New frontiers of antitrust 2013 -  - ebook

New frontiers of antitrust 2013 ebook

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This volume contains the papers presented at the annual Concurrences Journal conference held on 22 February 2013 at the French Parliament.After a key note paper from Commissionner Joaquin Almunia on the state of competition policy enforcement in the EU in 2013, the papers adress four main issues :• Opening competition in protected sectors: Should new entrants be protected?• Personal data: Will competition law collide with privacy?• Private enforcement: Will the wave be coming from Brussels, London, Paris or… elsewhere?• Industrial policy: Can a pro-competition industrial policy exist?The volume ends by a contribution of Fleur Pellerin on innovation and competition.

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© Groupe Larcier s.a., 2013

Éditions Bruylant

Espace Jacqmotte

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ISBN : 978-2-8027-4527-3

La collection « Competition Law/Droit de la concurrence » rassemble des ouvrages dans cette matière particulièrement évolutive et concrète, à la croisée de plusieurs disciplines, qu’est le droit de la concurrence.

Elle a pour vocation d’accueillir quatre types d’ouvrages : des collectifs issus des meilleurs colloques dans la matière, des travaux de recherche impactant la pratique, des monographies sur des thèmes précis à finalité professionnelle et des manuels spécialisés.

***

The collection “Competition Law/Droit de la concurrence” contains books in competition law, mixed material from several disciplines.

The Collection “Competition Law/Droit de la concurrence” consists in four series of books : best Conference papers, Research works for practice, Monographs on professional subjects and Manuels for specialists.

Parus dans la même collection

New frontiers of antitrust 2012, Edited by Joaquín Almunia, Eric Barbier de La Serre, Olivier Bethell, François Brunet, Guy Canivet, Henk Don, Nicholas Forwood, Laurence Idot, Bruno Lasserre, Christophe Lemaire, Cecilio Madero Villarejo, Andreas Mundt, Siun O’Keeffe, Mark Powell, Martim Valente, Richard Wish, 2013.

New frontiers of antitrust 2011, Edited by Frédéric Jenny, Laurence Idot and Nicolas Charbit, 2012.

Abus de position dominante et secteur public. L’application par les autorités de concurrence du droit des abus de position dominante aux opérateurs publics, Claire Mongouachon, 2012.

Reviewing vertical restraints in Europe. Reform, key issues and national enforcement, Edited by Jean-François Bellis and José Maria Beneyto, 2012.

Droit de la concurrence et droits de propriété intellectuelle. Les nouveaux monopoles de la société de l’information, Jérôme Gstalter, 2012.

L’action collective en droit des pratiques anticoncurrentielles. Perspectives nationale, européenne et internationale, Silvia Pietrini, 2012.

Table of contents

Présentation

La concurrence au service de l’achèvement du marché unique

Part I Opening competition in protected sectors: should new entrants be protected?

La protection des nouveaux entrants en droit de l’Union européenne

Bernard Amory

Laurent De Muyter

I. Introduction

II. Définitions préliminaires

1. Secteurs protégés

2. Nouveaux entrants

III. La raison d’être de l’assistance à l’entrée sur le marché

1. Aide sélective ou économie de marché ?

2. Libéralisation des secteurs protégés

3. Double protection

4. Effet utile de la libéralisation dans les industries de réseaux

5. Égalité des chances

6. Conclusion

IV. Réglementation sectorielle

1. La réglementation asymétrique

2. La gestion des ressources rares

V. L’approche individuelle sur la base du droit de la concurrence

1. Application cumulative de la réglementation et du droit de la concurrence

2. Article 101 TFUE

3. Article 102 TFUE

3.1. L’existence d’une position dominante

3.2. La prise en compte des coûts d’un opérateur moins efficace (test du concurrent raisonnablement efficace)

3.3. Absence de nécessité de démontrer la possibilité de récupérer ses pertes

3.4. L’assistance aux nouveaux entrants comme remède

4. Contrôle des concentrations

4.1. L’appréciation stricte en cas de marchés libéralisés

4.2. La théorie du franc-tireur

4.3. Remèdes

VI. Conclusions

1. Caractère temporaire de l’aide

2. Seuils

The economist point of view

Andrea Lofaro

Jan Peter Van der Veer

Introduction

I. The role of entry in competitive markets

II. The role of entry in markets characterised by a dominant firm

III. The role of entry in recently liberalised markets

IV. What role for the « reasonably efficient competitor test » under Article 102?

Conclusion

Part II Personal data: will competition law collide with privacy?

Le point de vue de l’autorité française de la concurrence

Bruno Lasserre

Introduction

I. Les intersections entre le droit de la concurrence et la protection des données personnelles

II. Les objectifs communs à la régulation concurrentielle et à la protection des données personnelles

III. Un risque de collision et de divergence entre protection des données personnelles et dynamisme concurrentiel qu’il convient de relativiser

IV. L’internationalisation des pratiques et des acteurs : un défi partagé

Le point de vue de la commission nationale de l’informatique et des libertés

Isabelle Falque Pierrotin

I. Introduction

II. Constat initial

1. Les données personnelles sont entrées de plein pied dans le champ économique

2. L’entrée de la concurrence dans le champ d’activité des autorités de protection des données se manifeste également à un niveau géostratégique

3. L’individu et ses nouveaux droits de l’individu, facteur de concurrence

III. Comment réguler le numérique entre « privacy » et concurrence ?

1. La distinction entre les champs d’application respectifs des règles de « privacy » et de celles de concurrence

2. L’intégration par le régulateur de la vie privée de la nouvelle dimension concurentielle de son action

3. Une nécessaire conciliation de la dimension économique et des libertés fondamentales : vers l’inter-régulation

IV. Conclusion

Competition law and personal data: Preliminary Thoughts on a complex issue

Damien Geradin

Monika Kuschewsky

I. Introduction

II. The acquisition of personal data as a key success factor for online service providers

III. Competition law and the accumulation of personal data

1. Anticompetitive acquisition of data

1.1. Exclusivity agreements

1.2. Prohibition of data portability

2. Should the risks of an accumulation of personal data be taken into account in competition law assessments?

3. Could personal data be considered an « essential facility » within the meaning of article 102?

IV. Conclusion

Protection de la vie privée et des données personnelles : l’Europe à l’avant garde

Françoise Le Bail

I. Valeur des données personnelles et analyse concurrentielle

II. Les innovations de la réforme

III. Conclusion

Part III Private enforcement: will the wave be coming from Brussels, London, Paris or... elsewhere?

Private enforcement 2013 : Entre actions de contournement et forum shopping…

Laurence Idot

I. La multiplication des actions de contournement

1. L’accès au juge

1.1. La réalité de l’indemnisation des dommages de masse

1.2. La reconnaissance de l’intérêt à agir de certaines catégories de victimes

2. L’établissement de la responsabilité

2.1. Les conditions de la responsabilité

2.2. L’évaluation du préjudice

II. Le développement du forum shopping

1. La concurrence interne entre les systèmes judiciaires des États membres

1.1. La réalité de la concurrence interne

1.2. Le traitement de la concurrence interne

2. La concurrence externe des systèmes judiciaires des États membres

2.1. L’attrait des ADR

2.2. L’attrait du système américain

The European Commission’s role: main achievements and next steps

Carles Esteva Mosso

I. The story so far

1. The wave from Luxembourg (ECJ): Courage and beyond

2. The first wave from Brussels: the Green and the White Paper

3. The wave from Member States: increasing awareness and damages claims

3.1. Slight increases in damages actions in some jurisdictions

3.2. Developments in national legal frameworks

II. The future of private enforcement in the EU

1. Is a EU legislative initiative still necessary?

1.1. The enforcement of the EU right to damages is far from effective

1.2. The progressive improvement of private enforcement does not cover the whole EU

1.3. The need to ensure a balanced interaction between private and public enforcement

2. Issues to be addressed at EU level

2.1. Principles

2.2. Collective redress

2.3. Enhancing private enforcement

2.4. The relationship between public and private enforcement

Discovery under 28 United States Code section 1782

Maurice E. Stucke

Introduction

I. Litigants who seek discovery in the U.S.

1. When does Section 1782 authorize the U.S. Court to order discovery?

1.1. Who can seek discovery under § 1782?

1.2. What foreign proceedings qualify under § 1782?

1.3. When can interested persons seek discovery under § 1782?

1.4. What kind of discovery is available under § 1782?

2. When will the U.S. Courts exercise their discretion and permit discovery under § 1782?

2.1. Is the person from whom discovery is sought a participant in the foreign proceeding?

2.2. Comity considerations

2.3. Is the applicant’s discovery request under § 1782 an attempt to circumvent foreign proof-gathering restrictions or other policies of a foreign country or the United States?

2.4. Is the discovery request unduly intrusive or burdensome?

II. Friction from U.S. discovery

Conclusion

Striking the right balance : The importance of leniency to the global rise of private antitrust enforcement

John Terzaken

Molly Kelley

I. Private actions in the United States

II. The role of leniency

III. Striking a balance

IV. Lessons for aspiring private enforcement regimes

Part IV Industrial policy: can a pro-competition industrial policy exist?

Politique industrielle et politique de concurrence

Frédéric Jenny

Conclusion

The interplay between competition policy and industrial policy: restructuring declining industries with structural overcapacity

Jorge Padilla

I. Introduction

II. Restructuring an industry with structural overcapacity

1. The role of industrial policy

2. The interplay with competition policy

III. Concluding remarks

Le point de vue de l’avocat

Patrick Hubert

Introduction

I. Le droit de la concurrence, limite intangible aux politiques industrielles

1. Le droit de la concurrence : un droit de niveau constitutionnel

2. Une contrainte protéiforme exercée sur les États membres

II. Politique industrielle : une marge de manœuvre restreinte mais pourtant bien réelle

1. Une politique industrielle dans les interstices du droit de la concurrence

2. Une crise financière porteuse d’enseignements

III. Politiques industrielles de demain : le champ des possibles

1. Des possibilités encore inexplorées

2. Vers une (r)évolution du rôle joué par les autorités nationales de concurrence ?

Conclusion Innovation et politique de concurrence

Discours de clôture

Fleur Pellerin

I. Les brevets, d’abord

II. Deuxième point, le fonctionnement du monde du numérique, justement

Pour conclure

Présentation

Frédéric Jenny

[email protected]

Président Comité concurrence, OCDE Président, Comité international Concurrences Professeur d’économie, Co-Directeur CEDE, ESSEC

Abstract

In this short presentation, Frederic Jenny, Chairman of the OECD Competition Committee, presents the fourth edition of the « New Frontiers of Antitrust » conference. After having recalled the opening speech of Joaquin Almunia on the recent activity of the European Commission and his vision for the future, he introduces the themes of the 4 panels; the foundations of competition law and the distinction between competition and competitors; the interface between competition law and respect of the protection of personal data; the reforms to expect in private enforcement at national and EU levels, and; the relationship between competition law and industrial policy.

Dans cet article, Frédéric Jenny, Président du Comité concurrence de l’OCDE, présente la quatrième édition de la conférence « Demain la concurrence ». Il évoque tout d’abord le discours d’ouverture de Joaquin Almunia qui dresse le bilan de son activité récente de la Commission et sa vision de l’activité à venir. Il reprend ensuite les thèmes à aborder dans les tables-rondes de la journée : les fondements du droit de la concurrence et la distinction entre protection de la concurrence et protection des concurrents ; l’interface entre droit de la concurrence et respect de la protection des données personnelles de la vie privée ; les évolutions à attendre en matière d’action civile en matière de droit de la concurrence ; l’articulation entre droit de la concurrence et politique industrielle.

1. Pour cette quatrième édition de la conférence « Demain la concurrence : New Frontiers of Antitrust » organisée par la Revue Concurrences, nous n’avons pas dérogé à la règle que nous nous étions imposée dès la première édition de cette manifestation devenue incontournable : identifier et traiter des sujets qui seront au cœur du débat en matière de droit et de politique de concurrence dans les mois à venir.

2. À cet égard, l’intervention du Commissaire Européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, qui, cette année encore a accepté d’inaugurer nos travaux en dressant le bilan de son activité récente et en partageant avec nous sa vision de l’activité de la Commission pour les mois à venir, a été particulièrement riche et le débat avec la salle auquel s’est prêté le Commissaire après son allocution a été particulièrement vivant.

3. Quatre questions ont été au cœur des débats pendant notre journée.

4. La première question a concerné les fondements même du droit de la concurrence. Chacun sait l’importance qu’attachent les autorités de la concurrence à faire la distinction entre protection de la concurrence et protection des concurrents. À bien des égards, particulièrement aux États-Unis, la protection des concurrents est perçue comme une perversion au regard de ce que devrait être une saine politique concurrence. Mais en Europe, dans un nombre de secteurs importants tels que l’électricité, le transport ferroviaire, ou la poste etc., l’ouverture à la concurrence peine à avoir les effets positifs attendus tant il est vrai que les nouveaux entrants ont du mal à concurrencer effectivement les anciens monopoles légaux. La question de savoir si, dans ces conditions, il ne faut pas recourir dans ces secteurs à une régulation de la concurrence asymétrique qui soit pour partie protectrice de ces nouveaux entrants, à tout le moins jusqu’à ce qu’ils aient la force, la taille et l’expérience nécessaires pour être des concurrents effectifs des anciens monopoles, est posée. Une telle position est diamétralement à l’opposé de celle de la Cour Suprême des États-Unis qui, notamment dans l’affaire Trinko, a fait valoir qu’une entreprise fût-elle dominante n’avait pas le devoir d’aider ses concurrents à se développer. Faut-il alors revoir les règles du droit de la concurrence pour les rendre plus asymétriques et protéger les entrants même lorsqu’ils sont relativement inefficaces ou au contraire adhérer strictement à l’orthodoxie de la neutralité entre concurrents ?

5. La deuxième question a concerné l’interface entre le droit de la concurrence et le respect de la protection des données personnelles de la vie privée. On sait en effet, que le traitement des informations recueillies par internet sur les habitudes de consommation des internautes ou sur le type de site qu’ils consultent est devenu un enjeu majeur de la lutte concurrentielle des géants de l’internet. L’accès aux données permettant de mieux cibler le comportement commercial des internautes, s’il est facteur d’amélioration de la concurrence, peut par ailleurs porter une grave atteinte à leur vie privée et, par la crainte qu’inspire cette atteinte, constituer un frein au développement de l’économie numérique. La question de savoir quel cadre assure la nécessaire protection des droits de la personne tout en facilitant le développement économique et le jeu de la concurrence est cruciale à l’heure où la vente en ligne se développe plus rapidement que les autres formes de commerce et où les autorités de concurrence portent une attention soutenue au secteur de l’internet.

6. La troisième question a porté sur les évolutions à attendre en matière d’action civile en matière de droit de la concurrence. Si la Commission Européenne a été à l’origine de la réflexion sur cette question, force est de constater que le débat s’est quelque peu enlisé au plan communautaire. Il est possible que l’année 2013 voie un projet de la Commission aboutir ; il est en revanche certain que diverses modifications des lois nationales dans des États membres, par exemple en France ou au Royaume Uni, vont cette année viser à permettre l’action de groupe en matière de droit de la concurrence ou faciliter le développement de l’action civile individuelle. Ces développements nationaux semblent prendre ainsi le pas sur l’initiative communautaire ce qui ne saurait surprendre dans un domaine qui relève à l’évidence des États membres. Pour autant ces développements qui méritent d’être étudiés, conduisent à se demander si une certaine harmonisation des initiatives nationales ou la définition d’un cadre communautaire, d’une part, ne seraient pas utiles pour éviter le risque de forum shopping, et, d’autre part, ne seraient pas nécessaires pour assurer de façon plus cohérente l’interface entre action civile et protection des programmes de clémence.

7. La quatrième question a, enfin, porté sur l’articulation entre droit de la concurrence et politique industrielle. Force est de reconnaître qu’à la suite de la crise financière puis économique de 2008, la préoccupation des responsables de la politique économique dans nombre de pays est moins celle de l’allocation optimale des ressources que celle de la croissance et de l’innovation. Si les bienfaits de la concurrence sont bien établis en statique, ils sont plus incertains lorsque l’on considère l’évolution dynamique de nos économies. Aussi la question des champs respectifs et des utilités comparées de la politique industrielle et de la politique de concurrence est-elle redevenue une question centrale alors qu’elle a été largement ignorée dans le courant des années 1990 et 2000. On observe d’ailleurs une convergence qui mérite d’être notée entre les spécialistes de la politique de concurrence et ceux de la politique industrielle. Les cas d’échec du marché concurrentiel qui justifient une intervention publique proportionnée sont définis avec plus de précision et de rigueur que par le passé ce qui permet d’envisager une plus grande complémentarité entre ces deux types de politique.

La concurrence au service de l’achèvement du marché unique

Joaquín Almunia1

[email protected]

Vice-Président de la Commission Européenne chargé de la concurrence

Abstract

In his keynote speech delivered at the « New Frontiers of Antitrust 2013 » Paris conference on February 22, Joaquín Almunia, Commissioner responsible for Competition Policy, reminds the importance of the Internal Market in the context of the economic recovery and job creation. He discusses the European Commission’s action in key-sectors such as financial markets, telecommunications and energy.

Dans son discours d’ouverture de la conférence « Demain la concurrence 2013 » (Paris, 22 février 2013), Joaquín Almunia, le Commissaire en charge de la politique de concurrence,  se penche sur l’importance du marché intérieur dans la relance économique et la création d’emplois. Il évoque également l’intervention accrue de la Commission dans trois secteurs-clés tels que les marchés financiers, les télécoms et l’énergie.

1. Mesdames et Messieurs, c’est un grand plaisir d’être à nouveau à Paris, et pour la quatrième fois parmi vous. Je vous en remercie.

2. J’aimerais me pencher aujourd’hui sur la construction et l’approfondissement du marché intérieur, en vue de sa contribution à la relance économique et à la création d’emplois. La situation économique en Europe n’est pas facile. Et il ne faudrait en aucun cas que les difficultés auxquelles nous sommes confrontés affaiblissent notre Union et son meilleur atout, le marché unique. Il nous incombe à tous – États membres, comme institutions européennes – de trouver des solutions pour aider l’Europe à retrouver une croissance durable, créatrice d’emplois et source d’innovation. C’est précisément le marché unique, et son approfondissement, qui doivent nous aider à réussir.

3. Vous l’aurez compris, je suis ici pour plaider en faveur de plus d’Europe, d’une Europe plus forte et plus compétitive. Cela passe par un marché intérieur plus performant et intégré.

4. Le marché intérieur recèle encore, à bien des égards, un potentiel de croissance inexploité pour l’économie européenne. Nous avons aujourd’hui grand besoin d’en tirer tous les bénéfices. Bien sûr, la politique de la concurrence a un rôle clé à jouer dans ce contexte. Elle aide à consolider un marché intérieur où les mêmes règles s’appliquent à tous les opérateurs économiques ; un marché intérieur ouvert aux entreprises les plus performantes et innovantes ; et un marché intérieur au sein duquel aucune entreprise ou État membre ne peut revenir sur les acquis de la construction européenne en érigeant de nouvelles barrières. Je voudrais donc évoquer aujourd’hui le rôle de la politique de la concurrence pour le bon fonctionnement du marché unique.

Le Marché Intérieur, clé de la compétitivité européenne

5. Ceux qui prévoyaient une implosion de la zone euro ont eu tort. Mais il ne faut pas se leurrer, la crise n’est pas encore finie. Nous avons pris les décisions politiques nécessaires pour assurer la stabilité de notre monnaie unique. Nous avons aussi enclenché un assainissement graduel des finances publiques à travers l’Europe et la pression des marchés financiers s’est affaiblie. Beaucoup de réformes structurelles ont été mises en marche, et commencent à donner des résultats. Cependant il reste beaucoup de travail à faire. Il est tout à fait inacceptable que plus d’un jeune sur deux soit à la recherche d’un emploi dans certains États membres. Nous avons atteint au sein de l’Union un pic de chômage de 11,8%, avec des écarts extrêmement importants entre les pays, allant de 4,5% en Autriche à 26% en Grèce et en Espagne.

6. Face à ce problème dramatique, beaucoup dépendra de la situation macroéconomique et des politiques de l’emploi menées au niveau national. Mais l’Union européenne ne doit pas rester inactive. Il n’est pas acceptable que nos entreprises ne puissent toujours pas bénéficier d’un véritable marché intérieur sans entrave dans des secteurs comme l’énergie, les télécommunications, l’économie numérique ou les services.

7. Cette fragmentation du marché intérieur entraîne une perte de compétitivité par rapport à nos concurrents mondiaux et notamment par rapport à ceux issus des pays émergents. C’est pourquoi je suis stupéfait d’entendre, dans certains milieux, le retour de slogans protectionnistes prônant le repli national et le chacun pour soi. Je ne me lasserai jamais de le dire : le protectionnisme n’est pas un remède pour notre économie, c’est un poison.

8. La solution pour renforcer notre compétitivité passe par un marché européen ouvert, où l’entrée de nouvelles entreprises est aisée, et où la discipline imposée par les règles de concurrence rend nos entreprises plus performantes. Ces principes sont le fondement d’une politique industrielle moderne et la Commission vient de présenter une Communication qui va dans ce sens il y a quelques mois. Les solutions que nous envisageons tirent les leçons du passé : le protectionnisme et la politique consistant à « choisir les gagnants » à la place du marché appartiennent à une époque révolue.

9. L’argent des contribuables est bien mieux utilisé lorsqu’il est orienté vers la création d’opportunités commerciales pour des entreprises innovantes et en bonne santé. Il est temps de réfléchir à des investissements communs au niveau européen, comme le fait par exemple le mécanisme pour l’interconnexion en Europe – la Connecting Europe Facility. Nous devons nous munir des outils adéquats pour permettre la réussite de nos entreprises : assurer une meilleure compétitivité, l’accroissement de la productivité et encourager l’innovation. Nous devons créer des opportunités pour que de nouvelles entreprises entrent sur le marché et pour que celles qui sont en difficulté se transforment et se renouvellent. C’est à ce niveau que la politique de la concurrence joue un rôle essentiel – un rôle d’ailleurs tout à fait complémentaire d’une politique industrielle moderne.

10. Nos règles permettent de s’assurer que l’action des acteurs privés comme celle des autorités publiques ne privent pas notre économie des bénéfices du libre jeu de la concurrence. Ces bénéfices vont aux consommateurs bien sûr, mais aussi à l’ensemble de l’économie, en favorisant la croissance. Ceux qui appellent à privilégier les producteurs au détriment de leurs clients ou des consommateurs risquent ainsi de favoriser les seuls actionnaires ! Et cela, seulement sur le court terme.

Sauvegarder une concurrence saine pour un marché intérieur plus performant

11. J’entends parfois que nos règles de concurrence sont trop rigoureuses, trop sévères et que nous empêchons la création de champions européens. Je ne le pense pas. Je veux vous le démontrer en prenant comme exemple notre politique de contrôle des concentrations. Certains nous reprochent parfois de définir un marché comme européen ou national, alors qu’en réalité il serait mondial. Cette définition trop étroite empêcherait les entreprises européennes de se consolider pour prendre plus d’envergure face à la concurrence internationale.

12. Ces critiques sont tout simplement infondées. Notre analyse des marchés pertinents se fonde sur des critères objectifs. Dans chaque cas, nous examinons de façon précise à quels fournisseurs alternatifs les clients européens peuvent recourir. Pour ce faire, nous nous informons auprès de toutes les entreprises du marché et notamment auprès des entreprises clientes. Nous procédons également à des analyses économiques poussées qui prennent en compte les évolutions futures du marché, comme par exemple l’entrée potentielle de nouveaux fournisseurs. Lorsque, sur la base de ces critères, le marché s’avère mondial, nous le définissons comme tel. Et nous l’avons fait – entre autres – dans des affaires connues comme Deutsche Börse/NYSE Euronext dans le domaine financier ou Western Digital/Hitachi dans le domaine informatique.

13. De même, lorsque le marché est défini comme étant géographiquement plus étroit, nous ne faisons que refléter la réalité économique. Il est flagrant que certains marchés en Europe, comme celui de la téléphonie mobile, demeurent nationaux. J’y reviendrai dans quelques instants.

14. J’entends aussi dire que nous ignorons les gains d’efficacité que certaines fusions pourraient apporter. Là encore je tiens à dire que cette critique est erronée. Lorsqu’ils sont invoqués, nous comparons les éventuels gains d’efficacité que pourrait générer une fusion et les dommages qu’elle pourrait causer aux clients européens. Si ces gains pèsent plus lourd dans la balance que le risque de dommage à la concurrence, nous autorisons la fusion. Bien évidemment lorsque les gains d’efficacité invoqués par les entreprises sont insuffisants, nous avons le devoir de demander des remèdes et, le cas échéant, nous sommes obligés à nous opposer à la fusion dans l’intérêt des consommateurs européens, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers.

15. Par exemple, dans le cas d’interdiction le plus récent que j’ai traité, la tentative d’acquisition de TNT Express par UPS, nous avons pleinement pris en considération les économies de coûts que l’entité issue de la fusion aurait pu réaliser en opérant avec des moyens de transport plus grands et plus efficaces. Ces économies n’étaient cependant pas suffisantes pour compenser la création d’un quasi-duopole sur le marché des livraisons « express » qui aurait fortement nui aux entreprises et aux citoyens ayant recours à ces services.

16. Pourtant, de tels cas de prohibition restent en pratique exceptionnels. D’ailleurs, lorsque l’on voit que sur la liste des 100 entreprises mondiales du classement Forbes figurent 27 groupes européens, contre 30 américains – et même si l’on n’a pas encore réussi à développer le marché unique complètement – il faut bien reconnaître que notre politique des fusions n’est pas un frein à la constitution de grands champions internationaux ! La consolidation de groupes européens à ambition internationale comme Volkswagen/Man, Fiat/Chrysler ou encore Iberia/British Airways en sont autant d’exemples. Sans parler d’exemples plus anciens et bien connus en France comme Air France/KLM ou EADS.

Une intervention accrue dans des secteurs-clé

17. Au-delà de notre politique de contrôle des fusions, nous concentrons notre activité sur des secteurs-clé de l’économie européenne. Nous sommes particulièrement actifs sur les marchés financiers, et pas seulement en raison du sauvetage des banques pendant la crise.

18. Depuis 2011, nous avons lancé une série d’enquêtes sur la manipulation de taux comme l’EURIBOR, le LIBOR et le TIBOR. Nous enquêtons sur des taux d’intérêt qui servent de référence pour plusieurs devises, notamment l’euro, le yen et le franc suisse. Il est important de souligner que, pour la première fois depuis qu’a éclaté le scandale du LIBOR, la violation des règles antitrust a été officiellement reconnue dans le récent accord conclu entre RBS et les autorités américaines. Ces aspects de fixation des prix sont aussi au cœur de nos enquêtes, qui sont complémentaires de celles que mènent en parallèle les régulateurs financiers.

19. En l’occurrence, nous soupçonnons l’existence de cartels entre certains acteurs des marchés de produits dérivés – des banques, mais aussi des courtiers. Ces possibles accords anticoncurrentiels consistant à manipuler les taux pouvaient permettre aux participants de réaliser des bénéfices additionnels injustifiés sur leurs opérations de marché.

20. Toutefois, à la différence des procédures suivies par les autorités américaines, qui consistent à passer des accords successifs avec certaines banques, nous appréhendons les cartels en traitant de façon simultanée l’ensemble des acteurs impliqués. C’est la manière dont nous procéderons si ces enquêtes confirment nos soupçons. Il va sans dire que ces enquêtes constituent pour la Commission une priorité absolue. Le scandale des manipulations du LIBOR tel qu’il a été révélé met en lumière l’une des conduites les plus irresponsables de l’industrie financière à ce jour. Le moment est venu d’encourager un réel changement de culture dans le secteur. Si des pratiques collusives sont avérées, il s’agira d’une sérieuse atteinte au développement d’une concurrence saine sur les marchés financiers.

21. En parallèle, nous poursuivons aussi notre enquête sur le marché des contrats d’échange sur risque de crédit, communément appelés CDS. Notre enquête se concentre surtout sur la possibilité que certaines grandes banques d’investissement aient pu s’entendre pour empêcher le développement de plateformes de trading des CDS. Ces plateformes auraient probablement pu insuffler plus de concurrence et plus de transparence dans un marché éminemment opaque. Ce manque de transparence peut en effet donner lieu à des comportements abusifs et faciliter la violation des règles de concurrence et la Commission doit donc réagir en conséquence.

22. L’économie européenne a aussi besoin de services de paiement transeuropéens véritablement efficaces. L’existence de systèmes de paiement ouverts, sûrs et innovants est d’une importance capitale pour l’essor du commerce électronique, qui est l’une des principales pistes de croissance en Europe, comme le soulignent la stratégie Europe 2020 et l’Agenda numérique qui en fait partie. C’est pour cette raison que dans l’affaire concernant le Conseil européen des paiements – l’EPC – mes services ont donné suite à la plainte d’un opérateur non-bancaire qui estimait ne pas avoir accès au marché des paiements.

23. L’EPC, qui représente l’industrie bancaire européenne dans le domaine des paiements, avait mis en place un processus de standardisation. Notre enquête visait à savoir si ce processus pouvait limiter de façon injustifiée l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché ou limiter l’innovation, par exemple à travers l’exclusion des nouveaux entrants ou de technologies nouvelles. Autrement dit, nous devions déterminer si les banques coopéraient entre elles pour limiter la concurrence des acteurs non-bancaires en fixant des conditions que seuls les acteurs bancaires pouvaient remplir.

24. Entre temps, l’EPC a décidé d’abandonner son travail dans ce domaine. Cette décision devrait nous permettre de clore notre enquête car des systèmes alternatifs, non bancaires, pourraient alors rester ou entrer sur ce marché. Mais bien entendu, une chose est claire : nous resterons très attentifs à l’évolution de ce secteur, en étroite collaboration avec les autorités nationales de concurrence.

25. En ce qui concerne d’éventuels processus de standardisation, nous vérifierons leur conformité avec les règles de concurrence. Nous travaillerons également avec les autorités de régulation du marché pour établir des règles objectives et non-discriminatoires. Le Commissaire Barnier et moi-même avons d’ailleurs engagé une réflexion sur les obstacles à l’achèvement du marché intérieur pour les paiements par carte, internet et téléphonie mobile.

26. Le suivi du Livre Vert publié l’an passé se traduira par des initiatives législatives concrètes avant l’été. Ces solutions viseront notamment à remédier à l’absence d’interopérabilité ainsi qu’aux difficultés d’accès au marché, y compris en matière de critères de sécurité et de certification. La fragmentation du marché intérieur nous préoccupe tout autant dans d’autres secteurs, comme ceux des télécommunications et de l’énergie.

27. Dans les télécoms par exemple, le marché demeure fragmenté – les consommateurs qui changent d’opérateur et paient des tarifs de « roaming » lorsqu’ils franchissent les frontières le savent bien ! L’allocation des radiofréquences s’effectue pays par pays et la régulation est avant tout nationale, tout comme les régulateurs. Les prix varient fortement selon les pays européens. Des études ont relevé que les consommateurs paient jusqu’à dix fois plus cher leurs communications mobiles dans les pays où il n’y a aucun « challenger ». Notre contrôle des concentrations dans ce secteur revêt donc une importance particulière. Nous devons nous assurer que les structures de marché résultant des fusions que nous contrôlons resteront concurrentielles.

28. En décembre dernier, nous avons par exemple autorisé l’acquisition de la branche autrichienne de téléphonie mobile d’Orange par Hutchison 3G. Mais nous avons donné ce feu vert sous la réserve de conditions strictes, car cette fusion éliminait la concurrence entre ces deux acteurs particulièrement dynamiques et réduisait le nombre d’opérateurs mobiles en Autriche de quatre à trois. Hutchison a présenté des mesures correctives consistant notamment à céder des radiofréquences, et à faciliter l’accès à son réseau par des opérateurs dits « virtuels ». Grâce à notre décision, la porte reste donc ouverte à deux types d’acteurs : non seulement à des opérateurs « virtuels » qui voudraient tout de suite offrir des services mobiles aux consommateurs finaux sans disposer d’un réseau propre, mais aussi à des entreprises qui envisageraient d’avoir leur propre réseau dans l’avenir.

29. Pour ce qui est du domaine de l’antitrust, nous ne pouvons tolérer des pratiques anticoncurrentielles de la part d’opérateurs télécom historiques désireux de protéger leurs marchés nationaux. Ce type de pratique lèse les consommateurs et retarde l’intégration des marchés. C’est pour cette raison que nous avons infligé le mois dernier des amendes à Telefonica et Portugal Telecom, qui s’étaient mises d’accord pour ne pas se faire concurrence dans leurs marchés nationaux respectifs. Ces affaires s’inscrivent dans la lignée d’autres décisions de la Commission dans ce secteur. Nous avons par exemple sanctionné l’abus de position dominante de Telekom Polska en 2011. L’entreprise s’était livrée à des pratiques qui avaient pour but d’empêcher ou, pour le moins, de retarder l’entrée de concurrents sur les marchés d’accès à large bande en Pologne. Nous poursuivons aussi notre enquête dans l’affaire Slovak Telecom – société du groupe Deutsche Telekom – pour déterminer s’il y a également eu abus de position dominante.

30. Notre activité de contrôle des aides d’État dans ce secteur vise également à appuyer les objectifs ambitieux de la Stratégie Numérique de la Commission. Cette stratégie met l’accent sur le déploiement de connexions de haut débit ultra-rapides sur tout le territoire de l’Union. Pour atteindre ces objectifs, nous devons assurer un juste équilibre entre investissements privés et investissements publics, tout en créant des conditions propices à la concurrence. Nous avons donc révisé nos lignes directrices concernant les aides d’État dans le secteur du haut débit et nous les avons publiées fin décembre. Ces règles favoriseront des interventions publiques judicieuses et garantiront la liberté d’accès aux infrastructures financées par des fonds publics.

31. Dans la conjoncture économique actuelle, de nouveaux investissements et une concurrence accrue dans les télécommunications peuvent stimuler la croissance et créer des emplois.

32. Les marchés de l’énergie sont tout aussi importants. En éliminant les barrières anticoncurrentielles qui y perdurent, nous aidons l’Europe à réaliser d’importantes économies d’échelle car l’énergie est un composant essentiel pour la plupart de nos industries. Des prix compétitifs de l’énergie améliorent donc la compétitivité de nos entreprises.

33. En matière de politique antitrust, la Commission poursuit actuellement son enquête dans l’affaire Gazprom. Nous analysons si Gazprom a abusé de sa position dominante en Europe centrale et orientale, en particulier en empêchant l’intégration des marchés d’approvisionnement en gaz et en pratiquant des prix inéquitables.

34. Nous poursuivons d’autres enquêtes similaires en parallèle, concernant par exemple le fournisseur d’électricité historique tchèque, CEZ. Et nous venons d’ouvrir des procédures formelles en décembre pour examiner si la Bulgarian Energy Holding a abusé de sa position dominante sur le marché de l’électricité en Bulgarie, et si le gestionnaire de la bourse d’électricité roumaine abuse ou non de sa position dominante.

35. De la même manière, notre politique de contrôle des aides d’État dans le secteur de l’énergie vise à éviter que les subventions nationales ne créent une fragmentation et des distorsions de concurrence au sein du marché intérieur.

36. Dans le cadre du chantier de la modernisation des aides d’État que j’ai lancé, nous avons commencé à réfléchir à la révision des règles portant sur les aides à l’environnement. Tout d’abord, nous proposons que la révision de nos Lignes Directrices actuelles parte du constat que la politique de protection de l’environnement et la politique énergétique doivent aller de pair. C’est une proposition logique si l’on considère l’impact sur l’environnement de nos technologies actuelles pour la production, la distribution et le stockage d’énergie. Cette proposition s’inscrit également dans la ligne tracée par la politique générale de la Commission, qui consiste à aborder ces deux domaines en les liant étroitement.

37. Quelles sont donc les principales questions que nous traiterons dans cette révision des Lignes Directrices ? En premier lieu, nous réfléchirons à un renforcement du soutien à l’investissement dans l’efficacité énergétique, déjà possible dans le cadre des règles en vigueur. Nous allons aussi considérer les aides aux énergies renouvelables. Ces aides pourraient être rendues plus efficaces, surtout en décourageant le soutien aux technologies parvenues à maturité qui sont déjà compétitives et peuvent donc attirer des investissements privés. Nous devrons aussi nous attaquer à la question épineuse de l’énergie nucléaire, qui malgré les débats houleux qu’elle suscite, reste une source d’énergie à faible intensité carbone.

38. En ce début de réflexion, nous estimons aussi que de nombreuses questions liées aux aides publiques, en particulier la sécurité de l’approvisionnement et la stabilité des réseaux, pourraient être résolues par une meilleure intégration des marchés énergétiques au niveau européen, grâce à davantage d’interconnexions et un développement accru des réseaux transfrontaliers.

39. Enfin, les investissements dans l’infrastructure améliorent la stabilité générale des réseaux et diminuent le besoin en énergies non-renouvelables comme capacité de réserve. Investir dans une véritable infrastructure européenne pourrait améliorer notre compétitivité, tout en évitant les distorsions de concurrence préjudiciables au marché intérieur.

40. Bien évidemment, les trois secteurs que je viens de mentionner – les marchés financiers, les télécoms et l’énergie – ne sont pas les seuls qui nous occupent. Je voudrais juste mentionner que nous travaillons aussi dans d’autres secteurs-clé pour la compétitivité européenne. Dans les technologies de l’information et de la communication, nous poursuivons notre travail sur les normes et les abus présumés d’usage de brevets essentiels, avec par exemple la communication des griefs que nous avons envoyé à Samsung récemment. Par ailleurs, dans l’affaire Google, nous examinons maintenant les engagements proposés par la compagnie pour remédier aux problèmes de concurrence que nous avons identifiés. Enfin dans le secteur pharmaceutique, nous poursuivons plusieurs enquêtes concernant les obstacles à l’entrée de produits génériques sur le marché. Et dans l’aviation, nous sommes actifs à la fois dans le domaine des aides d’État et dans ceux de l’antitrust et des fusions. La liste est loin d’être exhaustive, mais le temps ne me permet pas d’entrer dans les détails aujourd’hui.

41. Mesdames et Messieurs, l’Europe se trouve à un tournant important et il nous appartient de lui donner un avenir meilleur. Le rôle de la Commission européenne comme autorité de la concurrence a jusqu’à présent été crucial pour préserver l’intégrité du marché intérieur et a constitué l’un des instruments privilégiés de ce processus d’intégration qui demeure le plus grand succès de l’histoire de l’Europe contemporaine. Nous devons continuer à être à la hauteur de cette histoire, en encourageant une économie compétitive, dynamique et performante, grâce à un marché intérieur plus intégré et au sein duquel toute entreprise puisse lutter à armes égales sur la base de ses mérites et de sa créativité. Merci.

1 Le style oral de l’intervention a été conservé.

Part IOpeningcompetition in protected sectors: should new entrants be protected?

Abstract

This first roundtable of the conference « New frontiers of Antitrust », Paris, 22 February 2013, was dedicated to « Private enforcement: Will the wave be coming from Brussels, London, Paris or... elsewhere? ». Bernard Amory and Laurent de Muyter, authors of the first contribution, provide some thoughts on the rationale, the tools and the limitations to the protection provided to new entrants by competition law and sector-specific regulations. Their contribution covers issues such as the characteristics of new entrants, the meaning of protected sectors, the liberalization process and the concept of equality of chance the use ex ante regulation and competition law to support new entry and the thresholds that can be used to limit such aid. According to Andrea Lofaro and Jan Peter Van der Veer, economists, authors of the second contribution, the entrants into recently liberalised industries may face challenges due to various advantages that incumbents may enjoy. In light of the benefits that such entry may produce, entrants in such industries may deserve a degree of protection. This should preferably be given through sector-specific regulation. Protection of less efficient entrants under Article 102 TFEU should only be considered in very specific circumstances.

La première table-ronde de la conférence « Demain la concurrence » du 22 février 2013 à Paris, était dédiée à l’« Ouverture à la concurrence des secteurs protégés : Faut-il protéger les nouveaux entrants ? ». Dans la première contribution, Bernard Amory et Laurent de Muyter, avocats, fournissent quelques réflexions sur les raisons d’être, les outils et les limites à la protection particulière dont les nouveaux entrants peuvent bénéficier dans les secteurs protégés. Leur contribution revient sur des concepts tels que la notion de nouvel entrant et de secteur protégé, le processus de libéralisation, l’égalité des chances, les outils tirés de la réglementation sectorielle et du droit de la concurrence pour assurer cette protection et les éventuels seuils au-delà desquels la protection particulière ne serait plus justifiée. Selon les auteurs de la seconde contribution, Andrea Lofaro et Jan Peter Van der Veer, économistes, les nouveaux entrants dans les industries récemment libéralisées font parfois face à des difficultés en raison des différents avantages dont les opérateurs historiques peuvent jouir. Étant donné les bénéfices éventuellement produits par ces entrées, les firmes entrantes pourraient mériter un certain degré de protection. Ces protections devraient être mises en œuvre de préférence dans le cadre de régulations sectorielles. La protection des entrants les moins efficaces d’un point de vue économique en vertu de l’article 102 TFEU ne devrait être envisagée que dans des circonstances bien particulières.

La protection des nouveaux entrants en droit de l’Union européenne

Bernard Amory

[email protected]

Avocat, Jones Day, Bruxelles

Laurent De Muyter1

[email protected]

Avocat, Jones Day, Bruxelles ; collaborateur scientifique à l’Université de Liège

I. Introduction

1. La présente contribution vise à examiner la protection particulière dont les nouveaux entrants peuvent – ou doivent – bénéficier dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des secteurs protégés en vertu du droit de la concurrence et de la réglementation sectorielle.

2. Loin de prétendre à l’exhaustivité d’un sujet vaste et complexe, le but de cette contribution se limite, à partir d’une sélection de précédents, à poser quelques réflexions sur les raisons d’être, les outils réglementaires et les limites inhérentes à l’assistance aux nouveaux entrants. Elle examine plus particulièrement les questions suivantes :

– Qu’entend-on par « secteurs protégés » et « nouveaux entrants » (section II.) ?

– Quelle est la raison d’être de l’assistance à l’entrée sur le marché (section III.) ?

– En quoi la réglementation sectorielle (section IV.) et le droit de la concurrence (section V.) ont été utilisés – ou peuvent l’être – pour faciliter l’entrée de nouveaux entrants ?

– Quelles sont les éventuelles limites à l’aide aux nouveaux entrants (section VI.) ?

3. On notera d’emblée que ce sujet n’a semble-t-il jusqu’à ce jour pas retenu beaucoup d’attention de la doctrine.

II. Définitions préliminaires

À titre liminaire, il est utile de s’attarder sur la définition à donner à des termes tels que « secteurs protégés » et « nouveaux entrants ».

1. Secteurs protégés

4. S’il n’existe pas de définition particulière de ce que constitue un « secteur protégé », ces termes font généralement référence aux secteurs économiques ayant été protégés de la concurrence par l’existence de droits exclusifs et spéciaux, tels que définis à l’article 106 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (« TFUE »). En pratique, les secteurs visés sont les secteurs caractérisés par l’existence de monopoles légaux octroyés à certains acteurs économiques (appelés opérateurs historiques), tels que les communications électroniques, les services postaux, le transport, l’énergie, etc.2. La protection des nouveaux entrants est donc un concept qui s’est essentiellement développé suite à la libéralisation progressive de ces secteurs. Nous verrons toutefois que l’assistance aux nouveaux entrants a également été utilisée comme « remède » à des problèmes concurrentiels dans d’autres secteurs.

5. L’appellation « secteur protégé » pourrait potentiellement également viser la situation où les monopoles légaux sont temporaires, en particulier en cas de droits de propriété intellectuelle. La Commission a d’ailleurs adopté des mesures condamnant des pratiques visant à maintenir artificiellement ces droits exclusifs3 ou limitant expressément des droits de propriété intellectuelle en imposant l’interopérabilité avec les services des concurrents4. Toutefois, ces situations ne peuvent être entièrement assimilées à des secteurs protégés dans la mesure où le bénéfice d’un droit de propriété intellectuelle, tel un brevet, ne confère généralement pas de monopole sur un marché, où plusieurs technologies sont typiquement appelées à se concurrencer. Dès lors, la situation particulière des monopoles temporaires résultant de droits intellectuels ne sera pas intégrée à la présente contribution.

2. Nouveaux entrants

6. En l’absence de définition du terme « nouvel entrant » dans le glossaire de la Commission5 et dans celui de la revue Concurrences6, on peut se référer, de manière générale, à la notion de concurrence potentielle. À cet égard, le Tribunal de l’Union européenne a indiqué dans son arrêt Visa qu’un concurrent potentiel est un concurrent qui a des possibilités réelles et concrètes d’intégrer le marché et de concurrencer les entreprises qui y sont établies, sur la base d’« une stratégie économique viable »7. Il s’agit donc autant d’une question de capacité que d’intention8.

7. Dans le cadre des secteurs régulés, la notion de « nouvel entrant » a toutefois été davantage précisée. Selon la jurisprudence européenne, un nouvel entrant est un opérateur qui souffre de certains désavantages objectifs par rapport à l’opérateur historique ayant bénéficié de droits exclusifs et/ou spéciaux ; désavantages qui « le place[nt]objectivement dans une situation moins favorable »9. Il existe ainsi « une inégalité de fait » entre opérateurs10. La jurisprudence qui s’est d’abord essentiellement développée en matière réglementaire11 pour s’étendre au droit de la concurrence12 identifie les « désavantages objectifs » suivants :

– Le fait que l’opérateur historique a bénéficié de droits exclusifs et spéciaux13 ;

– La date d’entrée sur le marché de chaque opérateur14 et la position de dernier entrant15 ;

– L’existence d’une base (« stock ») de clientèle existante plus réduite16 (impliquant des économies d’échelle plus faibles) et d’une part de marché plus modeste17 ;

– La présence sur des marchés connexes et/ou adjacents (impliquant des économies de gammes plus faibles)18 ;

– L’importance des différents faisceaux de fréquences attribués (plus les fréquences sont élevées, moins leur propagation est bonne, ce qui requiert donc plus d’antennes)19 ;

– Les obligations de services publics imposées de manière symétrique aux opérateurs (telle l’obligation de couverture)20 ;

– La nécessité de fournir une gamme entière de services (économies de gammes)21 ;

– L’obligation de pratiquer des tarifs inférieurs à ceux de l’opérateur historique22.

8. Dans l’appréciation de ces critères, deux éléments méritent d’être soulignés :

9. D’une part, le point de comparaison de l’« inégalité de fait » ou des « avantages » réciproques est, à chaque fois, l’opérateur historique qui a bénéficié de droits exclusifs et spéciaux23. Cela n’est pas anodin : les autres opérateurs ont développé leurs activités dans un environnement concurrentiel, subissant eux-mêmes les désavantages concurrentiels par rapport à l’opérateur historique. Il serait dès lors paradoxal de favoriser certains nouveaux entrants si cela se fait au détriment d’autres nouveaux entrants.

10. D’autre part, la mise en balance des avantages réciproques peut également nécessiter de prendre en compte les avantages éventuels des nouveaux entrants par rapport à l’opérateur historique, tels que leur présence dans des marchés connexes sur le même territoire. Ainsi, dans l’affaire EDF/GDP, la Commission24, suivie en cela par la Cour25, a considéré que l’opérateur historique du gaz portugais GDP était susceptible de devenir un important producteur d’électricité en concurrence avec le producteur historique portugais EDP, de sorte que leur fusion porterait atteinte à la concurrence, voire selon les termes de la Commissaire européenne en charge de la concurrence « neutraliserait les effets de la déréglementation »26, et devait à ce titre être interdite. À l’inverse, le fait que le nouvel entrant soit la filiale d’un opérateur historique actif dans un autre État membre n’a pas été jugé pertinent pour invalider l’existence d’une position dominante de l’opérateur historique dans l’affaire France Telecom27.

III. La raison d’être de l’assistance à l’entrée sur le marché

1. Aide sélective ou économie de marché ?

11. Le système mis en place par le Traité de Rome n’est clairement pas celui d’une assistance sélective à certains opérateurs sur le marché. Il est en effet largement basé sur l’existence et le développement d’un marché intérieur caractérisé par la libre circulation des moyens de production (marchandises, services, capitaux, travailleurs) ainsi qu’une économie de marché limitée seulement par le droit de la concurrence, et non une économie planifiée ou dirigée28.

12. Il est vrai que, dans sa conception, le droit de la concurrence européen fut fortement influencé par l’école allemande qui mettait en exergue le maintien de la structure concurrentielle du marché. Cette approche se distingue de l’approche du droit antitrust américain, largement basé sur la notion de bien-être du consommateur. L’approche basée sur l’existence d’une structure de marché concurrentielle reste d’ailleurs prégnante en droit européen jusqu’à ce jour29.

2. Libéralisation des secteurs protégés

13. Nonobstant le fondement libéral des traités, de nombreux secteurs économiques sont longtemps restés caractérisés par l’existence de droits exclusifs et spéciaux. Sous l’impulsion de la jurisprudence de la Cour de Justice30, des politiques sectorielles furent mises en place à partir du début des années 90 afin de mettre fin à ces monopoles étatiques. Cette libéralisation s’est faite de manière progressive, en commençant par les télécommunications31 pour s’étendre aux autres secteurs, tels que les services postaux32, l’énergie33, le transport ferroviaire34, le transport aérien35, voire plus récemment le secteur des jeux de hasard en ligne36.

3. Double protection

14. Ces différents « paquets » législatifs ont généralement mis en place une double protection :

15. D’une part