Physiologie de l'Opéra, du Carnaval, du Cancan et de la Cachucha - Ligaran - ebook

Physiologie de l'Opéra, du Carnaval, du Cancan et de la Cachucha ebook

Ligaran

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Opis

Extrait : "OHÉ ! les badouillards, les chicards, les fambards, les braillards, les balochards ! Joyeuses sociétés, levez-vous ! Réunions folifiantes, microbolantes, enivrantes et souvent enivrées ! - Debout ! debout ! Allons ! allons ! des costumes gracieux, de jolies femmes, du vin mousseux, du punch brûlant..."À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARANLes éditions Ligaran proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes. Ligaran propose des grands classiques dans les domaines suivants : • Livres rares• Livres libertins• Livres d'Histoire• Poésies• Première guerre mondiale• Jeunesse• Policier

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Le bal masqué est la bourse des femmes galantes : elles y jouent l’amour à la hausse et à la baisse.

Ohé ! les badouillards, les chicards, les flambards, les braillards, les balochards ! Joyeuses sociétés, levez-vous !

Réunions folifiantes, mirobolantes, enivrantes et souvent enivrées ! – Debout ! debout !

Allons ! allons ! des costumes gracieux, de jolies femmes, du vin mousseux, du punch brûlant, de l’esprit si vous pouvez, de l’aplomb si vous ne pouvez pas, du bagou, une voix sonore et de l’argent plein vos poches. – Roulez !

C’est le moment ! c’est l’instant ! vivez, viveurs !

Voilà le carnaval ! – époque de plaisir, de vie, de mouvement, de fatigue, d’ivresse, d’intrigues, de liaisons, de ruptures, de désastres conjugaux, de triomphes amoureux, de serments, de trahisons, de coquetterie, de supercherie, de filouterie et de préfecture de police !

Voilà le carnaval ! – Désespoir des maris, désir secret des femmes, triomphe des grisettes, espérance des filous et damnation des gendarmes !

Voilà le règne des bons vivants !

Allons, loustics, des bons mots ! – Allons, danseurs, du cancan à mort ! – Allons, femmes, de la rouerie, de la coquetterie, des infidélités, et, au milieu de tout cela, un peu d’amour si vous avez le temps ! – Allons ! allons ! commencez le sabbat !

Ohé, les badouillards, les chicards, les flambards, les braillards, les balochards ! – Ohé ! ohé !

Introduction qui devrait être savante

Pour commencer, je devrais vous faire une dissertation très savante, tendant à prouver que le carnaval n’est pas né d’hier. Mais bah !… la belle avance !

Vous parler des bacchanales ou des saturnales ? – Ce serait prouver tout au plus que le carnaval est renouvelé des Grecs, et que ces bons anciens étaient de grands maîtres en fait de plaisir. – Connu !

Décrire la fête des fous ? – Je ne le suis pas assez pour cela.

La fête de l’âne ? – J’aurais peur d’offenser vos oreilles.

Chanter la fête de la bouteille de ces braves habitants d’Évreux ? – Pas si bête ! J’aime mieux fêter la bouteille en action qu’en parole ! – Faites comme moi !

Quoi donc, enfin ? – Peindre ce vénérable abbé des cornards ? Le ciel m’en préserve ! Je craindrais d’irriter les maris… et il y en a tant !

– De cornards ?

– Non… de maris.

Oh ! ma foi, au diable le passé ! – À nous le présent !

IPrémices

Il était digne d’un gouvernement constitutionnel d’élever des monuments à la gloire de M. Vespasien, pour perpétuer le souvenir de son invention salutaire et… propice. Ô Vespasien ! Ô grand homme ! tu méritais bien cela. D’autres s’inquiètent des grands intérêts d’un peuple, toi, tu t’es occupé de ses petits besoins. En t’érigeant un nombre considérable de colonnes sur les boulevards, on a fait un véritable acte de justice et d’utilité à la fois : on affichait ta gloire, et ta gloire sert elle-même à afficher. Trouvez-moi quelque chose de plus commode ? – On lit une affiche, on en lit deux, on fait un petit tour, et on les a toutes lues !

C’est sur ces nombreux témoignages de la reconnaissance publique, que paraît pour la première fois le carnaval, que s’annoncent les premiers bals.

Contrairement à la nature des jours, les affiches se suivent et se ressemblent. Six pieds carrés, des lettres de huit pouces et de grandes promesses, – voilà !

Quel torrent de voluptés l’on se procurerait pour son argent sans ce proverbe malencontreux : Promettre et tenir sont trois. Farceuses d’affiches, va ! – Elles sont cependant assez grandes pour savoir ce qu’elles disent. Que de colle dessus et dessous !

Viennent d’abord les théâtres. – L’Opéra qui est comique et celui qui ne l’est pas (cherchez lequel). La Renaissance, si bien nommée en ce qu’elle renaît souvent et qu’elle meurt toujours ; la Porte Saint-Martin, l’Ambigu, etc., etc.

Puis Musard, Valentino, le Prado, Montesquieu, tous les ermitages possibles, Élysée, Trianon, Vauxhall, sans oublier l’Île-d’Amour, le Sauvage et ce bon M. Desnoyers de la Courtille.

Et tout cela fait de la banque, met l’amorce, jette l’hameçon pour pêcher le public, qui au fait est bien assez goujon pour qu’on le pêche.

De l’Opéra au Sauvage, et du Sauvage à l’Opéra la formule est à peu près la même :

GRRRAND BAL PARÉ, MASQUÉ ET TRAVESTI.

L’orchestre, composé d’un nombre illimité de musiciens, sera conduit par M…

(Ici le nom du chef d’orchestre en lettres plus ou moins grosses, suivant son plus ou moins de talent… ou d’aplomb, l’un tenant souvent lieu de l’autre.)

Le buffet sera servi par M. ***.

(Je voudrais bien voir le buffet du Sauvage.)

Prix d’entrée.

C’est ici seulement que la différence existe. Il y a du plaisir pour tous les rangs, pour toutes les conditions, pour toutes les bourses, depuis 10 fr. jusqu’à 25 c. à consommer… au buffet.

Bah ! c’est toujours du plaisir ! Aussi, comme on se presse autour de cette première affiche ! On se bouscule, on s’écrase les pieds pour la lire.

– Mais, monsieur, ne poussez donc pas comme ça !

– Sacrebleu, vous me pilez !

– Fichtre, mon cor !

– Bigre, mon ognon !

– Saperlotte, mon œil de perdrix !

Les rageurs, les intrépides la dévorent d’un bout à l’autre, le nom de l’imprimeur inclusivement ; et leur cœur bat une mesure à trois temps et danse un galop dans leur poitrine.

Espérance du bal, que tu fais tourner de têtes ! Le commis fait son article avec plus d’éloquence, il a son intérêt sur la vente et compte là-dessus pour danser ; le clerc griffonne sa copie de pièce, il introduit à plusieurs reprises les mots cancan et bal Musard dans une requête de séparation, et songe à la carotte qu’il veut tirer à un père sensible. Le chevalier d’industrie cherche une dupe, le créancier, un débiteur solvable ; c’est qu’il faut de l’argent à tout prix : pas d’argent, pas de bal masqué ; l’argent a des propriétés hilariantes : sans lui point de cancan, point de conquêtes, point de soupers, point de champagne !

L’argent est le nerf du plaisir.

Ah ! le carnaval coûte cher, à Paris…

– Et rapporte beaucoup, dit la femme galante.

Depuis que le premier bal est affiché, voyez-la courir chez Gagelin, de là chez sa couturière, puis chez le passementier, puis… c’est à n’en plus finir. C’est qu’il lui faut un costume délirant, mirobolant, étourdissant, car, pour elle, le carnaval n’est pas seulement un plaisir, c’est une affaire.

Le bal masqué est la bourse des femmes galantes, elles y jouent l’amour à la hausse et à la baisse.

Le bourgeois seul regarde cette affiche d’un œil indifférent, et murmure entre ses dents : – Sont-ils pressés, commencer le carnaval au mois de janvier ! Patience ! patience ! viennent les jours gras, et l’on saura s’amuser tout comme un autre.

IIDe quelques voluptés carnavalesques

On saura s’amuser tout comme un autre, a dit le bourgeois : et Dieu sait comme il s’y prend ! Pendant le carnaval, c’est-à-dire du jeudi-gras au mercredi des cendres, ses plus chères voluptés sont celles qui le sont le moins. En première ligne, nous trouvons les beignets ; et quels beignets, grand Dieu ! Nous aurions à ce sujet une aventure fort attendrissante à vous raconter, aventure dont les beignets et la filasse ont été les principaux acteurs ; mais nous vous en faisons grâce. – Voilà de la générosité. Par exemple, n’espérez pas éviter les crêpes.