourtant, cet apres-midi-la, je ne pus me contenir. Était-ce la bouteille du Beaune que nous avions bue a déjeuner ? Était-ce sa maniere provocante qui accentua mon exaspération ? En tout cas, il me fallut parler.

« Aujourd’hui, lui demandai-je, morphine ou cocaine ? »

Ses yeux quitterent languissamment le vieux livre imprimé en caracteres gothiques qu’il tenait ouvert.

« Cocaine, dit-il, une solution a sept pour cent. Vous plairait-il de l’essayer ?

– Non, certainement pas ! répondis-je avec brusquerie. Je ne suis pas encore remis de la campagne d’Afghanistan. Je ne peux pas me permettre de dilapider mes forces. »

Ma véhémence le fit sourire.

« Peut-etre avez-vous raison, Watson, dit-il. Peut-etre cette drogue a-t-elle une influence néfaste sur mon corps. Mais je la trouve si stimulante pour la clarification de mon esprit, que les effets secondaires me paraissent d’une importance négligeable.

– Mais considérez la chose dans son ensemble ! m’écriai-je avec chaleur. Votre cerveau peut, en effet, connaître une acuité extraordinaire ; mais a quel prix ! C’est un processus pathologique et morbide qui provoque un renouvellement accéléré des tissus, qui peut donc entraîner un affaiblissement permanent. Vous connaissez aussi la noire dépression qui s’ensuit : le jeu en vaut-il la chandelle ? Pourquoi risquer de perdre pour un simple plaisir passager les grands dons qui sont en vous. Souvenez-vous que ce n’est pas seulement l’ami qui parle en ce moment, mais le médecin en partie responsable de votre santé. »

Il ne parut pas offensé. Au contraire, il rassembla les extrémités de ses dix doigts et posa ses coudes sur les bras de son fauteuil comme quelqu’un s’appretant a savourer une conversation.

« Mon esprit refuse la stagnation, répondit-il ; donnez-moi des problemes, du travail ! Donnez-moi le cryptogramme le plus abstrait ou l’analyse la plus complexe, et me voila dans l’atmosphere qui me convient. Alors je puis me passer de stimulants artificiels. Mais je déteste trop la morne routine et l’existence ! Il me faut une exaltation mentale : c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi cette singuliere profession ; ou plutôt, pourquoi je l’ai créée, puisque je suis le seul au monde de mon espece.

– Le seul détective privé ? dis-je, levant les sourcils.

– Le seul détective privé que l’on vienne consulter, précisa-t-il. En ce qui concerne la détection, la recherche, c’est moi la supreme Cour d’appel. Lorsque Gregson ou Lestrade, ou Athelney Jones donnent leur langue au chat – ce qui devient une habitude chez eux, soit dit en passant – c’est moi qu’ils viennent trouver. J’examine les données en tant qu’expert et j’exprime l’opinion d’un spécialiste. En pareils cas, je ne demande aucune reconnaissance officielle de mon rôle. Mon nom n’apparaît pas dans les journaux. Le travail en lui-meme, le plaisir de trouver un champ de manouvres pour mes dons personnels sont ma plus haute récompense. Vous avez d’ailleurs eu l’occasion de me voir a l’ouvre dans l’affaire de Jefferson Hope.

– En effet. Et jamais rien ne m’a tant frappé. A tel point que j’en ai fait un petit livre, sous le titre quelque peu fantastique de Une Étude en rouge. »

Il hocha tristement la tete.

« Je l’ai parcouru, dit-il. Je ne peux honnetement vous en féliciter. La détection est, ou devrait etre, une science exacte ; elle devrait donc etre constamment traitée avec froideur et sans émotion. Vous avez essayé de la teinter de romantisme, ce qui produit le meme effet que si vous introduisiez une histoire d’amour ou un enlevement dans la cinquieme proposition d’Euclide.

– Mais l’élément romantique existait objectivement ! m’écriai-je. Je ne pouvais accommoder les faits a ma guise.

– En pareil cas, certains faits doivent etre supprimés ou, tout au moins, rapportés avec un sens équitable des proportions. La seule chose qui méritait d’etre mentionnée dans cette affaire, était le curieux raisonnement analytique remontant des effets aux causes, grâce a quoi je suis parvenu a la démeler. »

J’étais agacé, irrité par cette critique ; n’avais-je pas travaillé spécialement pour lui plaire ? Son orgueil semblait regretter que chaque ligne de mon petit livre n’eut pas été consacrée uniquement a ses faits et gestes… Plus qu’une fois, durant les années passées avec lui a Baker Street, j’avais observé qu’une légere vanité perçait sous l’attitude tranquille et didactique de mon compagnon. Je ne répliquai rien, et m’occupai de ma jambe blessée. Une balle Jezail l’avait traversée quelque temps auparavant, et bien que je ne fusse pas empeché de marcher, je souffrais a chaque changement du temps.

« Ma clientele s’est récemment étendue aux pays du continent, reprit Holmes en bourrant sa vieille pipe de bruyere. La semaine derniere François le Villard est venu me consulter. C’est un homme d’une certaine notoriété dans la Police Judiciaire française. Il possede la fine intuition du Celte, mais il lui manque les connaissances étendues qui lui permettraient d’atteindre les sommets de son art. L’affaire concernait un testament et soulevait quelques points intéressants. J’ai pu le renvoyer a deux cas similaires, l’un a Riga en 1857, l’autre a Saint-Louis en 1871 ; cela lui a permis de trouver la solution exacte. Voici la lettre reçue ce matin me remerciant pour l’aide apportée. »

Il me tendait, en parlant, une feuille froissée d’aspect étrange. Je la parcourus ; il s’y trouvait une profusion de superlatifs, de magnifique, de coup de maître, de tour de force, qui attestaient l’ardente admiration du Français.

« Il écrit comme un éleve a son maître, dis-je.

– Oh ! l’aide que je lui ai apportée ne méritait pas un tel éloge ! dit Sherlock Holmes d’un ton badin. Il est lui-meme tres doué ; il possede deux des trois qualités nécessaires au parfait détective : le pouvoir d’observer et celui de déduire. Il ne lui manque que le savoir et cela peut venir avec le temps. Il est en train de traduire en français mes minces essais.

– Vos essais ?

– Oh ! vous ne saviez pas ? s’écria-t-il en riant. Oui, je suis coupable d’avoir écrit plusieurs traités, tous sur des questions techniques, d’ailleurs. Celui-ci, par exemple, « Sur la discrimination entre les différents tabacs ». Cent quarante variétés de cigares, cigarettes, et tabacs y sont énumérées ; des reproductions en couleurs illustrent les différents aspects des cendres. C’est une question qui revient continuellement dans les proces criminels. Des cendres peuvent constituer un indice d’une importance capitale. Si vous pouvez dire, par exemple, que tel meurtre a été commis par un homme fumant un cigare de l’Inde, cela restreint évidemment votre champ de recherches. Pour l’oil exercé, la différence est aussi vaste entre la cendre noire d’un « Trichinopoly » et le blanc duvet du tabac « Bird’s Eye », qu’entre un chou et une pomme de terre.

– Vous etes en effet remarquablement doué pour les petits détails !

– J’apprécie leur importance. Tenez, voici mon essai sur la détection des traces de pas, avec quelques remarques concernant l’utilisation du plâtre de Paris pour préserver les empreintes… Un curieux petit ouvrage, celui-la aussi ! Il traite de l’influence des métiers sur la forme des mains, avec gravures a l’appui, représentant des mains de couvreurs, de marins, de bucherons, de typographes, de tisserands, et de tailleurs de diamants. C’est d’un grand intéret pratique pour le détective scientifique surtout pour découvrir les antécédents d’un criminel et dans les cas de corps non identifiés. Mais je vous ennuie avec mes balivernes !

– Point du tout ! répondis-je sincerement. Cela m’intéresse beaucoup ; surtout depuis que j’ai eu l’occasion de vous voir mettre vos balivernes en application. Mais vous parliez, il y a un instant, d’observation et de déduction. Il me semble que l’un implique forcément l’autre, au moins en partie.

– Bah, a peine ! dit-il en s’adossant confortablement dans son fauteuil, tandis que de sa pipe s’élevaient d’épaisses volutes bleues. Ainsi, l’observation m’indique que vous vous etes rendu a la poste de Wigmore Street ce matin ; mais c’est par déduction que je sais que vous avez envoyé un télégramme.

– Exact ! m’écriai-je. Correct sur les deux points ! Mais j’avoue ne pas voir comment vous y etes parvenu. Je me suis décidé soudainement et je n’en ai parlé a quiconque.

– C’est la simplicité meme ! remarqua-t-il en riant doucement de ma surprise. Si absurdement simple qu’une explication paraît superflue. Pourtant, cet exemple peut servir a définir les limites de l’observation et de la déduction. Ainsi, j’observe des traces de boue rougeâtre a votre chaussure. Or, juste en face de la poste de Wigmore Street, la chaussée vient d’etre défaite ; de la terre s’y trouve répandue de telle sorte qu’il est difficile de ne pas marcher dedans pour entrer dans le bureau. Enfin, cette terre est de cette singuliere teinte rougeâtre qui, autant que je sache, ne se trouve nulle part ailleurs dans le voisinage. Tout ceci est observation. Le reste est déduction.

– Comment, alors, avez-vous déduit le télégramme ?

– Voyons, je savais pertinemment que vous n’aviez pas écrit de lettre puisque toute la matinée je suis resté assis en face de vous. Je puis voir également sur votre bureau un lot de timbres et un épais paquet de cartes postales. Pourquoi seriez-vous donc allé a la poste, sinon pour envoyer un télégramme ? Éliminez tous les autres mobiles, celui qui reste doit etre le bon.

– C’est le cas cette fois-ci, répondis-je apres un moment de réflexion. La chose est, comme vous dites, extremement simple… Me prendriez-vous cependant pour un impertinent si je soumettais vos théories a un examen plus sévere ?

– Au contraire, répondit-il. Cela m’empechera de prendre une deuxieme dose de cocaine. Je serais enchanté de me pencher sur un probleme que vous me soumettriez.

– Je vous ai entendu dire qu’il est difficile de se servir quotidiennement d’un objet sans que la personnalité de son possesseur y laisse des indices qu’un observateur exercé puisse lire. Or, j’ai acquis depuis peu une montre de poche. Auriez-vous la bonté de me donner votre opinion quant aux habitudes ou a la personnalité de son ancien propriétaire ? »

Je lui tendis la montre non sans malice : l’examen, je le savais, allait se révéler impossible, et le caquet de mon compagnon s’en trouverait rabattu. Il soupesa l’objet, scruta attentivement le cadran, ouvrit le boîtier et examina le mouvement d’abord a l’oil nu, puis avec une loupe. J’eus du mal a retenir un sourire devant son visage déconfit lorsqu’il referma la montre et me la rendit.

« Il n’y a que peu d’indices, remarqua-t-il. La montre ayant été récemment nettoyée, je suis privé des traces les plus évocatrices.

– C’est exact ! répondis-je. Elle a été nettoyée avant de m’etre remise. »

En moi-meme, j’accusai mon compagnon de présenter une excuse boiteuse pour couvrir sa défaite. Quels indices pensait-il tirer d’une montre non nettoyée ?

« Bien que peu satisfaisante, mon enquete n’a pas été entierement négative, observa-t-il, en fixant le plafond d’un regard terne et lointain. Si je ne me trompe, cette montre appartenait a votre frere aîné qui l’hérita de votre pere.

– Ce sont sans doute les initiales H. W. gravées au dos du boîtier qui vous suggerent cette explication ?

– Parfaitement. Le W. indique votre nom de famille. La montre date de pres de cinquante ans ; les initiales sont aussi vieilles que la montre qui fut donc fabriquée pour la génération précédente. Les bijoux sont généralement donnés au fils aîné, lequel porte généralement de nom de son pere. Or, votre pere, si je me souviens bien, est décédé depuis plusieurs années. Il s’ensuit que la montre était entre les mains de votre frere aîné.

– Jusqu’ici, c’est vrai ! dis-je. Avez-vous trouvé autre chose ?

– C’était un homme négligent et désordonné ; oui, fort négligent. Il avait de bons atouts au départ, mais il les gaspilla. Il vécut dans une pauvreté coupée de courtes périodes de prospérité ; et il est mort apres s’etre adonné a la boisson. Voila tout ce que j’ai pu trouver. »

L’amertume déborda de mon cour. Je bondis de mon fauteuil et arpentai furieusement la piece malgré ma jambe blessée.

« C’est indigne de vous, Holmes ! m’écriai-je. Je ne vous aurais jamais cru capable d’une telle bassesse ! Vous vous etes renseigné sur la vie de mon malheureux frere : et vous essayez de me faire croire que vous avez déduit ces renseignements par je ne sais quel moyen de fantaisie.

« Ne vous attendez pas a ce que je croie que vous avez lu tout ceci dans une vieille montre ! C’est un procédé peu charitable qui, pour tout dire, frôle le charlatanisme.

– Mon cher docteur, je vous prie d’accepter mes excuses, dit-il gentiment. Voyant l’affaire comme un probleme abstrait, j’ai oublié combien cela vous touchait de pres et pouvait vous etre pénible. Je vous assure, Watson, que j’ignorais tout de votre frere et jusqu’a son existence avant d’examiner cette montre.

– Alors, comment, au nom du Ciel, ces choses-la vous furent-elles révélées ? Tout est vrai, jusqu’au plus petit détail.

– Ah ! c’est de la chance ! Je ne pouvais dire que ce qui me paraissait le plus probable. Je ne m’attendais pas a etre si exact.

– Ce n’était pas, simplement, un exercice de devinettes ?

– Non, non ; jamais je ne devine. C’est une habitude détestable, qui détruit la faculté de raisonner. Ce qui vous semble étrange l’est seulement parce que vous ne suivez pas mon raisonnement et n’observez pas les petits faits desquels on peut tirer de grandes déductions. Par exemple, j’ai commencé par dire que votre frere était négligent. Observez donc la partie inférieure du boîtier et vous remarquerez qu’il est non seulement légerement cabossé en deux endroits, mais également couvert d’éraflures ; celles-ci ont été faites par d’autres objets : des clefs ou des pieces de monnaie qu’il mettait dans la meme poche. Ce n’est surement pas un tour de force que de déduire la négligence chez un homme qui traite d’une maniere aussi cavaliere une montre de cinquante guinées. Ce n’est pas non plus un raisonnement génial qui me fait dire qu’un héritage comportant un objet d’une telle valeur a du etre substantiel. »

Je hochai la tete pour montrer que je le suivais.

« D’autre part, les preteurs sur gages ont l’habitude en Angleterre de graver sur la montre, avec la pointe d’une épingle, le numéro du reçu délivré lors de la mise en gage de l’objet. C’est plus pratique qu’une étiquette qui risque d’etre perdue ou transportée sur un autre article. Or, il n’y a pas moins de quatre numéros de cette sorte a l’intérieur du boîtier ; ma loupe les montre distinctement. D’ou une premiere déduction : votre frere était souvent dans la gene. Deuxieme déduction : il connaissait des périodes de prospérité faute desquelles il n’aurait pu retirer sa montre. Enfin, je vous demande de regarder dans le couvercle intérieur l’orifice ou s’introduit la clef du remontoir. Un homme sobre ne l’aurait pas rayé ainsi ! En revanche, toutes les montres des alcooliques portent les marques de mains pas trop sures d’elles-memes pour remonter le mécanisme. Que reste-t-il donc de mystérieux dans mes explications ?

– Tout est clair comme le jour, répondis-je. Je regrette d’avoir été injuste a votre égard. J’aurais du témoigner d’une plus grande foi en vos capacités. Puis-je vous demander si vous avez une affaire sur le chantier en ce moment ?

– Non. D’ou la cocaine. Je ne puis vivre sans faire travailler mon cerveau. Y a-t-il une autre activité valable dans la vie ? Approchez-vous de la fenetre, ici. Le monde a-t-il jamais été aussi lugubre, médiocre et ennuyeux ? Regardez ce brouillard jaunâtre qui s’étale le long de la rue et qui s’écrase inutilement contre ces mornes maisons ! Quoi de plus cafardeux et de plus prosaique ? Dites-moi donc, docteur, a quoi peuvent servir des facultés qui restent sans utilisation ? Le crime est banal, la vie est banale, et seules les qualités banales trouvent a s’exercer ici-bas. »

J’ouvris la bouche pour répondre a cette tirade, lorsqu’on frappa a la porte ; notre logeuse entra, apportant une carte sur le plateau de cuivre.

« C’est une jeune femme qui désire vous voir, dit-elle a mon compagnon.

– Mlle Mary Morstan, lut-il. Hum ! Je n’ai aucun souvenir de ce nom. Voulez-vous introduire cette personne, madame Hudson ? Ne partez pas, docteur ; je préférerais que vous assistiez a l’entrevue. »